Guillaume Sanchez, Directeur général de la SPA

Depuis 1845, la SPA agit pour la protection et le bien-être des animaux sur l’ensemble du territoire français. Ses actions consistent à recueillir les animaux abandonnés ou maltraités et à les faire adopter, à défendre les animaux en détresse ou encore à sensibiliser le public au bien-être animal, notamment les jeunes générations et les collectivités territoriales. Par le lobbying et la communication, elle engage, auprès des pouvoirs publics et du grand public, des actions pour combattre toute pratique à l’origine de la souffrance animale. Rencontre avec Guillaume Sanchez, directeur général de l’association.

Le défenseur du droit des animaux est une idée de Robert Badinter que mon Président Jacques-Charles Fombonne et moi-même avons eu l’honneur de rencontrer. Il nous a accueillis extrêmement chaleureusement, avec éloquence et humilité.

Tout comme il existe un défenseur des droits de l’homme (autorité administrative indépendante), Monsieur Badinter reste convaincu qu’il est pertinent de transposer à l’animal en faisant nommer par le Président de la république un défenseur des droits des animaux. Cette autorité indépendante devra disposer de moyens d’expertise de manière à susciter des dialogues entre des mondes qui n’échangent pas (chasseurs versus protecteurs de l’environnement, défenseurs et détracteurs de l’expérimentation animale). Elle aura vocation aussi à éclairer sur des sujets pour lesquels nous disposons de peu d’information comme le nombre d’animaux abandonnés ou euthanasiés en France. Enfin elle aura pour mission de rendre un rapport annuel devant le parlement afin de permettre de faire évoluer les lois.

La Société Protectrice des Animaux (SPA) existe depuis 176 ans maintenant. Si tout le monde la connaît au moins de nom et sait qu’elle a pour mission première d’accueillir les animaux domestiques abandonnés, pouvez-vous nous éclairer sur son fonctionnement général ? Existe-t-il des missions moins connues du grand public ?

La SPA est une association avec un Conseil d’administration et une équipe salariée unique. Elle regroupe 77 sites incluant des refuges, des maisons SPA, des dispensaires, 1 siège, 1 site logistique et 1 cellule anti-trafic. Cette organisation multi-sites s’appuyant sur 2 axes stratégiques : métier d’accueil et de soins des animaux – communication/pédagogie et grands combats représente l’essence même de la SPA depuis de nombreuses années. Le virage qui a été pris ces derniers temps consiste à se décentrer de l’animal pour travailler sur le rapport homme-animal et s’interroger sur leur enrichissement réciproque.

Si notre mission première consiste en effet à sauver des animaux et à en prendre soin, le grand public oublie souvent que la SPA possède des dispensaires proposant des soins gratuits pour les animaux.

Autre mission peu connue, l’association a la capacité de conduire des enquêtes de maltraitance pour les particuliers mais aussi les professionnels. Nous avons mis en place une cellule anti-trafic composée d’anciens policiers ou gendarmes qui mène quotidiennement des enquêtes sur des filières professionnelles afin de déceler et démanteler la maltraitance et l’exploitation animale illégale.

On associe souvent la SPA à la prise en charge de chiens, de chats et de ce que l’on nomme les NAC (Nouveaux Animaux de Compagnie) mais la SPA possède aussi un grand refuge dans l’Orne pour accueillir de très nombreux chevaux ainsi que des animaux de ferme.

Enfin, je tiens à rappeler que la vocation première de la SPA consiste à sauver les animaux pas à les euthanasier comme beaucoup peuvent le penser. Cette pratique à laquelle nous recourrons dans des cas extrêmes reste donc exceptionnelle.

Face à un animal errant le « bon réflexe » n’est pas toujours évident et le comportement à adopter dépend sans doute de celui de l’animal et du lieu dans lequel on se trouve, pouvez-vous nous donner quelques conseils sur l’attitude à observer lorsque l’on rencontre un animal abandonné ? A qui doit-on s’adresser pour signaler l’abandon ?

Avant de considérer un animal comme abandonné il faut d’abord s’assurer que l’animal est véritablement abandonné. La SPA accueille malheureusement un nombre incalculable de chats ayant des propriétaires tout simplement parce que les chats ne sont pas identifiés par tatouages ou puces électroniques et que nous n’avons pas les moyens de retrouver les propriétaires.

Donc le premier réflexe et le meilleur est tout simplement, lorsque vous voyez un animal divaguant, d’appeler la municipalité ou la fourrière la plus proche. Il faut savoir que la SPA est le 2eme acteur de fourrière nationale, vous avez donc de forte chance que la fourrière soit exercée par la SPA ou par une autre association de protection animale.

Une fois les mauvais traitements signalés, comment s’effectue la prise en charge des animaux en amont de leur arrivée dans vos refuges ?

Un animal divaguant doit d’abord être capturé. Ce sont des missions exercées en priorité par la police municipale, les pompiers ou une société détentrice du marché public. L’animal est ensuite placé en fourrière pour une durée de 8 jours, délai qui permet d’en rechercher le propriétaire qui, une fois identifié, doit venir récupérer son animal. Des frais de garde et de soins lui sont alors facturés.

En ce qui concerne les animaux que la SPA accueille directement, il existe 2 cas de figure : l’abandon au refuge ou le dépôt par les fourrières lorsqu’aucun propriétaire ne s’est manifesté.

La prise en charge par la SPA peut alors commencer. Nous faisons un bilan de santé de l’animal et nous nous laissons un délai d’observation d’environ 8 jours pour apprendre à le connaître. Une fois soigné, stérilisé, identifié, l’animal rentre dans le parcours classique de l’adoption. Il intègre notre système informatique interne et rejoint notre plateforme internet dédiée à l’adoption.

La non stérilisation des chats semble constituer avec l’achat réflexe en animalerie la cause principale de l’abandon des animaux, comment la SPA sensibilise-t-elle sur ces 2 sujets ?

La SPA a effectué il y a 2 ans une grande étude sur la stérilisation des chats confirmant le caractère essentiel de cette pratique qui fait pourtant l’objet d’idées préconçues.

  • La 1ère idée fausse consiste à penser que l’on peut la repousser considérant l’animal trop jeune en oubliant qu’un chat commence à se reproduire alors qu’il n’a que l’âge de 4 mois.
  • La 2ème idée fausse : faire faire une portée à son chat en pensant que c’est bon pour sa santé. C’est totalement erroné.

Lorsque l’on possède un chat le faire stériliser est donc fondamental.

La SPA pratique ce type d’intervention dès qu’un animal rejoint ses refuges et essaye de sensibiliser les collectivités territoriales à lancer des campagnes de stérilisation des chats errants.  Elle y participe financièrement ou humainement lorsque c’est possible, sinon nous nous appuyons sur des associations partenaires pour qu’elles assurent le trappage de l’animal avant sa prise en charge vétérinaire par nos services.

Malheureusement nous parlons ici de 300 campagnes, ce qui représente une goutte d’eau à l’échelle du territoire. La SPA souhaitait dans le cadre du projet de loi contre la maltraitance animale – approuvé au mois de novembre 2021 – que cette stérilisation soit systématique et que les communes en fassent une responsabilité obligatoire mais il y a eu bronca de la part des élus assez peu enclin à financer l’opération.  Pourtant outre la prolifération des chats non stérilisés, ces derniers représentent un danger pour la santé humaine et pour la faune locale, notamment les oiseaux.

En ce qui concerne l’achat réflexe en animalerie maintenant, la SPA a été à l’origine d’une grande campagne choc intitulée « Stop animal Objet – Mobilisons-nous ! » et a obtenu une vraie victoire puisque la loi contre la maltraitance animale va d’ici quelques années interdire la vente de chats et de chiens en animalerie. On espère aller plus loin avec l’interdiction à la vente des NAC qui continuent d’être un produit d’appel, achetés sur le coup d’une envie immédiate et parfois traités sans égard.

Enfin, il est grand temps d’agir sur les réseaux sociaux ou les plateformes de vente comme le Bon Coin. Cette marchandisation sous couvert de don est inacceptable, non encadrée. On vend l’animal sur les parkings sans aucun soin, sans aucune précaution.

Est-il possible d’avoir accès à la stérilisation gratuite ou tout au moins à un prix accessible dans votre association ?

Elle est possible dans les dispensaires pour les gens qui n’en ont pas les moyens mais nous ne pouvons pas non plus entrer en concurrence avec les vétérinaires. La SPA a également toute une partie consacrée à l’aide aux particuliers. Ainsi + 1.500 personnes par an, à partir d’un devis du vétérinaire, nous contactent et sont pris en charge dans la limite de 500 euros.

Il faut savoir quand même que la stérilisation d’un animal coûte entre 125 et 250 euros, c’est assez onéreux.

Quelles sont les actions que vous mettez en place lorsque vous recueillez un animal ?

La première action concrète consiste à faire un bilan de santé de l’animal : comment est-ce qu’il se porte ? Quel est son état moral ? Est-il approchable et adoptable ? Il existe des animaux à tendance suicidaire qui ne se nourrissent plus et sont traumatisés par le nouvel environnement proposé sans maître attitré.

Quels sont les profils des animaux recueillis ? Avez-vous des difficultés à les faire adopter ?

Beaucoup de chats de gouttières, très peu de race. Côté chiens de refuge, la SPA recueille quelques chiens de race acquis par effet de mode tels les Malinois ou autre molosse qui servent d’abord de chien de garde pour finir abandonnés par des propriétaires ne sachant pas s’en occuper. Victime de la violence sociale grandissante, nous constatons de plus en plus d’agressivité chez certains chiens qui arrivent avec des pathologies comportementales aggravées depuis la crise COVID.

Pour pallier le phénomène, nous essayons de faire de la prévention et amplifions notre communication. Nous accueillons d’ailleurs sur C8 une émission intitulée « Animaux adoptés » que je vous invite à regarder, sincère sur la réalité des chiens et des chats que nous recueillons.

Par leur âge, leur pathologie ou leur handicap, certains de nos animaux ne sont pas plébiscités par les adoptants. Les chats FIV par exemple (similaire au VIH pour l’homme mais qui ne se transmet qu’entre chats) sont presque toujours écartés et victimes d’un délit de « sale gueule ». La situation se complexifie pour les chiens traumatisés par leur expérience avec l’homme dont beaucoup peinent à trouver un propriétaire susceptible de leur proposer des conditions de vie adéquates. Pour faciliter leur adoption, la SPA a créé le dispositif « SOS » qui propose une participation financière libre à l’adoption.

Souffrant de lourdes pathologies ou devenus très âgé, l’animal rentre là dans un autre dispositif que nous nommons « famille d’accueil définitive » dans lequel nous nous engageons à prendre en charge tous les soins liés à la pathologie.

Enfin quand l’animal est condamné par un comportement compliqué ne lui permettant pas de sortir du refuge, malheureusement l’euthanasie s’impose.

Sur les 45.000 animaux que nous gérons par an, nous arrivons à en faire adopter 40.000, ce qui fait de nous la première association de protection animale. Les 5000 restants attendent toujours un foyer.

Comment responsabilisez-vous les adoptants pour leur faire comprendre qu’acquérir un animal de compagnie est un engagement sur le long terme ? exercez-vous un suivi ?

Une adoption responsable à la SPA prend du temps. L’adoptant doit venir en plusieurs fois accompagné de tous les membres de sa famille et des animaux dont il dispose déjà. Lorsqu’il y a doute, nos bénévoles effectuent des visites post-adoption en véhiculant le message qu’en cas d’incompatibilité il est préférable de redonner l’animal plutôt que de l’abandonner.

En décembre 2020, Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, a présenté le premier plan d’actions visant à lutter contre l’abandon des animaux de compagnie qui poursuit son déploiement avec l’installation de l’Observatoire de la protection des animaux de compagnie. Plus récemment, la loi visant à lutter contre la maltraitance animale et conforter le lien entre les animaux et les hommes, promulguée le 30 novembre 2021, comprend des mesures notamment pour développer la sensibilisation sur le bien-être animal et lutter contre la maltraitance des animaux domestiques, que pensez-vous de ces actions ? Représentent-elles une avancée majeure ?

La loi de novembre 2021 représente clairement une avancée majeure. Nous nous sommes beaucoup mobilisés sur le sujet et avons même publié des articles. La loi a d’ailleurs connu une évolution à la demande de la SPA et vise aujourd’hui à lutter contre la maltraitance animale ainsi qu’à conforter le lien entre les animaux et les hommes.

Cette loi promulgue un ensemble de mesures qui vont avoir un impact profond sur le comportement à l’égard des animaux comme la fin de la vente en animalerie ou sur les sites internet, la fin des animaux dans les cirques ou delphinarium.

Elle propose également que la vente d’animaux soit encadrée par l’obligation de remplir une attestation stipulant qu’il y a bien eu un échange d’informations sur les besoins de l’animal.

Enfin la loi prévoit une sensibilisation dans les écoles. A cet effet d’ailleurs nous sommes la première association de protection animale à avoir obtenu l’agrément de l’éducation nationale pour intervenir dans les écoles. L’année dernière ce sont près de 6.000 jeunes qui ont été sensibilisés dans les lycées et collèges. Parallèlement, en 3 ans, nous sommes passés de 26 à 34 clubs jeunes qui permettent aux enfants de s’investir pour la cause animale dès leur plus jeune âge. Ces clubs sont ouverts aux enfants et adolescents âgés de 11 à 17 ans, passionnés par les animaux, qui peuvent partager ensemble les valeurs de respect pour la protection du Vivant. Ils sont accompagnés par nos bénévoles encadrants.

Que reste-t-il à faire selon vous pour faire avancer la cause animale et protéger les animaux domestiques ?

Il reste beaucoup à faire malheureusement, notamment pour les chiens de catégorie victimes d’un délit de sale gueule. La loi de 1999 qui ciblait certaines races a été détournée. Certes il n’existe désormais presque plus de pit-bull interdits à la reproduction mais les gens ont fait des croisements ou sont allés chercher d’autres types de races. Le Staffie par exemple qui est un molosse est devenu la 4ème race la plus achetée. Lorsque nous les récupérons, ces chiens dits de 1ère catégorie devraient pouvoir être mis à l’adoption dans des conditions particulières et encadrées or aujourd’hui nous sommes obligés de les euthanasier, leur adoption étant interdite. Pourtant ce sont souvent des chiens adorables.

Autre point d’importance, il nous semble indispensable que les fourrières et les refuges travaillent plus de concert. Les fourrières devraient avoir l’obligation de proposer les animaux aux associations en priorité avant d’envisager l’option « euthanasie ».

La question des NAC (hamsters, lapins…) aussi, qui sont aujourd’hui vendus derrière une vitrine sans que l’on ne prenne en compte leurs besoins, a été complètement oubliée.  Les règles de détention d’un nouvel animal de compagnie varient selon que l’animal appartient à une espèce domestique ou sauvage et la détention d’un animal appartenant à une espèce domestique n’est pas règlementée.

Enfin il existe de grands combats qui tiennent à cœur de la SPA comme l’abrogation de la corrida ou encore l’abolition de l’expérimentation animale qui aboutit à des résultats trompeurs, gâche de l’argent, du temps et des ressources précieuses qui pourraient être consacrées à de la recherche efficace et applicable à l’homme.

Quels sont vos moyens pour faire pression sur les décideurs politiques et avez-vous l’impression d’être entendus ?

A l’initiative de Convergence Animaux Politique, 29 ONG de protection animale se sont rassemblées pour mobiliser les candidats à la présidentielle 2022 sur la condition animale.  22 mesures prioritaires pour le quinquennat, couvrant six grandes thématiques : Élevage, transport et abattage ; Expérimentation animale ; Divertissement et captivité ; Animaux de compagnie et loisir ; Animaux sauvages et biodiversité, Animaux et société ont été définies avec demande d’engagement de la part des élus sur ces mesures ambitieuses et largement soutenues par la population.

La SPA s’est mobilisée en essayant de porter des mesures simples et concrètes qui ont été bien accueillies car les élus prennent aussi conscience que leur électorat est sensible à la cause. Maintenant lorsque l’on voit les résultats, nous ne pouvons pas dire que nous sommes satisfaits.

La SPA a demandé au chef de l’Etat de nommer dès son investiture un défenseur des droits des animaux pour condamner toutes formes de maltraitance, parlez-nous de son rôle ?  Comment l’imaginez-vous ?

Le défenseur du droit des animaux est une idée de Robert Badinter que mon Président Jacques-Charles Fombonne et moi-même avons eu l’honneur de rencontrer. Il nous a accueillis extrêmement chaleureusement, avec éloquence et humilité.

Tout comme il existe un défenseur des droits de l’homme (autorité administrative indépendante), Monsieur Badinter reste convaincu qu’il est pertinent de transposer à l’animal en faisant nommer par le Président de la république un défenseur des droits des animaux. Cette autorité indépendante devra disposer de moyens d’expertise de manière à susciter des dialogues entre des mondes qui n’échangent pas (chasseurs versus protecteurs de l’environnement, défenseurs et détracteurs de l’expérimentation animale). Elle aura vocation aussi à éclairer sur des sujets pour lesquels nous disposons de peu d’information comme le nombre d’animaux abandonnés ou euthanasiés en France. Enfin elle aura pour mission de rendre un rapport annuel devant le parlement afin de permettre de faire évoluer les lois.

Que vous évoque la phrase de Gandhi « On peut juger de la grandeur d’une nation par la façon dont les animaux y sont traités » ?

Gandhi a souvent eu un regard juste sur la condition animale et sur celle de l’homme en général. Sa maxime « Œil pour œil et le monde finira aveugle » en dit long sur la philosophie humaniste qu’il défendait.

Concernant la condition animale, plus la société évolue plus l’individu prend en considération l’altérité, les droits de l’autre et ceux des êtres vivants. Les animaux, notamment les domestiques, occupent une place particulière dans nos sociétés et la SPA se félicite qu’ils aient été reconnus dans le code civil comme des êtres vivants doués de sensibilité. On espère maintenant, en ce qui concerne les animaux d’élevage, l’amélioration de leurs conditions d’hébergement et de transports qui sont encore trop souvent oubliées.

L’attention à l’autre, le « care », concerne directement la cause animale. En quittant son statut d’objet, l’animal devient un individu à part entière. L’étendard des droits humains s’étend de manière croissante sur les animaux comme un prolongement de la sensibilité humaine. Parallèlement, la prise de conscience d’une sensibilité animale propre à chaque individu vient le questionner dans la place accordée à l’animal.

La crise COVID a-t-elle entraîné une hausse des abandons ? Et si oui, comment l’expliquez-vous ?

Depuis la crise COVID, les taux d’abandon atteignent des sommets. Nous n’arrivons plus à placer nos animaux et à les faire adopter. Les refuges ne désemplissent pas. Tous les ans, ils sont plein pendant la période estivale (juillet-août) et pendant la période de reproduction des chatons. Cette année ils ne désengorgent pas depuis le mois de mai. Toutes les associations de protection animale sont malheureusement touchées. Plus personne ne vient adopter de chiens et très peu adoptent des chats.

C’est un sujet qui peut s’expliquer par le coût que représente la prise en charge d’un animal que supportent sans doute de moins en moins les ménages ou peut-être par les envies de voyage qu’a généré l’enfermement de la crise COVID.

Comment s’organise la SPA au niveau Ressources Humaines, est-elle essentiellement composée de permanents ou de bénévoles et entre eux, comment se répartissent les fonctions ?

Notre modèle est à la base un modèle salarial. Compte tenu de notre croissance en termes de prise en charge d’animaux, l’association a créé plus de 100 postes en 4 ans. Nous sommes passés de 650 à quasi 750 salariés.

Parallèlement nous essayons de renforcer notre pool de bénévoles sachant que 4.250 d’entre eux nous accompagnent déjà et sont indispensables à plusieurs titres.

D’abord, un bénévole est une personne convaincue, à même de sensibiliser son entourage à la cause et d’aboutir à une éducation responsable. Ensuite, les bénévoles sont indispensables dans les refuges par le temps qu’ils accordent à la sortie des chiens, à leur éducation, tout simplement à leur donner de l’affection. Enfin, certains de nos bénévoles sont dédiés à la réalisation d’enquêtes sur la maltraitance animale. Ils sont alors formés, accompagnés, présents sur le territoire pour répondre aux plaintes et signalements concernant la maltraitance. Sur ce point nous recevons environ 15.000 signalements à l’année dont la moitié correspondent à des situations de mauvais voisinage.

La grande force de la SPA est vraiment de parler à tout le monde. Nos bénévoles proviennent de tous milieux sociaux, ont tous les âges mais se rejoignent sur une passion commune : les animaux !

Comment vous financez-vous ?

Exclusivement par le don et les legs. Nous n’avons pas de subventions publiques. Nous ne pouvons compter que sur nous-même. Notre modèle est donc très fragile.

La SPA a choisi en 2016 de faire une demande d’instruction pour l’obtention du label « Don en Confiance », en quoi est-ce important pour vous ?

Notre Président a même été élu pour représenter la SPA au Conseil d’administration du Don en Confiance, c’est vous dire l’importance que l’adhésion à la Charte de déontologie du Don en Confiance revêt pour nous.

En 2016, lors d’une période très compliquée médiatiquement marquée par la sortie d’un rapport accablant de la cour des comptes, le passage de la brigade de la répression de la délinquance économique, des licenciements en interne, des articles négatifs dans la presse, la SPA a connu une traversée du désert. Le Don en Confiance a été le seul à nous tendre la main dans une optique de travail conjoint et de progression. Je tiens vraiment à rendre hommage au contrôleur de l’époque (ainsi d’ailleurs qu’à notre contrôleuse actuelle) qui avec bienveillance et professionnalisme nous ont assistés et ont largement contribué à notre amélioration.

La SPA a touché le fond dans quasiment tous les secteurs possibles, a failli couler et ressort la tête haute. Aujourd’hui nous sommes humbles et avons envie de retrouver une place parmi les autres acteurs associatifs, de partager nos bonnes pratiques et de nous enrichir des leurs. Le Don en Confiance nous permet de le faire.

Quel chemin avez-vous parcouru depuis votre labellisation ?

Un énorme chemin. Pour ne citer que cela,

  • nous avons mis en place une mission audit et contrôle interne qui n’existait pas.
  • nous avons engagé une stratégie d’investissements immobiliers
  • nous déployons une communication bien plus adaptée et transparente de l’utilisation des dons et des legs
  • nous avons engagé un vrai travail sur l’éthique et la manière d’utiliser l’argent. Tous nos salariés et administrateurs ont reçu une formation sur la probité.
Vous êtes la seule association à avoir été contrôlée par l’Agence Française Anticorruption (AFA) en 2019, pouvez-vous nous en dire plus ?

L’Agence Française Anticorruption est une autorité publique à laquelle nous avons eu obligation de répondre en 2019. Ce n’est pas une institution partenariale mais ce qui est intéressant c’est que nous avons réussi à créer avec elle les conditions d’un dialogue constructif.

L’AFA préconisait 18 recommandations pour la SPA. En 3 ans, 12 ont été entièrement mises en œuvre, 6 sont en cours de traitement. C’est vous dire le chemin parcouru.

Parlez-nous de votre actualité

Notre grande actualité est la victoire de la liste de Jacques-Charles Fombonne réélu à 71% pour un mandat de 6 ans. Cette réélection va nous permettre d’avancer sur notre stratégie SPA 2030 « pour tous, partout, contre toute forme de malveillance » afin de devenir la référence du bien-être animal. Ces 3 piliers et cette cible repose sur un socle : la bonne gestion de l’association. De ce point de vue-là le Don en Confiance y est directement associé !

Le Don en confiance préconise spécifiquement aux associations et fondations à but non lucratif faisant appel public à la générosité de réaliser chaque année un Essentiel. C’est un document d’information clair, synthétique et pédagogique destiné au grand public. Il décrit en quelques pages ce qu’est l’organisation, ses principales réalisations de l’année, l’ensemble des fonds reçus, leur origine et leur utilisation, en particulier ceux provenant de la générosité du public, et le cas échéant les principaux écarts par rapport aux années précédentes, ainsi que les événements significatifs intervenus dans l’année. 

En savoir plus : Télécharger le guide

Professeur Philippe Amouyel - Directeur Général de la Fondation Alzheimer

Créée en 2008, la Fondation Alzheimer finance des projets de recherche audacieux et innovants permettant de mieux comprendre les mécanismes de la maladie afin de trouver de nouveaux traitements et de faire reculer l’âge d’apparition des premiers symptômes grâce à une prévention active. Reconnue d’utilité publique, la Fondation est le premier financeur non-gouvernemental de la recherche française sur la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées sur les 10 dernières années. Rencontre avec le Professeur Philippe Amouyel, Directeur général.

Le cerveau est l’organe le plus compliqué du corps humain, trouver un médicament suppose de prendre en compte cette complexité à l’origine du tâtonnement de la recherche thérapeutique. Pour l’instant il n’existe aucun traitement actif (excepté l’aducanumab autorisé sur le marché américain mais pour lequel l’agence européenne du médicament a émis un avis négatif). L’aducanumab est un médicament développé par une société américaine pour traiter la maladie d’Alzheimer en réduisant notamment les dépôts amyloïdes. Mais le bénéfice clinique en est relativement faible. Par ailleurs comme toute biothérapie il a un coût extrêmement élevé. La recherche continue d’avancer. Nous aboutirons très probablement (mais pas dans l’immédiat) sur des combinaisons de traitements comme pour les autres maladies chroniques. Ces traitements marcheront d’autant mieux qu’il y aura eu une prévention associée.

Pouvez-vous nous dire ce qu’est la maladie d’Alzheimer et quelles en sont et les causes ?

La maladie d’Alzheimer est une maladie neuro-dégénérative qui touche le cerveau et survient la plupart du temps à un âge avancé (en moyenne vers 75 ans) même s’il est vrai qu’il existe certaines formes jeunes extrêmement rares survenant avant 50 ans.

C’est une maladie d’évolution lente. On en pose le diagnostic aux alentours de 75 ans mais nous savons aujourd’hui qu’avant de le poser, la maladie s’était développée à bas bruit chez le patient depuis 20 ou 30 ans. Notre cerveau peut résister aux à-coups de la maladie jusqu’à un point de non-retour où la mémoire commence à ne plus revenir.

Il existe une dizaine de signes principaux de la maladie d’Alzheimer mais celui que l’on retrouve le plus souvent en premier c’est le trouble de la mémoire qui, lorsqu’il commence à perturber la vie sociale, nécessite consultation. Les troubles des fonctions exécutives constituent également une entrée dans la maladie. L’illustration parfaite est la situation où vous prenez votre smartphone pour téléphoner et vous vous apercevez que vous ne savez plus le faire fonctionner.

A des stades un peu plus avancés, on peut observer des troubles du langage, de l’orientation, des troubles du comportement aussi. Quelqu’un qui était aimable et doux comme un agneau peut tout à coup se révéler brutal, explosif. Ces troubles sont moins perceptibles que ceux de la mémoire mais permettent également, associés à d’autres, d’orienter vers le diagnostic.

En ce qui concerne la ou les causes maintenant, si nous les connaissions précisément elles nous auraient permis de trouver des solutions pour les traiter. Un neuro-pathologiste du nom d’Alois Alzheimer a décrit cette maladie en 1906 en constatant, à l’autopsie d’un cerveau d’une de ses patientes souffrant d’un trouble de la mémoire et de troubles du comportement, deux lésions présentes en grandes quantités dans le cerveau de la patiente pouvant être à l’origine de cette maladie particulière du cortex cérébral : des plaques séniles et des dégénérescences neurofibrillaires.

Des travaux ont été effectués depuis permettant de détecter la protéine qui compose les plaques séniles appelée protéine amyloïde. Depuis 1990, la protéine amyloïde a été la cible thérapeutique principale des essais cliniques dans le domaine de la maladie d’Alzheimer. Le dernier médicament qui a été mis sur le marché (seulement aux USA, car très discuté pour de multiples raisons) est un médicament qui cherche à réduire la quantité de protéine amyloïde pour diminuer les plaques séniles et tenter de ralentir voire stopper la progression de la maladie.

A côté de cela, depuis maintenant des années, grâce à la génétique et la biologie d’autres pistes ont pu être explorées. Des médecins ont pu observer que la formation de plaques amyloïdes, qui apparaissent longtemps avant les premiers signes cliniques de la maladie, provoquait, ultérieurement, des anomalies d’une autre protéine du cerveau, la protéine Tau localisée à l’intérieur des neurones. Suite à des modifications de sa conformation, cette protéine forme des agrégats à l’intérieur des neurones qui finissent par détruire les cellules nerveuses.

Toutes ces pistes n’expliquent toutefois pas complètement les causes de la maladie qui relève d’un mécanisme multi factoriel complexe encore mal cerné.

Un élément intéressant mis en relief en 2012 et issu d’une étude de cohorte d’âges dite « étude de Rotterdam » a révélé aussi une diminution apparente du nombre de nouveaux cas au fil des années selon les cohortes d’âge. Ainsi les cohortes nées le plus récemment semblaient avoir moins de nouveaux cas de maladies d’Alzheimer que celles nées antérieurement.

Les épidémiologistes se sont donc posés la question de la réalité et de l’origine d’une telle réduction de l’incidence. Ils se sont rendus compte qu’elle était liée au recul de l’âge de début d’apparition des symptômes de la maladie, sans nécessairement une diminution du nombre de nouveaux cas. Cette baisse apparente était due à une compétition avec d’autres causes de mortalité, fréquentes à ces âges avancés. Ainsi le décès peut-il survenir avant l’apparition des premiers symptômes occultant l’identification diagnostique. Cette observation tout à fait intéressante ouvrait donc la piste d’une prévention possible résultant des progrès médicaux et d’un niveau socio-éducatif plus élevé nous donnant des armes face à un processus dégénératif inscrit dans notre espèce. Ainsi plus les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer apparaissent tard, plus le risque de mourir d’autre chose est élevé.

On sait que la maladie peut démarrer de manière silencieuse 20 à 30 ans avant l’apparition des premiers symptômes, quels sont les signes qui permettent de dire qu’un patient en est atteint ?

Ce sont d’abord des signes cliniques qui alertent. La souffrance de la personne lorsqu’elle commence à rencontrer des troubles cognitifs (troubles de la mémoire, des fonctions exécutives, du langage, du comportement…). La plupart du temps toutefois, un futur patient vit d’abord une phase de déni plus ou moins anxiogène et peut commencer assez tôt une dépression.

Jusqu’au jour où la gêne sociale est telle que la personne, ou ses proches, viennent consulter. Intervient alors la phase d’annonce suivie de celle d’entrée dans la maladie où le patient et sa famille mettent enfin un mot sur les maux et commencent à comprendre qu’il va falloir apprendre à vivre avec, entrer dans un statut d’aidants pour les proches, et se préparer au phénomène de désocialisation qui arrivera progressivement pour le patient.

A-t-on pu observer des facteurs de risques liées à l’hygiène de vie d’un patient (alimentation, tabagisme, alcool…) dans l’apparition et le développement de la maladie ?

Pour en revenir à l’étude de Rotterdam dont je vous parlais plus haut, les épidémiologistes ont donc observé que les classes d’âge nées récemment (mais dans les pays riches exclusivement) semblent faire moins d’Alzheimer que celles nées antérieurement. Les deux principaux facteurs pouvant expliquer ce phénomène sont la durée des études et la diminution générale du risque cardio-vasculaire, deux facteurs qui ont un impact sur l’âge de début de la maladie.

Le cerveau est formé d’à peu près 80 à 100 milliards de neurones. Ce capital se multiplie jusqu’à nos 20-25 ans, ensuite nos neurones arrêtent de se diviser. Chacun d’entre eux reste toutefois capable d’établir en permanence des connexions avec environ 10.000 autres permettant à notre cerveau d’évoluer, de s’adapter, de progresser.  C’est ce que nous appelons la réserve cognitive, et que j’appelle notre « capital-cerveau ». Ainsi dans un processus d’apprentissage, vous établissez de nouvelles liaisons entre vos neurones qui vous aideront à stocker et à retrouver vos informations mémorielles. Cela vous permettra d’entretenir et de faire fructifier votre capital-cerveau et de maintenir actives plus longtemps vos fonctions intellectuelles.

Tout l’enjeu est donc de savoir ce qui permet d’entretenir voire d’augmenter cette réserve cognitive, en gros comment fait-on fructifier son capital cerveau ?

En ce qui me concerne j’ai identifié 4 grands groupes d’activités :

  • Il faut stimuler son cerveau : outre les apprentissages tout au long de la vie, cette stimulation passe déjà par la lecture qui fait appel à l’imagination et réveille les sens. Elle passe aussi par la projection dans l’abstrait, dans le futur que peuvent produire les activités de bricolage, jardinage, tricot ou voyage entre autres. Les jeux vidéo à actions simultanées et les écrans enfin améliorent le fonctionnement des zones du cerveau responsables de l’attention.
  • Il faut protéger son cerveau : le cerveau est un organe fragile et complexe qui « flotte » dans la boîte crânienne. Les chocs brutaux, les mini traumatismes répétés altèrent à la longue son intégrité et réduisent les capacités cognitives (par exemple les sports violents comme la boxe ou le football américain). La prise régulière de produits toxiques peut aussi abimer la barrière hémato-encéphalique, en particulier le tabac, l’alcool, les drogues quelles qu’elles soient et certains médicaments (psychotropes, solvants, anti histaminiques, anti hypertenseurs, anti dépresseurs à dose prolongée en automédication…).
  • Il faut aussi bien prendre soin de son corps : la santé cardio-vasculaire, le régime alimentaire (le plus efficace pour l’entretien des fonctions cognitives étant le régime méditerranéen), l’entretien de ses organes des sens en particulier l’audition (la presbyacousie, qui traduit une baisse de l’audition avec l’âge doit être corrigée dans les meilleurs délais) sont des éléments essentiels pour prévenir la maladie.
  • Enfin, notre humeur et nos relations sociales sont les principaux alliés de notre cerveau : il est à noter que les gens optimistes font moins d’Alzheimer que les pessimistes. Comme disait, Bonnie St John médaillée américaine paralympique en ski « Les pessimistes ont plus souvent raison, mais les optimistes réussissent plus souvent  ». La vie en couple, le cercle familial et amical qui évitent l’isolement sont fondamentaux. Même les couples qui ne s’étendent pas finalement se stimulent, bien évidemment il ne s’agit pas de cautionner les violences intraconjugales mais on observe qu’il vaut mieux un couple qui se chamaille que de la solitude pouvant déboucher sur de l’isolement social. En ce sens, les rapports affectifs et activités sexuelles au sens large (câlins autant que acte sexuel) font partie d’un ensemble de choses qui entretient notre capital cerveau.

Combien de personnes sont-elles concernées en France et dans le monde par la maladie d’Alzheimer ?

La France aujourd’hui compte environ 1, 2 millions de personnes atteintes pour 50 millions de cas diagnostiqués dans le monde. Parmi ces 50 millions, la moitié est issue de pays à moyen et bas niveau économique où certes l’espérance de vie est plus courte mais augmente quand même et où les populations sont largement plus nombreuses numériquement que dans les pays occidentaux. Au total donc le nombre de cas absolus diagnostiqués est plus important dans les pays en voie de développement (Asie, Amérique du Sud, Afrique…).

Une altération lente et progressive de la mémoire représente sans nulle doute une torture mentale pour la personne qui en est victime en conscience, pensez-vous qu’il soit utile de dire aux personnes qui en souffrent ce qui leur arrive et ce qui les attend sachant que l’issue pour l’instant est psychologiquement dévastatrice ?

A un moment, les individus prennent conscience tellement leur quotidien se complique. Ils passent du déni à une phase de désespoir mais comprendre ce qui leur arrive peut surtout finir par les soulager sur ce plan.

Pour les familles, il est nécessaire également de qualifier l’origine des changements relationnels de leur proche. La femme dont le mari devient soudainement agressif a besoin de comprendre. Le fait d’aller en consultation, de mettre le nom d’une maladie sur ces maux peut souvent apaiser les tensions.

Acteur majeur de la recherche sur la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées en France depuis plus de 10 ans, la Fondation Alzheimer en est le premier financeur non-gouvernemental, parlez-nous de vos missions ?

Nos principaux axes sont :

  • Le soutien de la recherche (fondamentale, clinique et en sciences humaines et sociales) via des appels à projets thématisés, des bourses de retour des chercheurs ayant acquis une expérience post doctorale à l’étranger afin de leur permettre de poursuivre leurs travaux dans un labo français, des Prix destinés à récompenser de jeunes médecins et/ou scientifiques menant des travaux de recherche sur la maladie d’Alzheimer ou apparentées (Les prix Joël Ménard).
  • La prévention. C’est une préoccupation majeure de la fondation, car nous avons des outils possibles. J’ai rédigé un livre destiné au grand public, intitulé « Le guide anti-Alzheimer, les secrets d’un cerveau en pleine forme » paru au Cherche Midi. Un véritable guide du quotidien pour agir sur les facteurs d’apparition et prévenir la maladie d’Alzheimer. Des conseils et rituels sont proposés : simples, accessibles à tous et fondés sur les données scientifiques les plus récentes. Par ailleurs la fondation est à l’origine de nombreux webinaires et conférences sur le sujet.
  • L’innovation à savoir tout ce que la haute technologie moderne peut ou pourrait faire pour aider au quotidien la vie du malade : thérapies non médicamenteuses, solutions connectées, appareils et détecteurs pour éviter les accidents du quotidien… Pour cela nous avons lancé depuis 2 ans des appels à projet mettant en contact équipes de chercheurs spécialisés dans l’Alzheimer et équipes d’ingénieurs afin qu’ils réfléchissent ensemble à des projets visant à améliorer la qualité de vie des patients.
  • La dissémination des connaissances au niveau national et international afin de promouvoir les mécanismes de prévention et d’anticiper la maladie. Il s’agit également de créer dans le domaine de l’Alzheimer un réseau entre les différents chercheurs tout territoire confondu (comme l’ANRS l’a fait avec succès en son temps pour le SIDA). La Fondation Alzheimer développe donc cette activité de réseautage et propose des journées où tous les chercheurs qu’elle a soutenus viennent présenter leurs travaux et échanger. Ce réseautage s’étend au niveau international avec le pilotage de la programmation conjointe européenne de la recherche sur les maladies neurodégénératives qui regroupe 30 pays dans la plus grande collaboration de recherche mondiale sur le sujet.

Où en est la recherche en matière de traitement, se dirige-t-on vers une solution médicale ? Que peut-on espérer des thérapies dans l’avenir ?

Le cerveau est l’organe le plus compliqué du corps humain, trouver un médicament suppose de prendre en compte cette complexité à l’origine du tâtonnement de la recherche thérapeutique. Pour l’instant il n’existe aucun traitement actif (excepté l’aducanumab autorisé sur le marché américain mais pour lequel l’agence européenne du médicament a émis un avis négatif).  

L’aducanumab est un médicament développé par une société américaine pour traiter la maladie d’Alzheimer en réduisant notamment les dépôts amyloïdes. Mais le bénéfice clinique en est relativement faible. Par ailleurs comme toute biothérapie il a un coût extrêmement élevé. Pour info, son prix moyen lors de sa mise sur le marché était de 60.000 dollars par an pour quelqu’un de corpulence moyenne. Aujourd’hui il se situe aux alentours de 20.000 dollars.

La recherche continue d’avancer. Nous aboutirons très probablement (mais pas dans l’immédiat) sur des combinaisons de traitements comme pour les autres maladies chroniques. Ces traitements marcheront d’autant mieux qu’il y aura eu une prévention associée.

Enfin je tenais à ajouter que le traitement aura vocation à stopper le processus dégénératif (c’est-à-dire à faire en sorte que les neurones ne meurent plus) or les symptômes apparaissent lorsque l’individu n’a déjà plus assez de neurones. Il est donc important d’envisager lors de la démarche médicale de faire un diagnostic avant le stade symptomatique pour appliquer le traitement, ce qui suppose des dépistages afin de stopper la maladie lorsque les capacités cérébrales sont encore présentes.

En l’absence de traitement curatif, les actions de prévention deviennent prioritaires, quels sont vos leviers d’action pour prévenir la maladie ?

Les leviers d’actions sont assez classiques. Ils reposent sur l’hygiène de vie, la stimulation cérébrale, la protection du cerveau, le maintien des relations sociales… Tous points que nous avons déjà évoqués.

Ce mode de vie sain doit commencer le plus tôt possible et se prolonger en permanence, idéalement vers la quarantaine.

Pour sensibiliser le public, la Fondation Alzheimer diffuse des informations et des articles notamment sur son site Internet. Nous réalisons également des conférences ainsi que des webinaires avec les meilleurs spécialistes français du domaine. Sur le sujet, la Fondation travaille de concert avec un ingénieur et formateur brillant dans le domaine de la mémoire qui s’appelle Sébastien Martinez.

Enfin vous trouverez de nombreux conseils utiles dans mon livre « Le guide anti-Alzheimer, les secrets d’un cerveau en pleine forme ».

Parlez-nous de la recherche clinique, comment se déroule-t-elle et comment la soutenez-vous ?

La recherche clinique est quelque chose de lourd financièrement. La fondation Alzheimer finance deux axes principalement :

  • La recherche translationnelle précoce. Il s’agit du passage des essais de laboratoire sur la souris aux essais cliniques chez l’homme que peu d’agences financent. La Fondation Alzheimer au travers de ses appels à projets soutient ce type de projets innovants avec beaucoup de succès.
  • Des essais cliniques publiques plus classiques comme preuves de concept. Toujours dans le domaine de la recherche clinique, nous nous positionnons également sur le financement d’approches dans le domaine des sciences humaines et sociales.

Existe-t-il des maisons médicalisées spécialisées dans la maladie d’Alzheimer ?

Les EHPAD sont remplis à près de 50 à 60% de personnes atteintes par des troubles cognitifs dont la maladie d’Alzheimer. Certains de ces établissements comprennent des unités de soin Alzheimer qui s’occupent par exemple des troubles du comportement.

La prise en charge des rares formes précoces de la maladie d’Alzheimer et des maladies apparentées posent également de nombreux problèmes spécifiques. Autant il existe des moyens de prise en charge sociale des patients âgés, autant les moins de 60 ans se heurtent à une absence d’établissements dédiés. Les Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH) peuvent fournir une carte d’invalidité mais aucune solution simple et globale n’existe.

Certaines expériences ont vu le jour, comme en Hollande où un « village Alzheimer » a été créé pour prendre en charge des patients avec des formes sévères ainsi que d’autres expérimentations sous forme de fermes, dont certaines s’essaient à la prise en charge de patients jeunes.

A l’heure actuelle, la France propose un de ces villages dans les Landes et d’autres sont à l’étude. Ce modèle économique particulier (pour l’instant à l’état expérimental) demande des investissements importants mais peut apporter de vraies solutions pour les formes graves et avancées. 

Il existe aussi pour les aidants, des solutions que l’on appelle de répit où des établissements médicaux prennent en charge la personne malade pendant un week-end, une semaine, afin d’offrir des temps de repos dans la prise en charge quotidienne des aidants familiaux à domicile.

Comment sont formés les soignants en Ehpad pour répondre aux besoins des patients ?

Ce sont des aides-soignant(e)s qui bénéficient de formations spécifiques. Il y a une quinzaine d’années j’ai participé au plan Alzheimer de Nicolas Sarkozy, ce plan proposait la mise en place de formations certifiantes et de diplômes en la matière. Malheureusement nos propositions n’ont pas connu un franc succès. Il existe des filières spécifiques mais peu de gens les empruntent pour le moment. La France manque cruellement de personnels formés pour ce type de service.

Quelles sont les dernières innovations pour permettre aux patients de rester plus longtemps à la maison ?

Ce sont en particulier les dernières innovations en termes de domotique et tout ce qui se passe autour des « maisons intelligentes ». Les japonais sont très engagés dans le domaine et investissent énormément. Les ingénieurs y développent différents types de robots. Des robots hyper sophistiqués qui ressemblent réellement à des êtres humains mais aussi de petits robots ludiques comme le petit phoque blanc, PARO, robot thérapeutique doté d’un programme qui fait des câlins, ronronne, se réchauffe, répond, suit des yeux. Cela crée un certain degré de lien social et permet de maintenir le patient à la maison ou l’aide au quotidien en établissement. En effet, au-delà du contact, ces outils domotiques contribuent à détecter les chutes, anticipent certaines maladies et rappellent la prise de médicaments.

Parlons des aidants maintenant, quels conseils et accompagnements proposez-vous pour les soulager ?

 Accompagner les aidants n’est pas du ressort de notre fondation. En revanche nous finançons des recherches en Sciences humaines et sociales pour des travaux sur le soutien des aidants en particulier dans les formes jeunes (intégration dans la famille, problèmes dans le couple générés par la maladie, comment la maladie est vécue par les enfants du couple…).

Le 17 février 2022 la Fondation Alzheimer a obtenu le label Don en Confiance, qu’est-ce qui a motivé votre adhésion aux exigences de la Charte de déontologie du Don en Confiance ?


La Fondation Alzheimer possède un fonds de dotation important. Depuis 5 ou 6 ans ce fonds rapporte beaucoup moins compte tenu de la chute des rendements des placements financiers. Avec le Président de la Fondation nous avons donc décidé d’associer un autre modèle qui fait appel à la générosité du public. Ce modèle économique nous permet d’affecter chaque euro provenant du public aux chercheurs. Nous avons vu qu’existaient des organismes indépendants permettant d’apporter des garanties aux donateurs, et notamment le Don en Confiance. Nous sommes donc rentrés dans le processus d’instruction du Don en Confiance et avons obtenu le label en février 2022.

Parlez-nous de la phase amont, quelles sont les étapes à observer avant d’être labellisé ? Est-ce difficile d’obtenir un tel label ?

Oui, le Don en Confiance réalise un véritable audit très approfondi de tout ce que fait la structure pendant plus d’un an. Le premier intérêt est de savoir précisément quelles sont les actions menées, le deuxième aide à mieux s’organiser. Comme nous sommes une petite fondation les interactions vont très vite entre les contrôleurs du Don en Confiance et nos agents. L’audit nous a conduit à rédiger des procédures pour mieux les formaliser, à mieux définir et encadrer aussi toutes nos activités. Les deux contrôleurs ont assisté à nos conseils d’administration, nos conseils scientifiques, nos comités opérationnels… Finances, comptabilité, tout a été passé au peigne fin. L’expertise a commencé en décembre 2020 pour s’achever en février 2022.

Pourquoi l’existence d’une association de contrôle est-elle nécessaire pour le secteur associatif ?

Le Don en Confiance sert à assurer aux donateurs que leur don sera bien utilisé. Et compte tenu de la multiplicité des associations faisant appel à la générosité du public, ce label aide les donateurs à faire leur choix de manière éclairée.

Quelques mots sur les projets et actualités de la Fondation Alzheimer…

– Apporter une image positive de la maladie dans l’esprit de chacun.
– Pouvoir obtenir plus de dons pour soutenir nos chercheurs au meilleur niveau.
– Accueillir de nouveaux chercheurs sur le territoire français.
– Promouvoir la prévention autour de la maladie.
– Développer nos actions en France et à l’international.
– Préparer des actions d’avenir favorisant le maintien à domicile le plus longtemps possible : nous venons de rédiger un appel à projets afin de stimuler et soutenir la recherche dans ce domaine.

En savoir plus …

 

 

 

Isabelle Moret, Directrice générale de SOS Villages d'Enfants

SOS Villages d’Enfants est une ONG humanitaire œuvrant dans le champ de la protection de l’enfance pour que frères et sœurs sans soutien parental ne soient séparés. Créée en Autriche en 1949 puis dans le Nord de la France en 1956, l’association a mis l’enfant au cœur de son projet en lui offrant un cadre de vie familial et sécurisant. Son leitmotiv : croire en l’enfant, en sa capacité à dépasser ses traumatismes et à se développer si un environnement favorable lui est offert. Rencontre avec Isabelle Moret, Directrice générale.

En France, les Présidents des Conseils départementaux sont les chefs de file de la protection de l’enfance. A ce titre, notre association est un partenaire parmi d’autres pour accueillir les enfants que le juge confie à l’ASE. Notre objectif consiste à nouer des liens qualitatifs de partenariat avec les services départementaux en ne perdant pas de vue notre intention première : prendre en compte le meilleur intérêt de l’enfant, lui donner toutes les possibilités de grandir, de se développer et de devenir un adulte inséré dans la société. Nous travaillons avec une vingtaine de départements […]

SOS Villages d’Enfants a pour spécificité de n’accueillir que des frères et sœurs. Notre leitmotiv consiste à penser que le fait de grandir ensemble est une ressource qui permet aux enfants de partager, se rassurer, de se créer des souvenirs et repères communs qui au passage à l’âge adulte assureront un certain équilibre.

Quelle est l’origine de SOS Villages d’Enfants France et quel en est le principe ?

SOS Villages d’Enfants est une association qui a vu le jour dans le nord de la France il y a 65 ans maintenant. Le fondateur, Gilbert Cotteau, professeur dans un lycée technique a eu l’idée de sa création suite à la réaction d’un élève ayant obtenu un « zéro » à sa copie. L’incompréhension du jeune homme face à la sanction, persuadée qu’elle était le fruit de sa situation personnelle chaotique en tant qu’orphelin dont les parents venaient de mourir dans un accident de la route, a déclenché la vocation. Après discussion avec le jeune perturbé par son placement dans un établissement différent de ceux de ses frères et sœurs, à laquelle est venue s’ajouter peu de temps après la lecture d’un article relatif à la création du premier village d’enfants en Autriche réunissant les fratries, Gilbert Cotteau décide alors d’aller à la rencontre du médecin à l’origine du projet à Innsbruck afin de s’en inspirer.

De là est né le deuxième village à Busigny dans le Nord de la France 4 ans plus tard. D’autres ont ensuite vu le jour toujours dans le Nord. Puis leur création s’est étendue à l’international. Aujourd’hui l’ONG compte des villages dans 136 pays (600 dans le monde et 17 en France, bientôt 22). Sur le territoire national, nos 17 villages accueillent environ 1000 enfants. Ils se situent principalement dans le département du Nord de la France. Nous en avons aussi 2 dans l’Est près de Metz et Nancy, 4 dans le Sud (Marseille, Carros près de Nice, Besse-sur-Issole dans le Var et Digne), quelques-uns en région parisienne et plus récemment dans l’Ouest (Sainte-Luce près de Nantes, Le Lion-d’Angers et 2 en Charente-Maritime). Nous en ouvrons bientôt 5 : 2 dans l’Allier ainsi qu’en Charente-Maritime dans les Yvelines et dans les Pyrénées-Atlantiques.

SOS Villages d’Enfants France est à la fois une association de protection de l’enfance en France, une ONG avec des programmes un peu partout dans le monde et une association qui plaide pour le droit des enfants en France et à l’international. Nous couvrons tous ces champs.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos programmes à l’étranger ?

Sur le plan international, nous n’agissons pas directement. Nous sommes partenaires d’associations SOS Villages d’Enfants implantées dans 10 pays pour la mise en place de projets d’envergure et y plaidons pour le droit des enfants. Notre rayon d’action est assez vaste puisque nous nous positionnons sur des programmes en Haïti, en Afrique avec le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Togo, la Côte d’Ivoire, le Bénin et Madagascar. Vers l’Est nous travaillons en partenariat avec l’Arménie et le Vietnam.

La particularité de nos programmes dans ces pays repose sur le fait qu’autour du village d’Enfants vient se greffer un certain nombre de dispositifs pour permettre aux enfants de bien grandir. Par exemple si l’on prend Madagascar où le système éducatif et celui de santé sont confrontés à de nombreuses difficultés, nous sommes à l’origine de la création de dispositifs pour les enfants des villages et pour ceux de la communauté (création d’un centre de PMI, d’écoles maternelles ou primaires…).

Dans ces pays, nous intervenons également avant que les enfants n’aient à être pris en charge dans un village en proposant des programmes de renforcement de la famille qui visent à soutenir les parents dans leur processus éducatif. Ces programmes ont une durée d’environ 5 ans pour arriver à une autonomie familiale.

Comment s’organise la protection de l’enfance en France et quelles sont vos relations avec l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) ?

En France, les Présidents des Conseils départementaux sont les chefs de file de la protection de l’enfance. A ce titre, notre association est un partenaire parmi d’autres pour accueillir les enfants que le juge confie à l’ASE. Notre objectif consiste à nouer des liens qualitatifs de partenariat avec les services départementaux en ne perdant pas de vue notre intention première : prendre en compte le meilleur intérêt de l’enfant, lui donner toutes les possibilités de grandir, de se développer et de devenir un adulte inséré dans la société. Nous travaillons avec une vingtaine de départements.

Quels sont les profils des enfants qui vous sont confiés ? Doivent-ils tous être passés par l’ASE avant de rejoindre vos villages ?

SOS Villages d’Enfants déploie une activité de programme de renforcement des familles qui vise à soutenir et accompagner les familles aux moments clés de l’enfance. Mais cette activité est assez marginale, elle concerne une cinquantaine d’enfants. Pour le reste et dans nos villages en effet, tous les enfants nous sont confiés par l’ASE.

SOS Villages d’Enfants a pour spécificité de n’accueillir que des frères et sœurs. Notre leitmotiv consiste à penser que le fait de grandir ensemble est une ressource qui permet aux enfants de partager, se rassurer, de se créer des souvenirs et repères communs qui au passage à l’âge adulte assureront un certain équilibre.

Pour autant ce n’est pas un dogme. Il existe des fratries pour lesquels le lien fraternel n’est pas une ressource pour les enfants. Notre procédure d’admission nous permet d’ailleurs au préalable d’évaluer l’opportunité de tels rapprochements avant d’y souscrire. Notre dernier « cahier SOS » traite justement de l’accueil conjoint des fratries en protection de l’enfance. Je vous invite à le lire pour en découvrir les clés.

Les liens fraternels se cristallisent ensuite autour de la « Mère SOS » et l’affection que développe l’enfant pour cette figure d’attachement avec laquelle il vivra en moyenne 6 ans ½.

Y-a-t-il eu des avancées législatives majeures ces dernières années dans le domaine de la protection de l’enfance et que reste-t-il à faire selon vous pour l’améliorer ?

Depuis le début des années 2000, beaucoup de lois ont vu le jour. En 2002, une loi globale sur le secteur social et médico-social a remis l’usager au cœur du projet. Cette loi a eu un impact positif dans la manière de penser l’accompagnement de l’enfant.

En 2007 et 2016, deux autres lois ont réformé la protection de l’enfance mais entre les intentions des lois et la mise en place au quotidien dans les départements il y a souvent un gap qui me laisse perplexe. Ces lois comportent pourtant des propositions intéressantes, comme par exemple l’instauration du « Projet pour l’enfant » (PPE) dont la démarche consiste en un accompagnement de l’enfant et de sa famille. A date, ce type de dispositif est assez peu mis en place par les départements. Les missions des équipes de l’ASE sont considérables et le nombre d’enfants à accompagner très important. Ils n’ont pas toujours assez de temps pour assurer un accompagnement suffisant et répondre aux besoins de chaque enfant et chaque famille.

De la même manière, ces lois prévoyaient la création d’Observatoires Départementaux de la Protection de l’Enfance avec pour objectif de faire de la veille sur l’offre et les besoins territoriaux afin de faire des propositions concrètes. Certains ont vu le jour bien sûr mais la plupart ne proposent pas de réponses à la mesure des attentes initiales. Or aujourd’hui, il semble nécessaire que les départements mettent plus de moyens (financiers et politiques) sur la question de la gouvernance et du pilotage de la protection de l’enfance.

Pourtant, je reste positive sur la question. Notamment quand je vois des élus comme Florence DABIN (Présidente du Conseil départemental du Maine et Loire, Vice-Présidente de l’association des départements de France) qui fait de la protection de l’enfance un enjeu majeur de son mandat.

Par ailleurs, aujourd’hui (11/01/2022) est un grand jour sur le plan législatif puisqu’une loi sur la protection de l’enfance, en navette entre les assemblées depuis l’été dernier, passe en commission mixte paritaire. Elle devrait permettre des avancées intéressantes concernant le regroupement de fratries puisqu’elle propose de systématiser l’accueil conjoint des fratries sauf si son intérêt commande une autre solution. Bien sûr concomitamment, il faudra travailler à l’adaptation de l’offre d’accueil pour permettre à la loi de se mettre en place, mais l’étape est essentielle.

La loi avance aussi de manière importante sur la sortie des jeunes des dispositifs de protection de l’enfance en se penchant sur le cas des sorties sèches à 18 ans qui peuvent conduire à des situations de précarité extrême. Elle devrait rendre systématique l’accompagnement des jeunes entre 18 et 21 ans avec notamment la mise en place régulière de « Contrats Jeunes Majeurs » ainsi que la proposition de ce que l’on nomme la « Garantie Jeunes » qui offre la possibilité aux bénéficiaires de recevoir un pécule pour vivre et une aide en matière d’insertion professionnelle.

Quels sont vos moyens d’action pour faire pression sur les pouvoirs publics ? Qu’est-ce qui rend le plaidoyer efficace ?

Le fait d’être un acteur depuis de nombreuses années au niveau national en protection de l’enfance cumulant connaissance des enfants placés et des dispositifs nous permet d’être crédibles au niveau du plaidoyer, en tout cas en ce qui concerne la partie française de nos missions.

Pour la partie mondiale, être adossés à une fédération internationale et avoir des collègues un peu partout dans le monde (New-York, Genève, Bruxelles) assurent notre fiabilité et notre expertise. En ce moment où vient d’être votée à Bruxelles la Garantie européenne pour l’enfant, nous participons à la déclinaison de celle-ci dans un plan d’action pour la France afin d’en assurer la mise en place effective.

Indéniablement, SOS Villages d’Enfants est reconnue comme association ayant une expertise en matière de droit de l’enfant. Nous agissons au quotidien sur le sujet et le portons dans notre plaidoyer. D’ailleurs nous contribuons en ce moment à l’écriture du rapport de la société civile dans le cadre de l’examen périodique de la France par le Comité des droits de l’enfant à Genève pour évaluer la mise en œuvre effective de la convention internationale des droits de l’enfant en France et dans la politique internationale.

Dans le domaine du plaidoyer, nous avons retenu plusieurs sujets qui correspondent à nos valeurs et nous les défendons ardemment : les jeunes majeurs, les droits de l’enfant et la place de l’enfance dans la politique de solidarité internationale de la France.

L’accueil des mineurs non accompagnés en France repose sur le principe fondamental qu’un enfant, qu’il soit français ou non, puisse bénéficier d’une protection lorsqu’il est en danger ou en risque de l’être, que pouvez-vous nous dire de la situation des jeunes dits « mineurs non accompagnés » aujourd’hui en France ? En accueillez-vous beaucoup ?

SOS Villages d’Enfants accueille assez peu de mineurs non accompagnés ou désignés comme tels mais dans les fratries accueillies dans les villages certaines ont connues un parcours migratoire. Nos valeurs nous conduisent à les accompagner et les protéger au même titre que les autres enfants.

La grande majorité des mineurs non accompagnés que nous prenons en charge sont accueillis à La Maison Claire Morandat. Cet établissement, s’occupe d’une soixantaine de jeunes entre 16 et 21 ans et bénéficie d’une expertise dans le domaine des demandes d’asile et de titre de séjour. Il faut savoir que ces jeunes sont volontaires et se saisissent souvent de tout ce que l’on peut leur proposer avec une envie réelle de s’intégrer.

Passé 18 ans, sauf dispositif spécifique comme le Contrat Jeune Majeur, les jeunes perdent le soutien de l’Aide Sociale à l’Enfance, SOS Villages d’Enfants propose-t-elle de son côté un accompagnement à ses bénéficiaires devenus jeunes majeurs ? Avec quel soutien pour quel taux de réussite ?

Nous nous battons déjà pour que les départements accompagnent les jeunes après leur majorité en luttant contre les sorties sèches à 18 ans. Nous pensons que jusqu’à 21 ans les jeunes doivent pouvoir, s’ils en ont besoin, rester dans un dispositif de protection de l’enfance et qu’au-delà, en fonction des situations, ils fassent l’objet d’un accompagnement sur mesure.

L’association s’est donc engagée à accompagner les jeunes jusqu’à leur inclusion pleine et entière dans la société. Nous avons formalisé cette politique afin qu’elle devienne un droit en nous positionnant à 3 niveaux :

  • La poursuite de l’accompagnement
    Si le Département ne veut plus poursuivre l’accompagnement alors que nos équipes pensent qu’il est nécessaire, nous finançons.
  • Le fil
    Nous pensons qu’il est important de garder un fil, le lien relationnel avec le jeune une fois le village quitté. L’association s’engage donc tous les 6 mois à prendre des nouvelles du jeune en complément des équipes du village ayant participé à sa prise en charge.
  • Le « Pause-toi »
    Un jeune qui se trouve à un moment de sa vie en difficulté a la possibilité de revenir vers nous pour trouver de l’aide. Il pourra « faire une pause ». Pour certains cela consiste à recourir au service d’un psychologue, pour d’autres à trouver un logement ou bénéficier d’une aide financière. Nous analysons sa situation avec lui pour l’aider à s’intégrer dans un projet de vie cohérent.

Récemment, nous avons lancé notre première démarche de mesure d’impact social mais ne communiquons pas dessus. Il ressort que sur 2 villages, parmi une population de jeunes restés en moyenne 6-7 ans dans nos établissements, les individus interrogés déclarent avoir un logement, pour beaucoup un travail, quelques-uns des enfants à qui ils se veulent offrir une éducation « adaptée » calquée sur l’éducation que leur ont offert les « Mères SOS ». L’échantillon n’est pas forcément représentatif (à plus grand échelle le coût serait prohibitif) mais ce que l’étude révèle est gratifiant pour l’association.

Comment recrutez-vous vos éducatrices « Mères SOS » et quelles compétences faut-il avoir pour accompagner les enfants ?

On les appelle à la fois « Mères SOS » et éducatrices familiales ou « Pères SOS/éducateurs familiaux » car l’association compte de plus en plus d’hommes sur cette fonction. Il n’existe pas de diplôme pour le devenir, c’est avant tout un projet de vie. Un engagement qui consiste à donner de son temps et de son énergie dans l’accompagnement d’enfants en danger.

Pour mesurer cet engagement l’association met en place un processus de recrutement très rigoureux conjuguant des entretiens individuels et collectifs, des périodes d’observation d’une semaine dans des villages, des rencontres avec une psychologue, le tout afin de faire prendre conscience aux volontaires de ce à quoi ils s’engagent.

Bénéficient-elles(ils) de formations ?

Oui, beaucoup. L’association accorde une place prépondérante à l’accompagnement au moment de la prise de fonction. La première année nous proposons un système de tutorat poussé pour soutenir la personne dans ses premiers pas. Nous réfléchissons aussi en plus à mettre en place quelques jours de formation obligatoire. Au bout d’un an, après sa période de tutorat, l’éducateur familial se rend au siège pour 4 semaines de formation dispensée par des intervenants en interne ou externe. Ces sessions consistent à donner aux  « Mères ou Pères SOS » toutes les clés pour réussir leur mission autour du développement de l’enfant, des droits de l’enfant et des troubles du comportement.

La formation initiale achevée, l’éducateur peut bénéficier au même titre que les autres membres de l’équipe, d’un plan de formation complet renouvelé chaque année. Nous allons bien au-delà de l’obligation de formation car c’est indispensable pour soutenir les équipes dans leur travail auprès des enfants.

Enfin, au-delà de la formation, nous avons mis en place des groupes d’analyse des pratiques dans chacun des villages ainsi que de la supervision. L’association bénéficie donc de tout un dispositif de soutien pour les équipes des villages.

A quoi ressemble le quotidien de ces femmes/hommes ? Sont-elles/ils épaulé(e)s par d’autres professionnels dans leurs tâches, notamment lorsqu’elles/ils subissent l’agressivité de certains enfants marqués par des violences intrafamiliales depuis leur plus jeune âge ?

Être « Mère ou Père SOS » consiste à travailler trois semaines sur quatre dans une maison du village afin de garantir le suivi des enfants 24h/24, la quatrième semaine étant assurée par un aide familial en binôme qui la(le) remplace sur la période. Ces deux personnes veillent aussi à être présentes toutes les 2 sur les temps importants du quotidien (vacances, fête d’anniversaire, rentrée des classes, hospitalisation…). C’est un engagement important auquel on ne peut déroger.

Les « Mères ou Pères SOS » ne sont jamais seul(e)s. Ils font partie d’une équipe. Pour 50 enfants, nous disposons d’environ 40 professionnels et de 10 à 11 maisons. Les équipes pluri-professionnelles sont composées d’un directeur, un chef de service, d’un ou deux psychologues, d’éducateurs spécialisés et d’éducateurs scolaires. On pense souvent à l’agressivité que peut engendrer le vécu d’un enfant en oubliant un autre comportement tout aussi pernicieux que représente le phénomène de repli sur soi. Nous sommes aussi vigilants à l’un qu’à l’autre. 

Il faut garder à l’esprit que les enfants que nous accueillons ont tous subi au minimum des carences éducatives graves, pour beaucoup ils ont été victimes de maltraitance physique, psychologique et/ou sexuelle.

Au-delà de la mission et lorsque les liens deviennent forts les « Mères SOS » gardent-elles des contacts au long cours avec les jeunes dont elles s’occupent ? Avez-vous des anecdotes à nous raconter à ce sujet ?

Depuis la première « Mère SOS » Odette Nollet, jusqu’à la dernière partie en retraite (Brigitte R.), elles gardent toutes des liens avec les enfants dont elles se sont occupées.

Je pourrais vous raconter de multiples anecdotes sur le sujet. Par exemple, quelques semaines après le départ en retraite de Brigitte, une des enfants dont elle avait la charge a fêté son seizième anniversaire. Pour l’occasion Brigitte a tenu à l’emmener à Prague. Cette « Mère SOS » qui nous a accompagnés pendant 32 ans a d’ailleurs gardé un lien fort avec l’ensemble de « ses enfants » qu’elle accueille systématiquement pendant les fêtes de noël.

Un des moments associatifs que j’aime le plus, aussi représentatif des liens forts qui se créent à tout niveau, est la réunion des « Mères ou Pères SOS » que nous réalisons tous les 2 ans. Certain(e)s nous ont quittés depuis 20 ou 30 ans mais ne manquent jamais à l’appel et rencontrent ainsi de nouveaux(elles) « Mères ou Pères SOS », leur donnent d’éventuels conseils, les aiguillent sur certaines questions éducatives qui n’ont pas vraiment changé, en clair assurent une transmission implicite.

Quels problèmes avez-vous rencontré depuis le début de la crise sanitaire ?

Le premier confinement a plutôt correspondu à une période de sérénité. « Les Mères ou Pères SOS » sont parfois resté(e)s confiné(e)s dans les maisons au-delà de leur temps de travail. Les enfants se sont donc bien souvent sentis en confiance et sereins. Pour les jeunes en appartement, en revanche, la période a été plus compliquée mais les éducateurs ont repris assez vite les visites afin de leur venir en aide.

Le problème réside surtout désormais dans le prolongement de la crise. Nous commençons à observer son impact en termes psychologiques sur les enfants en proie à des doutes sur un avenir incertain.

D’où proviennent vos financements et quelle en est la part de financement public ?

Nos financements ont trois sources principales :

> Départementales : pour chaque enfant que nous accueillons, le département nous verse le « prix de journée ».

> Privées : entreprises ou particuliers, nous avons la chance d’être soutenus par de généreux et fidèles donateurs sans lesquels nos actions dans le monde seraient impossibles et significativement réduites en France.

> Institutionnelles : certaines institutions internationales comme le Ministère des Affaires Etrangères, l’AFD, la principauté de Monaco soutiennent nos programmes dans des pays du monde.

En 2020, sur 100€ reçus, 55% viennent des conseils départementaux et 42% de la générosité privée. Toujours en 2020, sur 100€ perçus des conseils départementaux et de la générosité privée, 89.64€ vont au profit des enfants.

Pourquoi avoir fait le choix d’une labellisation par le Don en Confiance ?

SOS Villages d’Enfants est membre du Don en Confiance depuis sa création. Nous sommes très attachés à notre appartenance à la structure. La transparence, la rigueur, le fait de s’assurer que chaque euro dépensé le sera au profit des enfants est dans l’ADN de notre association.  L’adhésion était logique pour nous. Elle nous a conduit à nous soumettre au contrôle du Don en confiance et ainsi à assurer nos donateurs de la bonne utilisation de leur générosité.

Quelles sont vos relations avec la structure et quel chemin parcouru depuis votre labellisation ?

Un long chemin. Cela fait 22 ans que je suis dans la structure. Je l’ai été d’abord en tant que Directrice financière et aujourd’hui en qualité de Directrice Générale. En 22 ans j’ai rencontré beaucoup de contrôleurs-bénévoles. Chacun d’entre eux avec sa singularité nous a permis de grandir, de réfléchir à des sujets essentiels. Le dernier en date concerne la gestion des conflits d’intérêt. Ce chemin nous permet de progresser, d’améliorer nos procédures en interne ainsi que la qualité de la communication auprès des donateurs dans l’emploi de nos ressources.

Quelques mots sur vos projets à venir…

Les villages d’enfants sont à un moment charnière de leur développement. Nous en avons ouvert 4 au cours des trois dernières années et prévoyons d’en ouvrir au minimum 5 au cours des 3 prochaines années.

D’autres appels à projets verront bientôt le jour puisque, comme évoqué plus haut, l’accueil conjoint des fratries est un sujet porté par Adrien Taquet, Secrétaire d’Etat en charge de l’enfance et des familles auprès du ministre des Solidarités et de la Santé. Son objectif : la mise à disposition à court terme de 600 places dans des structures adaptées pour accueillir les fratries. Les Départements sont donc incités à inclure à leurs schémas départementaux la question de l’accueil des fratries. Nous avons donc des défis importants à relever pour les prochaines années.

A l’international maintenant, nous comptons poursuivre notre collaboration avec les associations partenaires, notamment au sein de projets financés par l’Agence Française de Développement afin d’améliorer la qualité de prise en charge des enfants et leurs familles dans les pays partenaires.

Le Don en confiance préconise spécifiquement aux associations et fondations à but non lucratif faisant appel public à la générosité de réaliser chaque année un Essentiel. C’est un document d’information clair, synthétique et pédagogique destiné au grand public. Il décrit en quelques pages ce qu’est l’organisation, ses principales réalisations de l’année, l’ensemble des fonds reçus, leur origine et leur utilisation, en particulier ceux provenant de la générosité du public, et le cas échéant les principaux écarts par rapport aux années précédentes, ainsi que les événements significatifs intervenus dans l’année. 

En savoir plus : Télécharger le guide