Selon les dernières statistiques de Plan International, 132 millions de filles restent non scolarisées aujourd’hui dans le monde. « Toutes à l’école » est une ONG qui œuvre pour la scolarisation des petites et jeunes filles au Cambodge afin que chacune d’entre elles ait la même chance que son frère de se bâtir un avenir prometteur. En les accompagnant depuis le primaire jusqu’à leur premier emploi, « Toutes à l’école » offre une éducation de haut de niveau à ces filles, qui seront les mères de demain et sauront ainsi transmettre le meilleur à leurs enfants. Rencontre avec Véronique Darasse, directrice générale.

Le Cambodge est un pays particulier qui a subi un génocide perpétré par les Khmers rouges jusqu’en 1979. Le fait d’avoir décimé ses élites, ses intellectuels et l’intégralité de son système éducatif a rendu l’intervention d’ONG nécessaire au Cambodge. Elles ont grandement participé à la reconstruction du système éducatif. L’action des ONG est fondamentale dans l’éducation en général et dans celle des filles en particulier. Nous avons connaissance de programmes similaires en Afrique ou Asie, qui sont très pertinents et participent sans aucun doute à cette progression de la scolarisation dans le monde.

« Toutes à l’école » est une ONG créée par Tina Kieffer, ancienne journaliste, aujourd’hui présidente de l’association, parlez-nous de l’origine du projet…

Véronique Darasse : Tina Kieffer a raconté la genèse de son projet dans un livre intitulé Une déflagration d’amour. Elle y explique les circonstances qui l’ont amenée à créer cette école à l’époque de son voyage au Cambodge en famille, en période de Noël, dans le cadre de sa fonction de directrice de la rédaction du magazine Marie-Claire. Elle s’est alors retrouvée face à la réalité du terrain, au cœur même d’un orphelinat de la banlieue de Phnom Penh où elle a rencontré une petite fille qui l’a émue et qu’elle a tout de suite voulu adopter. Cette adoption a été un véritable parcours du combattant, mais, une fois réalisée, Tina a ressenti le besoin d’aider toutes les autres petites filles pauvres en leur offrant une chance d’accéder à l’éducation grâce à la création d’une école.

Pourquoi le choix des filles exclusivement, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

V.D : Au Cambodge, beaucoup de filles ne vont pas à l’école car elles sont bien souvent obligées de travailler dès le plus jeune âge afin de contribuer aux revenus de la famille. Heureusement, la société cambodgienne évolue peu à peu, mais aujourd’hui seules 12% des Cambodgiennes passent le bac. Et comme le souligne fréquemment Tina : « Une mère adulte une fois éduquée sauve la génération suivante ». J’adhère totalement à cette maxime. A titre personnel, en tant que mère de trois garçons, je sais à quel point une mère instruite éduque ses enfants de manière différente. La mère « transmettrice » va former les générations suivantes, véhiculer des valeurs fortes et au final avoir un impact considérable sur la progression sociale.

Le Cambodge est un pays pauvre et traditionnel mais ce n’est pas un pays où la situation des femmes est particulièrement grave, comme en Afghanistan. Si les filles ne vont pas à l’école, ce n’est pas pour des raisons culturelles ou religieuses, c’est pour des raisons économiques. C’est donc la mission principale de « Toutes à l’école » : scolariser des petites filles et soutenir leurs familles dans cette démarche d’émancipation.

L’association gère aujourd’hui une maternelle et une école primaire bilingues, un collège, un lycée dans la banlieue de Phnom Penh et deux foyers pour étudiantes post-bac dans la capitale… Comment s’organise la vie scolaire dans vos établissements ?

V.D : Une fille qui rentre en maternelle aujourd’hui s’engage dans un parcours scolaire qui va durer treize ans, de la maternelle jusqu’au baccalauréat. Le recrutement des fillettes s’effectue majoritairement dans un périmètre de 8 kilomètres, même si nous sommes amenés de plus en plus à recruter dans des poches de pauvreté plus éloignées encore. Ce développement nous a ainsi conduit à créer deux internats réservés en priorité aux élèves qui ont trop de temps de transport ou à celles qu’il faut protéger. Car au-delà de sa mission éducative, il faut savoir que notre campus propose un suivi médical et social des élèves. Nous sommes là aussi pour prévenir les violences de toute nature que peuvent subir les jeunes-filles admises dans nos établissements. Dans le domaine de la maltraitance ou de l’abandon, nous gérons au cas par cas et faisons face à des situations très variées (violences familiales, perte prématurée des parents…) L’internat permet aux élèves de se ressourcer, de progresser, d’évoluer dans un environnement de travail et affectif adapté.

Pour rebondir sur la prise en charge des situations douloureuses et l’intégration des filles dans vos internats, comment gérez-vous les fratries ?

V.D : Nous proposons un programme pour les garçons à différents niveaux avec :

  • l’octroi de bourses aux familles afin de permettre à leurs fils d’avoir accès à l’école publique,
  • l’ouverture aux petits frères de nos espaces de jeux, nos équipements sportifs ainsi que nos salles d’informatique,
  • l’accueil des frères le samedi ou le mercredi dans nos locaux afin de vérifier qu’ils ont acquis les fondamentaux (lire, écrire, compter) avant leur entrée au collège. Leur présence est également l’occasion de leur offrir un repas le midi.
Combien de personnes employez-vous pour combien de bénéficiaires ?

V.D : Le campus emploie 300 personnes pour 1300 bénéficiaires, 1700 en incluant les étudiantes post-bac. Chaque niveau compte 4 classes de 25 élèves, donc 100 élèves par niveau.

Êtes-vous satisfaits du taux de réussite ? Parlez-nous de vos plus beaux succès ?

V.D : Grâce à notre programme scolaire de haut niveau, nous obtenons chaque année 100% de réussite au brevet des collèges tout comme au baccalauréat. Quand l’intégralité de notre première promotion d’élèves inscrites a obtenu le bac en 2018, nous étions époustouflées car le taux de réussite au Cambodge se situe plutôt aux alentours de 66%. Être parmi les meilleures écoles du Cambodge nous rend fiers de nos élèves issues de la grande pauvreté. Une fois leur baccalauréat obtenu, nos élèves intègrent l’un de nos deux foyers d’étudiantes à Phnom Penh afin de suivre leurs études post-bac. Certaines poursuivent même leurs études à l’étranger. Nous avons également eu la chance dans la dernière promotion d’avoir deux élèves, Panha et Srey Ka, excellentes en mathématiques, qui ont passé le concours d’entrée à l’INSA Lyon et l’ont décroché. Elles viennent d’intégrer cette école d’ingénieur pour cinq ans. Notre modèle scolaire favorise les séjours à l’étranger. Ainsi, depuis 2018, nous avons développé un partenariat avec le lycée international de Saint-Germain-en-Laye au sein duquel deux de nos élèves ont effectué leur classe de seconde. Cette année, c’est le lycée international de Saint-Denis à Loches, près de Tours, qui accueille Nimul et Srey Khuoch. Ces cursus permettent à nos filles de revenir sur le campus motivées et performantes, bilingues anglais-français, et de jouer le rôle d’ambassadrices de la réussite pour leurs camarades. Une autre de nos élèves, Ngim, est venue suivre une formation d’un an en France à l’invitation de l’Institut Marangoni, école de mode très réputée. Ce cursus s’est prolongé par un stage de six mois chez Kenzo. Une véritable chance lorsqu’on connaît le coût de ces études. Et aujourd’hui, Ngim travaille toujours pour Kenzo en free-lance.

Comment recrutez-vous vos professeurs ? Bénéficient-ils d’une formation spécifique ?

V.D : Pour être enseignant en primaire au Cambodge, il faut avoir fait l’Institut National d’Education (INE), l’équivalent de nos Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education (ESPE/ex-IUFM). Nos instituteurs ont donc tous fait l’INE, et travaillent à mi-temps à l’école publique.  En revanche, pour enseigner dans le secondaire, il faut avoir un master, ce qu’ont donc tous nos professeurs. Enfin, pour les cours de langues, nous faisons appel à des native speakers francophones, anglophones ou chinois.

Quelles sont vos ressources financières ?

V.D : « Toutes à l’école », c’est environ 5 millions d’euros de collecte par an qui proviennent à 55% de fonds privés, à 33,5% de ressources collectées et à 10% de legs, donations et assurances-vie. Notre mission sociale se réalise majoritairement au Cambodge, où le coût global du projet coûte environ 3 millions et demi. Nous ne disposons d’aucun financement public, ni en France, ni au Cambodge, et nos fonds proviennent pour moitié des parrainages, qu’ils soient individuels ou d’entreprises, ainsi que de dons ou de projets financés par les entreprises et les fondations. Notre modèle repose sur un principe de parrainage. Chaque élève dispose de 4 parrains qui financent l’intégralité de sa scolarité. Les parrains viennent parfois sur place pour rencontrer leurs filleules, passer une journée à l’école, rendre visite à la famille et faire des dons alimentaires.

Vous avez obtenu le label Don en Confiance en 2011, pourquoi avoir fait le choix de cette labellisation ?

V.D : Il était déterminant pour nous de dire à nos donateurs qu’ils pouvaient donner en toute confiance. Cette confiance n’est rendue possible que par la diffusion d’informations en toute transparence. Le label Don en Confiance est pour eux extrêmement rassurant.

Avez-vous vu le reportage d’Elise Lucet intitulé Entreprises, mécénat, associations : les liaisons dangereuses, qui entre autres sujets soulignait de potentiels dysfonctionnements du Don en Confiance, remettant par la même en cause la valeur du label ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? A titre personnel qu’a apporté le Don en Confiance à votre association depuis votre adhésion aux principes de la Charte ? 

V.D : Bien sûr que je l’ai regardé. C’est mon travail. Objectivement, nous avons trouvé cette émission très à charge pour les ONG et risquant de faire du tort à l’ensemble du secteur au moment où la générosité est fragilisée par l’actualité. Ce reportage n’a nullement entamé notre confiance vis-à-vis du Don en Confiance. Labellisés depuis onze années, nous avons largement eu le temps de nous rendre compte à quel point les contrôleurs, par un travail de fond, nous ont permis de progresser. Nous ne pouvons que les remercier pour toutes les zones de vigilance sur lesquelles ils nous ont alertés.

De quelles manières, le Don en Confiance encourage ses organisations labellisées à évoluer ?

V.D : L’affectation d’un contrôleur bénévole pour une durée de trois ans nous encourage et nous permet de nous concentrer sur des sujets majeurs (nos procédures de contrôle interne, la sécurisation de la propriété de nos terrains au Cambodge, notre politique de réserve…) auxquels nous n’aurions pas nécessairement pensé seuls. Pour finir, il participe largement par son accompagnement et ses conseils à nous faire progresser en permanence.

« L’éducation est un droit et nous devons tout faire pour nous assurer que ce droit est respecté pour chaque enfant », a affirmé la directrice générale de l’Unesco, Audrey Azoulay. En 2000, plus de 400 millions d’enfants n’allaient pas à l’école. En 2022, ce sont 244 millions de jeunes âgés de 6 à 18 ans qui ne vont toujours pas à l’école. Le progrès est donc considérable. Quelle est la part des ONG dans ce progrès et selon vous quels sont les facteurs à observer pour qu’il s’accroisse encore ?

V.D : En ce qui nous concerne, le Cambodge est un pays particulier qui a subi un génocide perpétré par les Khmers rouges jusqu’en 1979. Le fait d’avoir décimé ses élites, ses intellectuels et l’intégralité de son système éducatif a rendu l’intervention d’ONG nécessaire au Cambodge. Elles ont grandement participé à la reconstruction du système éducatif. L’action des ONG est fondamentale dans l’éducation en général et dans celle des filles en particulier. Nous avons connaissance de programmes similaires en Afrique ou Asie, qui sont très pertinents et participent sans aucun doute à cette progression de la scolarisation dans le monde.

L’objectif d’une éducation de qualité pour tous d’ici 2030 – fixé par les Nations Unies dans un rapport de l’Unesco publié à 3 semaines du sommet « Transformer l’éducation », qui s’est tenu en septembre 2022 – est-il atteignable ?

V.D : Je l’espère ! Nous avons déjà parié dessus en offrant une éducation de grande qualité à des petites filles pauvres au Cambodge. Eduquer les enfants pauvres fait indéniablement avancer un pays. Ces enfants sont réceptifs, travailleurs, motivés à apprendre pour s’émanciper mais aussi pour aider leurs familles et leur nation.

Quels sont les facteurs d’amélioration selon vous pour que l’on tende vers une égalité d’accès à l’éducation en termes de parité fille-garçon ?

(Sourire.)
V.D : Nous, nous avons su y répondre en axant notre modèle sur la scolarisation des filles, élément essentiel de leur accès à l’autonomie économique et enjeu majeur de développement.  Avoir décidé de suivre ce modèle est peut-être déjà une réponse, non ?

En termes de projets futurs, pensez-vous plus largement étendre vos actions à d’autres pays d’Asie limitrophes connaissant les mêmes problématiques (Vietnam, Laos, Philippines…) ?

V.D : Nous n’avons absolument pas la capacité à lever autant de fonds que nécessaires pour dupliquer notre modèle. Nous préférons améliorer notre école en favorisant de nouveaux programmes d’envergure, comme le fait de permettre à nos élèves post-bac d‘accéder à des formations bilingues anglais dispensées au sein d’universités de qualité. C’est pourquoi l’une de nos priorités consiste aujourd’hui à proposer à tous les niveaux de classes un enseignement bilingue. Nous avons commencé l’année dernière par la maternelle, cette année, nous l’étendons à la classe de CP. C’est un travail qui nous emmènera jusqu’à l’année scolaire 2033-34, qui sera l’année de notre première promotion de bachelières bilingues. Tina nourrit toutefois le rêve de rencontrer une fondation qui accepterait de sécuriser notre projet et éventuellement financer sa duplication. C’est une excellente idée, bien sûr, mais aujourd’hui nous n’en sommes pas capables.

Une actualité à nous soumettre ?

V.D : « Toutes à l’école » poursuit son virage green déjà amorcé depuis 2015. Nous avons créé un grand champ de permaculture qui a permis de sensibiliser nos élèves contre l’usage dramatique des pesticides au Cambodge. Nous devenons une école engagée pour le développement durable et la transition écologique, notamment avec la mise en place du Zéro plastique (collecte de plastique autour de l’école, récupération du plastique domestique). Nous avons également posé notre candidature pour obtenir le label Green School.

Aujourd’hui, nous intégrons la crise climatique dans nos matières enseignées. Nos élèves animent des éco-comités pour réduire l’usage du plastique et transmettre à la communauté les gestes permettant de sauvegarder l’environnement. 

Parce qu’« éduquer les filles, c’est aussi sauver la planète», nous préparons nos bachelières à tous ces nouveaux métiers émergeants.

Le Don en confiance préconise spécifiquement aux associations et fondations à but non lucratif faisant appel public à la générosité de réaliser chaque année un Essentiel. C’est un document d’information clair, synthétique et pédagogique destiné au grand public. Il décrit en quelques pages ce qu’est l’organisation, ses principales réalisations de l’année, l’ensemble des fonds reçus, leur origine et leur utilisation, en particulier ceux provenant de la générosité du public, et le cas échéant les principaux écarts par rapport aux années précédentes, ainsi que les événements significatifs intervenus dans l’année. 

En savoir plus : Télécharger le guide

Guillaume Sanchez, Directeur général de la SPA

Depuis 1845, la SPA agit pour la protection et le bien-être des animaux sur l’ensemble du territoire français. Ses actions consistent à recueillir les animaux abandonnés ou maltraités et à les faire adopter, à défendre les animaux en détresse ou encore à sensibiliser le public au bien-être animal, notamment les jeunes générations et les collectivités territoriales. Par le lobbying et la communication, elle engage, auprès des pouvoirs publics et du grand public, des actions pour combattre toute pratique à l’origine de la souffrance animale. Rencontre avec Guillaume Sanchez, directeur général de l’association.

Le défenseur du droit des animaux est une idée de Robert Badinter que mon Président Jacques-Charles Fombonne et moi-même avons eu l’honneur de rencontrer. Il nous a accueillis extrêmement chaleureusement, avec éloquence et humilité.

Tout comme il existe un défenseur des droits de l’homme (autorité administrative indépendante), Monsieur Badinter reste convaincu qu’il est pertinent de transposer à l’animal en faisant nommer par le Président de la république un défenseur des droits des animaux. Cette autorité indépendante devra disposer de moyens d’expertise de manière à susciter des dialogues entre des mondes qui n’échangent pas (chasseurs versus protecteurs de l’environnement, défenseurs et détracteurs de l’expérimentation animale). Elle aura vocation aussi à éclairer sur des sujets pour lesquels nous disposons de peu d’information comme le nombre d’animaux abandonnés ou euthanasiés en France. Enfin elle aura pour mission de rendre un rapport annuel devant le parlement afin de permettre de faire évoluer les lois.

La Société Protectrice des Animaux (SPA) existe depuis 176 ans maintenant. Si tout le monde la connaît au moins de nom et sait qu’elle a pour mission première d’accueillir les animaux domestiques abandonnés, pouvez-vous nous éclairer sur son fonctionnement général ? Existe-t-il des missions moins connues du grand public ?

La SPA est une association avec un Conseil d’administration et une équipe salariée unique. Elle regroupe 77 sites incluant des refuges, des maisons SPA, des dispensaires, 1 siège, 1 site logistique et 1 cellule anti-trafic. Cette organisation multi-sites s’appuyant sur 2 axes stratégiques : métier d’accueil et de soins des animaux – communication/pédagogie et grands combats représente l’essence même de la SPA depuis de nombreuses années. Le virage qui a été pris ces derniers temps consiste à se décentrer de l’animal pour travailler sur le rapport homme-animal et s’interroger sur leur enrichissement réciproque.

Si notre mission première consiste en effet à sauver des animaux et à en prendre soin, le grand public oublie souvent que la SPA possède des dispensaires proposant des soins gratuits pour les animaux.

Autre mission peu connue, l’association a la capacité de conduire des enquêtes de maltraitance pour les particuliers mais aussi les professionnels. Nous avons mis en place une cellule anti-trafic composée d’anciens policiers ou gendarmes qui mène quotidiennement des enquêtes sur des filières professionnelles afin de déceler et démanteler la maltraitance et l’exploitation animale illégale.

On associe souvent la SPA à la prise en charge de chiens, de chats et de ce que l’on nomme les NAC (Nouveaux Animaux de Compagnie) mais la SPA possède aussi un grand refuge dans l’Orne pour accueillir de très nombreux chevaux ainsi que des animaux de ferme.

Enfin, je tiens à rappeler que la vocation première de la SPA consiste à sauver les animaux pas à les euthanasier comme beaucoup peuvent le penser. Cette pratique à laquelle nous recourrons dans des cas extrêmes reste donc exceptionnelle.

Face à un animal errant le « bon réflexe » n’est pas toujours évident et le comportement à adopter dépend sans doute de celui de l’animal et du lieu dans lequel on se trouve, pouvez-vous nous donner quelques conseils sur l’attitude à observer lorsque l’on rencontre un animal abandonné ? A qui doit-on s’adresser pour signaler l’abandon ?

Avant de considérer un animal comme abandonné il faut d’abord s’assurer que l’animal est véritablement abandonné. La SPA accueille malheureusement un nombre incalculable de chats ayant des propriétaires tout simplement parce que les chats ne sont pas identifiés par tatouages ou puces électroniques et que nous n’avons pas les moyens de retrouver les propriétaires.

Donc le premier réflexe et le meilleur est tout simplement, lorsque vous voyez un animal divaguant, d’appeler la municipalité ou la fourrière la plus proche. Il faut savoir que la SPA est le 2eme acteur de fourrière nationale, vous avez donc de forte chance que la fourrière soit exercée par la SPA ou par une autre association de protection animale.

Une fois les mauvais traitements signalés, comment s’effectue la prise en charge des animaux en amont de leur arrivée dans vos refuges ?

Un animal divaguant doit d’abord être capturé. Ce sont des missions exercées en priorité par la police municipale, les pompiers ou une société détentrice du marché public. L’animal est ensuite placé en fourrière pour une durée de 8 jours, délai qui permet d’en rechercher le propriétaire qui, une fois identifié, doit venir récupérer son animal. Des frais de garde et de soins lui sont alors facturés.

En ce qui concerne les animaux que la SPA accueille directement, il existe 2 cas de figure : l’abandon au refuge ou le dépôt par les fourrières lorsqu’aucun propriétaire ne s’est manifesté.

La prise en charge par la SPA peut alors commencer. Nous faisons un bilan de santé de l’animal et nous nous laissons un délai d’observation d’environ 8 jours pour apprendre à le connaître. Une fois soigné, stérilisé, identifié, l’animal rentre dans le parcours classique de l’adoption. Il intègre notre système informatique interne et rejoint notre plateforme internet dédiée à l’adoption.

La non stérilisation des chats semble constituer avec l’achat réflexe en animalerie la cause principale de l’abandon des animaux, comment la SPA sensibilise-t-elle sur ces 2 sujets ?

La SPA a effectué il y a 2 ans une grande étude sur la stérilisation des chats confirmant le caractère essentiel de cette pratique qui fait pourtant l’objet d’idées préconçues.

  • La 1ère idée fausse consiste à penser que l’on peut la repousser considérant l’animal trop jeune en oubliant qu’un chat commence à se reproduire alors qu’il n’a que l’âge de 4 mois.
  • La 2ème idée fausse : faire faire une portée à son chat en pensant que c’est bon pour sa santé. C’est totalement erroné.

Lorsque l’on possède un chat le faire stériliser est donc fondamental.

La SPA pratique ce type d’intervention dès qu’un animal rejoint ses refuges et essaye de sensibiliser les collectivités territoriales à lancer des campagnes de stérilisation des chats errants.  Elle y participe financièrement ou humainement lorsque c’est possible, sinon nous nous appuyons sur des associations partenaires pour qu’elles assurent le trappage de l’animal avant sa prise en charge vétérinaire par nos services.

Malheureusement nous parlons ici de 300 campagnes, ce qui représente une goutte d’eau à l’échelle du territoire. La SPA souhaitait dans le cadre du projet de loi contre la maltraitance animale – approuvé au mois de novembre 2021 – que cette stérilisation soit systématique et que les communes en fassent une responsabilité obligatoire mais il y a eu bronca de la part des élus assez peu enclin à financer l’opération.  Pourtant outre la prolifération des chats non stérilisés, ces derniers représentent un danger pour la santé humaine et pour la faune locale, notamment les oiseaux.

En ce qui concerne l’achat réflexe en animalerie maintenant, la SPA a été à l’origine d’une grande campagne choc intitulée « Stop animal Objet – Mobilisons-nous ! » et a obtenu une vraie victoire puisque la loi contre la maltraitance animale va d’ici quelques années interdire la vente de chats et de chiens en animalerie. On espère aller plus loin avec l’interdiction à la vente des NAC qui continuent d’être un produit d’appel, achetés sur le coup d’une envie immédiate et parfois traités sans égard.

Enfin, il est grand temps d’agir sur les réseaux sociaux ou les plateformes de vente comme le Bon Coin. Cette marchandisation sous couvert de don est inacceptable, non encadrée. On vend l’animal sur les parkings sans aucun soin, sans aucune précaution.

Est-il possible d’avoir accès à la stérilisation gratuite ou tout au moins à un prix accessible dans votre association ?

Elle est possible dans les dispensaires pour les gens qui n’en ont pas les moyens mais nous ne pouvons pas non plus entrer en concurrence avec les vétérinaires. La SPA a également toute une partie consacrée à l’aide aux particuliers. Ainsi + 1.500 personnes par an, à partir d’un devis du vétérinaire, nous contactent et sont pris en charge dans la limite de 500 euros.

Il faut savoir quand même que la stérilisation d’un animal coûte entre 125 et 250 euros, c’est assez onéreux.

Quelles sont les actions que vous mettez en place lorsque vous recueillez un animal ?

La première action concrète consiste à faire un bilan de santé de l’animal : comment est-ce qu’il se porte ? Quel est son état moral ? Est-il approchable et adoptable ? Il existe des animaux à tendance suicidaire qui ne se nourrissent plus et sont traumatisés par le nouvel environnement proposé sans maître attitré.

Quels sont les profils des animaux recueillis ? Avez-vous des difficultés à les faire adopter ?

Beaucoup de chats de gouttières, très peu de race. Côté chiens de refuge, la SPA recueille quelques chiens de race acquis par effet de mode tels les Malinois ou autre molosse qui servent d’abord de chien de garde pour finir abandonnés par des propriétaires ne sachant pas s’en occuper. Victime de la violence sociale grandissante, nous constatons de plus en plus d’agressivité chez certains chiens qui arrivent avec des pathologies comportementales aggravées depuis la crise COVID.

Pour pallier le phénomène, nous essayons de faire de la prévention et amplifions notre communication. Nous accueillons d’ailleurs sur C8 une émission intitulée « Animaux adoptés » que je vous invite à regarder, sincère sur la réalité des chiens et des chats que nous recueillons.

Par leur âge, leur pathologie ou leur handicap, certains de nos animaux ne sont pas plébiscités par les adoptants. Les chats FIV par exemple (similaire au VIH pour l’homme mais qui ne se transmet qu’entre chats) sont presque toujours écartés et victimes d’un délit de « sale gueule ». La situation se complexifie pour les chiens traumatisés par leur expérience avec l’homme dont beaucoup peinent à trouver un propriétaire susceptible de leur proposer des conditions de vie adéquates. Pour faciliter leur adoption, la SPA a créé le dispositif « SOS » qui propose une participation financière libre à l’adoption.

Souffrant de lourdes pathologies ou devenus très âgé, l’animal rentre là dans un autre dispositif que nous nommons « famille d’accueil définitive » dans lequel nous nous engageons à prendre en charge tous les soins liés à la pathologie.

Enfin quand l’animal est condamné par un comportement compliqué ne lui permettant pas de sortir du refuge, malheureusement l’euthanasie s’impose.

Sur les 45.000 animaux que nous gérons par an, nous arrivons à en faire adopter 40.000, ce qui fait de nous la première association de protection animale. Les 5000 restants attendent toujours un foyer.

Comment responsabilisez-vous les adoptants pour leur faire comprendre qu’acquérir un animal de compagnie est un engagement sur le long terme ? exercez-vous un suivi ?

Une adoption responsable à la SPA prend du temps. L’adoptant doit venir en plusieurs fois accompagné de tous les membres de sa famille et des animaux dont il dispose déjà. Lorsqu’il y a doute, nos bénévoles effectuent des visites post-adoption en véhiculant le message qu’en cas d’incompatibilité il est préférable de redonner l’animal plutôt que de l’abandonner.

En décembre 2020, Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, a présenté le premier plan d’actions visant à lutter contre l’abandon des animaux de compagnie qui poursuit son déploiement avec l’installation de l’Observatoire de la protection des animaux de compagnie. Plus récemment, la loi visant à lutter contre la maltraitance animale et conforter le lien entre les animaux et les hommes, promulguée le 30 novembre 2021, comprend des mesures notamment pour développer la sensibilisation sur le bien-être animal et lutter contre la maltraitance des animaux domestiques, que pensez-vous de ces actions ? Représentent-elles une avancée majeure ?

La loi de novembre 2021 représente clairement une avancée majeure. Nous nous sommes beaucoup mobilisés sur le sujet et avons même publié des articles. La loi a d’ailleurs connu une évolution à la demande de la SPA et vise aujourd’hui à lutter contre la maltraitance animale ainsi qu’à conforter le lien entre les animaux et les hommes.

Cette loi promulgue un ensemble de mesures qui vont avoir un impact profond sur le comportement à l’égard des animaux comme la fin de la vente en animalerie ou sur les sites internet, la fin des animaux dans les cirques ou delphinarium.

Elle propose également que la vente d’animaux soit encadrée par l’obligation de remplir une attestation stipulant qu’il y a bien eu un échange d’informations sur les besoins de l’animal.

Enfin la loi prévoit une sensibilisation dans les écoles. A cet effet d’ailleurs nous sommes la première association de protection animale à avoir obtenu l’agrément de l’éducation nationale pour intervenir dans les écoles. L’année dernière ce sont près de 6.000 jeunes qui ont été sensibilisés dans les lycées et collèges. Parallèlement, en 3 ans, nous sommes passés de 26 à 34 clubs jeunes qui permettent aux enfants de s’investir pour la cause animale dès leur plus jeune âge. Ces clubs sont ouverts aux enfants et adolescents âgés de 11 à 17 ans, passionnés par les animaux, qui peuvent partager ensemble les valeurs de respect pour la protection du Vivant. Ils sont accompagnés par nos bénévoles encadrants.

Que reste-t-il à faire selon vous pour faire avancer la cause animale et protéger les animaux domestiques ?

Il reste beaucoup à faire malheureusement, notamment pour les chiens de catégorie victimes d’un délit de sale gueule. La loi de 1999 qui ciblait certaines races a été détournée. Certes il n’existe désormais presque plus de pit-bull interdits à la reproduction mais les gens ont fait des croisements ou sont allés chercher d’autres types de races. Le Staffie par exemple qui est un molosse est devenu la 4ème race la plus achetée. Lorsque nous les récupérons, ces chiens dits de 1ère catégorie devraient pouvoir être mis à l’adoption dans des conditions particulières et encadrées or aujourd’hui nous sommes obligés de les euthanasier, leur adoption étant interdite. Pourtant ce sont souvent des chiens adorables.

Autre point d’importance, il nous semble indispensable que les fourrières et les refuges travaillent plus de concert. Les fourrières devraient avoir l’obligation de proposer les animaux aux associations en priorité avant d’envisager l’option « euthanasie ».

La question des NAC (hamsters, lapins…) aussi, qui sont aujourd’hui vendus derrière une vitrine sans que l’on ne prenne en compte leurs besoins, a été complètement oubliée.  Les règles de détention d’un nouvel animal de compagnie varient selon que l’animal appartient à une espèce domestique ou sauvage et la détention d’un animal appartenant à une espèce domestique n’est pas règlementée.

Enfin il existe de grands combats qui tiennent à cœur de la SPA comme l’abrogation de la corrida ou encore l’abolition de l’expérimentation animale qui aboutit à des résultats trompeurs, gâche de l’argent, du temps et des ressources précieuses qui pourraient être consacrées à de la recherche efficace et applicable à l’homme.

Quels sont vos moyens pour faire pression sur les décideurs politiques et avez-vous l’impression d’être entendus ?

A l’initiative de Convergence Animaux Politique, 29 ONG de protection animale se sont rassemblées pour mobiliser les candidats à la présidentielle 2022 sur la condition animale.  22 mesures prioritaires pour le quinquennat, couvrant six grandes thématiques : Élevage, transport et abattage ; Expérimentation animale ; Divertissement et captivité ; Animaux de compagnie et loisir ; Animaux sauvages et biodiversité, Animaux et société ont été définies avec demande d’engagement de la part des élus sur ces mesures ambitieuses et largement soutenues par la population.

La SPA s’est mobilisée en essayant de porter des mesures simples et concrètes qui ont été bien accueillies car les élus prennent aussi conscience que leur électorat est sensible à la cause. Maintenant lorsque l’on voit les résultats, nous ne pouvons pas dire que nous sommes satisfaits.

La SPA a demandé au chef de l’Etat de nommer dès son investiture un défenseur des droits des animaux pour condamner toutes formes de maltraitance, parlez-nous de son rôle ?  Comment l’imaginez-vous ?

Le défenseur du droit des animaux est une idée de Robert Badinter que mon Président Jacques-Charles Fombonne et moi-même avons eu l’honneur de rencontrer. Il nous a accueillis extrêmement chaleureusement, avec éloquence et humilité.

Tout comme il existe un défenseur des droits de l’homme (autorité administrative indépendante), Monsieur Badinter reste convaincu qu’il est pertinent de transposer à l’animal en faisant nommer par le Président de la république un défenseur des droits des animaux. Cette autorité indépendante devra disposer de moyens d’expertise de manière à susciter des dialogues entre des mondes qui n’échangent pas (chasseurs versus protecteurs de l’environnement, défenseurs et détracteurs de l’expérimentation animale). Elle aura vocation aussi à éclairer sur des sujets pour lesquels nous disposons de peu d’information comme le nombre d’animaux abandonnés ou euthanasiés en France. Enfin elle aura pour mission de rendre un rapport annuel devant le parlement afin de permettre de faire évoluer les lois.

Que vous évoque la phrase de Gandhi « On peut juger de la grandeur d’une nation par la façon dont les animaux y sont traités » ?

Gandhi a souvent eu un regard juste sur la condition animale et sur celle de l’homme en général. Sa maxime « Œil pour œil et le monde finira aveugle » en dit long sur la philosophie humaniste qu’il défendait.

Concernant la condition animale, plus la société évolue plus l’individu prend en considération l’altérité, les droits de l’autre et ceux des êtres vivants. Les animaux, notamment les domestiques, occupent une place particulière dans nos sociétés et la SPA se félicite qu’ils aient été reconnus dans le code civil comme des êtres vivants doués de sensibilité. On espère maintenant, en ce qui concerne les animaux d’élevage, l’amélioration de leurs conditions d’hébergement et de transports qui sont encore trop souvent oubliées.

L’attention à l’autre, le « care », concerne directement la cause animale. En quittant son statut d’objet, l’animal devient un individu à part entière. L’étendard des droits humains s’étend de manière croissante sur les animaux comme un prolongement de la sensibilité humaine. Parallèlement, la prise de conscience d’une sensibilité animale propre à chaque individu vient le questionner dans la place accordée à l’animal.

La crise COVID a-t-elle entraîné une hausse des abandons ? Et si oui, comment l’expliquez-vous ?

Depuis la crise COVID, les taux d’abandon atteignent des sommets. Nous n’arrivons plus à placer nos animaux et à les faire adopter. Les refuges ne désemplissent pas. Tous les ans, ils sont plein pendant la période estivale (juillet-août) et pendant la période de reproduction des chatons. Cette année ils ne désengorgent pas depuis le mois de mai. Toutes les associations de protection animale sont malheureusement touchées. Plus personne ne vient adopter de chiens et très peu adoptent des chats.

C’est un sujet qui peut s’expliquer par le coût que représente la prise en charge d’un animal que supportent sans doute de moins en moins les ménages ou peut-être par les envies de voyage qu’a généré l’enfermement de la crise COVID.

Comment s’organise la SPA au niveau Ressources Humaines, est-elle essentiellement composée de permanents ou de bénévoles et entre eux, comment se répartissent les fonctions ?

Notre modèle est à la base un modèle salarial. Compte tenu de notre croissance en termes de prise en charge d’animaux, l’association a créé plus de 100 postes en 4 ans. Nous sommes passés de 650 à quasi 750 salariés.

Parallèlement nous essayons de renforcer notre pool de bénévoles sachant que 4.250 d’entre eux nous accompagnent déjà et sont indispensables à plusieurs titres.

D’abord, un bénévole est une personne convaincue, à même de sensibiliser son entourage à la cause et d’aboutir à une éducation responsable. Ensuite, les bénévoles sont indispensables dans les refuges par le temps qu’ils accordent à la sortie des chiens, à leur éducation, tout simplement à leur donner de l’affection. Enfin, certains de nos bénévoles sont dédiés à la réalisation d’enquêtes sur la maltraitance animale. Ils sont alors formés, accompagnés, présents sur le territoire pour répondre aux plaintes et signalements concernant la maltraitance. Sur ce point nous recevons environ 15.000 signalements à l’année dont la moitié correspondent à des situations de mauvais voisinage.

La grande force de la SPA est vraiment de parler à tout le monde. Nos bénévoles proviennent de tous milieux sociaux, ont tous les âges mais se rejoignent sur une passion commune : les animaux !

Comment vous financez-vous ?

Exclusivement par le don et les legs. Nous n’avons pas de subventions publiques. Nous ne pouvons compter que sur nous-même. Notre modèle est donc très fragile.

La SPA a choisi en 2016 de faire une demande d’instruction pour l’obtention du label « Don en Confiance », en quoi est-ce important pour vous ?

Notre Président a même été élu pour représenter la SPA au Conseil d’administration du Don en Confiance, c’est vous dire l’importance que l’adhésion à la Charte de déontologie du Don en Confiance revêt pour nous.

En 2016, lors d’une période très compliquée médiatiquement marquée par la sortie d’un rapport accablant de la cour des comptes, le passage de la brigade de la répression de la délinquance économique, des licenciements en interne, des articles négatifs dans la presse, la SPA a connu une traversée du désert. Le Don en Confiance a été le seul à nous tendre la main dans une optique de travail conjoint et de progression. Je tiens vraiment à rendre hommage au contrôleur de l’époque (ainsi d’ailleurs qu’à notre contrôleuse actuelle) qui avec bienveillance et professionnalisme nous ont assistés et ont largement contribué à notre amélioration.

La SPA a touché le fond dans quasiment tous les secteurs possibles, a failli couler et ressort la tête haute. Aujourd’hui nous sommes humbles et avons envie de retrouver une place parmi les autres acteurs associatifs, de partager nos bonnes pratiques et de nous enrichir des leurs. Le Don en Confiance nous permet de le faire.

Quel chemin avez-vous parcouru depuis votre labellisation ?

Un énorme chemin. Pour ne citer que cela,

  • nous avons mis en place une mission audit et contrôle interne qui n’existait pas.
  • nous avons engagé une stratégie d’investissements immobiliers
  • nous déployons une communication bien plus adaptée et transparente de l’utilisation des dons et des legs
  • nous avons engagé un vrai travail sur l’éthique et la manière d’utiliser l’argent. Tous nos salariés et administrateurs ont reçu une formation sur la probité.
Vous êtes la seule association à avoir été contrôlée par l’Agence Française Anticorruption (AFA) en 2019, pouvez-vous nous en dire plus ?

L’Agence Française Anticorruption est une autorité publique à laquelle nous avons eu obligation de répondre en 2019. Ce n’est pas une institution partenariale mais ce qui est intéressant c’est que nous avons réussi à créer avec elle les conditions d’un dialogue constructif.

L’AFA préconisait 18 recommandations pour la SPA. En 3 ans, 12 ont été entièrement mises en œuvre, 6 sont en cours de traitement. C’est vous dire le chemin parcouru.

Parlez-nous de votre actualité

Notre grande actualité est la victoire de la liste de Jacques-Charles Fombonne réélu à 71% pour un mandat de 6 ans. Cette réélection va nous permettre d’avancer sur notre stratégie SPA 2030 « pour tous, partout, contre toute forme de malveillance » afin de devenir la référence du bien-être animal. Ces 3 piliers et cette cible repose sur un socle : la bonne gestion de l’association. De ce point de vue-là le Don en Confiance y est directement associé !

Le Don en confiance préconise spécifiquement aux associations et fondations à but non lucratif faisant appel public à la générosité de réaliser chaque année un Essentiel. C’est un document d’information clair, synthétique et pédagogique destiné au grand public. Il décrit en quelques pages ce qu’est l’organisation, ses principales réalisations de l’année, l’ensemble des fonds reçus, leur origine et leur utilisation, en particulier ceux provenant de la générosité du public, et le cas échéant les principaux écarts par rapport aux années précédentes, ainsi que les événements significatifs intervenus dans l’année. 

En savoir plus : Télécharger le guide

Professeur Philippe Amouyel - Directeur Général de la Fondation Alzheimer

Créée en 2008, la Fondation Alzheimer finance des projets de recherche audacieux et innovants permettant de mieux comprendre les mécanismes de la maladie afin de trouver de nouveaux traitements et de faire reculer l’âge d’apparition des premiers symptômes grâce à une prévention active. Reconnue d’utilité publique, la Fondation est le premier financeur non-gouvernemental de la recherche française sur la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées sur les 10 dernières années. Rencontre avec le Professeur Philippe Amouyel, Directeur général.

Le cerveau est l’organe le plus compliqué du corps humain, trouver un médicament suppose de prendre en compte cette complexité à l’origine du tâtonnement de la recherche thérapeutique. Pour l’instant il n’existe aucun traitement actif (excepté l’aducanumab autorisé sur le marché américain mais pour lequel l’agence européenne du médicament a émis un avis négatif). L’aducanumab est un médicament développé par une société américaine pour traiter la maladie d’Alzheimer en réduisant notamment les dépôts amyloïdes. Mais le bénéfice clinique en est relativement faible. Par ailleurs comme toute biothérapie il a un coût extrêmement élevé. La recherche continue d’avancer. Nous aboutirons très probablement (mais pas dans l’immédiat) sur des combinaisons de traitements comme pour les autres maladies chroniques. Ces traitements marcheront d’autant mieux qu’il y aura eu une prévention associée.

Pouvez-vous nous dire ce qu’est la maladie d’Alzheimer et quelles en sont et les causes ?

La maladie d’Alzheimer est une maladie neuro-dégénérative qui touche le cerveau et survient la plupart du temps à un âge avancé (en moyenne vers 75 ans) même s’il est vrai qu’il existe certaines formes jeunes extrêmement rares survenant avant 50 ans.

C’est une maladie d’évolution lente. On en pose le diagnostic aux alentours de 75 ans mais nous savons aujourd’hui qu’avant de le poser, la maladie s’était développée à bas bruit chez le patient depuis 20 ou 30 ans. Notre cerveau peut résister aux à-coups de la maladie jusqu’à un point de non-retour où la mémoire commence à ne plus revenir.

Il existe une dizaine de signes principaux de la maladie d’Alzheimer mais celui que l’on retrouve le plus souvent en premier c’est le trouble de la mémoire qui, lorsqu’il commence à perturber la vie sociale, nécessite consultation. Les troubles des fonctions exécutives constituent également une entrée dans la maladie. L’illustration parfaite est la situation où vous prenez votre smartphone pour téléphoner et vous vous apercevez que vous ne savez plus le faire fonctionner.

A des stades un peu plus avancés, on peut observer des troubles du langage, de l’orientation, des troubles du comportement aussi. Quelqu’un qui était aimable et doux comme un agneau peut tout à coup se révéler brutal, explosif. Ces troubles sont moins perceptibles que ceux de la mémoire mais permettent également, associés à d’autres, d’orienter vers le diagnostic.

En ce qui concerne la ou les causes maintenant, si nous les connaissions précisément elles nous auraient permis de trouver des solutions pour les traiter. Un neuro-pathologiste du nom d’Alois Alzheimer a décrit cette maladie en 1906 en constatant, à l’autopsie d’un cerveau d’une de ses patientes souffrant d’un trouble de la mémoire et de troubles du comportement, deux lésions présentes en grandes quantités dans le cerveau de la patiente pouvant être à l’origine de cette maladie particulière du cortex cérébral : des plaques séniles et des dégénérescences neurofibrillaires.

Des travaux ont été effectués depuis permettant de détecter la protéine qui compose les plaques séniles appelée protéine amyloïde. Depuis 1990, la protéine amyloïde a été la cible thérapeutique principale des essais cliniques dans le domaine de la maladie d’Alzheimer. Le dernier médicament qui a été mis sur le marché (seulement aux USA, car très discuté pour de multiples raisons) est un médicament qui cherche à réduire la quantité de protéine amyloïde pour diminuer les plaques séniles et tenter de ralentir voire stopper la progression de la maladie.

A côté de cela, depuis maintenant des années, grâce à la génétique et la biologie d’autres pistes ont pu être explorées. Des médecins ont pu observer que la formation de plaques amyloïdes, qui apparaissent longtemps avant les premiers signes cliniques de la maladie, provoquait, ultérieurement, des anomalies d’une autre protéine du cerveau, la protéine Tau localisée à l’intérieur des neurones. Suite à des modifications de sa conformation, cette protéine forme des agrégats à l’intérieur des neurones qui finissent par détruire les cellules nerveuses.

Toutes ces pistes n’expliquent toutefois pas complètement les causes de la maladie qui relève d’un mécanisme multi factoriel complexe encore mal cerné.

Un élément intéressant mis en relief en 2012 et issu d’une étude de cohorte d’âges dite « étude de Rotterdam » a révélé aussi une diminution apparente du nombre de nouveaux cas au fil des années selon les cohortes d’âge. Ainsi les cohortes nées le plus récemment semblaient avoir moins de nouveaux cas de maladies d’Alzheimer que celles nées antérieurement.

Les épidémiologistes se sont donc posés la question de la réalité et de l’origine d’une telle réduction de l’incidence. Ils se sont rendus compte qu’elle était liée au recul de l’âge de début d’apparition des symptômes de la maladie, sans nécessairement une diminution du nombre de nouveaux cas. Cette baisse apparente était due à une compétition avec d’autres causes de mortalité, fréquentes à ces âges avancés. Ainsi le décès peut-il survenir avant l’apparition des premiers symptômes occultant l’identification diagnostique. Cette observation tout à fait intéressante ouvrait donc la piste d’une prévention possible résultant des progrès médicaux et d’un niveau socio-éducatif plus élevé nous donnant des armes face à un processus dégénératif inscrit dans notre espèce. Ainsi plus les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer apparaissent tard, plus le risque de mourir d’autre chose est élevé.

On sait que la maladie peut démarrer de manière silencieuse 20 à 30 ans avant l’apparition des premiers symptômes, quels sont les signes qui permettent de dire qu’un patient en est atteint ?

Ce sont d’abord des signes cliniques qui alertent. La souffrance de la personne lorsqu’elle commence à rencontrer des troubles cognitifs (troubles de la mémoire, des fonctions exécutives, du langage, du comportement…). La plupart du temps toutefois, un futur patient vit d’abord une phase de déni plus ou moins anxiogène et peut commencer assez tôt une dépression.

Jusqu’au jour où la gêne sociale est telle que la personne, ou ses proches, viennent consulter. Intervient alors la phase d’annonce suivie de celle d’entrée dans la maladie où le patient et sa famille mettent enfin un mot sur les maux et commencent à comprendre qu’il va falloir apprendre à vivre avec, entrer dans un statut d’aidants pour les proches, et se préparer au phénomène de désocialisation qui arrivera progressivement pour le patient.

A-t-on pu observer des facteurs de risques liées à l’hygiène de vie d’un patient (alimentation, tabagisme, alcool…) dans l’apparition et le développement de la maladie ?

Pour en revenir à l’étude de Rotterdam dont je vous parlais plus haut, les épidémiologistes ont donc observé que les classes d’âge nées récemment (mais dans les pays riches exclusivement) semblent faire moins d’Alzheimer que celles nées antérieurement. Les deux principaux facteurs pouvant expliquer ce phénomène sont la durée des études et la diminution générale du risque cardio-vasculaire, deux facteurs qui ont un impact sur l’âge de début de la maladie.

Le cerveau est formé d’à peu près 80 à 100 milliards de neurones. Ce capital se multiplie jusqu’à nos 20-25 ans, ensuite nos neurones arrêtent de se diviser. Chacun d’entre eux reste toutefois capable d’établir en permanence des connexions avec environ 10.000 autres permettant à notre cerveau d’évoluer, de s’adapter, de progresser.  C’est ce que nous appelons la réserve cognitive, et que j’appelle notre « capital-cerveau ». Ainsi dans un processus d’apprentissage, vous établissez de nouvelles liaisons entre vos neurones qui vous aideront à stocker et à retrouver vos informations mémorielles. Cela vous permettra d’entretenir et de faire fructifier votre capital-cerveau et de maintenir actives plus longtemps vos fonctions intellectuelles.

Tout l’enjeu est donc de savoir ce qui permet d’entretenir voire d’augmenter cette réserve cognitive, en gros comment fait-on fructifier son capital cerveau ?

En ce qui me concerne j’ai identifié 4 grands groupes d’activités :

  • Il faut stimuler son cerveau : outre les apprentissages tout au long de la vie, cette stimulation passe déjà par la lecture qui fait appel à l’imagination et réveille les sens. Elle passe aussi par la projection dans l’abstrait, dans le futur que peuvent produire les activités de bricolage, jardinage, tricot ou voyage entre autres. Les jeux vidéo à actions simultanées et les écrans enfin améliorent le fonctionnement des zones du cerveau responsables de l’attention.
  • Il faut protéger son cerveau : le cerveau est un organe fragile et complexe qui « flotte » dans la boîte crânienne. Les chocs brutaux, les mini traumatismes répétés altèrent à la longue son intégrité et réduisent les capacités cognitives (par exemple les sports violents comme la boxe ou le football américain). La prise régulière de produits toxiques peut aussi abimer la barrière hémato-encéphalique, en particulier le tabac, l’alcool, les drogues quelles qu’elles soient et certains médicaments (psychotropes, solvants, anti histaminiques, anti hypertenseurs, anti dépresseurs à dose prolongée en automédication…).
  • Il faut aussi bien prendre soin de son corps : la santé cardio-vasculaire, le régime alimentaire (le plus efficace pour l’entretien des fonctions cognitives étant le régime méditerranéen), l’entretien de ses organes des sens en particulier l’audition (la presbyacousie, qui traduit une baisse de l’audition avec l’âge doit être corrigée dans les meilleurs délais) sont des éléments essentiels pour prévenir la maladie.
  • Enfin, notre humeur et nos relations sociales sont les principaux alliés de notre cerveau : il est à noter que les gens optimistes font moins d’Alzheimer que les pessimistes. Comme disait, Bonnie St John médaillée américaine paralympique en ski « Les pessimistes ont plus souvent raison, mais les optimistes réussissent plus souvent  ». La vie en couple, le cercle familial et amical qui évitent l’isolement sont fondamentaux. Même les couples qui ne s’étendent pas finalement se stimulent, bien évidemment il ne s’agit pas de cautionner les violences intraconjugales mais on observe qu’il vaut mieux un couple qui se chamaille que de la solitude pouvant déboucher sur de l’isolement social. En ce sens, les rapports affectifs et activités sexuelles au sens large (câlins autant que acte sexuel) font partie d’un ensemble de choses qui entretient notre capital cerveau.

Combien de personnes sont-elles concernées en France et dans le monde par la maladie d’Alzheimer ?

La France aujourd’hui compte environ 1, 2 millions de personnes atteintes pour 50 millions de cas diagnostiqués dans le monde. Parmi ces 50 millions, la moitié est issue de pays à moyen et bas niveau économique où certes l’espérance de vie est plus courte mais augmente quand même et où les populations sont largement plus nombreuses numériquement que dans les pays occidentaux. Au total donc le nombre de cas absolus diagnostiqués est plus important dans les pays en voie de développement (Asie, Amérique du Sud, Afrique…).

Une altération lente et progressive de la mémoire représente sans nulle doute une torture mentale pour la personne qui en est victime en conscience, pensez-vous qu’il soit utile de dire aux personnes qui en souffrent ce qui leur arrive et ce qui les attend sachant que l’issue pour l’instant est psychologiquement dévastatrice ?

A un moment, les individus prennent conscience tellement leur quotidien se complique. Ils passent du déni à une phase de désespoir mais comprendre ce qui leur arrive peut surtout finir par les soulager sur ce plan.

Pour les familles, il est nécessaire également de qualifier l’origine des changements relationnels de leur proche. La femme dont le mari devient soudainement agressif a besoin de comprendre. Le fait d’aller en consultation, de mettre le nom d’une maladie sur ces maux peut souvent apaiser les tensions.

Acteur majeur de la recherche sur la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées en France depuis plus de 10 ans, la Fondation Alzheimer en est le premier financeur non-gouvernemental, parlez-nous de vos missions ?

Nos principaux axes sont :

  • Le soutien de la recherche (fondamentale, clinique et en sciences humaines et sociales) via des appels à projets thématisés, des bourses de retour des chercheurs ayant acquis une expérience post doctorale à l’étranger afin de leur permettre de poursuivre leurs travaux dans un labo français, des Prix destinés à récompenser de jeunes médecins et/ou scientifiques menant des travaux de recherche sur la maladie d’Alzheimer ou apparentées (Les prix Joël Ménard).
  • La prévention. C’est une préoccupation majeure de la fondation, car nous avons des outils possibles. J’ai rédigé un livre destiné au grand public, intitulé « Le guide anti-Alzheimer, les secrets d’un cerveau en pleine forme » paru au Cherche Midi. Un véritable guide du quotidien pour agir sur les facteurs d’apparition et prévenir la maladie d’Alzheimer. Des conseils et rituels sont proposés : simples, accessibles à tous et fondés sur les données scientifiques les plus récentes. Par ailleurs la fondation est à l’origine de nombreux webinaires et conférences sur le sujet.
  • L’innovation à savoir tout ce que la haute technologie moderne peut ou pourrait faire pour aider au quotidien la vie du malade : thérapies non médicamenteuses, solutions connectées, appareils et détecteurs pour éviter les accidents du quotidien… Pour cela nous avons lancé depuis 2 ans des appels à projet mettant en contact équipes de chercheurs spécialisés dans l’Alzheimer et équipes d’ingénieurs afin qu’ils réfléchissent ensemble à des projets visant à améliorer la qualité de vie des patients.
  • La dissémination des connaissances au niveau national et international afin de promouvoir les mécanismes de prévention et d’anticiper la maladie. Il s’agit également de créer dans le domaine de l’Alzheimer un réseau entre les différents chercheurs tout territoire confondu (comme l’ANRS l’a fait avec succès en son temps pour le SIDA). La Fondation Alzheimer développe donc cette activité de réseautage et propose des journées où tous les chercheurs qu’elle a soutenus viennent présenter leurs travaux et échanger. Ce réseautage s’étend au niveau international avec le pilotage de la programmation conjointe européenne de la recherche sur les maladies neurodégénératives qui regroupe 30 pays dans la plus grande collaboration de recherche mondiale sur le sujet.

Où en est la recherche en matière de traitement, se dirige-t-on vers une solution médicale ? Que peut-on espérer des thérapies dans l’avenir ?

Le cerveau est l’organe le plus compliqué du corps humain, trouver un médicament suppose de prendre en compte cette complexité à l’origine du tâtonnement de la recherche thérapeutique. Pour l’instant il n’existe aucun traitement actif (excepté l’aducanumab autorisé sur le marché américain mais pour lequel l’agence européenne du médicament a émis un avis négatif).  

L’aducanumab est un médicament développé par une société américaine pour traiter la maladie d’Alzheimer en réduisant notamment les dépôts amyloïdes. Mais le bénéfice clinique en est relativement faible. Par ailleurs comme toute biothérapie il a un coût extrêmement élevé. Pour info, son prix moyen lors de sa mise sur le marché était de 60.000 dollars par an pour quelqu’un de corpulence moyenne. Aujourd’hui il se situe aux alentours de 20.000 dollars.

La recherche continue d’avancer. Nous aboutirons très probablement (mais pas dans l’immédiat) sur des combinaisons de traitements comme pour les autres maladies chroniques. Ces traitements marcheront d’autant mieux qu’il y aura eu une prévention associée.

Enfin je tenais à ajouter que le traitement aura vocation à stopper le processus dégénératif (c’est-à-dire à faire en sorte que les neurones ne meurent plus) or les symptômes apparaissent lorsque l’individu n’a déjà plus assez de neurones. Il est donc important d’envisager lors de la démarche médicale de faire un diagnostic avant le stade symptomatique pour appliquer le traitement, ce qui suppose des dépistages afin de stopper la maladie lorsque les capacités cérébrales sont encore présentes.

En l’absence de traitement curatif, les actions de prévention deviennent prioritaires, quels sont vos leviers d’action pour prévenir la maladie ?

Les leviers d’actions sont assez classiques. Ils reposent sur l’hygiène de vie, la stimulation cérébrale, la protection du cerveau, le maintien des relations sociales… Tous points que nous avons déjà évoqués.

Ce mode de vie sain doit commencer le plus tôt possible et se prolonger en permanence, idéalement vers la quarantaine.

Pour sensibiliser le public, la Fondation Alzheimer diffuse des informations et des articles notamment sur son site Internet. Nous réalisons également des conférences ainsi que des webinaires avec les meilleurs spécialistes français du domaine. Sur le sujet, la Fondation travaille de concert avec un ingénieur et formateur brillant dans le domaine de la mémoire qui s’appelle Sébastien Martinez.

Enfin vous trouverez de nombreux conseils utiles dans mon livre « Le guide anti-Alzheimer, les secrets d’un cerveau en pleine forme ».

Parlez-nous de la recherche clinique, comment se déroule-t-elle et comment la soutenez-vous ?

La recherche clinique est quelque chose de lourd financièrement. La fondation Alzheimer finance deux axes principalement :

  • La recherche translationnelle précoce. Il s’agit du passage des essais de laboratoire sur la souris aux essais cliniques chez l’homme que peu d’agences financent. La Fondation Alzheimer au travers de ses appels à projets soutient ce type de projets innovants avec beaucoup de succès.
  • Des essais cliniques publiques plus classiques comme preuves de concept. Toujours dans le domaine de la recherche clinique, nous nous positionnons également sur le financement d’approches dans le domaine des sciences humaines et sociales.

Existe-t-il des maisons médicalisées spécialisées dans la maladie d’Alzheimer ?

Les EHPAD sont remplis à près de 50 à 60% de personnes atteintes par des troubles cognitifs dont la maladie d’Alzheimer. Certains de ces établissements comprennent des unités de soin Alzheimer qui s’occupent par exemple des troubles du comportement.

La prise en charge des rares formes précoces de la maladie d’Alzheimer et des maladies apparentées posent également de nombreux problèmes spécifiques. Autant il existe des moyens de prise en charge sociale des patients âgés, autant les moins de 60 ans se heurtent à une absence d’établissements dédiés. Les Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH) peuvent fournir une carte d’invalidité mais aucune solution simple et globale n’existe.

Certaines expériences ont vu le jour, comme en Hollande où un « village Alzheimer » a été créé pour prendre en charge des patients avec des formes sévères ainsi que d’autres expérimentations sous forme de fermes, dont certaines s’essaient à la prise en charge de patients jeunes.

A l’heure actuelle, la France propose un de ces villages dans les Landes et d’autres sont à l’étude. Ce modèle économique particulier (pour l’instant à l’état expérimental) demande des investissements importants mais peut apporter de vraies solutions pour les formes graves et avancées. 

Il existe aussi pour les aidants, des solutions que l’on appelle de répit où des établissements médicaux prennent en charge la personne malade pendant un week-end, une semaine, afin d’offrir des temps de repos dans la prise en charge quotidienne des aidants familiaux à domicile.

Comment sont formés les soignants en Ehpad pour répondre aux besoins des patients ?

Ce sont des aides-soignant(e)s qui bénéficient de formations spécifiques. Il y a une quinzaine d’années j’ai participé au plan Alzheimer de Nicolas Sarkozy, ce plan proposait la mise en place de formations certifiantes et de diplômes en la matière. Malheureusement nos propositions n’ont pas connu un franc succès. Il existe des filières spécifiques mais peu de gens les empruntent pour le moment. La France manque cruellement de personnels formés pour ce type de service.

Quelles sont les dernières innovations pour permettre aux patients de rester plus longtemps à la maison ?

Ce sont en particulier les dernières innovations en termes de domotique et tout ce qui se passe autour des « maisons intelligentes ». Les japonais sont très engagés dans le domaine et investissent énormément. Les ingénieurs y développent différents types de robots. Des robots hyper sophistiqués qui ressemblent réellement à des êtres humains mais aussi de petits robots ludiques comme le petit phoque blanc, PARO, robot thérapeutique doté d’un programme qui fait des câlins, ronronne, se réchauffe, répond, suit des yeux. Cela crée un certain degré de lien social et permet de maintenir le patient à la maison ou l’aide au quotidien en établissement. En effet, au-delà du contact, ces outils domotiques contribuent à détecter les chutes, anticipent certaines maladies et rappellent la prise de médicaments.

Parlons des aidants maintenant, quels conseils et accompagnements proposez-vous pour les soulager ?

 Accompagner les aidants n’est pas du ressort de notre fondation. En revanche nous finançons des recherches en Sciences humaines et sociales pour des travaux sur le soutien des aidants en particulier dans les formes jeunes (intégration dans la famille, problèmes dans le couple générés par la maladie, comment la maladie est vécue par les enfants du couple…).

Le 17 février 2022 la Fondation Alzheimer a obtenu le label Don en Confiance, qu’est-ce qui a motivé votre adhésion aux exigences de la Charte de déontologie du Don en Confiance ?


La Fondation Alzheimer possède un fonds de dotation important. Depuis 5 ou 6 ans ce fonds rapporte beaucoup moins compte tenu de la chute des rendements des placements financiers. Avec le Président de la Fondation nous avons donc décidé d’associer un autre modèle qui fait appel à la générosité du public. Ce modèle économique nous permet d’affecter chaque euro provenant du public aux chercheurs. Nous avons vu qu’existaient des organismes indépendants permettant d’apporter des garanties aux donateurs, et notamment le Don en Confiance. Nous sommes donc rentrés dans le processus d’instruction du Don en Confiance et avons obtenu le label en février 2022.

Parlez-nous de la phase amont, quelles sont les étapes à observer avant d’être labellisé ? Est-ce difficile d’obtenir un tel label ?

Oui, le Don en Confiance réalise un véritable audit très approfondi de tout ce que fait la structure pendant plus d’un an. Le premier intérêt est de savoir précisément quelles sont les actions menées, le deuxième aide à mieux s’organiser. Comme nous sommes une petite fondation les interactions vont très vite entre les contrôleurs du Don en Confiance et nos agents. L’audit nous a conduit à rédiger des procédures pour mieux les formaliser, à mieux définir et encadrer aussi toutes nos activités. Les deux contrôleurs ont assisté à nos conseils d’administration, nos conseils scientifiques, nos comités opérationnels… Finances, comptabilité, tout a été passé au peigne fin. L’expertise a commencé en décembre 2020 pour s’achever en février 2022.

Pourquoi l’existence d’une association de contrôle est-elle nécessaire pour le secteur associatif ?

Le Don en Confiance sert à assurer aux donateurs que leur don sera bien utilisé. Et compte tenu de la multiplicité des associations faisant appel à la générosité du public, ce label aide les donateurs à faire leur choix de manière éclairée.

Quelques mots sur les projets et actualités de la Fondation Alzheimer…

– Apporter une image positive de la maladie dans l’esprit de chacun.
– Pouvoir obtenir plus de dons pour soutenir nos chercheurs au meilleur niveau.
– Accueillir de nouveaux chercheurs sur le territoire français.
– Promouvoir la prévention autour de la maladie.
– Développer nos actions en France et à l’international.
– Préparer des actions d’avenir favorisant le maintien à domicile le plus longtemps possible : nous venons de rédiger un appel à projets afin de stimuler et soutenir la recherche dans ce domaine.

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