Fédération française des associations de protection de la nature et de l’environnement, France Nature Environnement (FNE) est la porte-parole d’un mouvement de 6.000 associations regroupées au sein de 46 organisations adhérentes, présentes sur tout le territoire français, en métropole et outre-mer. Reconnue en 1976 d’utilité publique, l’association est un mouvement citoyen indépendant de tout parti politique. Rencontre avec Arnaud Schwartz, Président de France Nature Environnement.

L’empreinte écologique permet de mesurer l’impact de nos modes de vies sur la planète. Elle peut se calculer pour un individu ou une population. On observe qu’entre ce que la nature renouvelle et ce que nous rejetons le différentiel se creuse. Chaque année, la bio capacité de la planète devrait être respectée, or aujourd’hui nous sommes grosso modo à une empreinte écologique aux alentours d’une planète et demi par année. Il faut ralentir.

Si tout le monde vivait comme l’habitant moyen de certains pays dits occidentaux, l’humanité aurait besoin de presque 2 planètes par an dans le cas de la France ou de l’Allemagne et de 4 pour les USA. Nos standards de vie sont progressivement devenus excessifs en regard des ressources dont l’humanité et les autres espèces vivantes disposent.

France Nature Environnement est la fédération française des associations de protection de la nature et de l’environnement, pouvez-vous nous en dire plus sur son organisation et ses missions ?

FNE regroupe 6.000 associations de protection de la nature et de l’environnement rassemblant globalement 900.000 citoyen(ne)s sur le territoire métropolitain et l’outre-mer. Elle réunit 26 associations territoriales (qui sont souvent elles-mêmes des fédérations d’associations), 10 associations nationales qui se mobilisent pour une cause environnementale spécifique (insectes, cétacées, agriculture…), et 10 associations « correspondantes » dont l’objet statutaire direct n’est pas la protection de la nature et de l’environnement mais qui partagent nos préoccupations.

France Nature Environnement est donc la principale organisation citoyenne environnementale de France sans équivalent même côté syndicat ou partis politiques. La fédération a pour pilier :

  • la sensibilisation de tout type de public à tout niveau : les jeunes en milieu scolaire et extra-scolaire, les adultes en contexte professionnel et extra-professionnel. Pour cela nous nous servons de différents outils pédagogiques (activités ludiques, conférences, sorties de terrain, débats…). La sensibilisation et l’éducation représentent un travail de fonds qui vise à faire progresser les consciences et changer les pratiques individuelles et collectives.
  • L’opposition et la proposition. FNE, depuis sa création à la fin des années 60, est un mouvement de citoyens légalistes à l’origine des premières grandes lois de protection de la nature, de la création du ministère de l’environnement, des premières grandes réserves naturelles ou encore des parcs nationaux. En termes d’idées nous regroupons depuis plus d’un demi-siècle des citoyens qui prennent sur leur temps libre pour le mettre au service de l’intérêt général en proposant des solutions basées sur le droit. Certains de nos adhérents sont des pionniers des énergies renouvelables, de l’agriculture biologique, de l’insertion par l’économie sur des chantiers écologiques…une palette d’activités expérimentées au fil du temps, reconnue aujourd’hui par les pouvoirs publics à différents échelons. Nous nous opposons à des pratiques, à des projets concrets ou à des lois quand ils sont nuisibles pour l’environnement mais toujours en proposant une action ou un texte alternatifs. Nous sommes un contrepouvoir. Nous n’avons pas vocation à prendre le pouvoir et n’engageons pas à voter pour tel ou tel candidat aux élections, nous sommes juste une vigilance citoyenne. Notre fonctionnement est fédéral et thématique. Nous avons une grosse dizaine de réseaux thématiques qui vont des risques et impacts industriels en passant par l’eau et les milieux aquatiques, la forêt, les territoires et mobilités durables, l’éducation, le juridique, l’énergie, la biodiversité…qui nous permettent de proposer des solutions pertinentes et largement renseignées.

Qui agit sur le terrain, des bénévoles, des permanents ?

Le mouvement FNE est essentiellement composé de bénévoles. Nous avons beau être la plus grande organisation environnementale française, la fédération regroupe des associations citoyennes, qui globalement sont très pauvres en comparaison des grandes fondations et autres organisations anglo-saxonnes plus médiatisées que nous. C’est pourquoi la communication est un enjeu majeur. Nous invitons d’ailleurs nos membres à faire valoir le nom « France Nature Environnement » sur leurs supports afin qu’ensemble nous soyons mieux identifiés et puissions solliciter le soutien du public.

Face aux défis environnementaux du 21ème siècle, notre fédération et ses membres ont besoin de plus de soutien pour gagner en liberté d’actions et en capacité à obtenir les résultats indispensables pour l’ensemble de la société.

La fédération comporte également mais dans une moindre mesure des permanents qui ont vocation à coordonner, établir les liens entre tous les membres, rassembler et synthétiser l’expertise de terrain des uns et des autres afin d’établir des propositions complexes et cohérentes.

Impliqué dans le débat public, FNE alerte et propose des solutions concrètes pour réussir la transition écologique, avez-vous l’impression d’être entendu à la hauteur des enjeux actuels par les pouvoirs publics, les médias et l’opinion publique ?

Clairement non. Et ce non est valable pour les 3. Le pourquoi est difficile à expliquer mais il est sûr que nous ne sommes pas entendus à la hauteur de l’urgence. A l’origine, la fédération était composée d’universitaires et d’étudiants dont la parole portait auprès des pouvoirs publics. L’époque a laissé place aux trente glorieuses (qu’on pourrait rebaptiser les trente piteuses) génératrices d’une certaine forme de débauche énergétique en lien avec des avancées technologiques impactantes pour notre environnement. Aujourd’hui nous commençons à chèrement en payer le prix. Enormément d’informations déjà suffisamment graves à l’époque n’ont pas trouvé écho et les dégâts ne font que s’aggraver maintenant sans prise de conscience réelle. Les autorités publiques se trouvent entre marteau et enclume du fait d’un système électoral fondé sur des calculs politiques à court terme, en proie à la pression de lobbys extrêmement puissants défendant des intérêts privés financiers. Or la finance est déconnectée de l’économie réelle. Le système électoral ne facilite donc pas l’indépendance, l’esprit critique des élus qui ont du mal à prendre en compte l’urgence.

La liberté de la presse est également entravée. Les médias privés qui font l’opinion dépendent souvent d’intérêts industriels et financiers. On a beau avoir des propriétaires de médias privés qui se défendent de ne pas intervenir sur les lignes éditoriales, le résultat prouve tout le contraire. Il existe un discours ultra dominant ridiculement et dramatiquement décalé par rapport aux enjeux.

Enfin et en ce qui concerne les citoyens, malheureusement ils sont pris dans les phares de cette pensée unique. Ils ont déjà leurs propres contingences à gérer au quotidien mais au-delà et collectivement rien n’est mis en place aujourd’hui pour que les choix les plus vertueux pour l’avenir soient les choix les plus faciles à faire pour eux. La politique au sens de la vie de la cité devrait pourtant permettre de faire ces choix profitables pour la majorité et l’intérêt général et non visant à satisfaire les intérêts d’une minorité à court terme. Quand on vit dans une société qui continue à creuser les inégalités de classes et qu’en parallèle la dégradation environnementale se poursuit touchant de plein fouet les plus pauvres, c’est tout un système dans lequel les citoyens sont pris et qui les alimente mal en informations qu’il devient nécessaire de remettre en cause. Mais faut-il déjà, en tant que citoyen, être très conscient et très motivé pour aller vers les bonnes pratiques.

Pour ne pas tomber dans le catastrophisme, je dirais quand même que les consciences s’éveillent. De plus en plus d’individus se donnent aujourd’hui les moyens culturels de se tourner vers ce qu’il y a de plus vertueux à travers l’entraide et la solidarité, de faire des efforts coûteux en temps et argent aussi pour vivre différemment en intégrant ce que nous apprend la science qu’est l’écologie à leurs gestes quotidiens. Ils ont compris qu’il va falloir se prendre en main et qu’il est difficile sur le sujet de compter sur les politiques publiques actuelles (pour preuve les taux d’abstention énormes aux élections).

Parlez-nous de vos moyens pour sensibiliser ces publics à la préservation d’un monde vivable et à son développement durable ?

Nos moyens sont essentiellement humains et passent par nos bénévoles. Nous n’avons pas de moyens financiers qui pourraient nous permettre de faire des campagnes publicitaires de grande ampleur mais comptons surtout sur le bouche à oreille, l’action de terrain réalisée par nos membres-bénévoles lorsqu’ils organisent une visite guidée, un débat, une exposition, un concours dessins ou photos, une activité pédagogique avec des enfants. On estime que le mouvement France Nature Environnement touche 2 millions de personnes chaque année sur des actions de sensibilisation de ce type.

Que pensez-vous de cette phrase de Nicolas Hulot « L’écologie est aussi et surtout un problème culturel. Le respect de l’environnement passe par un grand nombre de changements comportementaux » ?

Finalement, je viens en partie d’y répondre. Nous sommes en phase. Nicolas Hulot a eu la chance dans son parcours de croiser des personnes qui avaient avant lui réfléchi à ces problématiques. Ces expériences partagées font la richesse d’une société et lui permettent d’évoluer. Sans faire de prosélytisme, il faut savoir donner envie de découvrir une autre façon de regarder le monde et d’avancer. Le fait que l’écologie soit une science dont on ne tient pas encore assez compte concrètement à titre individuel et collectif est en effet un problème culturel. Le changement de comportement et plus largement l’évolution des modes de vie sont devenus des enjeux clés de la transition écologique. Et aujourd’hui, les consciences s’éveillent.

Quelles sont les causes majeures à défendre selon vous ?

Le premier message pour entamer une réflexion globale est de revenir à une empreinte écologique de moins d’une planète par an. L’empreinte écologique permet de mesurer l’impact de nos modes de vies sur la planète. Elle peut se calculer pour un individu ou une population. On observe qu’entre ce que la nature renouvelle et ce que nous rejetons le différentiel se creuse. Chaque année, la bio capacité de la planète devrait être respectée, or aujourd’hui nous sommes grosso modo à une empreinte écologique aux alentours d’une planète et demi par année. Il faut ralentir.

N’est-ce pas aussi un problème démographique ?

Pas vraiment. On se rend compte que les populations les plus riches (et aussi les moins nombreuses) font le plus gros de l’impact. Les pays à démographie galopante ont bien souvent des empreintes écologiques très inférieures à une planète par an, c’est le cas par exemple de l’Inde. En revanche les pays comme le nôtre, qui génèrent énormément de déchets et puisent des ressources naturelles partout sur la planète font partie de ceux qui ont la plus forte empreinte écologique. Si tout le monde vivait comme l’habitant moyen de certains pays dits occidentaux, l’humanité aurait besoin de presque 2 planètes par an dans le cas de la France ou de l’Allemagne et de 4 pour les USA. Nos standards de vie sont progressivement devenus excessifs en regard des ressources dont l’humanité et les autres espèces vivantes disposent.

Aujourd’hui le commerce international et les règles de droit ne sont pas conçus pour engendrer une humanité vivant de façon durable et en paix. Le système est encore issu des pratiques passées, en mode extractivisme- colonialisme. Comme disait Martin Luther King « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots ».

De combien doit-on diminuer notre empreinte carbone pour limiter le réchauffement climatique et réduire la pollution atmosphérique dans les années à venir ? Est-ce selon vous envisageable, à quel horizon et sous quelles conditions ?

L’empreinte carbone moyenne d’un Français – soit la quantité de gaz à effet de serre qu’il émet chaque année – est estimée à 11,5 tonnes de CO2. Or, pour limiter le réchauffement climatique à une hausse de + 1,5 degré, comme nous l’enjoint l’accord de Paris, cette empreinte carbone devra être réduite de 80 % en 2050.

Aujourd’hui pour atteindre cet objectif, il faudrait restocker du carbone en envisageant par exemple de planter plus d’arbres et de haies partout dans nos champs, stopper la destruction de l’existant, et laisser les arbres grandir dans les forêts au lieu de les couper jeunes, en utilisant avant tout ceux qui sont coupés pour l’ameublement et construire en bois et autres matériaux biosourcés plutôt qu’en ciment. Il existe aussi des façons de stocker du carbone dans les sols tout en leur redonnant de la fertilité. Si nous réalisons de telles actions durant les 30 prochaines années, les scientifiques espèrent limiter à 1,5/2 degrés la hausse des températures mais, bien sûr, en parallèle cela suppose aussi de réduire massivement nos émissions. Les 10 années à venir sont cruciales même si nous avons sans doute déjà passé certains points de bascule qui nous conduiront vers des boucles de rétro action négatives. A un moment donné tel dérèglement va en produire un autre. Revenir dessus nécessitera beaucoup d’efforts et une transformation à peu près total de nos modes de vie. Beaucoup de souffrance aussi car de multiples pertes de vies humaines évoluant dans des écosystèmes dégradés qui ne produiront plus assez d’eau potable et de nourriture. S’en suivront certainement des conflits intra ou inter étatiques ainsi que des famines et des épidémies. Ces scenarios avaient déjà été soumis à nos dirigeants dans les années 2000 par les services d’intelligence et les armées. Il y a donc une grande irresponsabilité de leur part à ne pas avoir fait un travail de sensibilisation auprès des populations et surtout à ne pas avoir intégré ces scenarios à leurs politiques publiques. Aujourd’hui nous sommes au pied du mur. Les mesures à prendre vont très certainement être considérés comme coercitives et nous imposer de changer radicalement de mode de vie.

Existe-t-il des solutions concrètes pour faire changer les choses, inverser la vapeur et garder la planète habitable ?

Oui bien sûr que des solutions existent, je vous en ai déjà signalées certaines. On peut par exemple se poser la question de réduire nos besoins à l’essentiel, réparer plutôt que jeter, emprunter et partager avec les autres. Bref, s’inscrire dans une consommation responsable et engagée. Un simple changement de comportement peut avoir un impact positif sur l’environnement. Cela passe aussi par un meilleur entretien de nos biens, comme par exemple nos équipements électroniques et notre électroménager ou encore, en cas d’investissement dans du neuf, par des choix en faveur de produits robustes et Eco conçus.

Sur le plan sanitaire maintenant, notre système de santé est extrêmement fragile alors que d’un point de vue purement biologique l’humanité d’aujourd’hui est beaucoup moins solide que celle d’hier. Nous accusons une baisse de fertilité aussi liée à nos conditions de vie (tabagisme, alcoolisme, sédentarité) et notre environnement nocif (pesticide, pollution atmosphérique, Bisphénol A…). Les solutions pratiques existent bien sûr mais la première consiste à se poser les bonnes questions sur nos modes de consommation et essayer d’en changer pour aller vers les circuits courts, le faire soi-même, le manger sain.

Lors du sommet virtuel des dirigeants mondiaux sur le climat et la croissance durable (P4G) qui s’est tenu à Séoul en mai 2021, les dirigeants mondiaux ont appelé à agir davantage et surtout à inclure tous les pays dans les efforts pour protéger l’environnement. Si les pays industrialisés ont pris des engagements ambitieux ces derniers mois pour réduire leurs émissions « carbone », pensez-vous qu’il soit économiquement possible pour les pays en développement d’éliminer leur dépendance aux combustibles fossiles ?

Il est possible économiquement pour les pays en développement de respecter les limites environnementales, si et seulement si le partage des richesses s’opère. Les pays développés doivent leur donner les moyens de le faire et donc modifier leur cadre économique actuel. Les engagements de solidarité pris pour l’instant, de transfert de fonds et technologies ne répondent pas du tout aux enjeux. Nous continuons à étrangler ces territoires qui souvent sont obligés de brader leur patrimoine naturel, leur force de travail, leur tranquillité sous forme de tourisme de masse pour essayer de faire entrer quelques maigres devises dans leurs caisses.

Il est important que l’humanité retrouve le goût du collectif et de l’entraide. Le changement viendra, je le pense, plutôt des citoyens, des solidarités locales ou internationales avec la prise de conscience que l’heure n’est plus à l’individualisme et qu’il faut rééquilibrer la balance.

En parlant de solidarité et d’entraide justement que pensez-vous des positions de Greta Thunberg et des jeunes générations qui la suivent dont les discours font parfois l’objet de critiques virulentes mais représentent le symbole de la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de l’environnement ? Font-elles évoluer les choses ?

De gré ou de force les choses évolueront. L’homme fait partie de la nature et la nature ne négocie pas, son fonctionnement s’impose à nous. La jeune génération a bien compris que ses choix de vie à très court terme risquent d’être compromis par la dégradation de l’environnement mondial et les catastrophes subséquentes. Greta Thunberg fonde ses positions sur des données scientifiques qu’elle vulgarise en touchant un large public et en intéressant les médias. En cela elle fait progresser la cause en effet.

Sur ces sujets sensibles quelles sont vos relations avec les autres organisations de protection de l’environnement comme la Fondation pour la Nature et l’Homme présidée par Nicolas Hulot ou encore WWF, vous battez vous main dans la main avec elles ?

Oui, ces fondations essayent, tout comme nous, de sensibiliser le grand public et les décideurs mais avec des moyens différents de notre fédération d’associations. FNE défend la nature en déployant tous les outils de la démocratie environnementale et participative. Nous permettons aux citoyen(ne)s d’apprendre et de faire localement, de participer à la vie démocratique du pays, de siéger dans des commissions, de contribuer à des débats publics, d’accéder à l’information et si besoin de se battre en justice au nom de l’intérêt général. En résumé, nous canalisons positivement les énergies citoyennes. Notre mission est unique et mérite d’être soutenue si l’on veut avoir une société durable et pacifiée.

Avec la Fondation Nicolas Hulot ou le WWF nous nous coordonnons dans le cadre du Réseau Action Climat, qui fédère les associations impliquées dans la lutte contre le dérèglement climatique et pour une transition écologique solidaire et équitable. Nous travaillons également sur des sujets ponctuels que nous souhaitons porter d’une seule voix auprès des pouvoirs publics (propositions sur la biodiversité en vue de la COP 15 d’octobre 2021 par exemple). Nous coopérons et sommes donc complémentaires dans nos approches. Mais là où ces grandes Fondations bénéficient du soutien du public et des médias, FNE manque encore de reconnaissance dans sa démarche citoyenne qui consiste à dire « prenons nous en main nous même ! ».

D’où proviennent vos différentes ressources financières ?

Nous bénéficions des cotisations de nos membres mais c’est une part infime de notre budget national.

Le reste provient, encore trop peu, de dons et legs des citoyens, un peu plus de financements d’entreprises sous forme de mécénat ou partenariat et enfin principalement de subventions de la part de l’Etat et autres structures publiques en raison de notre action au service de l’intérêt général.

Je tiens à préciser qu’en France il y a encore peu de donateurs pour la cause environnementale, la marge de progrès reste énorme et les besoins criants vu le manque d’actions conséquentes des décideurs publics et privés.

Qu’est-ce que le label Don en Confiance apporte à votre organisation ?

En interne, bénéficier de l’expertise du Don en Confiance nous apporte une forme d’exigence bienveillante, de conseils, d’outillages ou d’encouragement à faire mieux et à améliorer nos pratiques dans l’appel, la collecte de dons et l’usage de la générosité du public.

En externe, bénéficier du label Don en confiance représente un gage de qualité, de sécurité qui va donner envie aux citoyen(ne)s de nous soutenir, surtout pour celles et ceux qui ne nous connaissent pas encore ou peu.

Le Don en Confiance place le donateur au centre de sa démarche. Est-ce que votre organisation s’en sert comme d’un levier, comme d’une fierté ?

Tout à fait. FNE a pour vocation de diffuser des messages accessibles au plus grand nombre en plus de solliciter la générosité du public, bénéficier du label sur nos supports accorde un crédit certain à nos missions et incite à la confiance en nos actions.

Que diriez-vous à un donateur pour lui expliquer qu’il peut donner en toute confiance à votre organisation ?

Nous sommes une organisation de citoyen(ne)s contrôlée par les citoyen(ne)s. Nous avons une vie démocratique extrêmement forte. Chacun peut y obtenir les comptes annuels, être élu dans les conseils d’administration, les bureaux, devenir trésorier… Peu de structures sont aussi transparentes et contrôlées que les associations de protection de la nature agréées par FNE qui bénéficient en plus du label Don en confiance.

Les citoyen(ne)s peuvent donc nous soutenir en toute tranquillité en sachant que nous sommes contrôlés comme personne et qu’ils peuvent participer eux-mêmes à la gouvernance collégiale du mouvement.   

Quelles sont vos priorités pour les prochains mois ?

France Nature Environnement aura trois grandes priorités dans les mois à venir :

  • Obtenir la validation de la part du Ministère de l’intérieur de nos nouveaux statuts et règlements intérieurs simplifiés et mis à jour.
  • Procéder à la réécriture de notre plan stratégique à l’horizon 2030.
  • Préparer nos outils de questionnement des candidats aux élections présidentielles puis législatives sur leurs ambitions en terme de protection de la nature et l’environnement et leur intégration aux politiques publiques.

Association dont la mission est reconnue d’utilité publique, WELFARM œuvre pour une meilleure prise en compte du bien-être des animaux à toutes les étapes de leur vie (élevage, transport, abattage). Partenaire des pouvoirs publics et de la gendarmerie nationale, l‘association apporte avis et conseil à  tous ceux qui sont chargés de mettre en œuvre ou de faire appliquer la réglementation qui protège les animaux d‘élevage. Rencontre avec Ghislain Zuccolo, directeur général.

Les contrôles du bien-être animal sont réalisés à partir des normes européennes par les services vétérinaires qui vérifient, par exemple en ce qui concerne les poules pondeuses, que chacune d’entre elles bénéficie bien d’au moins 750 cm2 de surface de la cage.

Le débat européen se situe toutefois à un autre niveau car même si la loi est respectée, ces normes ne peuvent correspondent à un bien-être individuel de l’animal. Certains acteurs souhaitent aujourd’hui qu’il n’existe plus de normes mais que l’on parle plutôt d’objectifs de bien-être animal à atteindre tant pour un élevage intensif d’ailleurs que pour un élevage en plein air où les conditions peuvent ne pas être optimales également. Welfarm est d’avis que les normes de bien-être animal doivent co-exister avec des indicateurs de bien-être animal.

Vous dirigez l’association WELFARM, pouvez-vous nous en dire plus sur son origine et ses missions ?

En tant que cofondateur de WELFARM j’ai toujours fait de la cause animale un élément majeur de ma vie. Très vite je me suis dirigé vers le problème de la souffrance des animaux d’élevage largement concernés puisque plus d’un milliard sont abattus chaque année. C’est une cause pour laquelle tout citoyen a des moyens d’action par ses actes d’achat déjà. Désapprouver l’élevage intensif peut être sanctionné par la décision de ne plus acheter de produits animaux provenant de ce mode de production et de privilégier les produits sous signe de qualité. Après avoir fait une analyse je me suis dit que je défendrais cette cause plutôt que celle des animaux de compagnie ou des animaux sauvages.

Voyant qu’en France on obtenait assez difficilement des résultats dans le domaine de la protection animale alors que dans les pays anglo-saxons en revanche des associations très bien structurées œuvraient efficacement, je me suis tournée vers Compassion in World Farming (une des plus grandes associations britanniques de défense des animaux d’élevage) et ai décidé d’aller y faire du bénévolat pour apprendre leurs méthodes. A l’issue l’organisation m’a proposé de m’aider, à la fois sur le plan technique en m’accompagnant mais aussi sur le plan financier, à créer une structure pour défendre les animaux d’élevage en France. C’est ainsi qu’est née WELFARM en 1994 à Metz.

Pour ce qui est des grandes missions, WELFARM a vocation à œuvrer pour l’obtention de nouvelles règlementations à destination des espèces ne faisant l’objet d’aucune réglementation à ce jour. Il existe une directive européenne qui définit les normes minimales d’élevage des porcs, des veaux, des poulets de chair, des poules pondeuses, mais aucun règlement spécifique pour protéger les lapins, les dindes ou les vaches laitières. Bien sûr vous pouvez trouver des principes généraux de bientraitance dans la réglementation mais aucune norme qui énonce qu’un agriculteur peut élever tant de dindes ou lapins par m² comme il en existe pour les poules.

WELFARM travaille aussi sur l’évolution des réglementations existantes qui proposent aujourd’hui des normes minimales. Notre souhait par exemple en ce qui concerne les poules c’est que l’élevage en cage soit interdit.

Quand la réglementation existe maintenant, une des missions de WELFARM consiste à accompagner les forces de l’ordre ou les pouvoirs publics pour les aider dans l’application optimale des règles. En matière de transport animalier par exemple, nous avons édité une brochure qui explique la règlementation. Nous la diffusons largement auprès des brigades de gendarmerie ayant vocation à faire du contrôle routier et faisons également de la formation auprès de ce même public.

Autre type d’actions : WELFARM encourage toutes les initiatives des éleveurs, des acteurs de l’agro-alimentaire, de la distribution qui visent à mieux intégrer le bien-être animal dans leurs pratiques ou leurs approvisionnements. Cela se traduit par la mise en place d’élevages pilotes qui innovent en termes de bien-être animal.

WELFARM a aussi une mission éducative auprès des plus jeunes pour les sensibiliser au respect de l’animal et à une consommation responsable. Nous intervenons ainsi dans les écoles d’ingénieurs agronomes ou les écoles d’agriculture pour présenter notre travail. Plus globalement, nous conduisons des campagnes pour alerter le grand public sur la réalité des pratiques d’élevage, de transport et d’abattage qui est souvent méconnue.

Enfin, WELFARM possède une ferme refuge et éducative en Meuse de 44 hectares. Ce lieu héberge environ 200 animaux réformés de l’élevage intensif ou victimes de mauvais traitements de la part d’éleveurs en difficulté économique.

Que vous évoque la phrase de Gandhi « On peut juger de la grandeur d’une nation par la façon dont les animaux y sont traités » ?

Les pays les plus respectueux de leur population, les plus évolués sur le plan des droits humains sont en général ceux qui respectent le plus le bien-être animal également, c’est tout à fait notable. Pour compléter par une citation de Lamartine : « On n’a pas deux cœurs, un pour les animaux et un pour les humains. On a un cœur ou on n’en a pas ». L’empathie et le respect du vivant sont les bases de la grandeur d’une nation.

L’Organisation Mondiale de la Santé Animale donne une définition du bien-être animal qui fait référence dans le domaine (- ne pas souffrir de faim et de soif, – ne pas souffrir de contraintes physiques, – être indemne de douleurs, de blessures et de maladies, – avoir la liberté d’exprimer des comportements normaux, – être protégé de la peur et de la détresse). La condition des animaux de ferme a-t-elle réellement changé ces dernières années et si oui quelles ont été les évolutions favorables d’un point de vue réglementaire ?

Oui et non à la fois. La situation des animaux s’est considérablement détériorée avec l’essor de l’élevage intensif né après la deuxième guerre mondiale en réponse à la volonté de réduire le coût de l’alimentation dans le budget des ménages. Cette forme d’élevage industrialisé maltraite les animaux en les entassant et en leur infligeant de mauvais traitements afin d’augmenter la productivité. Nous sommes passés d’un système de polyculture-élevage vertueux, à un système où aujourd’hui 80% des animaux sont élevés en batterie.

Mais dans le même temps depuis les années 70, l’Union Européenne s’est dotée de nombreuses réglementations en faveur du bien-être des animaux d’élevage faisant évoluer la situation vers un mieux. Parallèlement, il existe aujourd’hui aussi une prise de conscience croissante dans la population de la maltraitance animale et des attentes qui s’expriment pour y trouver des solutions.

En ce qui concerne la réglementation maintenant, le premier pas a été accompli après l’adoption d’une directive européenne réglementant l’abattage des animaux portant obligation d’étourdir les bêtes avant leur égorgement. Cette même Directive précise la nécessité de placer les animaux dans des pièges de contention lors de l’étourdissement afin d’éviter qu’ils ne s’affolent et faciliter l’étourdissement.

D’autres directives essentielles pour le bien-être animal ont suivi dans l’objectif par exemple de protéger les animaux lors du transport de longue durée ou encore de mieux les protéger au moment de l’élevage. Malheureusement, ces évolutions sont totalement insatisfaisantes puisqu’elles correspondent à des normes minimales à respecter.

Existe-t-il des indicateurs de bien-être ou au contraire de mal-être mesurables des animaux et qui les contrôle ?

2 choses sont à prendre en compte :

> Les normes réglementaires qui définissent les règles à observer en matière d’espace à respecter et de conditions à remplir pour être compatible avec le bien-être animal.

> Les mesures qui peuvent être mises en place pour évaluer l’état de bien-être de l’animal. De nombreux projets scientifiques ont permis d’établir des indicateurs justement comme celui du Welfare Quality qui propose des méthodes d’évaluation pour 7 espèces animales. Ces méthodes aident les éleveurs et les responsables d’abattoirs à apprécier le niveau de bien-être des animaux dans leurs installations et à redéfinir leurs pratiques, parfois dans le cadre de programmes de certification garantissant aux consommateurs des normes supérieures de bien-être des animaux. Sur la base des évaluations réalisées dans leur élevage, les éleveurs bénéficient ensuite de conseils pour améliorer le bien-être de leurs animaux. Par ailleurs, chaque filière d’élevage possède des instituts techniques ayant développé différents outils qui permettent à l’éleveur de se situer en la matière et de se comparer à ses confrères.

En ce qui concerne les contrôles, ils sont réalisés à partir des normes européennes par les services vétérinaires qui vérifient, par exemple pour les poules pondeuses, que chacune d’entre elles bénéficie bien d’au moins 750 cm2 de surface de la cage.

Le débat européen se situe toutefois à un autre niveau car même si la loi est respectée, ces normes ne peuvent correspondent à un bien-être individuel de l’animal. Certains acteurs souhaitent aujourd’hui qu’il n’existe plus de normes mais que l’on parle plutôt d’objectifs de bien-être animal à atteindre tant pour un élevage intensif d’ailleurs que pour un élevage en plein air où les conditions peuvent ne pas être optimales également. Welfarm est d’avis que les normes de bien-être animal doivent co-exister avec des indicateurs de bien-être animal.

Quels sont vos moyens pour faire pression sur les décideurs politiques et avez-vous l’impression d’être entendus ?

WELFARM agit plutôt au niveau de l’opinion publique en dénonçant régulièrement la réalité des pratiques d’élevage, de transport et d’abatage des animaux pour contrecarrer l’image idyllique qu’essayent de présenter les filières agroalimentaires ou la grande distribution. Si vous allez au salon de l’agriculture, vous verrez des animaux sur paille, de belles vaches et belles poules mais jamais des photos de poules élevées en cage. L’industrie agro-alimentaire fait croire aux français que l’élevage est demeuré extensif. Si cela reste encore le cas pour certaines filières, comme celle des gros bovins qui ont généralement accès aux pâturage, c’est loin d’être le cas pour les porcs par exemple. Il faut savoir que seulement 1% des porcs sont élevés en plein air, 5% le sont sur paille et 95% sur caillebotis, c’est-à-dire dans un modèle industriel. Rappeler cette réalité au grand public permet que les citoyens fassent pression eux-mêmes sur les pouvoirs publics et les hommes politiques.

Quels sont les plus gros scandales de l’agro-industrie (abattage, élevage, transport) en matière de maltraitance envers les animaux pour lesquels vous vous battez mais ne voyez pas encore d’évolution favorable?

Welfarm travaille sur 3 volets d’amélioration des conditions animales : l’élevage, le transport et l’abattage. Il n’y a pas un sujet qui pose plus de problème qu’un autre.

Pour ce qui est de l’élevage la grosse problématique repose sur certaines conditions de vie ainsi que sur les mutilations dont sont victimes les animaux dans les élevages intensifs (le débecquage des poules pondeuses et des canards qui consiste à couper une partie du bec de l’animal avec une machine, la castration à vif des porcs, la pratique de la coupe des queues de cochons). Au niveau du transport maintenant, nous nous battons contre les très longs trajets en mer ou sur routes d’animaux parfois véhiculés dans des conditions effroyables d’aération pour être abattus ou engraissés. Enfin dans le domaine de l’abattage, un des problèmes majeurs repose sur le fait que certains animaux ne sont pas toujours étourdis avant d’être égorgés comme l’exige la réglementation. Autre sujet qui ne relève pas de l’élevage intensif mais pose problème également, beaucoup d’animaux sont abattus en France lors de rituels religieux sans étourdissement. WELFARM s’oppose catégoriquement à ces pratiques et se bat pour l’étourdissement sans exception.

Quel crédit accordez-vous à l’association L214 qui dénonce très régulièrement les conditions barbares dans lesquelles les animaux sont abattus ?

L’action de L214 a permis une vraie prise de conscience de la part du grand public. C’est une association très médiatique dont l’objet consiste à montrer crûment la réalité de certaines pratiques d’élevage.

Quand L214 s’attaque à une marque de l’agro-alimentaire, à un groupement d’éleveurs ou à un distributeur, elle arrive à ses fins. La plupart des acteurs économiques du secteur ont peur de ses investigations qui peuvent nuire à leur image. L’association a donc réussi à obtenir des évolutions majeures que WELFARM n’obtient pas en étant plus pondérée. En cela leur rôle est important et facilite le progrès. WELFARM agit après le constat et la prise de conscience des acteurs qui font appel à nous pour être accompagnés dans leur démarche d’évolution de leurs pratiques. Nous sommes donc assez complémentaires.

L214 dénonce, nous accompagnons !

Le productivisme des exploitants agricoles est-il uniquement lié à la pression de la concurrence internationale ou est-il le fruit d’autres facteurs comme la rareté du foncier ?

Sans aucun doute le productivisme est lié presque exclusivement à la pression des marchés internationaux. Les éleveurs français subissent de plein fouet la concurrence de produits importés d’Europe et d’ailleurs. A titre informatif, 80% de la viande de poulet distribuée en restauration collective provient du Brésil où elle est produite à bas coût. Aujourd’hui WELFARM souhaite que les accords internationaux de libre échange incluent des clauses permettant aux pays de l’UE de refuser l’importation de produits étrangers ne respectant pas les normes européennes de bien-être animal. Ces produits concurrencent nos producteurs de façon déloyale. Il est compliqué en Europe d’être compétitif par rapport aux importations en provenance de pays tiers où les salaires sont bas et la nourriture pour animaux peu coûteuse. Pourtant, nous restons convaincus que l’Europe doit aller de plus en plus vers du qualitatif en termes de production et que le rôle des pouvoirs publics est de sensibiliser en parallèle leurs populations à « manger sain, manger européen ».

Pour ce qui est du foncier, c’est un faux problème. Le territoire français ne manque pas d’espace. Une grosse partie de notre production est élevée en plein air, beaucoup de terre également sont mises en jachère et la forêt regagne du terrain. Il y a donc moyen, notamment de faire de la polyculture-élevage.

Dans le domaine de l’élevage intensif, comment se situe la France par rapport à ses voisins européens ? Est-il possible aujourd’hui en Europe de soutenir le modèle de l’exploitation agricole familiale à la base majoritairement français ?

Il est communément admis que les pays du nord de l’Europe devancent les autres en matière de bien-être animal, notamment sur le plan réglementaire et normatif. Or leurs modèles d’exploitations agricoles, caractérisés souvent par des troupeaux laitiers importants, privilégient la production intensive pour des raisons historiques ou des problèmes liés à l’absence de foncier auxquels ils ont à faire face.

Soutenir le modèle d’exploitation agricole familiale français n’est pas la question finalement. On peut y trouver également de la maltraitance animale. Le sujet prioritaire est surtout le respect de l’animal et sa bientraitance quel que soit le modèle d’élevage.

Sur le plan de la stricte consommation maintenant, les prix ont une influence sur les consommateurs et le « bio » pratique encore des tarifs excessifs alors comment faire évoluer les modes de consommation ? Est-ce au niveau de la sensibilisation aux conditions d’exploitation animalière que l’enjeu se situe ?

L’alimentation dans le budget des ménages s’est réduit comme peau de chagrin depuis l’après-guerre. Actuellement elle représente 12% du budget. Le consommateur se tourne malheureusement en majorité vers des produits à bas coûts, issus de l’élevage intensif.

WELFARM plaide aujourd’hui pour que les systèmes les plus vertueux soient soutenus financièrement par la Politique Agricole Commune (PAC) et que des fonds plus conséquents soient attribués aux élevages les mieux disant en termes de bien-être animal ainsi qu’aux filières courtes. Nous pensons également qu’il faut conserver une segmentation des modes d’élevages. Il n’y a pas que le « bio » dans l’alimentation mais des produits qui donnent des formes d’accès au plein air sont à privilégier.

En ce qui concerne les consommateurs, une des missions de WELFARM consiste à alerter sur la réalité des pratiques d’élevage pour que les modes de consommation se modifient. On y parvient lentement. L’idée est d’essayer de toujours proposer une solution, de dénoncer une pratique et dans le même temps d’informer et de réorienter le consommateur vers un autre acte d’achat (poulet en plein air, porcs fermiers élevés en liberté). Les changements passeront de toute évidence par l’information, la transparence et l’encouragement à consommer de façon responsable. WELFARM a d’ailleurs édité un dépliant qui indique filières par filières quelles sont les signes de qualité ou les mentions à rechercher lorsqu’on est soucieux du bien-être animal. Toutes les études sociologiques et les sondages mettent l’accent aujourd’hui sur le fait que les consommateurs se préoccupent de plus en plus du bien-être animal dans leur acte de consommation. Ils montrent de façon croissante une attente de réponses sur ces questions. C’est la raison pour laquelle un nombre croissant d’acteurs de l’agroalimentaire ou de la distribution travaillent avec WELFARLM et d’autres ONG de la protection animale.

Le bien-être animal est pris en compte de plus en plus par les consommateurs certes mais les animaux, ne sont-ils pas mécaniquement condamnés à être exploités de plus en plus du fait de l’accroissement démographique ?

Pas forcément. Il faut arriver à sensibiliser les pays occidentaux à réduire la part animale dans leur régime alimentaire. Consommer moins mais mieux est la seule réelle solution pour éviter l’exploitation animale et le gâchis subséquent. Cela permettra également de répondre à des problématiques environnementales, de santé publique et permettra surtout à l’éleveur d’obtenir une meilleure rémunération ainsi que des conditions de travail dignes de ce nom. Réfléchir à cette nouvelle manière de consommer est donc bénéfique sur tous les plans.

En parlant gâchis justement, quelle est votre opinion sur le scandale des invendus jetés ou broyés par les grands groupes alimentaires comme Mc Donald alors qu’une partie reste propre à la consommation ? Comment faire aussi pour que la grande distribution s’implique davantage dans la lutte contre le gaspillage alimentaire ?

Le gaspillage alimentaire mérite une sensibilisation plus grande auprès des jeunes publics notamment. Nous avons perdu notre lien avec l’animal devenu marchandise jetable au même titre qu’un bien de consommation durable. Au début du siècle la viande était un produit rare. L’homme respectait la notion d’« être vivant ». L’animal était considéré. Aujourd’hui la consommation de masse et les dérives consuméristes sous-jacentes font que les individus n’ont plus conscience de la vie derrière le geste. C’est devenu banal, comportemental.

WELFARM travaille surtout sur la pratique d’élevage (avec Mc Donald justement) et assez peu sur le gaspillage alimentaire dont le sujet est traité par d’autres associations comme France Nature Environnement. Mais nous restons ouverts à ce type de dialogue essentiels pour progresser vers de bonnes pratiques.

D’ailleurs depuis quelques années, les lois ont évolué favorablement. Le législateur oblige aujourd’hui les acteurs de la grande distribution ou de la restauration collective à donner leurs invendus alimentaires et leurs surplus à des associations caritatives et banques alimentaires. Cette démarche est destinée à limiter le gaspillage tout en fournissant une aide aux plus démunis.

Quelle est la part de la générosité du public dans votre financement ? Vous sentez-vous soutenu dans votre cause ?

Notre modèle économique repose à presque 100% sur la générosité du public. Les subventions sont très ponctuelles et de l’ordre de 1%.

L’intérêt d’avoir une certaine longévité dans une cause c’est qu’on y perçoit mieux les évolutions. Aujourd’hui je constate la prise de conscience de l’opinion publique sur la nécessité de prendre en compte le bien-être des animaux d’élevage. Dans les années à venir, je suis convaincu que l’élevage en batterie pour les poules pondeuses ainsi que d’autres pratiques d’élevage peu respectueuses vont être amenés à disparaître. Donc oui, je me sens de plus en plus soutenu dans la cause que je défends depuis plus de 30 ans.

Parlons du Don en Confiance maintenant, quels sont selon vous ses atouts ?

Un des atouts de l’association est déjà qu’elle regroupe un nombre significatif d’organisations, ce qui permet aux plus jeunes et plus petites d’entre-elles de bénéficier d’une expérience non négligeable. L’association fonctionne aussi en faisant appel à des bénévoles de grand talent ayant acquis une expérience de qualité dans de grandes entreprises. Pour des associations comme WELFARM, le regard extérieur de ce type d’anciens cadres représente une chance.

Enfin l’ancienneté du Don en Confiance lui confère une maturité lui donnant toute légitimité à nous soumettre les points de vigilance sur lesquels porter notre attention.

De quelles manières le Don en Confiance encourage-t-il  ses associations membres à évoluer ?

Le simple fait de vouloir répondre aux exigences du Don en Confiance nous oblige à évoluer pour conserver la labellisation. La Charte du Don en confiance n’est pas figée. Ses améliorations constantes font débat entre les organisations adhérentes et nourrissent de riches échanges générateurs de progrès collectifs et individuels. Le Don en Confiance permet aux organisations de se questionner sur l’impact des actions menées au quotidien afin d’en rendre compte aux donateurs et de leur garantir le contrôle extérieur des missions. Mais au-delà du gage de confiance envoyé aux donateurs, cela représente aussi une satisfaction personnelle pour les administrateurs, les bénévoles et les salariés de l’association.

Quel chemin parcouru depuis votre labellisation ?

Beaucoup. WELFARM est partie de loin. Lorsque nous avons rejoint le Don en Confiance en 2011, il a fallu faire un gros travail de formalisation de procédures dans divers domaines ainsi qu’un travail d’information auprès des donateurs en produisant des documents tels que « L’essentiel de l’année ». Nous avons dû ouvrir aussi le Conseil d’administration à la présence d’un contrôleur, mettre en place de nouvelles procédures d’évaluation des risques, une politique de maîtrise des risques… Sans le Don en Confiance toutes ces tâches administratives chronophages mais essentielles, qui n’entrent pas dans le cœur de nos missions, auraient été repoussées, différées et peut-être jamais réalisées sachant que la protection animale est la priorité de WELFARM. Le Don en Confiance est le « coup de boost » qui nous rappelle chaque instant que la bonne gouvernance d’une structure est aussi importante que la mission première.

Parlez-nous de votre actualité ?

Sous l’égide de Jean-Claude Juncker, la Commission européenne a refusé pendant longtemps d’adopter de nouvelles normes européennes en faveur du bien-être animal. Avec l’arrivée d’Ursula Von Der Leyen qui a fait de l’écologie un des chantiers majeurs de son mandat, les choses ont évolué. La Commission européenne s’est dotée du Green Deal (Pacte vert) ainsi que d’une stratégie nommée « De la fourche à la table » visant à réviser les réglementations dans le domaine, notamment celle concernant le transport des animaux. Pour WELFARM il s’agit d’un enjeu majeur sur lequel nous allons beaucoup travailler.

Notre deuxième actualité concerne la réforme de la Politique Agricole Commune pour laquelle WELFARM demande à ce qu’elle inclut des évolutions ambitieuses en faveur du bien-être animal.

WELFARM suivra également avec vigilance les annonces du Ministre de l’Agriculture concernant l’interdiction du broyage des poussins mâles et de la castration des porcs en 2022.

Philippe Lévêque - Directeur général de CARE France

Fondé en 1945, CARE est l’un des plus grands réseaux d’aide humanitaire au monde, apolitique et non confessionnel, dont l’objectif est de lutter contre l’extrême pauvreté et de défendre les droits humains. En 2020, CARE a aidé près de 92,3 millions de personnes à sortir de la pauvreté et des violences.  Rencontre avec Philippe Lévêque, directeur général de CARE France, un des 14 membres de l’association humanitaire.

Il peut y avoir différentes raisons pour lesquelles les médias ne s’intéressent pas à une crise. La première étant que parfois la crise dure depuis trop longtemps et finit par ne plus faire l’objet d’aucune attention, typiquement la famine récurrente dans le sud de Madagascar qui n’attire plus aucun regard. Les Malgaches souffrent en silence sans que ce sujet ne ressorte dans la presse. La deuxième peut être liée à l’inaccessibilité de la zone, comme dans certaines régions de Centrafrique où la dangerosité du lieu détourne la prise de parole. Les deux combinées, dans un pays qui souffre en silence, sans trop de violence, sans qu’aucun étranger ne soit égorgé, les médias ne jugent pas opportun d’en parler.

Depuis 75 ans, CARE apporte une aide vitale aux populations frappées par la pauvreté, les injustices et les violences. Combattre l’injustice semble être le leitmotiv de l’ONG mais qu’est-ce que l’injustice ?

CARE est le fruit d’un mouvement de solidarité qui est né aux USA à la fin de la 2ème guerre mondiale ayant pour but d’apporter de l’aide en Europe et en Asie aux populations dévastées. Le mouvement est arrivé chez nous au Havre en 1946, le port du Havre étant à l’époque le seul ouvert au trafic civil sur le continent. Il s’agissait d’aide alimentaire. Aujourd’hui CARE est un grand réseau international. Le vocabulaire a bien évidemment évolué depuis les débuts passant d’un lexique que je qualifierais de « compassionnel » à un lexique plus axé sur les causes que sur les symptômes. Dans une guerre la cause est facile à comprendre. En revanche sur le plan de l’extrême pauvreté – celle qui touche à notre dignité – la cause est le résultat d’une injustice économique et sociale beaucoup moins palpable. Bien sûr l’ONG continue d’accomplir des missions d’urgence qui se rapprochent de celles de 1945 (notamment au Yémen ou en Syrie) mais nos missions mettent de plus en plus l’accent sur la protection des droits des femmes et des filles touchées par cette notion d’injustice, sur la justice environnementale aussi.

Il n’y a pas de causes naturelles à la pauvreté. Les causes sont presque toujours le fruit de nos systèmes économiques et sociaux. Voilà pourquoi CARE utilise de nos jours le langage de « l’injustice » pour travailler sur les causes structurelles de la pauvreté.

Quels sont selon vous les principaux leviers individuels et politiques pour tenter de la combattre ?

Les leviers individuels reposent sur la conscientisation, l’information et la compréhension. La relation à l’autre doit inclure la notion d’empathie pour pouvoir se projeter un minimum dans sa souffrance. S’inclure dans ces schémas passe forcément par de l’information, de l’éducation et la prise de conscience que nous sommes dans un monde global et resserré. Prise de conscience qui conduit souvent d’ailleurs vers un engagement comme le bénévolat ou le don financier. Chacun d’entre nous peut avoir un rôle à jouer. Si vous êtes bénévole ou que vous donnez, c’est que vous êtes sensible aux causes. Il n’y a pas de cause meilleure qu’une autre. Il existe juste un ensemble de causes qui méritent attention.

L’engagement peut aussi se traduire par un geste politique. Très souvent les organisations qui ont une dimension droit humain ou un langage tourné vers la notion d’injustice vont demander à leurs sympathisants et adhérents de manifester ou de signer une pétition si nécessaire. Politiquement c’est le nombre qui permettra de peser sur les gouvernements. L’engagement avec les grandes entreprises ou les gouvernements est fondamental pour une ONG comme la mienne.

CARE France est l’un des 14 membres de l’association humanitaire CARE International fondée en 1945. Parlez-nous des champs d’actions de CARE France, quelles missions couvrez-vous et dans quels pays intervenez-vous ?

Nous sommes 14 membres en effet, bientôt 21. Notre réseau historiquement occidental (allant du Japon au Canada en passant par l’Australie et la Norvège) se transforme pour devenir un réseau plus mondial incluant des pays qui changent de statuts et passent de pays anciennement receveurs d’aides (comme l’Inde, le Pérou, la Thaïlande) à pays contributeurs. Ce mouvement de fonds facteur de remise en cause amène un nouveau paradigme basé sur des relations de pouvoir qui ne sont plus seulement l’apanage des « petits blancs » qui vont faire le bien ailleurs.

Pour exemple, CARE Inde recrute aujourd’hui en nouveaux donateurs par mois ce que CARE France recrute en 1 an. Bien sûr il s’agit de roupies mais dans 10 ans cette situation de plus en plus prégnante changera fondamentalement le rapport.

CARE est donc un réseau international de plus en plus global qui intervient dans une centaine de pays un peu partout sur la planète (Asie du sud, Afrique, Amérique latine).

En ce qui concerne CARE France maintenant, c’est une ONG généraliste qui agit dans une trentaine de pays, plutôt ciblée zone francophone, Moyen Orient et Amérique latine. Nous nous concentrons d’abord sur une cible : les femmes et les filles. Tous nos projets incluent ainsi une dimension transformative ou d’accompagnement sur la question des droits des femmes/filles. C’est une évolution qui a vu le jour dans les années 2000 partant du constat qu’il y avait divergence très forte entre les droits des hommes et les droits des femmes dans tous les pays. Nous ne sommes pas tous égaux face aux violences. Un conflit armé ou une catastrophe naturelle génèrent davantage de victimes chez les femmes que chez les hommes. Cela s’explique essentiellement par nos rôles sociaux. Par ailleurs nous avons pu constater qu’un programme de développement qui s’appuie sur les femmes (par exemple en micro-finance) a plus de chance de réussite qu’un programme qui s’appuie sur les hommes. Ce deuxième point toutefois me parle beaucoup moins car je le trouve instrumentaliste. Je préfère que nous prenions d’abord position sur l’égalité de droit avant de se dire qu’il vaut mieux axer nos programmes vers des projets conduits par des femmes, ces derniers ayant plus de chance de réussite.

Deuxième axe très transversal pour l’ONG :  la protection du climat et l’adaptation face aux dérèglements climatiques dont les premières victimes sont encore les femmes.

Comment interagissez-vous avec les autres membres. Comment vous complétez-vous ?

CARE est une confédération dans laquelle chacun est autonome. Nous fonctionnons un peu comme l’Union européenne ou les Nations Unies. Nous faisons les choses ensemble ou pas, il n’y a aucun caractère obligatoire. En revanche, le cadre programmatique stratégique (droit des femmes, climat, urgence…) est commun à tous les membres. Ainsi CARE France peut prendre la suite d’un projet conduit par un autre membre de CARE.

Nous partageons aussi une vision commune de la gestion de la marque ainsi que de la politique de relation aux donateurs. Notre politique consiste à divulguer auprès des donateurs une image positive de la cause sans victimisation à outrance.

Il nous arrive également de faire appel à des experts techniques venant d’un autre pays. Enfin, nous finançons en commun certaines opérations d’intervention d’urgence. Pour autant, chacun reste responsable de ses projets, de leur financement, de ses collectes auprès des donateurs, des ressources humaines. A la fin de l’année chacun doit avoir équilibré ses comptes.


Qui agit pour la cause sur le terrain ? Des bénévoles ou des permanents ?

Il n’y a pas de bénévoles sur le terrain et d’ailleurs je m’oppose à cette forme de bénévolat. Je n’enverrai jamais de bénévoles du nord dans un pays du sud, où rien que le billet d’avion pourrait faire vivre une famille pendant 1 an.  Il s’agit plutôt de créer de l’emploi local et de la rémunération sachant que l’on parle ici de très bas salaires. Nous n’avons pratiquement plus d’expatriés non plus (une vingtaine pour CARE France, 300 pour l’ensemble du réseau). Notre objectif consiste avant tout à développer les compétences locales.

De manière générale quels sont vos partenaires sur les différents projets menés ?

Les projets sont de moins en moins effectués en direct par les grandes ONG internationales sauf dans les contextes d’urgence. Beaucoup de territoires (comme la Syrie) présentent des conditions de sécurité très complexes. C’est pourquoi nous avons surtout besoin de compétences et partenaires locaux.

Pratiquement aujourd’hui tous les grands projets sont réalisés en consortium soit d’ONG internationales, soit de mise en œuvre de partenariats locaux. Pour exemple, une réponse COVID à Madagascar demande alliance entre Médecins du Monde, Handicap International, Action contre la Faim et CARE.

Chaque année depuis 5 ans maintenant CARE publie un rapport intitulé « suffering in silence » mettant en relief les 10 crises humanitaires les moins médiatisées de l’année précédente. La République centrafricaine figure dans le classement depuis cinq années consécutives. Madagascar et le Burundi ont fait partie quatre fois de la liste de CARE jusqu’à présent. A quoi attribuez-vous ces oublis médiatiques ? Est-ce parce que les causes semblent désespérées ?

Ce rapport a vocation à parler des médias aux médias. Ce n’est pas un rapport sur l’ampleur des causes mais juste sur le traitement médiatique accordé à ces causes. C’est d’ailleurs pourquoi il est très largement consulté par les médias. L’étude se base sur des algorithmes informatiques qui nous permettent en 5 langues de faire ressortir les publications web publiées sur tel ou tel sujet.

Il peut y avoir différentes raisons pour lesquelles les médias ne s’intéressent pas à une crise. La première étant que parfois la crise dure depuis trop longtemps et finit par ne plus faire l’objet d’aucune attention, typiquement la famine récurrente dans le sud de Madagascar qui n’attire plus aucun regard. Les Malgaches souffrent en silence sans que ce sujet ne ressorte dans la presse. La deuxième peut être liée à l’inaccessibilité de la zone, comme dans certaines régions de Centrafrique où la dangerosité du lieu détourne la prise de parole. Les deux combinées, dans un pays qui souffre en silence, sans trop de violence, sans qu’aucun étranger ne soit égorgé, les médias ne jugent pas opportun d’en parler. Bien évidemment ce manque de médiatisation ne peut qu’avoir des conséquences lourdes sur les populations, moins de visibilité engendrant moins d’appel aux dons, moins d’aides internationales et surtout moins de pression sur les gouvernements locaux, souvent largement critiquables.

Nous avons choisi de publier ce rapport pour souligner aux médias les conséquences que peuvent engendrer un tel silence. Pour autant, les choses ne changent pas et c’est dommage.

Le plaidoyer fait partie intégrante de la vision de CARE qui en a d’ailleurs fait un manuel, vers quelles causes majeures se dirigent vos discours et qu’est-ce qui selon vous rend le plaidoyer efficace ?

Le plaidoyer doit s’appuyer sur des faits et ne pas être idéologique. Nous ne sommes pas une ONG de militants. Notre mission consiste surtout à apporter une information de terrain ayant valeur qui sera entendue par le gouvernement, les députés ou bien les entreprises. Pour cela il est nécessaire d’avoir un réseau, d’être tenace et de faire coalition avec des ONG en accord avec nos positions sur une situation via Coordination Sud ou France Générosités.

Il existe différentes formes de plaidoyers d’ailleurs : le plaidoyer sur le terrain bien sûr mais aussi le plaidoyer fiscal ou le plaidoyer légal.

Dans un réseau international, il est plus facile pour les acteurs du Nord que pour leurs collègues locaux de faire du plaidoyer sur des environnements difficiles, des causes peu populaires comme les injecteurs de drogues ou la répression des homosexuels dans certains pays africains. La dimension internationale aide évidemment à la prise de paroles.

Mais il y a d’autres endroits, comme au Sahel, où CARE ne prendra pas de position pour ne pas mettre en danger nos collègues sahéliens en première ligne sur le terrain et où il est devenu impossible d’envoyer des expatriés trop visibles.

Parmi les causes défendues par CARE il y a celle de l’égalité « femmes-hommes ». Le 8 mars 2019, Emmanuel Macron annonçait dans le cadre de la présidence française du G7, la création d’un fonds doté de 120 millions d’euros afin d’aider les mouvements en faveur des droits et de la condition des femmes, qu’en est-il aujourd’hui ? Le fonds existe-t-il réellement ? Si oui les montants vous semblent-ils suffisants ?

Le fonds existe en effet. Dans le cadre du G7 « Women » de juin 2019, CARE France et EQUIPOP ont été chargés de coordonner le « Women 7 » qui s’est tenu à l’UNESCO. Ce groupe d’engagement a mené des négociations portées par des gouvernements progressistes (France, Allemagne, Grande-Bretagne) auxquels d’autres faisaient obstacles (typiquement les USA de Trump). Au final, les tractations ont abouti sur l’annonce du fonds côté français et sur d’autres annonces internationales.

Aujourd’hui nous nous interrogeons surtout sur la provenance de ces fonds. Les 120 millions budgétés constituent-ils de l’argent neuf ou recyclé dont on a changé le label ? Nous sommes donc occupés à tracer chaque euro pour voir d’où il provient.

Quant au montant maintenant, il est insuffisant bien sûr mais nous partions de rien. L’arrivée d’Emmanuel Macron a modifié la trajectoire des aides publiques au développement de la France qui augmente à nouveau. Nous devrions cette année, en termes de pourcentage du PIB allant à l’aide publique au développement, nous retrouver au niveau de la dernière année de la présidence Chirac. Nous avons donc dû faire face à 10 années de recul avant de constater un mieux.

Quelles sont vos priorités pour améliorer les conditions des femmes ?

L’accès à l’éducation qui permet d’exercer le sens critique et aussi la transmission des biens en fin de vie. On assiste aujourd’hui (en Afrique essentiellement) au terme de vie de femmes de 50-55 ans qui ont réussi des choses absolument fantastiques en partant de rien en microfinance sans savoir parfois qui prendra la relève. Les questions de la propriété et de l’héritage sont donc fondamentales dans les années qui viennent.

Au milieu il y a aussi la reconnaissance des droits sexuels et reproductifs de ces femmes. Chacune doit pouvoir maîtriser son corps et le droit à le contrôler.

CARE intervient-elle également dans les pays occidentaux, par exemple aux USA sur le recul du droit à l’avortement ?

C’est un grand challenge pour la décennie qui vient car notre mandat original ne prévoit pas l’action dans nos propres pays. Ce point de vue me semble un peu daté. Les besoins sont partout c’est évident, même en Norvège ou en Suède. Toutefois il est important de ne pas se disperser et d’axer nos interventions sur nos domaines de compétence.

Autre cause importante pour l’ONG, la lutte contre le changement climatique, parlez-nous de l’impact du changement climatique sur la pauvreté ?

Les progrès reculent et c’est dramatique. Se retrouver en face de paysans producteurs d’ananas dans le Golfe de Guinée et leur dire que la culture doit évoluer car trop consommatrice d’une eau devenue rare, est délicat mais obligé. Mais leur faut-il passer pour autant au coton terriblement polluant ? Nous sommes ici dans l’adaptation et la conduite au changement de pratiques. Nous faisons face aussi à des migrations en masse, pour des raisons liées souvent au manque d’accès à l’eau, pas tellement dans les pays occidentaux qui pourtant s’en plaignent mais plutôt dans les pays du sud où se situe la majeure partie des réfugiés climatiques. Mais pour quelles opportunités ? Quel accès à l’éducation ? Quels revenus ? Ces sujets nous interpellent au plus haut point.

Notre mission consiste à faire de la prévention également. Par exemple à Madagascar, nous allons conscientiser puis aider les gens à replanter des mangroves pour les protéger des cyclones toujours plus puissants qui arrivent et frappent la côte Est. Notre intervention consiste non seulement à montrer l’intérêt d’un tel écosystème de marais mais aussi à le transformer en source de revenu (mise en place de fermes de coquillages, de crevettes ou d’alevins). Il est nécessaire d’expliquer que l’environnement a un prix et que ce prix peut être positif. C’est à cette condition que les gens prennent en charge la protection de l’environnement.

Quelles sont aujourd’hui vos recommandations pour restaurer une justice climatique ?

La première recommandation concerne déjà la modification de nos propres comportements, à savoir privilégier une consommation sobre. La deuxième consiste à renforcer le lobbying auprès de l’Etat et des grandes entreprises. On en revient donc à la notion de plaidoyer qui nécessite de participer aux négociations des COP afin d’influencer sur des thématiques fortes, pointer du doigt que c’est une question de droit humain.

D’où proviennent vos différentes ressources financières ?

Notre budget global se situe aux alentours de 40 millions d’euros. Les 2/3 proviennent des institutions (Agence Française de Développement, Union Européenne, Nations-Unies…), 10% provient des entreprises ou des fondations et 20% viennent de la générosité du public. Environ 100.000 foyers font des dons à CARE.

En parlant de la générosité du public justement a-t-elle progressé ces dernières années ? Est-elle satisfaisante selon vous ?

En ce qui concerne CARE, la générosité du public progresse tous les ans. Elle est aussi facteur de ce que l’on est capable d’investir en collecte de fonds. Or nous investissons beaucoup pour une raison dont mon conseil d’administration et moi-même sommes convaincus : l’indépendance de l’organisation, la liberté de ton et d’agir dépendent essentiellement des fonds privés. Les fonds institutionnels ou provenant des grandes entreprises sont parfois longs à obtenir et dirigés vers une opération précise. L’argent privé en revanche nous permet une action immédiate en situation d’urgence ou d’intervenir sur des causes non encore populaires. Par exemple, lors de l’explosion du port de Beyrouth et grâce aux fonds privés nous avons pu engager 100.000 euros sans délai.

La moyenne d’âge des donateurs de CARE est de 29 ans. Sans doute est-ce parce que l’organisation fait appel à la collecte de rue, le « face-to-face » qui recrute principalement chez les jeunes. Cette population est très exigeante en termes de plaidoyer et sensible à des causes bien précises. Notre positionnement sur des problématiques tels les grandes urgences humanitaires, les droits des femmes et les dérèglements climatiques parlent aux trentenaires.

Quel message souhaitez-vous faire passer aux pouvoirs publics pour la démultiplier ?

Nous avons déjà un système fiscal extrêmement généreux donc intervenir sur ce point ne me paraît pas nécessaire. En revanche le message à faire passer aux pouvoirs publics concerne essentiellement le potentiel allégement des charges administratives et bureaucratiques. Le nombre de contrôles, la « compliance », la bureaucratie rendent la tâche insupportable. Il faut aujourd’hui être sacrément motivé pour être président d’un conseil d’administration ou directeur général d’une ONG. Les pouvoirs publics ne le comprennent pas et restent ancrés dans une culture de la faute, de la responsabilité à charge, dans une prolifération bureaucratique hallucinante tant et si bien que le mille-feuille s’épaissit encore et encore. Nous n’avons donc pas besoin de déduction fiscale supérieure mais juste qu’on nous laisse effectuer notre travail dans de meilleures conditions !

La labellisation Don en Confiance a-t-elle contribué selon vous à améliorer la générosité du public ?

Pour nos donateurs réguliers, le label est un facteur important. Et notamment, pour les donateurs âgés qui sont souvent multi-causes.
Je pense que la labellisation est un élément de rassurance très important à la fois pour les donateurs et pour le grand public. Elle sécurise également mon Conseil d’administration qui y voit un facteur de progression interne. Quand le contrôleur du Don en Confiance s’exprime, il y a de notre part, une qualité d’écoute incontestable.

Pouvez-vous m’énoncer des arguments que vous donneriez pour motiver une organisation à adhérer aux exigences de la Charte de déontologie du Don en Confiance ?

J’en identifie 4.
Tout d’abord, le Don en Confiance nous permet de progresser car il y a souvent de nouveaux défis à relever ! Le label nous invite à nous remettre en cause et à revoir notre fonctionnement. C’est en cela que le Don en Confiance apporte une démarche de progression.
Ensuite, pour les nouveaux adhérents, la capitalisation des trente années d’expériences des autres organisations labellisées est un gain de temps considérable dans l’apprentissage des bonnes pratiques de déontologie. Toutefois, il faut avoir l’humilité de vouloir apprendre !
Et puis, la mise en place de ces règles et l’acquisition du label génère de la confiance dans la relation avec le donateur.
Enfin, le statut des contrôleurs du Don en Confiance qui sont bénévoles constitue une vraie valeur ajoutée dans un secteur où le bénévolat est la principale force vive.

En cette période de crise sanitaire internationale majeure, la pauvreté explose. Selon la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) la pandémie risque d’entraîner 130 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté, que pensez-vous de cette déclaration ? Que constatez-vous à votre niveau de nouveau sur le terrain ?

Cette déclaration me paraît juste en effet. Il existe bien un monde d’avant et un monde d’après plus pauvre. Pour la première fois l’extrême pauvreté a et va encore progresser avec un taux d’évolution qui reste encore à déterminer. Une carte issue d’un article publié dans le The Economist indique que les vaccinations ne se feront à grande échelle dans les pays les plus pauvres qu’en 2023, présageant un temps considérable pour atteindre l’immunité collective. Bien sûr la première vague n’a pas été aussi violente en Afrique que ce qui était redouté. Les systèmes de santé ont réussi à faire face. Mais les dégâts sont réels. Les pays les plus touchés sont ceux dits « intermédiaires » comme les pays d’Amérique latine qui ont subi de plein fouet une deuxième vague d’ampleur, majorée par la question des variants.

D’un point de vue économique maintenant, CARE a dû déclencher des aides en nature dans des pays où allocations et système de santé sont inexistants et où le télétravail n’est pas de mise. Il faut bien avoir en tête que le confinement est un « luxe » de pays riche payé par la planche à billets.

CARE a également multiplié pendant la pandémie les distributions alimentaires en essayant de générer parallèlement des revenus pour les personnes les vulnérables. Dans les coopératives que nous accompagnons nous avons appris aux participantes à faire du gel, des masques et à respecter les gestes barrières.

La conséquence inévitable de cette crise sanitaire dans des pays où la situation politique et économique est déjà très fragile se traduira sans nul doute par un recul du progrès contre la pauvreté.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre actualité ?

En termes programmatique cette année, ce sera la COVID-19 avec des équipes sur place totalement épuisées par la gestion de la dégradation sanitaire et économique auxquelles nous ne pouvons envoyer de renforts. La situation est dure, il a fallu que nous apprenions à travailler à distance, à réfléchir aussi à l’exfiltration des expatriés.

En ce qui concerne l’actualité géographique, nous nous positionnons en plaidoyer sur le domaine du soutien aux droits des femmes notamment en Syrie, au Liban, au Sahel, dans les zones de conflits.

Enfin, CARE considère l’arrivée de Joe Biden comme une fenêtre d’espoir. Nous allons enfin pouvoir reprendre des négociations non en mode défensif mais en processus collaborationnel sur le climat.