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Patrick Jozon - Président du Don en Confiance

L’émission Cash Investigation intitulée « Entreprises, mécénat, associations : les liaisons dangereuses » animée par Elise Lucet et diffusée le jeudi 20 octobre dernier sur France 2 a pointé du doigt de potentiels dysfonctionnements du Don en Confiance et a remis en cause la valeur de son label du même nom. Le Don en Confiance a décidé ce jour par la voix de son Président Patrick JOZON de répondre en toute sincérité aux questions que peuvent se poser les donateurs et le grand public afin que la confiance accordée reste intacte.

Pouvez-vous nous rappeler l’origine de la création du Don en Confiance et les valeurs défendues ?

Patrick JOZON : Le Don en Confiance est né il y a 30 ans à l’initiative de 18 grandes associations et fondations humanitaires et sociales soucieuses de préserver la relation de confiance avec le donateur. A cette époque se développaient les techniques de mailing de masse et avec elles certaines pratiques jugées discutables. Dans le même temps, des risques de dérives sont apparus mettant en cause la probité de certains dirigeants d’associations. Raisons pour lesquelles, ces organisations ont établi une charte de déontologie, son adoption fut l’acte fondateur de notre association.

La vocation du Don en Confiance est d’assurer la confiance du donateur. Si la création du Don en Confiance est à l’initiative du secteur associatif, notre organisme n’est pas au service des organisations labellisées. Il n’a pas non plus pour mission de juger celles qui font la démarche de labellisation ou celles qui ne le font pas. Notre objectif est de déterminer si celles qui s’inscrivent dans la démarche de labellisation respectent bien notre déontologie dont les règles portent bien au-delà des seules organisations labellisées ; elle constitue une référence et un aiguillon pour l’ensemble du secteur.

En matière de déontologie, quel est le processus d’élaboration de vos règles ?

Patrick JOZON : Les règles déontologiques sont co-construites avec l’ensemble des organisations labellisées. On considère que ce sont elles qui connaissent le mieux à la fois les risques et les enjeux. Les règles s’appliquent à toutes nos organisations. Or ces dernières couvrent un champ d’action important. Elles sont toutes complexes, elles sont toutes uniques. Les règles doivent donc pouvoir s’appliquer à toutes les situations et prendre en compte la diversité des organisations.

La validation des règles en revanche s’effectue au niveau du Conseil d’administration qui est élu par l’Assemblée générale pour trois ans renouvelables une fois. Il comprend 8 personnalités qualifiées indépendantes, dont le président, qui siègent à titre personnel et disposent de la majorité. La participation du secteur est assurée par la présence de 7 représentants des organisations labellisées, chaque administrateur exerce ses fonctions bénévolement et détient une voix. L’objectif de cette répartition est d’apporter une vision étendue, une diversité de compétences et d’expertises reconnues, ainsi qu’une capacité à adapter les règles déontologiques aux évolutions de la société, en adéquation avec la réalité du terrain.

Une fois élaborées comment vous assurez-vous du bon respect des obligations de la Charte ? Le contrôleur, et c’est humain, peut passer à côté de partenariats douteux, de gaspillage ou autre mauvaise gestion de la part d’une association adhérente aux principes de la Charte, alors comment s’effectuent vos contrôles pour coller au mieux à leur strict respect ?

Patrick JOZON : Un ou deux contrôleurs sont nommés auprès de chaque organisation labellisée. Ils sont chargés de vérifier la conformité des organisations aux exigences de la Charte de déontologie et les accompagnent dans leur prise en compte. Ils veillent de manière permanente au respect des engagements pris par l’organisation dans le cadre d’un dialogue qui éclaire et oriente les organisations. Ce dialogue est la sécurité d’un regard extérieur pour la gouvernance, une identification des risques et des points de progrès à mettre en œuvre et aussi un levier d’amélioration du fonctionnement interne. Le contrôle continu permet de prévenir les dérives, et de renforcer la transparence vis-à-vis des donateurs. Par exemple, la charte prévoit la mise en place d’un dispositif de contrôle interne et l’élaboration d’une cartographie des risques. De même, elle prévoit l’élaboration d’un Essentiel, document d’information dédié aux donateurs, en complément des états financiers.

Aujourd’hui, l’indépendance du processus de contrôle et de labellisation du Don en Confiance repose sur un dispositif comprenant plusieurs niveaux de regard (le contrôle continu, la Commission d’agrément, le Conseil d’administration et l’Instance de recours). L’objectif de ce dispositif est d’assurer l’impartialité et l’équité des décisions concernant des organisations très diverses par leur taille, leur structuration, leur modèle socio-économique et leur domaine d’intervention, avec une appréciation rigoureuse du niveau de risque identifié pour chaque dossier.

La labellisation n’est pas automatique : ce n’est qu’après un examen de la recevabilité de chaque candidature puis une instruction approfondie (minimum 1 an) du niveau de conformité par rapport à la Charte de déontologie que la labellisation de l’organisation peut être prononcée. Il arrive parfois que l’instruction se prolonge si le chemin parcouru par l’organisation pendant l’instruction est jugé insuffisant, voire que le label ne soit pas octroyé.

Concrètement, les contrôleurs rencontrent différentes parties prenantes au sein de l’organisation et assistent régulièrement aux réunions des instances pour évaluer la conformité de l’organisation avec le référentiel déontologique. Si le contrôle repose en partie sur les déclarations de l’organisation, les contrôleurs vont plus loin : ils analysent certains documents clefs (procédures, statuts, appels à don) puis vérifient l’application des actions opérationnelles énoncées et formalisées par l’organisation. C’est ce travail rigoureux qui permet d’identifier les écarts avec les règles déontologiques du Don en Confiance et d’accompagner l’organisation, dans un esprit de bienveillance, vers de meilleures pratiques. Bien entendu, il arrive que le contrôleur passe à côté d’une information importante. Mais les regards croisés, le contrôle en continu et les différentes étapes du processus permettent bien souvent d’identifier les progrès qui doivent être accomplis.

Au-delà des dirigeants vous arrive-t-il de rencontrer également des salariés de terrain et/ou des bénévoles des associations contrôlées afin d’ouvrir la parole à tous les échelons ?

Patrick JOZON : Les contrôleurs du Don en Confiance peuvent être amenés en effet à rencontrer des interlocuteurs à tous les niveaux de l’organisation. Évidemment, les rencontres avec les dirigeants sont clés pour comprendre les décisions et les enjeux stratégiques. Bien qu’il soit impossible de rencontrer tout le monde, il est aussi important de pouvoir échanger avec les fonctions opérationnelles, les bénévoles, les responsables d’actions de terrain ou encore de se rendre dans les entités locales afin de pouvoir observer le fonctionnement réel de l’organisation au plus près de sa mission sociale.

Lorsqu’un rapport de la Cour des comptes dénonce les abus d’une association labellisée (comme cela a pu être le cas pour UNADEV), quelle est votre réaction ? Qu’apportez-vous de plus au regard de cette instance ? Peut-on parler de complémentarité dans les démarches ?

Patrick JOZON : Le contrôle de conformité opéré par le Don en Confiance en combinant indépendance de jugement et proximité avec le secteur associatif, s’inscrit en complémentarité des contrôles légaux des pouvoirs publics, des commissaires aux comptes et en parallèle des autres opérateurs privés de certification et de contrôle des organisations faisant appel à la générosité du public.

La Cour des comptes, puisque vous la citez, est là pour s’assurer que l’argent issu de la générosité du public est utilisé conformément à la volonté du donateur. C’est le seul cas où la Cour des comptes contrôle de l’argent privé d’ailleurs. Son objectif in fine rejoint celui du Don en Confiance, à savoir rassurer le public, mais les modalités de contrôle sont totalement différentes. Là où le Don en Confiance exerce un contrôle continu, dans le cadre d’un dialogue constructif inscrit dans une démarche volontaire de la part des associations et fondations, la Cour des comptes choisit telle ou telle organisation en fonction de son propre programme de travail et exerce un contrôle qui porte sur les années précédentes. Quand les magistrats de la Cour des comptes arrivent dans une organisation, le contrôle est obligatoire, alors qu’adhérer aux valeurs du Don en Confiance est une démarche volontaire où s’instaure confiance, contrôle continu et volonté de progrès permanent.

Dans le cas de l’UNADEV épinglée par la Cours des comptes, lors de l’instruction qui a débuté en janvier 2015 et duré plus de deux ans, nos contrôleurs avaient relevé un certain nombre d’écarts avec nos règles déontologiques. Le Conseil d’administration du Don en Confiance lui a octroyé son label en mars 2017 pour une année au lieu de trois, avec un accompagnement pour atteindre le niveau d’exigence requis, misant sur la progression de l’association. Dans leur rapport intermédiaire, nos contrôleurs ont relevé que les demandes n’étaient pas suivies; alors le Don en Confiance a suspendu le label en avril 2018 avant de le retirer définitivement en juin 2018.

Quels sont les profils de vos contrôleurs-bénévoles ?

Patrick JOZON : Tout d’abord, il faut savoir que nos contrôleurs et nos membres de la Commission d’agrément sont tous bénévoles. Ce sont des personnes hautement qualifiées, ayant exercé des fonctions de cadres supérieurs ou de dirigeants tous secteurs confondus, sans lien direct ou indirect avec les organisations dont ils étudient les dossiers. Ils viennent du privé (tertiaire, industrie) comme du public, sont indifféremment homme ou femme et ont tout âge.

Tous nos bénévoles suivent une formation à leur entrée au Don en Confiance. Cette formation approfondie aborde des thématiques générales sur le secteur associatif et la collecte mais également spécifiques puisqu’elle vise à former les bénévoles à la déontologie du Don en Confiance et aux modalités de contrôle. Ils sont ensuite nommés par le président du Conseil d’administration du Don en Confiance pour trois ans renouvelables une fois pour une même organisation labellisée. Tout au long de leur mandat, ils sont accompagnés par un responsable bénévole expérimenté qui peut répondre à leurs questions et les appuyer en cas de difficultés.

Aujourd’hui, nos 120 bénévoles consacrent environ 2500 journées par an à leur mission au Don en Confiance, ce qui équivaut à 12 salariés à temps plein. La valorisation du bénévolat représente en effet près de deux fois les ressources financières du Don en Confiance.

Nous disposons aussi d’une équipe composée de 7 permanentes qui contribue à l’évolution de la déontologie, œuvre au développement et à la gestion des candidatures à l’obtention du label, mais également au suivi du contrôle des organisations et à la coordination de ses bénévoles. Rachel Guez en est la directrice générale depuis juin 2022.

Avez-vous vous même déjà fait du bénévolat avant votre présidence ?

Patrick JOZON : J’ai en effet déjà été bénévole, notamment lors de mes expériences professionnelles à l’étranger pour développer des campagnes de levées de fonds auprès d’entreprises industrielles. Lorsque je suis revenu en France, j’ai postulé il y a deux ans au Don en Confiance pour être contrôleur. Jean-Pierre Duprieu, à l’époque président, m’a proposé d’être candidat à sa succession. C’était un changement de casting, mais je me suis senti de relever le challenge. Avant mon élection, j’ai souhaité rencontrer plusieurs présidents d’organisations labellisées afin de me présenter et comprendre leurs attentes. Puis j’’ai été élu lors de l’Assemblée Générale de juin 2021. C’est une responsabilité qui me tient à cœur et que j’assume avec fierté.

En ce qui concerne les relations avec les fournisseurs, les conflits d’intérêt et les appels d’offres, est-ce de votre ressort de contrôler les contrats passés entre les structures d’intérêt général et les entreprises qui leur octroient des dons comme peut le laisser supposer le reportage d’Elise Lucet ? Quelles difficultés rencontrez-vous sur le sujet ?

Patrick JOZON : Notre déontologie inclut des règles très claires sur la recherche d’efficience et la rigueur attendue des organisations labellisées en matière de gestion. Il n’est pas du ressort de nos contrôleurs de passer au crible l’intégralité des dépenses réalisées par l’organisation, ni de juger la pertinence de certains choix qui appartiennent à l’organisation au regard de son contexte propre et de ses enjeux. Il faut être très prudent pour accompagner l’organisation au plus près sans tomber dans le jugement ou l’ingérence.

Le contrôleur vérifie l’existence des procédures d’achats, en particulier les conditions établies en matière d’appels d’offres et leur application. Par exemple il analyse la liste des 10 fournisseurs ou prestataires dont les montants des contrats annuels sont les plus importants pour étudier leur ancienneté ou encore leur mode de sélection. Il s’intéresse également aux personnes habilitées à engager des dépenses, selon leur nature mais aussi selon les montants. Il peut aller plus loin et sélectionner quelques achats pour vérifier étape par étape que la procédure a bien été appliquée. Cela permet parfois de mettre le doigt sur une faille ou un dysfonctionnement, et de demander à l’organisation de revoir la procédure ou son application.

Les conflits d’intérêts sont un sujet délicat car il existe des liens d’intérêts dans toute organisation, sans pour autant qu’il y ait systématiquement un conflit. Les contrôleurs vérifient que les organisations détectent les liens d’intérêt existants et traitent les éventuels conflits.

Vous venez de mettre en place une charte de déontologie du mécénat d’entreprises, que préconisez-vous ?

Patrick JOZON : Cette réflexion initiée par Admical, pilotée par le Don en Confiance, et à laquelle ont contribué activement le réseau Les entreprises pour la Cité et le Mouvement associatif, soutenue par la Coordination Générosités, a abouti à la formalisation des principes et exigences composant cette Charte de déontologie.

La Charte a pour objectif de contribuer à la sécurisation des opérations de mécénat; elle ne traite en revanche pas de la pertinence des projets portés et financés via ces opérations. Élaborée en concertation avec de nombreux acteurs (entreprises et fondations d’entreprises mécènes, porteurs de projet, institutions, collectifs associatifs), elle a valeur de référence et s’adresse à toute entreprise mécène, qui agit à titre individuel ou collectif, en régie directe ou indirecte et volontaire pour l’appliquer.

Les principes et exigences qu’elle contient constituent un objectif à atteindre dans une démarche de progrès. Ils seront amenés à évoluer lors de mises à jour périodiques, notamment pour prendre en compte les exigences déontologiques liées au mécénat en nature et de compétences. Ils se situent en complémentarité :

  • des dispositions légales en vigueur en matière de mécénat d’entreprise et, à ce titre, n’ont pour objectif ni de les interpréter, ni de les expliciter,
  • de la Charte de déontologie du Don en Confiance dédiée aux porteurs de projet.
Quelles sont vos relations avec les autorités publiques ?

Patrick JOZON : Nous sommes en contact étroit et permanent avec les services publics et le Gouvernement. Notamment avec le secrétariat d’État de l’ESS et de la Vie associative, également avec le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse ainsi qu’avec le ministère de l’Intérieur. Il faut savoir que lors de leurs propres contrôles la Cour des comptes et l’IGAS se réfèrent à nos rapports. A titre d’exemple sur 17 contrôles de la Cour des comptes entre 2016 et 2022, 82% des organisations ont reçu un avis de conformité. Ce chiffre monte à 100% s’il s’agit d’organisations labellisées Don en Confiance.

En quoi peut-on dire que vous êtes un organisme indépendant si une partie de vos revenus proviennent des organisations que vous labellisez ?

Patrick JOZON : Toute démarche de certification ou de labellisation telle que la mise en place d’une norme NF ou ISO implique une rémunération. Dans le cas du label décerné par le Don en Confiance, elle prend la forme d’une cotisation qui permet de prendre en charge les frais de fonctionnement, le travail des contrôleurs étant complètement bénévole. Ces cotisations sont fonction du montant des fonds recueillis provenant de la générosité (dons, legs, donations, mécénat). Elles varient de 1 827 € à 14 459 € par an et par organisation en fonction du montant total collecté.

Entre autres ressources, le Don en Confiance reçoit aussi le soutien financier du ministère de l’Éducation nationale et de la jeunesse, de la Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes et du Crédit Mutuel.

En ce qui concerne l’indépendance de l’organisation, en 2008, le Don en Confiance a fait l’objet d’un tournant important dans sa professionnalisation. Nous avons structuré toute l’organisation pour nous assurer de l’indépendance du contrôle en intégrant une majorité de personnalités qualifiées au conseil d’administration. Par ailleurs, c’est la commission d’agrément constituée d’experts bénévoles qui, par délégation permanente du conseil d’administration, délivre le label en toute indépendance. Ces démarches ont garanti la prise de décision indépendante, équitable et objective du Don en Confiance et ont contribué à faire de nous un organisme de contrôle reconnu.

Comment avez-vous accueilli l’émission ultra scénarisée à l’humour grinçant ?

Patrick JOZON : La soirée ne fût pas des plus agréables ! Les équipes ont été choquées. Nous avons ouvert nos portes en toute bonne foi et transparence à Cash Investigation, nous leur avons aussi apportés des éléments de réponse complémentaires au-delà de leur visite dans nos locaux. Or, force est de constater que le montage et la scénarisation ne rendent pas hommage à la qualité de nos échanges ni au sérieux de notre label. Le Don en Confiance comprend une centaine de bénévoles et 7 permanentes, tous dévoués à la cause, qui se sont sentis dévalorisés.

 Ce type de traitement risque également d’occulter l’implication du secteur associatif et de ses bénévoles engagés sur le terrain.

Prendre Elise Lucet comme contrôleuse du Don en Confiance, vous y avez pensé ?

Patrick JOZON : Nous l’inviterons plutôt à assister à une instruction (lorsqu’une organisation est candidate à l’obtention du label). Ainsi, elle ne pourra que constater le sérieux et l’engagement de nos contrôleurs bénévoles dans leur mission au sein du Don en Confiance.


Pour tout renseignement ou toute question concernant le Don en Confiance, vous pouvez contacter :

Mathilde NDIAYE, Responsable de la communication : mndiaye@donenconfiance.org

Organisme à but non lucratif ouvert à toutes les causes d’intérêt général, le Don en Confiance a été créé en 1989 par de grandes associations et fondations sociales et humanitaires avec la volonté de préserver une relation de confiance entre les organisations et leurs donateurs. Rencontre avec Rachel Guez, directrice générale depuis juin 2022.

Je suis très attachée à la démarche de RSE. C’est un réflexe à adopter en toute circonstance, quelle que soit la cause. Certains acteurs associatifs, très investis dans la noblesse de leur cause, ont l’impression que la fin justifie les moyens et en oublient parfois d’être vertueux en interne, de se soucier de l’impact qu’ils peuvent avoir sur le plan sociétal ou environnemental. Or les organisations ne peuvent plus aujourd’hui faire l’économie de ces questions, ne serait-ce déjà que par la contrainte législative qui implique des changements. Nous sommes attendus par le donateur également sur cette thématique essentielle. Il va donc falloir insuffler de la RSE dans le secteur à but non lucratif qui ne peut plus et ne doit plus faire l’impasse sur le sujet.

Vous avez rejoint en juin 2022 la Direction générale du Don en confiance pour remplacer Nathalie Blum en poste depuis 8 ans, pourquoi ce choix ?

Issue des métiers du conseil et du secteur de l’industrie, j’ai toujours eu à cœur d’œuvrer pour l’intérêt général sur mon temps personnel. Mes choix professionnels m’ont permis d’acquérir des méthodes de travail, de gestion des opérations et de diffusion des bonnes pratiques qui constituent un socle sur lequel je m’appuie depuis plusieurs années pour m’investir dans ce que l’on appelle l’ESS (L’Economie Sociale et Solidaire) et me réaliser à travers cet axe d’utilité publique et sociale.

Rejoindre le Don en Confiance a un vrai sens dans mon parcours. Celui de travailler pour l’ensemble du secteur associatif qui mobilise des millions de personnes et collecte des milliards d’euros de dons. Celui ensuite, de m’inscrire dans la démarche vertueuse de la mission de l’association qui consiste à assurer la confiance du donateur sur l’intègre utilisation de son don et à renforcer les bonnes pratiques du secteur en diffusant sa Charte de déontologie.

Parlez-nous des missions du Don en Confiance…

La mission première de notre structure est de nourrir la confiance des donateurs et d’œuvrer dans leur intérêt en octroyant un label qui garantit le respect de règles déontologiques que nous avons apportées au secteur. Ainsi, toutes les organisations labellisées sont continuellement accompagnées par nos contrôleurs bénévoles qui vérifient qu’elles répondent pleinement aux critères d’évaluation de la Charte. Le rôle de nos contrôleurs consiste également à aider les organisations à évoluer sur le plan réglementaire, sociétal et environnemental en fonction des nouveaux enjeux.

Vous venez de voter un nouveau plan stratégique, quels en sont les objectifs ?

J’ai rejoint le Don en Confiance en juin 2022, au moment du vote de ce nouveau plan en Assemblée Générale. Tout en s’inscrivant dans la continuité, le plan propose d’ouvrir des perspectives pour aller encore plus loin dans les réalisations de l’association ces 30 dernières années.

Les axes tournent autour du renforcement de la confiance aux donateurs. Cela passera par :

  • la mise à disposition d’informations pratiques facilement accessibles et exploitables pour permettre la prise de décision éclairée des donateurs – notamment par la refonte de notre site internet,
  • la prise en compte dans notre réflexion des enjeux incontournables de RSE (Responsabilité Sociétale de l’Entreprise) scrutés par les donateurs,
  • la modernisation de notre label qui va fêter ses 10 ans et a besoin d’un rajeunissement.
Justement que signifie votre label et quel est son intérêt pour le donateur ?

Notre label symbolise une pièce de monnaie, donc le fait de faire un don. Toutefois, donner ne passe pas nécessairement par des espèces sonnantes et trébuchantes mais peut également se réaliser sous la forme d’un engagement en temps comme le bénévolat, par exemple. Depuis l’origine du Don en Confiance il y a plus de 30 ans, l’association s’engage à assurer au donateur que l’utilisation du don réalisé est conforme à l’action qu’il souhaite soutenir. C’est notre leitmotiv et la base de la confiance du donateur qui nous est si chère.

Comment élaborez-vous vos règles déontologiques et comment s’effectue le contrôle de ces règles ?

Les règles déontologiques s’appuient sur une charte évolutive retravaillée chaque année depuis 30 ans. Cette charte examine 3 piliers de fonctionnement d’une organisation : la gestion, la gouvernance et la communication à travers 4 principes fondamentaux que sont le respect du donateur, la transparence, la recherche d’efficacité et enfin, la probité et le désintéressement. A partir de là, nous dressons un certain nombre d’exigences dans la charte et attendons que les organisations s’y conforment avec le soutien de nos contrôleurs qui les suivent dans un contrôle continu. La validation des règles s’effectue au niveau du Conseil d’administration. Elles doivent coller à la réalité, prémunir des risques et des dangers et être un aiguillon permanent pour un progrès collectif.

Comment recrutez-vous vos contrôleurs ?

Nous devons travailler le recrutement des contrôleurs qui, actuellement, repose beaucoup sur de la cooptation. Nous essayons aussi de recruter par le biais de plateformes publiques de bénévolat ou d’associations d’anciens élèves de grandes écoles. Nous recherchons un profil de bénévole spécifique avec une appétence pour le métier du contrôle et du temps disponible, le travail se faisant en continu et à proximité de l’organisation accompagnée.

Le Don en Confiance, c’est plus d’une centaine de bénévoles : contrôleurs, responsables de cercle de contrôleurs et membres de la commission d’agrément confondus. Nos contrôleurs sont dédiés en binôme à une organisation. Les interactions sont fréquentes. Nos huit cercles de contrôle leur permettent de se rencontrer, d’échanger sur leur pratique et de progresser ensemble. La vie associative ayant été mise à mal ces 2 dernières années pour cause de pandémie, notre plan stratégique inclut d’offrir encore plus de possibilités à nos contrôleurs de se rencontrer. Notamment en s’intégrant à des groupes tournés vers des problématiques sectorielles pour partage d’expérience.

Je tiens à préciser que tous nos bénévoles bénéficient d’une formation interne Don en Confiance. Ils viennent du privé (tertiaire, industrie) comme du public, ont exercé dans différents secteurs d’activité (finance, contrôle, communication…), sont indifféremment homme ou femme et ont tout âge. À titre informatif nous venons de recruter une contrôleuse de 27 ans qui prépare l’École Nationale de la Magistrature.

Sont-ils amenés à contrôler plusieurs associations ?

Ils sont amenés à contrôler une ou deux associations en même temps selon la taille de l’association et leur disponibilité. Ils peuvent en suivre plusieurs durant leur bénévolat et renouveler une fois leur accompagnement auprès d’une association. Enfin ils peuvent changer d’affectation pour des raisons d’appétence, d’intérêt ou de mobilité géographique. 

Parlez-nous des organisations que le Don en Confiance a labellisées à ce jour, combien et dans quels domaines d’intervention ?

95 associations et fondations bénéficient à ce jour de notre label attribué après une période d’instruction selon les critères de la Charte. En termes de domaines d’intervention, nous couvrons :

  • la solidarité en France et à l’international
  • l’éducation et l’enfance
  • l’environnement et la protection animale
  • la santé, le handicap et la recherche
  • le plaidoyer

 Je vous invite à vous rendre sur ce lien pour découvrir nos organisations labellisées

Gardent-elles le label à vie ou peuvent-elles se le voir retiré ?

Le label n’aurait pas beaucoup de valeur s’il était donné à vie. Il est régulièrement remis en jeu. Nos contrôleurs suivent les organisations à l’année sur des cycles de 3 ans. Ils sont donc amenés à rédiger des rapports annuels mais surtout triennaux pour rendre compte de la manière dont l’organisation répond aux critères de la Charte. C’est lors du bilan triennal qu’une commission indépendante des instances de gouvernance de l’association se réunit, analyse les rapports, entend les contrôleurs et décide du renouvellement du label. C’est aussi cette instance indépendante qui octroie le label après une procédure d’instruction qui dure approximativement un an.

Peut-on parler aujourd’hui d’un déficit de générosité et si oui, à quoi est-il dû ?

Depuis 2020, on constate plutôt un regain de générosité et une forte mobilisation des Français pour des causes telles les crises sanitaires, les populations menacées par les guerres, les problématiques environnementales … Cela se traduit par une générosité qui ne faiblit pas.

Parallèlement, l’Observatoire du Don en Confiance 2021 mettait en exergue que 75% des Français sont plus susceptibles de faire un don à une association ou à une fondation qui rend compte de ses missions et de la bonne gestion financière des dons.

La confiance est incontestablement le cœur du sujet dans l’acte de donner. C’est pour cette raison que nous attendons les résultats de la quinzième édition du baromètre de la confiance 2022 afin de voir si la tendance se confirme.

Une association labellisée par le Don en Confiance devrait donc motiver à plus de générosité…

Il est assez difficile de mesurer l’impact direct du label sur le niveau de collecte mais en effet si on en croit les résultats de l’Observatoire, les Français devraient donner plus s’ils sont plus en confiance. Par ailleurs ce que nous assurent les organisations labellisées c’est que l’obtention du label leur permet de s’inscrire dans une démarche de progrès, d’accompagner leur structuration et ainsi de mieux répondre aux attentes des donateurs en utilisant plus efficacement les dons.

Vous arrive-t-il de solliciter les associations et fondations ou est-ce une démarche volontaire de la part des associations et fondations pour l’obtention du label ?

Nous ne faisons que répondre à des demandes. Notre réseau nous conduit toutefois à rencontrer des organisations et à parler de notre démarche mais nous ne sommes pas proactifs. Obtenir le label doit faire l’objet d’un engagement volontaire de leur part.

Existe-t-il d’autres labels que celui du Don en Confiance ou plutôt existe-t-il des structures équivalentes ou complémentaires ?

 Il n’y a pas de structure totalement équivalente mais il existe l’Institut IDEAS qui propose un accompagnement et un label. Nous sommes plusieurs acteurs à faire partie du même écosystème et à accompagner le secteur de la générosité en France avec différents rôles complémentaires. Don en Confiance et IDEAS sont deux labels qui ont imposé leurs exigences aux associations et fondations. Ils ne sont attribués qu’avec parcimonie au bout d’un long processus d’instruction.

Une actualité du Don en Confiance à soumettre ?

Depuis 2020, le Don en Confiance travaille sur une Charte de déontologie du mécénat d’entreprise dont la publication aura lieu fin octobre. C’est un travail collégial porté par la Coordination Générosités : plusieurs collectifs partageant le même intérêt pour le développement de la générosité. Le groupe de travail a été piloté par le Don en Confiance (pour son expertise en matière de déontologie) avec Admical (pour son expertise du mécénat), le réseau Les Entreprises pour la Cité et le Mouvement associatif. Cette Charte aura vocation dans un premier temps à diffuser des bonnes pratiques et des principes d’actions pour encadrer le mécénat d’entreprise. Elle n’aura pas valeur immédiate d’obligation mais elle permettra aux associations et fondations faisant appel au mécénat d’entreprise d’avoir connaissance des grands principes déontologiques à respecter entre le mécène et le porteur de projet.

A titre personnel Rachel, quelles sont les causes qui vous sont chères ?

Je suis très attachée à la démarche de RSE. C’est un réflexe à adopter en toute circonstance, quelle que soit la cause. Certains acteurs associatifs, très investis dans la noblesse de leur cause, ont l’impression que la fin justifie les moyens et en oublient parfois d’être vertueux en interne, de se soucier de l’impact qu’ils peuvent avoir sur le plan sociétal ou environnemental. Or les organisations ne peuvent plus aujourd’hui faire l’économie de ces questions, ne serait-ce déjà que par la contrainte législative qui implique des changements.

Nous sommes attendus par le donateur également sur cette thématique essentielle. Il va donc falloir insuffler de la RSE dans le secteur à but non lucratif qui ne peut plus et ne doit plus faire l’impasse sur le sujet.

Guillaume Sanchez, Directeur général de la SPA

Depuis 1845, la SPA agit pour la protection et le bien-être des animaux sur l’ensemble du territoire français. Ses actions consistent à recueillir les animaux abandonnés ou maltraités et à les faire adopter, à défendre les animaux en détresse ou encore à sensibiliser le public au bien-être animal, notamment les jeunes générations et les collectivités territoriales. Par le lobbying et la communication, elle engage, auprès des pouvoirs publics et du grand public, des actions pour combattre toute pratique à l’origine de la souffrance animale. Rencontre avec Guillaume Sanchez, directeur général de l’association.

Le défenseur du droit des animaux est une idée de Robert Badinter que mon Président Jacques-Charles Fombonne et moi-même avons eu l’honneur de rencontrer. Il nous a accueillis extrêmement chaleureusement, avec éloquence et humilité.

Tout comme il existe un défenseur des droits de l’homme (autorité administrative indépendante), Monsieur Badinter reste convaincu qu’il est pertinent de transposer à l’animal en faisant nommer par le Président de la république un défenseur des droits des animaux. Cette autorité indépendante devra disposer de moyens d’expertise de manière à susciter des dialogues entre des mondes qui n’échangent pas (chasseurs versus protecteurs de l’environnement, défenseurs et détracteurs de l’expérimentation animale). Elle aura vocation aussi à éclairer sur des sujets pour lesquels nous disposons de peu d’information comme le nombre d’animaux abandonnés ou euthanasiés en France. Enfin elle aura pour mission de rendre un rapport annuel devant le parlement afin de permettre de faire évoluer les lois.

La Société Protectrice des Animaux (SPA) existe depuis 176 ans maintenant. Si tout le monde la connaît au moins de nom et sait qu’elle a pour mission première d’accueillir les animaux domestiques abandonnés, pouvez-vous nous éclairer sur son fonctionnement général ? Existe-t-il des missions moins connues du grand public ?

La SPA est une association avec un Conseil d’administration et une équipe salariée unique. Elle regroupe 77 sites incluant des refuges, des maisons SPA, des dispensaires, 1 siège, 1 site logistique et 1 cellule anti-trafic. Cette organisation multi-sites s’appuyant sur 2 axes stratégiques : métier d’accueil et de soins des animaux – communication/pédagogie et grands combats représente l’essence même de la SPA depuis de nombreuses années. Le virage qui a été pris ces derniers temps consiste à se décentrer de l’animal pour travailler sur le rapport homme-animal et s’interroger sur leur enrichissement réciproque.

Si notre mission première consiste en effet à sauver des animaux et à en prendre soin, le grand public oublie souvent que la SPA possède des dispensaires proposant des soins gratuits pour les animaux.

Autre mission peu connue, l’association a la capacité de conduire des enquêtes de maltraitance pour les particuliers mais aussi les professionnels. Nous avons mis en place une cellule anti-trafic composée d’anciens policiers ou gendarmes qui mène quotidiennement des enquêtes sur des filières professionnelles afin de déceler et démanteler la maltraitance et l’exploitation animale illégale.

On associe souvent la SPA à la prise en charge de chiens, de chats et de ce que l’on nomme les NAC (Nouveaux Animaux de Compagnie) mais la SPA possède aussi un grand refuge dans l’Orne pour accueillir de très nombreux chevaux ainsi que des animaux de ferme.

Enfin, je tiens à rappeler que la vocation première de la SPA consiste à sauver les animaux pas à les euthanasier comme beaucoup peuvent le penser. Cette pratique à laquelle nous recourrons dans des cas extrêmes reste donc exceptionnelle.

Face à un animal errant le « bon réflexe » n’est pas toujours évident et le comportement à adopter dépend sans doute de celui de l’animal et du lieu dans lequel on se trouve, pouvez-vous nous donner quelques conseils sur l’attitude à observer lorsque l’on rencontre un animal abandonné ? A qui doit-on s’adresser pour signaler l’abandon ?

Avant de considérer un animal comme abandonné il faut d’abord s’assurer que l’animal est véritablement abandonné. La SPA accueille malheureusement un nombre incalculable de chats ayant des propriétaires tout simplement parce que les chats ne sont pas identifiés par tatouages ou puces électroniques et que nous n’avons pas les moyens de retrouver les propriétaires.

Donc le premier réflexe et le meilleur est tout simplement, lorsque vous voyez un animal divaguant, d’appeler la municipalité ou la fourrière la plus proche. Il faut savoir que la SPA est le 2eme acteur de fourrière nationale, vous avez donc de forte chance que la fourrière soit exercée par la SPA ou par une autre association de protection animale.

Une fois les mauvais traitements signalés, comment s’effectue la prise en charge des animaux en amont de leur arrivée dans vos refuges ?

Un animal divaguant doit d’abord être capturé. Ce sont des missions exercées en priorité par la police municipale, les pompiers ou une société détentrice du marché public. L’animal est ensuite placé en fourrière pour une durée de 8 jours, délai qui permet d’en rechercher le propriétaire qui, une fois identifié, doit venir récupérer son animal. Des frais de garde et de soins lui sont alors facturés.

En ce qui concerne les animaux que la SPA accueille directement, il existe 2 cas de figure : l’abandon au refuge ou le dépôt par les fourrières lorsqu’aucun propriétaire ne s’est manifesté.

La prise en charge par la SPA peut alors commencer. Nous faisons un bilan de santé de l’animal et nous nous laissons un délai d’observation d’environ 8 jours pour apprendre à le connaître. Une fois soigné, stérilisé, identifié, l’animal rentre dans le parcours classique de l’adoption. Il intègre notre système informatique interne et rejoint notre plateforme internet dédiée à l’adoption.

La non stérilisation des chats semble constituer avec l’achat réflexe en animalerie la cause principale de l’abandon des animaux, comment la SPA sensibilise-t-elle sur ces 2 sujets ?

La SPA a effectué il y a 2 ans une grande étude sur la stérilisation des chats confirmant le caractère essentiel de cette pratique qui fait pourtant l’objet d’idées préconçues.

  • La 1ère idée fausse consiste à penser que l’on peut la repousser considérant l’animal trop jeune en oubliant qu’un chat commence à se reproduire alors qu’il n’a que l’âge de 4 mois.
  • La 2ème idée fausse : faire faire une portée à son chat en pensant que c’est bon pour sa santé. C’est totalement erroné.

Lorsque l’on possède un chat le faire stériliser est donc fondamental.

La SPA pratique ce type d’intervention dès qu’un animal rejoint ses refuges et essaye de sensibiliser les collectivités territoriales à lancer des campagnes de stérilisation des chats errants.  Elle y participe financièrement ou humainement lorsque c’est possible, sinon nous nous appuyons sur des associations partenaires pour qu’elles assurent le trappage de l’animal avant sa prise en charge vétérinaire par nos services.

Malheureusement nous parlons ici de 300 campagnes, ce qui représente une goutte d’eau à l’échelle du territoire. La SPA souhaitait dans le cadre du projet de loi contre la maltraitance animale – approuvé au mois de novembre 2021 – que cette stérilisation soit systématique et que les communes en fassent une responsabilité obligatoire mais il y a eu bronca de la part des élus assez peu enclin à financer l’opération.  Pourtant outre la prolifération des chats non stérilisés, ces derniers représentent un danger pour la santé humaine et pour la faune locale, notamment les oiseaux.

En ce qui concerne l’achat réflexe en animalerie maintenant, la SPA a été à l’origine d’une grande campagne choc intitulée « Stop animal Objet – Mobilisons-nous ! » et a obtenu une vraie victoire puisque la loi contre la maltraitance animale va d’ici quelques années interdire la vente de chats et de chiens en animalerie. On espère aller plus loin avec l’interdiction à la vente des NAC qui continuent d’être un produit d’appel, achetés sur le coup d’une envie immédiate et parfois traités sans égard.

Enfin, il est grand temps d’agir sur les réseaux sociaux ou les plateformes de vente comme le Bon Coin. Cette marchandisation sous couvert de don est inacceptable, non encadrée. On vend l’animal sur les parkings sans aucun soin, sans aucune précaution.

Est-il possible d’avoir accès à la stérilisation gratuite ou tout au moins à un prix accessible dans votre association ?

Elle est possible dans les dispensaires pour les gens qui n’en ont pas les moyens mais nous ne pouvons pas non plus entrer en concurrence avec les vétérinaires. La SPA a également toute une partie consacrée à l’aide aux particuliers. Ainsi + 1.500 personnes par an, à partir d’un devis du vétérinaire, nous contactent et sont pris en charge dans la limite de 500 euros.

Il faut savoir quand même que la stérilisation d’un animal coûte entre 125 et 250 euros, c’est assez onéreux.

Quelles sont les actions que vous mettez en place lorsque vous recueillez un animal ?

La première action concrète consiste à faire un bilan de santé de l’animal : comment est-ce qu’il se porte ? Quel est son état moral ? Est-il approchable et adoptable ? Il existe des animaux à tendance suicidaire qui ne se nourrissent plus et sont traumatisés par le nouvel environnement proposé sans maître attitré.

Quels sont les profils des animaux recueillis ? Avez-vous des difficultés à les faire adopter ?

Beaucoup de chats de gouttières, très peu de race. Côté chiens de refuge, la SPA recueille quelques chiens de race acquis par effet de mode tels les Malinois ou autre molosse qui servent d’abord de chien de garde pour finir abandonnés par des propriétaires ne sachant pas s’en occuper. Victime de la violence sociale grandissante, nous constatons de plus en plus d’agressivité chez certains chiens qui arrivent avec des pathologies comportementales aggravées depuis la crise COVID.

Pour pallier le phénomène, nous essayons de faire de la prévention et amplifions notre communication. Nous accueillons d’ailleurs sur C8 une émission intitulée « Animaux adoptés » que je vous invite à regarder, sincère sur la réalité des chiens et des chats que nous recueillons.

Par leur âge, leur pathologie ou leur handicap, certains de nos animaux ne sont pas plébiscités par les adoptants. Les chats FIV par exemple (similaire au VIH pour l’homme mais qui ne se transmet qu’entre chats) sont presque toujours écartés et victimes d’un délit de « sale gueule ». La situation se complexifie pour les chiens traumatisés par leur expérience avec l’homme dont beaucoup peinent à trouver un propriétaire susceptible de leur proposer des conditions de vie adéquates. Pour faciliter leur adoption, la SPA a créé le dispositif « SOS » qui propose une participation financière libre à l’adoption.

Souffrant de lourdes pathologies ou devenus très âgé, l’animal rentre là dans un autre dispositif que nous nommons « famille d’accueil définitive » dans lequel nous nous engageons à prendre en charge tous les soins liés à la pathologie.

Enfin quand l’animal est condamné par un comportement compliqué ne lui permettant pas de sortir du refuge, malheureusement l’euthanasie s’impose.

Sur les 45.000 animaux que nous gérons par an, nous arrivons à en faire adopter 40.000, ce qui fait de nous la première association de protection animale. Les 5000 restants attendent toujours un foyer.

Comment responsabilisez-vous les adoptants pour leur faire comprendre qu’acquérir un animal de compagnie est un engagement sur le long terme ? exercez-vous un suivi ?

Une adoption responsable à la SPA prend du temps. L’adoptant doit venir en plusieurs fois accompagné de tous les membres de sa famille et des animaux dont il dispose déjà. Lorsqu’il y a doute, nos bénévoles effectuent des visites post-adoption en véhiculant le message qu’en cas d’incompatibilité il est préférable de redonner l’animal plutôt que de l’abandonner.

En décembre 2020, Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, a présenté le premier plan d’actions visant à lutter contre l’abandon des animaux de compagnie qui poursuit son déploiement avec l’installation de l’Observatoire de la protection des animaux de compagnie. Plus récemment, la loi visant à lutter contre la maltraitance animale et conforter le lien entre les animaux et les hommes, promulguée le 30 novembre 2021, comprend des mesures notamment pour développer la sensibilisation sur le bien-être animal et lutter contre la maltraitance des animaux domestiques, que pensez-vous de ces actions ? Représentent-elles une avancée majeure ?

La loi de novembre 2021 représente clairement une avancée majeure. Nous nous sommes beaucoup mobilisés sur le sujet et avons même publié des articles. La loi a d’ailleurs connu une évolution à la demande de la SPA et vise aujourd’hui à lutter contre la maltraitance animale ainsi qu’à conforter le lien entre les animaux et les hommes.

Cette loi promulgue un ensemble de mesures qui vont avoir un impact profond sur le comportement à l’égard des animaux comme la fin de la vente en animalerie ou sur les sites internet, la fin des animaux dans les cirques ou delphinarium.

Elle propose également que la vente d’animaux soit encadrée par l’obligation de remplir une attestation stipulant qu’il y a bien eu un échange d’informations sur les besoins de l’animal.

Enfin la loi prévoit une sensibilisation dans les écoles. A cet effet d’ailleurs nous sommes la première association de protection animale à avoir obtenu l’agrément de l’éducation nationale pour intervenir dans les écoles. L’année dernière ce sont près de 6.000 jeunes qui ont été sensibilisés dans les lycées et collèges. Parallèlement, en 3 ans, nous sommes passés de 26 à 34 clubs jeunes qui permettent aux enfants de s’investir pour la cause animale dès leur plus jeune âge. Ces clubs sont ouverts aux enfants et adolescents âgés de 11 à 17 ans, passionnés par les animaux, qui peuvent partager ensemble les valeurs de respect pour la protection du Vivant. Ils sont accompagnés par nos bénévoles encadrants.

Que reste-t-il à faire selon vous pour faire avancer la cause animale et protéger les animaux domestiques ?

Il reste beaucoup à faire malheureusement, notamment pour les chiens de catégorie victimes d’un délit de sale gueule. La loi de 1999 qui ciblait certaines races a été détournée. Certes il n’existe désormais presque plus de pit-bull interdits à la reproduction mais les gens ont fait des croisements ou sont allés chercher d’autres types de races. Le Staffie par exemple qui est un molosse est devenu la 4ème race la plus achetée. Lorsque nous les récupérons, ces chiens dits de 1ère catégorie devraient pouvoir être mis à l’adoption dans des conditions particulières et encadrées or aujourd’hui nous sommes obligés de les euthanasier, leur adoption étant interdite. Pourtant ce sont souvent des chiens adorables.

Autre point d’importance, il nous semble indispensable que les fourrières et les refuges travaillent plus de concert. Les fourrières devraient avoir l’obligation de proposer les animaux aux associations en priorité avant d’envisager l’option « euthanasie ».

La question des NAC (hamsters, lapins…) aussi, qui sont aujourd’hui vendus derrière une vitrine sans que l’on ne prenne en compte leurs besoins, a été complètement oubliée.  Les règles de détention d’un nouvel animal de compagnie varient selon que l’animal appartient à une espèce domestique ou sauvage et la détention d’un animal appartenant à une espèce domestique n’est pas règlementée.

Enfin il existe de grands combats qui tiennent à cœur de la SPA comme l’abrogation de la corrida ou encore l’abolition de l’expérimentation animale qui aboutit à des résultats trompeurs, gâche de l’argent, du temps et des ressources précieuses qui pourraient être consacrées à de la recherche efficace et applicable à l’homme.

Quels sont vos moyens pour faire pression sur les décideurs politiques et avez-vous l’impression d’être entendus ?

A l’initiative de Convergence Animaux Politique, 29 ONG de protection animale se sont rassemblées pour mobiliser les candidats à la présidentielle 2022 sur la condition animale.  22 mesures prioritaires pour le quinquennat, couvrant six grandes thématiques : Élevage, transport et abattage ; Expérimentation animale ; Divertissement et captivité ; Animaux de compagnie et loisir ; Animaux sauvages et biodiversité, Animaux et société ont été définies avec demande d’engagement de la part des élus sur ces mesures ambitieuses et largement soutenues par la population.

La SPA s’est mobilisée en essayant de porter des mesures simples et concrètes qui ont été bien accueillies car les élus prennent aussi conscience que leur électorat est sensible à la cause. Maintenant lorsque l’on voit les résultats, nous ne pouvons pas dire que nous sommes satisfaits.

La SPA a demandé au chef de l’Etat de nommer dès son investiture un défenseur des droits des animaux pour condamner toutes formes de maltraitance, parlez-nous de son rôle ?  Comment l’imaginez-vous ?

Le défenseur du droit des animaux est une idée de Robert Badinter que mon Président Jacques-Charles Fombonne et moi-même avons eu l’honneur de rencontrer. Il nous a accueillis extrêmement chaleureusement, avec éloquence et humilité.

Tout comme il existe un défenseur des droits de l’homme (autorité administrative indépendante), Monsieur Badinter reste convaincu qu’il est pertinent de transposer à l’animal en faisant nommer par le Président de la république un défenseur des droits des animaux. Cette autorité indépendante devra disposer de moyens d’expertise de manière à susciter des dialogues entre des mondes qui n’échangent pas (chasseurs versus protecteurs de l’environnement, défenseurs et détracteurs de l’expérimentation animale). Elle aura vocation aussi à éclairer sur des sujets pour lesquels nous disposons de peu d’information comme le nombre d’animaux abandonnés ou euthanasiés en France. Enfin elle aura pour mission de rendre un rapport annuel devant le parlement afin de permettre de faire évoluer les lois.

Que vous évoque la phrase de Gandhi « On peut juger de la grandeur d’une nation par la façon dont les animaux y sont traités » ?

Gandhi a souvent eu un regard juste sur la condition animale et sur celle de l’homme en général. Sa maxime « Œil pour œil et le monde finira aveugle » en dit long sur la philosophie humaniste qu’il défendait.

Concernant la condition animale, plus la société évolue plus l’individu prend en considération l’altérité, les droits de l’autre et ceux des êtres vivants. Les animaux, notamment les domestiques, occupent une place particulière dans nos sociétés et la SPA se félicite qu’ils aient été reconnus dans le code civil comme des êtres vivants doués de sensibilité. On espère maintenant, en ce qui concerne les animaux d’élevage, l’amélioration de leurs conditions d’hébergement et de transports qui sont encore trop souvent oubliées.

L’attention à l’autre, le « care », concerne directement la cause animale. En quittant son statut d’objet, l’animal devient un individu à part entière. L’étendard des droits humains s’étend de manière croissante sur les animaux comme un prolongement de la sensibilité humaine. Parallèlement, la prise de conscience d’une sensibilité animale propre à chaque individu vient le questionner dans la place accordée à l’animal.

La crise COVID a-t-elle entraîné une hausse des abandons ? Et si oui, comment l’expliquez-vous ?

Depuis la crise COVID, les taux d’abandon atteignent des sommets. Nous n’arrivons plus à placer nos animaux et à les faire adopter. Les refuges ne désemplissent pas. Tous les ans, ils sont plein pendant la période estivale (juillet-août) et pendant la période de reproduction des chatons. Cette année ils ne désengorgent pas depuis le mois de mai. Toutes les associations de protection animale sont malheureusement touchées. Plus personne ne vient adopter de chiens et très peu adoptent des chats.

C’est un sujet qui peut s’expliquer par le coût que représente la prise en charge d’un animal que supportent sans doute de moins en moins les ménages ou peut-être par les envies de voyage qu’a généré l’enfermement de la crise COVID.

Comment s’organise la SPA au niveau Ressources Humaines, est-elle essentiellement composée de permanents ou de bénévoles et entre eux, comment se répartissent les fonctions ?

Notre modèle est à la base un modèle salarial. Compte tenu de notre croissance en termes de prise en charge d’animaux, l’association a créé plus de 100 postes en 4 ans. Nous sommes passés de 650 à quasi 750 salariés.

Parallèlement nous essayons de renforcer notre pool de bénévoles sachant que 4.250 d’entre eux nous accompagnent déjà et sont indispensables à plusieurs titres.

D’abord, un bénévole est une personne convaincue, à même de sensibiliser son entourage à la cause et d’aboutir à une éducation responsable. Ensuite, les bénévoles sont indispensables dans les refuges par le temps qu’ils accordent à la sortie des chiens, à leur éducation, tout simplement à leur donner de l’affection. Enfin, certains de nos bénévoles sont dédiés à la réalisation d’enquêtes sur la maltraitance animale. Ils sont alors formés, accompagnés, présents sur le territoire pour répondre aux plaintes et signalements concernant la maltraitance. Sur ce point nous recevons environ 15.000 signalements à l’année dont la moitié correspondent à des situations de mauvais voisinage.

La grande force de la SPA est vraiment de parler à tout le monde. Nos bénévoles proviennent de tous milieux sociaux, ont tous les âges mais se rejoignent sur une passion commune : les animaux !

Comment vous financez-vous ?

Exclusivement par le don et les legs. Nous n’avons pas de subventions publiques. Nous ne pouvons compter que sur nous-même. Notre modèle est donc très fragile.

La SPA a choisi en 2016 de faire une demande d’instruction pour l’obtention du label « Don en Confiance », en quoi est-ce important pour vous ?

Notre Président a même été élu pour représenter la SPA au Conseil d’administration du Don en Confiance, c’est vous dire l’importance que l’adhésion à la Charte de déontologie du Don en Confiance revêt pour nous.

En 2016, lors d’une période très compliquée médiatiquement marquée par la sortie d’un rapport accablant de la cour des comptes, le passage de la brigade de la répression de la délinquance économique, des licenciements en interne, des articles négatifs dans la presse, la SPA a connu une traversée du désert. Le Don en Confiance a été le seul à nous tendre la main dans une optique de travail conjoint et de progression. Je tiens vraiment à rendre hommage au contrôleur de l’époque (ainsi d’ailleurs qu’à notre contrôleuse actuelle) qui avec bienveillance et professionnalisme nous ont assistés et ont largement contribué à notre amélioration.

La SPA a touché le fond dans quasiment tous les secteurs possibles, a failli couler et ressort la tête haute. Aujourd’hui nous sommes humbles et avons envie de retrouver une place parmi les autres acteurs associatifs, de partager nos bonnes pratiques et de nous enrichir des leurs. Le Don en Confiance nous permet de le faire.

Quel chemin avez-vous parcouru depuis votre labellisation ?

Un énorme chemin. Pour ne citer que cela,

  • nous avons mis en place une mission audit et contrôle interne qui n’existait pas.
  • nous avons engagé une stratégie d’investissements immobiliers
  • nous déployons une communication bien plus adaptée et transparente de l’utilisation des dons et des legs
  • nous avons engagé un vrai travail sur l’éthique et la manière d’utiliser l’argent. Tous nos salariés et administrateurs ont reçu une formation sur la probité.
Vous êtes la seule association à avoir été contrôlée par l’Agence Française Anticorruption (AFA) en 2019, pouvez-vous nous en dire plus ?

L’Agence Française Anticorruption est une autorité publique à laquelle nous avons eu obligation de répondre en 2019. Ce n’est pas une institution partenariale mais ce qui est intéressant c’est que nous avons réussi à créer avec elle les conditions d’un dialogue constructif.

L’AFA préconisait 18 recommandations pour la SPA. En 3 ans, 12 ont été entièrement mises en œuvre, 6 sont en cours de traitement. C’est vous dire le chemin parcouru.

Parlez-nous de votre actualité

Notre grande actualité est la victoire de la liste de Jacques-Charles Fombonne réélu à 71% pour un mandat de 6 ans. Cette réélection va nous permettre d’avancer sur notre stratégie SPA 2030 « pour tous, partout, contre toute forme de malveillance » afin de devenir la référence du bien-être animal. Ces 3 piliers et cette cible repose sur un socle : la bonne gestion de l’association. De ce point de vue-là le Don en Confiance y est directement associé !

Le Don en confiance préconise spécifiquement aux associations et fondations à but non lucratif faisant appel public à la générosité de réaliser chaque année un Essentiel. C’est un document d’information clair, synthétique et pédagogique destiné au grand public. Il décrit en quelques pages ce qu’est l’organisation, ses principales réalisations de l’année, l’ensemble des fonds reçus, leur origine et leur utilisation, en particulier ceux provenant de la générosité du public, et le cas échéant les principaux écarts par rapport aux années précédentes, ainsi que les événements significatifs intervenus dans l’année. 

En savoir plus : Télécharger le guide