Créée en 1889 par Maurice de La Sizeranne, l’association Valentin Haüy a pour vocation d’apporter les moyens aux aveugles et malvoyants de mener une vie normale afin de leur permettre de sortir de l’isolement. Acteur historique de l’aide aux personnes déficientes visuelles, elle déploie depuis plus de 130 ans un grand nombre de services et d’actions à travers toute la France. Rencontre avec Sylvain Nivard, Président.

Je ne ferais aucune hiérarchie entre un aveugle de naissance et une personne touchée par la cécité au cours de sa vie. Dans les 2 cas la chose est compliquée. L’aveugle de naissance a un cheminement d’acceptation à faire et se sent victime malgré tout d’une injustice. D’un autre côté, perdre la vue soudainement est très paniquant. Les personnes tombent dans le déni, continuent à s’accrocher à leur résidu visuel et s’isolent. Beaucoup ne font pas appel à nous faute de connaissance des missions de l’association.

Autant 8 aveugles sur 10 connaissent l’association Valentin Haüy autant les malvoyants, en particulier les personnes âgées n’ont jamais vraiment entendu parler de nous au cours de leur existence donc n’ont pas le réflexe de nous solliciter.

Acteur historique de l’aide aux personnes déficientes visuelles, pouvez-vous nous en dire plus sur l’organisation et les missions de votre association ?

L’association Valentin Haüy existe depuis 130 ans. Ses missions consistent à :

  • aider les malvoyants à être plus autonomes,
  • faire en sorte que la société évolue pour permettre aux aveugles et malvoyants de vivre et de s’intégrer en toute harmonie.

L’organisation inclut une partie associative composée de 120 comités départementaux animés par 3 400 bénévoles et une partie médico-sociale qui compte 400 salariés dans 16 établissements ayant vocation à former, loger ou encore donner du travail à des déficients visuels.

La partie associative propre à chaque département propose aux malvoyants un large panel d’activités de loisir ou d’apprentissage (cours d’informatique adaptés, cours de yoga, sortie en forêt…). Le projet associatif consiste aussi à représenter les aveugles et malvoyants dans les commissions départementales telles les Maisons Départementales pour les Personnes Handicapées (MDPH) ainsi qu’à sensibiliser à la malvoyance dans les écoles et les entreprises.

Symboliquement, pourquoi avoir fait le choix de « Valentin Haüy » pour nommer l’association ? Qui était-il et quels étaient ses liens avec la cause ?

Tout commence avec Maurice de la Sizeranne, fondateur de l’association ayant perdu la vue à 9 ans dans un accident de jeu. Il réalise que Valentin Haüy, pédagogue français du XVIIIème siècle, a accompli à son époque des choses extraordinaires pour les aveugles en fondant notamment une école – l’Institut National des Jeunes Aveugles – toujours en activité de nos jours. Cette école permet à de jeunes aveugles ou malvoyants d’apprendre à lire, écrire, compter comme tous les enfants de leurs âges et ainsi d’être accompagnés de la maternelle à la terminale.

Maurice de la Sizeranne fait alors le constat que rien n’existe pour les aveugles ou malvoyants adultes. Il crée donc l’association, transpose la mission de l’institut à la cible adulte et ainsi complète l’œuvre de Valentin Haüy.

Aujourd’hui, nos établissements médico-sociaux ont vocation à offrir aux jeunes ayant terminé leur parcours scolaire un travail, des loisirs et également les moyens d’avoir de l’autonomie.

Où en est-on aujourd’hui de l’inclusion des personnes handicapées visuelles tant socialement (accessibilité dans les lieux publics…) que professionnellement (accessibilité numérique, adaptation des postes de travail, recrutement…) ? 

Etant d’un naturel assez optimiste je vous dirais que des améliorations notables ont été réalisées : aménagement de voirie, feux sonores, bandes podotactiles, annonces vocales dans le métro, outils informatiques de plus en plus adaptés ayant ouvert des métiers auparavant inaccessibles…

Professionnellement, à l’exception des filières militaire, médicale ou de certaines scientifiques qui demandent un apprentissage fait de symboles et de formules, je crois que l’on peut dire que toutes les filières de métiers sont théoriquement abordables (sciences humaines, juridiques, sociales).

Pour autant dans le domaine numérique, il reste encore beaucoup de choses à faire car même si le secteur représente une formidable opportunité, il peut aussi être vécu comme une menace. En effet, si mon écran possède un logiciel qui me permet d’en lire le contenu, il faudrait encore que les sites web ou les applicatifs utilisés aient été développés conformément à des normes d’accessibilité qui existent mais sont malheureusement très peu respectées.

Que reste-t-il à faire selon vous pour aller au-delà d’une « bonne » intégration ? Pensez-vous que les pouvoirs publics et les entreprises interviennent à la hauteur des attentes et des enjeux ?

Avant d’aller au-delà d’une bonne intégration il faudrait déjà atteindre la bonne intégration et nous n’en sommes pas encore là. Les pouvoirs publics ont bien sûr un rôle essentiel à jouer notamment dans le domaine de l’accessibilité numérique (que je viens d’évoquer) où ils ont l’obligation de rendre les services publics accessibles à tous ainsi qu’à appeler les acteurs privés à faire preuve de citoyenneté en rendant accessibles leurs services. Des logiciels permettent de transformer le contenu de l’écran en braille ou en vocal mais encore faut-il que l’écran que l’on souhaite lire ait été développé conformément aux normes d’accessibilité. Or sur 100 sites web à l’heure actuel vous n’en trouverez pas 10 qui respectent les normes. Réserver un billet de train à titre d’exemple peut être sacrément contraignant.

Les pouvoirs publics doivent nous accompagner là-dessus et encourager voire sanctionner les acteurs économiques qui ne font pas l’effort de respecter ces normes.

Pour rester dans le domaine du numérique justement, est-ce que les fabricants de technologie se préoccupent comme il se doit de ce segment de marché ?

Non. Même si la mondialisation a permis que certains acteurs se positionnent sur un secteur touchant une large cible, le segment de marché des aides à la communication pour les déficients visuels reste encore assez restreint, chacun des types de produits de ce marché représentant une niche.

D’ailleurs et au-delà de la technologie informatique nous avons beaucoup de progrès à faire sur les autres technologies également (électroménager, commande de téléviseur, photocopieur et autres appareils sophistiqués dans le monde professionnel…). Aujourd’hui tout est compliqué et n’est pas réellement adapté.

Vous parliez un peu plus haut d’aller vers une meilleure intégration, aussi quels sont les moyens d’action de l’association pour faire avancer les choses sur le plan social ?

Valentin Haüy est en premier lieu une association pragmatique dont l’objectif vise à faire avancer les choses sur le terrain afin d’aider les déficients visuels dans leur quotidien. Nous les accompagnons d’abord dans leur cheminement d’acceptation du handicap. Ils ont bien souvent besoin d’une oreille attentive et compréhensive surtout lorsque le diagnostic vient de leur tomber dessus. Nous leurs proposons ensuite des compensations comme savoir utiliser les logiciels idoines en informatique, effectuer des activités de loisirs, travailler dans l’une de nos entreprises adaptées, venir vivre dans nos centres résidentiels, bénéficier de nos formations… en fonction de ce qu’ils recherchent.

Sur le plan social et à moyen terme nous tentons de faire avancer la cause en faisant du plaidoyer auprès des commissions départementales ou municipales d’accessibilité ainsi qu’auprès des grandes administrations de l’Etat. Dernièrement je suis allé voir la Directrice de cabinet de Clément Beaune, le Secrétaire d’Etat aux affaires européennes, pour évoquer la mise en œuvre rapide en France de la directive européenne sur l’accessibilité numérique qui doit entrer en vigueur sous peu dans tous les Etats membres.  La semaine dernière nous avons accueilli 2 députés pour leur faire visiter nos installations et leur présenter notre projet. Le plaidoyer auprès des instances de décision est essentiel pour espérer peser sur les décisions politiques sur le sujet, même si les pouvoirs publics se renvoient trop souvent la balle à mon goût et ne font pas de cette cause une priorité.

D’ailleurs heureusement qu’il existe des directives européennes portant obligation d’application dans les états membres pour nous aider parce que sinon nous nous sentirions assez peu pris en compte.

En cette période de distanciation sociale, les personnes ayant un handicap visuel (essentiellement guidées par le « touché ») doivent être particulièrement impactées, avez-vous dû redoubler d’efforts et vous réinventer pour les accompagner ?

Nos bénéficiaires ont subi de plein fouet l’impact de cette pandémie dans leur quotidien. Ne plus pouvoir toucher les gens lorsque vous traversez la rue, palper les produits lorsque vous faites vos courses a été extrêmement difficile. A cela est venu s’ajouter un phénomène de sidération notamment lors du premier confinement où il se disait que le virus se transmettait au moindre contact physique ou matériel.

L’isolement aussi a fait beaucoup de dégâts, la malvoyance touchant essentiellement un public âgé, seul, sans possibilité de visites.

A l’époque l’association n’a pas failli. Nos établissements médico-sociaux ont continué à accueillir les déficients visuels en foyers-logements, résidences pour personnes âgés, ateliers protégés, centres de formation…

En parallèle, nos bénévoles dans les comités départementaux ont maintenu le contact avec les bénéficiaires soit en les appelant pour s’enquérir de leur état, soit en leur rendant des services divers et variés si nécessaire.

Être aveugle de naissance ou être touché par la cécité au cours de sa vie sont deux problématiques différentes. L’une demande sans doute un soutien psychologique que l’autre ne nécessite pas forcément, comment gérez-vous au sein de l’association les particularités propres à ces deux publics ?

L’association Valentin Haüy possède une cellule de soutien psychologique composée d’assistantes sociales et de psychologues. Certains de nos bénévoles ont également l’expérience d’accueillir, d’écouter et surtout de témoigner puisque l’association comprend autant de déficients visuels que de voyants.

Une personne déficiente visuelle de naissance a effectivement un cheminement d’acceptation différent d’une personne touchée par la cécité sur le tard. Pour autant ce cheminement existe également pour l’aveugle de naissance victime malgré tout d’un sentiment d’injustice. Quand vos copains dans la cour de l’école jouent au foot et que vous êtes mis de côté ou parlent d’un film et que vous vous sentez exclu, il faut être en mesure petit à petit d’accueillir cette différence et de l’accepter.

Je ne ferais aucune hiérarchie. Dans les 2 cas la chose est compliquée mais le cheminement en revanche est différent c’est certain. Chez les adultes qui perdent la vue, le cheminement va s’assimiler à de l’acceptation passant par du déni. Perdre la vue soudainement est très paniquant. Les personnes tombent dans le déni, continuent à s’accrocher à leur résidu visuel et s’isolent. Beaucoup ne font pas appel à nous faute de connaissance des missions de l’association.

Autant 8 aveugles sur 10 connaissent l’association Valentin Haüy autant les malvoyants, en particulier les personnes âgées n’ont jamais vraiment entendu parler de nous au cours de leur existence et n’ont donc pas le réflexe de nous solliciter.

De la même manière comment traitez-vous les différentes formes de déficiences visuelles ? 


Il existe de multiples formes de malvoyance et elle ne se perçoit pas. Quand vous croisez une personne malvoyante dans la rue, si elle n’a pas fait son cheminement personnel, elle ne va pas assumer. Elle s’exprimera peu franchement, préfèrera taire son handicap et vous demandera les choses de façon inadaptée.

L’association essaye de répondre au mieux aux besoins des personnes. Ils sont tous différents mais une fois définis avec l’intéressé, des solutions concrètes s’offrent à lui basées sur l’écoute, les aides techniques, l’orientation vers les formations, études ou professions adéquates …

L’association dispose de 3 400 bénévoles, quelle qualification faut-il avoir pour aider les personnes ayant ce handicap ?

Tous les bénévoles sont les bienvenus quelles que soient leurs compétences. Nous avons autant besoin d’accompagnement humain adapté aux personnes handicapées (sportif, culturel, randonnée…) que de personnes volontaires pour nous enregistrer des livres. Aucune de ces activités ne suppose d’ailleurs d’avoir des qualifications particulières.

Nous avons aussi des besoins en postes plus qualifiés demandant des compétences en informatique, communication, gestion financière et comptable…

Parlez-nous de vos actions de terrain dans les écoles et les entreprises

Nous menons de plus en plus d’activités de sensibilisation dans les écoles et les entreprises avec une forte volonté de monter en gamme. A cet égard nos bénévoles sont aujourd’hui formés pour représenter de manière qualitative la cause dans les entreprises. Ces dernières nous réservent d’ailleurs le meilleur accueil et nous rémunèrent nos services.

Malheureusement, notre déficit de notoriété fait que les entreprises ne pensent pas forcément à nous. Seules quelques-unes nous sollicitent spontanément quand la majorité fait l’objet d’un démarchage.

Vous nous avez dit compter autant de déficients visuels que de voyants, est-ce que cette organisation fait partie de votre ADN ?

Oui. Faire appel à des aveugles et à des malvoyants est constitutif de l’association. Statutairement Valentin Haüy est une association qui, d’une part, est composée de bénévoles et d’autre part, fonctionne selon le principe de parité. Le conseil d’administration, le bureau, le personnel se composent par moitié de déficients visuels et par moitié de voyants. Nous avons besoin de l’expérience des déficients visuels pour accueillir au mieux les bénéficiaires. Les voyants quant à eux, apportent toute leur compétence et leur vécu professionnel.

Que proposez-vous pour faciliter l’accès à la culture (lecture, écriture mais également accès aux arts vivants) des personnes en situation de handicap visuel ?

C’est un axe fort de notre action, à commencer par l’accès à la lecture. Nous possédons la plus grande médiathèque de France. Elle contient 70 000 ouvrages adaptés en braille, vocal ou sonore et nous permet de réaliser environ 290 000 prêts à l’année. Nous travaillons avec 400 bibliothèques publiques qui nous aident dans la diffusion.

L’association travaille aussi sur la réalisation d’œuvres en relief ainsi que sur leur audio description.

En ce qui concerne les spectacles vivants maintenant, nous laissons le soin à l’association « Accès Culture » – qui s’est excellemment positionnée sur le sujet – de mettre en place des services d’accessibilité pour les déficients visuels.

Enfin, nos Comités départementaux organisent très fréquemment des sorties culturelles en groupe (visites de musée, sorties au théâtre ou à l’opéra).

Déficience visuelle et vieillesse vont souvent de pair, quelles sont les solutions pour aider les personnes âgées à rester autonome ? Et quels sont vos liens avec les pouvoirs publics, notamment les Départements à ce sujet ?

Schématiquement 60% des déficients visuels ont plus de 60 ans. Il n’existe pas de rapport sociologique sur le handicap visuel, ce qui fait que nous n’avons pas vraiment de chiffres précis mais juste des estimations. Plusieurs associations dont Valentin Haüy se sont regroupées pour lancer une grande étude (étude Homère) qui devrait s’achever dans un an. A ce moment-là nous aurons des résultats précis sur la déficience visuelle chez les personnes âgées ainsi que sur les difficultés rencontrées qui nous permettront d’adapter nos actions.

Nous savons quand même que le handicap sensoriel intervient plus fréquemment chez les personnes âgées que le handicap cognitif. On estime qu’il existe 2 fois plus de déficients visuels chez les personnes âgées que de personnes qui subissent des maladies telles Alzheimer. C’est assez paradoxal car les médias parlent infiniment plus d’Alzheimer.

Pour ce qui est de notre intervention, nous interagissons beaucoup avec les départements mais nos moyens d’actions dépendent aussi de la sensibilité du département. Nous faisons partie de commissions d’accessibilité bien trop connotées « handicap » et pas tellement « social et personnes âgées ». Ce sont souvent 2 directions différentes qui s’occupent de ces sujets. Le Vice-Président du département chargé du handicap est rarement celui en charge des personnes âgées. S’ils travaillent en silo, il n’y aura pas forcément de lien entre les 2. Nous essayons de créer ce lien mais ce n’est pas toujours évident et dépend des priorités des élus.

Une autre difficulté réside dans le fait qu’une personne âgée qui présente soudainement un handicap visuel n’est pas reconnue au-delà de 60 ans. Elle n’a pas le droit à une allocation handicap, ni à une carte d’invalidité puisque les pouvoirs publics considèrent qu’elle relève de l’APA. Les personnes âgées ayant un handicap visuel ne le déclarent donc pas ce qui rend la prise en charge souvent inadaptée.

Autre écueil, il existe des départements où les MDPH s’appuient volontiers sur notre expertise et d’autres où elles veulent monter en compétence. Elles recrutent alors elles-mêmes les ergothérapeutes qui pour certains ne connaissent rien au handicap visuel. De plus en plus elles ont cette logique de vouloir devenir autonomes et donc font de moins en moins appel à notre expertise et nos formations.

Comment vous financez-vous ? Quelle est la part entre aides publiques et aides privées ?

La partie médico-sociale est en majorité financée par l’argent public. Seule la partie concernant les entreprises adaptées nous incombe en quasi-totalité.

La partie associative quant à elle est financée par la générosité.

Vous avez choisi la labellisation « Don en Confiance », qu’est-ce que l’accompagnement des contrôleurs du Don en Confiance apporte à votre organisation ?

Les contrôleurs nous apportent un regard extérieur nous permettant d’évoluer. Ils nous stimulent pour être toujours plus transparents, afin d’assurer la confiance avec nos donateurs. Sous leur impulsion, nous avons renforcé nos contrôles internes et avons d’ailleurs depuis recruté un auditeur interne.

Pourquoi l’existence d’une association de contrôle est-elle nécessaire pour le secteur associatif ?

Maintenir le niveau d’exigence et donner confiance aux donateurs.

Quel chemin avez-vous parcouru depuis votre labellisation ?

Un long chemin en termes de process et fonctionnement. Nous avons mis en place des contrôles ainsi qu’une cartographie des risques pour être mieux structurés. Opérationnellement, nous sommes désormais plus transparents dans notre communication auprès des donateurs et faisons remonter des indicateurs de bonne gestion.

Quelques mots sur votre actualité…

Nous lançons ces jours-ci une grande campagne sur la malvoyance pour mieux nous faire connaître. Nous sommes conscients d’avoir un vrai défi à relever sur le plan de la notoriété.

Nous sommes également à l’origine d’une campagne de communication autour de la rentrée littéraire. Cette année nous avons réussi à négocier avec les éditeurs pour avoir les fichiers des livres bien en amont et avons ainsi pu adapter 300 ouvrages qui seront disponibles dans notre médiathèque le même jour que leur sortie en librairie.

Fédération française des associations de protection de la nature et de l’environnement, France Nature Environnement (FNE) est la porte-parole d’un mouvement de 6.000 associations regroupées au sein de 46 organisations adhérentes, présentes sur tout le territoire français, en métropole et outre-mer. Reconnue en 1976 d’utilité publique, l’association est un mouvement citoyen indépendant de tout parti politique. Rencontre avec Arnaud Schwartz, Président de France Nature Environnement.

L’empreinte écologique permet de mesurer l’impact de nos modes de vies sur la planète. Elle peut se calculer pour un individu ou une population. On observe qu’entre ce que la nature renouvelle et ce que nous rejetons le différentiel se creuse. Chaque année, la bio capacité de la planète devrait être respectée, or aujourd’hui nous sommes grosso modo à une empreinte écologique aux alentours d’une planète et demi par année. Il faut ralentir.

Si tout le monde vivait comme l’habitant moyen de certains pays dits occidentaux, l’humanité aurait besoin de presque 2 planètes par an dans le cas de la France ou de l’Allemagne et de 4 pour les USA. Nos standards de vie sont progressivement devenus excessifs en regard des ressources dont l’humanité et les autres espèces vivantes disposent.

France Nature Environnement est la fédération française des associations de protection de la nature et de l’environnement, pouvez-vous nous en dire plus sur son organisation et ses missions ?

FNE regroupe 6.000 associations de protection de la nature et de l’environnement rassemblant globalement 900.000 citoyen(ne)s sur le territoire métropolitain et l’outre-mer. Elle réunit 26 associations territoriales (qui sont souvent elles-mêmes des fédérations d’associations), 10 associations nationales qui se mobilisent pour une cause environnementale spécifique (insectes, cétacées, agriculture…), et 10 associations « correspondantes » dont l’objet statutaire direct n’est pas la protection de la nature et de l’environnement mais qui partagent nos préoccupations.

France Nature Environnement est donc la principale organisation citoyenne environnementale de France sans équivalent même côté syndicat ou partis politiques. La fédération a pour pilier :

  • la sensibilisation de tout type de public à tout niveau : les jeunes en milieu scolaire et extra-scolaire, les adultes en contexte professionnel et extra-professionnel. Pour cela nous nous servons de différents outils pédagogiques (activités ludiques, conférences, sorties de terrain, débats…). La sensibilisation et l’éducation représentent un travail de fonds qui vise à faire progresser les consciences et changer les pratiques individuelles et collectives.
  • L’opposition et la proposition. FNE, depuis sa création à la fin des années 60, est un mouvement de citoyens légalistes à l’origine des premières grandes lois de protection de la nature, de la création du ministère de l’environnement, des premières grandes réserves naturelles ou encore des parcs nationaux. En termes d’idées nous regroupons depuis plus d’un demi-siècle des citoyens qui prennent sur leur temps libre pour le mettre au service de l’intérêt général en proposant des solutions basées sur le droit. Certains de nos adhérents sont des pionniers des énergies renouvelables, de l’agriculture biologique, de l’insertion par l’économie sur des chantiers écologiques…une palette d’activités expérimentées au fil du temps, reconnue aujourd’hui par les pouvoirs publics à différents échelons. Nous nous opposons à des pratiques, à des projets concrets ou à des lois quand ils sont nuisibles pour l’environnement mais toujours en proposant une action ou un texte alternatifs. Nous sommes un contrepouvoir. Nous n’avons pas vocation à prendre le pouvoir et n’engageons pas à voter pour tel ou tel candidat aux élections, nous sommes juste une vigilance citoyenne. Notre fonctionnement est fédéral et thématique. Nous avons une grosse dizaine de réseaux thématiques qui vont des risques et impacts industriels en passant par l’eau et les milieux aquatiques, la forêt, les territoires et mobilités durables, l’éducation, le juridique, l’énergie, la biodiversité…qui nous permettent de proposer des solutions pertinentes et largement renseignées.

Qui agit sur le terrain, des bénévoles, des permanents ?

Le mouvement FNE est essentiellement composé de bénévoles. Nous avons beau être la plus grande organisation environnementale française, la fédération regroupe des associations citoyennes, qui globalement sont très pauvres en comparaison des grandes fondations et autres organisations anglo-saxonnes plus médiatisées que nous. C’est pourquoi la communication est un enjeu majeur. Nous invitons d’ailleurs nos membres à faire valoir le nom « France Nature Environnement » sur leurs supports afin qu’ensemble nous soyons mieux identifiés et puissions solliciter le soutien du public.

Face aux défis environnementaux du 21ème siècle, notre fédération et ses membres ont besoin de plus de soutien pour gagner en liberté d’actions et en capacité à obtenir les résultats indispensables pour l’ensemble de la société.

La fédération comporte également mais dans une moindre mesure des permanents qui ont vocation à coordonner, établir les liens entre tous les membres, rassembler et synthétiser l’expertise de terrain des uns et des autres afin d’établir des propositions complexes et cohérentes.

Impliqué dans le débat public, FNE alerte et propose des solutions concrètes pour réussir la transition écologique, avez-vous l’impression d’être entendu à la hauteur des enjeux actuels par les pouvoirs publics, les médias et l’opinion publique ?

Clairement non. Et ce non est valable pour les 3. Le pourquoi est difficile à expliquer mais il est sûr que nous ne sommes pas entendus à la hauteur de l’urgence. A l’origine, la fédération était composée d’universitaires et d’étudiants dont la parole portait auprès des pouvoirs publics. L’époque a laissé place aux trente glorieuses (qu’on pourrait rebaptiser les trente piteuses) génératrices d’une certaine forme de débauche énergétique en lien avec des avancées technologiques impactantes pour notre environnement. Aujourd’hui nous commençons à chèrement en payer le prix. Enormément d’informations déjà suffisamment graves à l’époque n’ont pas trouvé écho et les dégâts ne font que s’aggraver maintenant sans prise de conscience réelle. Les autorités publiques se trouvent entre marteau et enclume du fait d’un système électoral fondé sur des calculs politiques à court terme, en proie à la pression de lobbys extrêmement puissants défendant des intérêts privés financiers. Or la finance est déconnectée de l’économie réelle. Le système électoral ne facilite donc pas l’indépendance, l’esprit critique des élus qui ont du mal à prendre en compte l’urgence.

La liberté de la presse est également entravée. Les médias privés qui font l’opinion dépendent souvent d’intérêts industriels et financiers. On a beau avoir des propriétaires de médias privés qui se défendent de ne pas intervenir sur les lignes éditoriales, le résultat prouve tout le contraire. Il existe un discours ultra dominant ridiculement et dramatiquement décalé par rapport aux enjeux.

Enfin et en ce qui concerne les citoyens, malheureusement ils sont pris dans les phares de cette pensée unique. Ils ont déjà leurs propres contingences à gérer au quotidien mais au-delà et collectivement rien n’est mis en place aujourd’hui pour que les choix les plus vertueux pour l’avenir soient les choix les plus faciles à faire pour eux. La politique au sens de la vie de la cité devrait pourtant permettre de faire ces choix profitables pour la majorité et l’intérêt général et non visant à satisfaire les intérêts d’une minorité à court terme. Quand on vit dans une société qui continue à creuser les inégalités de classes et qu’en parallèle la dégradation environnementale se poursuit touchant de plein fouet les plus pauvres, c’est tout un système dans lequel les citoyens sont pris et qui les alimente mal en informations qu’il devient nécessaire de remettre en cause. Mais faut-il déjà, en tant que citoyen, être très conscient et très motivé pour aller vers les bonnes pratiques.

Pour ne pas tomber dans le catastrophisme, je dirais quand même que les consciences s’éveillent. De plus en plus d’individus se donnent aujourd’hui les moyens culturels de se tourner vers ce qu’il y a de plus vertueux à travers l’entraide et la solidarité, de faire des efforts coûteux en temps et argent aussi pour vivre différemment en intégrant ce que nous apprend la science qu’est l’écologie à leurs gestes quotidiens. Ils ont compris qu’il va falloir se prendre en main et qu’il est difficile sur le sujet de compter sur les politiques publiques actuelles (pour preuve les taux d’abstention énormes aux élections).

Parlez-nous de vos moyens pour sensibiliser ces publics à la préservation d’un monde vivable et à son développement durable ?

Nos moyens sont essentiellement humains et passent par nos bénévoles. Nous n’avons pas de moyens financiers qui pourraient nous permettre de faire des campagnes publicitaires de grande ampleur mais comptons surtout sur le bouche à oreille, l’action de terrain réalisée par nos membres-bénévoles lorsqu’ils organisent une visite guidée, un débat, une exposition, un concours dessins ou photos, une activité pédagogique avec des enfants. On estime que le mouvement France Nature Environnement touche 2 millions de personnes chaque année sur des actions de sensibilisation de ce type.

Que pensez-vous de cette phrase de Nicolas Hulot « L’écologie est aussi et surtout un problème culturel. Le respect de l’environnement passe par un grand nombre de changements comportementaux » ?

Finalement, je viens en partie d’y répondre. Nous sommes en phase. Nicolas Hulot a eu la chance dans son parcours de croiser des personnes qui avaient avant lui réfléchi à ces problématiques. Ces expériences partagées font la richesse d’une société et lui permettent d’évoluer. Sans faire de prosélytisme, il faut savoir donner envie de découvrir une autre façon de regarder le monde et d’avancer. Le fait que l’écologie soit une science dont on ne tient pas encore assez compte concrètement à titre individuel et collectif est en effet un problème culturel. Le changement de comportement et plus largement l’évolution des modes de vie sont devenus des enjeux clés de la transition écologique. Et aujourd’hui, les consciences s’éveillent.

Quelles sont les causes majeures à défendre selon vous ?

Le premier message pour entamer une réflexion globale est de revenir à une empreinte écologique de moins d’une planète par an. L’empreinte écologique permet de mesurer l’impact de nos modes de vies sur la planète. Elle peut se calculer pour un individu ou une population. On observe qu’entre ce que la nature renouvelle et ce que nous rejetons le différentiel se creuse. Chaque année, la bio capacité de la planète devrait être respectée, or aujourd’hui nous sommes grosso modo à une empreinte écologique aux alentours d’une planète et demi par année. Il faut ralentir.

N’est-ce pas aussi un problème démographique ?

Pas vraiment. On se rend compte que les populations les plus riches (et aussi les moins nombreuses) font le plus gros de l’impact. Les pays à démographie galopante ont bien souvent des empreintes écologiques très inférieures à une planète par an, c’est le cas par exemple de l’Inde. En revanche les pays comme le nôtre, qui génèrent énormément de déchets et puisent des ressources naturelles partout sur la planète font partie de ceux qui ont la plus forte empreinte écologique. Si tout le monde vivait comme l’habitant moyen de certains pays dits occidentaux, l’humanité aurait besoin de presque 2 planètes par an dans le cas de la France ou de l’Allemagne et de 4 pour les USA. Nos standards de vie sont progressivement devenus excessifs en regard des ressources dont l’humanité et les autres espèces vivantes disposent.

Aujourd’hui le commerce international et les règles de droit ne sont pas conçus pour engendrer une humanité vivant de façon durable et en paix. Le système est encore issu des pratiques passées, en mode extractivisme- colonialisme. Comme disait Martin Luther King « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots ».

De combien doit-on diminuer notre empreinte carbone pour limiter le réchauffement climatique et réduire la pollution atmosphérique dans les années à venir ? Est-ce selon vous envisageable, à quel horizon et sous quelles conditions ?

L’empreinte carbone moyenne d’un Français – soit la quantité de gaz à effet de serre qu’il émet chaque année – est estimée à 11,5 tonnes de CO2. Or, pour limiter le réchauffement climatique à une hausse de + 1,5 degré, comme nous l’enjoint l’accord de Paris, cette empreinte carbone devra être réduite de 80 % en 2050.

Aujourd’hui pour atteindre cet objectif, il faudrait restocker du carbone en envisageant par exemple de planter plus d’arbres et de haies partout dans nos champs, stopper la destruction de l’existant, et laisser les arbres grandir dans les forêts au lieu de les couper jeunes, en utilisant avant tout ceux qui sont coupés pour l’ameublement et construire en bois et autres matériaux biosourcés plutôt qu’en ciment. Il existe aussi des façons de stocker du carbone dans les sols tout en leur redonnant de la fertilité. Si nous réalisons de telles actions durant les 30 prochaines années, les scientifiques espèrent limiter à 1,5/2 degrés la hausse des températures mais, bien sûr, en parallèle cela suppose aussi de réduire massivement nos émissions. Les 10 années à venir sont cruciales même si nous avons sans doute déjà passé certains points de bascule qui nous conduiront vers des boucles de rétro action négatives. A un moment donné tel dérèglement va en produire un autre. Revenir dessus nécessitera beaucoup d’efforts et une transformation à peu près total de nos modes de vie. Beaucoup de souffrance aussi car de multiples pertes de vies humaines évoluant dans des écosystèmes dégradés qui ne produiront plus assez d’eau potable et de nourriture. S’en suivront certainement des conflits intra ou inter étatiques ainsi que des famines et des épidémies. Ces scenarios avaient déjà été soumis à nos dirigeants dans les années 2000 par les services d’intelligence et les armées. Il y a donc une grande irresponsabilité de leur part à ne pas avoir fait un travail de sensibilisation auprès des populations et surtout à ne pas avoir intégré ces scenarios à leurs politiques publiques. Aujourd’hui nous sommes au pied du mur. Les mesures à prendre vont très certainement être considérés comme coercitives et nous imposer de changer radicalement de mode de vie.

Existe-t-il des solutions concrètes pour faire changer les choses, inverser la vapeur et garder la planète habitable ?

Oui bien sûr que des solutions existent, je vous en ai déjà signalées certaines. On peut par exemple se poser la question de réduire nos besoins à l’essentiel, réparer plutôt que jeter, emprunter et partager avec les autres. Bref, s’inscrire dans une consommation responsable et engagée. Un simple changement de comportement peut avoir un impact positif sur l’environnement. Cela passe aussi par un meilleur entretien de nos biens, comme par exemple nos équipements électroniques et notre électroménager ou encore, en cas d’investissement dans du neuf, par des choix en faveur de produits robustes et Eco conçus.

Sur le plan sanitaire maintenant, notre système de santé est extrêmement fragile alors que d’un point de vue purement biologique l’humanité d’aujourd’hui est beaucoup moins solide que celle d’hier. Nous accusons une baisse de fertilité aussi liée à nos conditions de vie (tabagisme, alcoolisme, sédentarité) et notre environnement nocif (pesticide, pollution atmosphérique, Bisphénol A…). Les solutions pratiques existent bien sûr mais la première consiste à se poser les bonnes questions sur nos modes de consommation et essayer d’en changer pour aller vers les circuits courts, le faire soi-même, le manger sain.

Lors du sommet virtuel des dirigeants mondiaux sur le climat et la croissance durable (P4G) qui s’est tenu à Séoul en mai 2021, les dirigeants mondiaux ont appelé à agir davantage et surtout à inclure tous les pays dans les efforts pour protéger l’environnement. Si les pays industrialisés ont pris des engagements ambitieux ces derniers mois pour réduire leurs émissions « carbone », pensez-vous qu’il soit économiquement possible pour les pays en développement d’éliminer leur dépendance aux combustibles fossiles ?

Il est possible économiquement pour les pays en développement de respecter les limites environnementales, si et seulement si le partage des richesses s’opère. Les pays développés doivent leur donner les moyens de le faire et donc modifier leur cadre économique actuel. Les engagements de solidarité pris pour l’instant, de transfert de fonds et technologies ne répondent pas du tout aux enjeux. Nous continuons à étrangler ces territoires qui souvent sont obligés de brader leur patrimoine naturel, leur force de travail, leur tranquillité sous forme de tourisme de masse pour essayer de faire entrer quelques maigres devises dans leurs caisses.

Il est important que l’humanité retrouve le goût du collectif et de l’entraide. Le changement viendra, je le pense, plutôt des citoyens, des solidarités locales ou internationales avec la prise de conscience que l’heure n’est plus à l’individualisme et qu’il faut rééquilibrer la balance.

En parlant de solidarité et d’entraide justement que pensez-vous des positions de Greta Thunberg et des jeunes générations qui la suivent dont les discours font parfois l’objet de critiques virulentes mais représentent le symbole de la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de l’environnement ? Font-elles évoluer les choses ?

De gré ou de force les choses évolueront. L’homme fait partie de la nature et la nature ne négocie pas, son fonctionnement s’impose à nous. La jeune génération a bien compris que ses choix de vie à très court terme risquent d’être compromis par la dégradation de l’environnement mondial et les catastrophes subséquentes. Greta Thunberg fonde ses positions sur des données scientifiques qu’elle vulgarise en touchant un large public et en intéressant les médias. En cela elle fait progresser la cause en effet.

Sur ces sujets sensibles quelles sont vos relations avec les autres organisations de protection de l’environnement comme la Fondation pour la Nature et l’Homme présidée par Nicolas Hulot ou encore WWF, vous battez vous main dans la main avec elles ?

Oui, ces fondations essayent, tout comme nous, de sensibiliser le grand public et les décideurs mais avec des moyens différents de notre fédération d’associations. FNE défend la nature en déployant tous les outils de la démocratie environnementale et participative. Nous permettons aux citoyen(ne)s d’apprendre et de faire localement, de participer à la vie démocratique du pays, de siéger dans des commissions, de contribuer à des débats publics, d’accéder à l’information et si besoin de se battre en justice au nom de l’intérêt général. En résumé, nous canalisons positivement les énergies citoyennes. Notre mission est unique et mérite d’être soutenue si l’on veut avoir une société durable et pacifiée.

Avec la Fondation Nicolas Hulot ou le WWF nous nous coordonnons dans le cadre du Réseau Action Climat, qui fédère les associations impliquées dans la lutte contre le dérèglement climatique et pour une transition écologique solidaire et équitable. Nous travaillons également sur des sujets ponctuels que nous souhaitons porter d’une seule voix auprès des pouvoirs publics (propositions sur la biodiversité en vue de la COP 15 d’octobre 2021 par exemple). Nous coopérons et sommes donc complémentaires dans nos approches. Mais là où ces grandes Fondations bénéficient du soutien du public et des médias, FNE manque encore de reconnaissance dans sa démarche citoyenne qui consiste à dire « prenons nous en main nous même ! ».

D’où proviennent vos différentes ressources financières ?

Nous bénéficions des cotisations de nos membres mais c’est une part infime de notre budget national.

Le reste provient, encore trop peu, de dons et legs des citoyens, un peu plus de financements d’entreprises sous forme de mécénat ou partenariat et enfin principalement de subventions de la part de l’Etat et autres structures publiques en raison de notre action au service de l’intérêt général.

Je tiens à préciser qu’en France il y a encore peu de donateurs pour la cause environnementale, la marge de progrès reste énorme et les besoins criants vu le manque d’actions conséquentes des décideurs publics et privés.

Qu’est-ce que le label Don en Confiance apporte à votre organisation ?

En interne, bénéficier de l’expertise du Don en Confiance nous apporte une forme d’exigence bienveillante, de conseils, d’outillages ou d’encouragement à faire mieux et à améliorer nos pratiques dans l’appel, la collecte de dons et l’usage de la générosité du public.

En externe, bénéficier du label Don en confiance représente un gage de qualité, de sécurité qui va donner envie aux citoyen(ne)s de nous soutenir, surtout pour celles et ceux qui ne nous connaissent pas encore ou peu.

Le Don en Confiance place le donateur au centre de sa démarche. Est-ce que votre organisation s’en sert comme d’un levier, comme d’une fierté ?

Tout à fait. FNE a pour vocation de diffuser des messages accessibles au plus grand nombre en plus de solliciter la générosité du public, bénéficier du label sur nos supports accorde un crédit certain à nos missions et incite à la confiance en nos actions.

Que diriez-vous à un donateur pour lui expliquer qu’il peut donner en toute confiance à votre organisation ?

Nous sommes une organisation de citoyen(ne)s contrôlée par les citoyen(ne)s. Nous avons une vie démocratique extrêmement forte. Chacun peut y obtenir les comptes annuels, être élu dans les conseils d’administration, les bureaux, devenir trésorier… Peu de structures sont aussi transparentes et contrôlées que les associations de protection de la nature agréées par FNE qui bénéficient en plus du label Don en confiance.

Les citoyen(ne)s peuvent donc nous soutenir en toute tranquillité en sachant que nous sommes contrôlés comme personne et qu’ils peuvent participer eux-mêmes à la gouvernance collégiale du mouvement.   

Quelles sont vos priorités pour les prochains mois ?

France Nature Environnement aura trois grandes priorités dans les mois à venir :

  • Obtenir la validation de la part du Ministère de l’intérieur de nos nouveaux statuts et règlements intérieurs simplifiés et mis à jour.
  • Procéder à la réécriture de notre plan stratégique à l’horizon 2030.
  • Préparer nos outils de questionnement des candidats aux élections présidentielles puis législatives sur leurs ambitions en terme de protection de la nature et l’environnement et leur intégration aux politiques publiques.

Association dont la mission est reconnue d’utilité publique, WELFARM œuvre pour une meilleure prise en compte du bien-être des animaux à toutes les étapes de leur vie (élevage, transport, abattage). Partenaire des pouvoirs publics et de la gendarmerie nationale, l‘association apporte avis et conseil à  tous ceux qui sont chargés de mettre en œuvre ou de faire appliquer la réglementation qui protège les animaux d‘élevage. Rencontre avec Ghislain Zuccolo, directeur général.

Les contrôles du bien-être animal sont réalisés à partir des normes européennes par les services vétérinaires qui vérifient, par exemple en ce qui concerne les poules pondeuses, que chacune d’entre elles bénéficie bien d’au moins 750 cm2 de surface de la cage.

Le débat européen se situe toutefois à un autre niveau car même si la loi est respectée, ces normes ne peuvent correspondent à un bien-être individuel de l’animal. Certains acteurs souhaitent aujourd’hui qu’il n’existe plus de normes mais que l’on parle plutôt d’objectifs de bien-être animal à atteindre tant pour un élevage intensif d’ailleurs que pour un élevage en plein air où les conditions peuvent ne pas être optimales également. Welfarm est d’avis que les normes de bien-être animal doivent co-exister avec des indicateurs de bien-être animal.

Vous dirigez l’association WELFARM, pouvez-vous nous en dire plus sur son origine et ses missions ?

En tant que cofondateur de WELFARM j’ai toujours fait de la cause animale un élément majeur de ma vie. Très vite je me suis dirigé vers le problème de la souffrance des animaux d’élevage largement concernés puisque plus d’un milliard sont abattus chaque année. C’est une cause pour laquelle tout citoyen a des moyens d’action par ses actes d’achat déjà. Désapprouver l’élevage intensif peut être sanctionné par la décision de ne plus acheter de produits animaux provenant de ce mode de production et de privilégier les produits sous signe de qualité. Après avoir fait une analyse je me suis dit que je défendrais cette cause plutôt que celle des animaux de compagnie ou des animaux sauvages.

Voyant qu’en France on obtenait assez difficilement des résultats dans le domaine de la protection animale alors que dans les pays anglo-saxons en revanche des associations très bien structurées œuvraient efficacement, je me suis tournée vers Compassion in World Farming (une des plus grandes associations britanniques de défense des animaux d’élevage) et ai décidé d’aller y faire du bénévolat pour apprendre leurs méthodes. A l’issue l’organisation m’a proposé de m’aider, à la fois sur le plan technique en m’accompagnant mais aussi sur le plan financier, à créer une structure pour défendre les animaux d’élevage en France. C’est ainsi qu’est née WELFARM en 1994 à Metz.

Pour ce qui est des grandes missions, WELFARM a vocation à œuvrer pour l’obtention de nouvelles règlementations à destination des espèces ne faisant l’objet d’aucune réglementation à ce jour. Il existe une directive européenne qui définit les normes minimales d’élevage des porcs, des veaux, des poulets de chair, des poules pondeuses, mais aucun règlement spécifique pour protéger les lapins, les dindes ou les vaches laitières. Bien sûr vous pouvez trouver des principes généraux de bientraitance dans la réglementation mais aucune norme qui énonce qu’un agriculteur peut élever tant de dindes ou lapins par m² comme il en existe pour les poules.

WELFARM travaille aussi sur l’évolution des réglementations existantes qui proposent aujourd’hui des normes minimales. Notre souhait par exemple en ce qui concerne les poules c’est que l’élevage en cage soit interdit.

Quand la réglementation existe maintenant, une des missions de WELFARM consiste à accompagner les forces de l’ordre ou les pouvoirs publics pour les aider dans l’application optimale des règles. En matière de transport animalier par exemple, nous avons édité une brochure qui explique la règlementation. Nous la diffusons largement auprès des brigades de gendarmerie ayant vocation à faire du contrôle routier et faisons également de la formation auprès de ce même public.

Autre type d’actions : WELFARM encourage toutes les initiatives des éleveurs, des acteurs de l’agro-alimentaire, de la distribution qui visent à mieux intégrer le bien-être animal dans leurs pratiques ou leurs approvisionnements. Cela se traduit par la mise en place d’élevages pilotes qui innovent en termes de bien-être animal.

WELFARM a aussi une mission éducative auprès des plus jeunes pour les sensibiliser au respect de l’animal et à une consommation responsable. Nous intervenons ainsi dans les écoles d’ingénieurs agronomes ou les écoles d’agriculture pour présenter notre travail. Plus globalement, nous conduisons des campagnes pour alerter le grand public sur la réalité des pratiques d’élevage, de transport et d’abattage qui est souvent méconnue.

Enfin, WELFARM possède une ferme refuge et éducative en Meuse de 44 hectares. Ce lieu héberge environ 200 animaux réformés de l’élevage intensif ou victimes de mauvais traitements de la part d’éleveurs en difficulté économique.

Que vous évoque la phrase de Gandhi « On peut juger de la grandeur d’une nation par la façon dont les animaux y sont traités » ?

Les pays les plus respectueux de leur population, les plus évolués sur le plan des droits humains sont en général ceux qui respectent le plus le bien-être animal également, c’est tout à fait notable. Pour compléter par une citation de Lamartine : « On n’a pas deux cœurs, un pour les animaux et un pour les humains. On a un cœur ou on n’en a pas ». L’empathie et le respect du vivant sont les bases de la grandeur d’une nation.

L’Organisation Mondiale de la Santé Animale donne une définition du bien-être animal qui fait référence dans le domaine (- ne pas souffrir de faim et de soif, – ne pas souffrir de contraintes physiques, – être indemne de douleurs, de blessures et de maladies, – avoir la liberté d’exprimer des comportements normaux, – être protégé de la peur et de la détresse). La condition des animaux de ferme a-t-elle réellement changé ces dernières années et si oui quelles ont été les évolutions favorables d’un point de vue réglementaire ?

Oui et non à la fois. La situation des animaux s’est considérablement détériorée avec l’essor de l’élevage intensif né après la deuxième guerre mondiale en réponse à la volonté de réduire le coût de l’alimentation dans le budget des ménages. Cette forme d’élevage industrialisé maltraite les animaux en les entassant et en leur infligeant de mauvais traitements afin d’augmenter la productivité. Nous sommes passés d’un système de polyculture-élevage vertueux, à un système où aujourd’hui 80% des animaux sont élevés en batterie.

Mais dans le même temps depuis les années 70, l’Union Européenne s’est dotée de nombreuses réglementations en faveur du bien-être des animaux d’élevage faisant évoluer la situation vers un mieux. Parallèlement, il existe aujourd’hui aussi une prise de conscience croissante dans la population de la maltraitance animale et des attentes qui s’expriment pour y trouver des solutions.

En ce qui concerne la réglementation maintenant, le premier pas a été accompli après l’adoption d’une directive européenne réglementant l’abattage des animaux portant obligation d’étourdir les bêtes avant leur égorgement. Cette même Directive précise la nécessité de placer les animaux dans des pièges de contention lors de l’étourdissement afin d’éviter qu’ils ne s’affolent et faciliter l’étourdissement.

D’autres directives essentielles pour le bien-être animal ont suivi dans l’objectif par exemple de protéger les animaux lors du transport de longue durée ou encore de mieux les protéger au moment de l’élevage. Malheureusement, ces évolutions sont totalement insatisfaisantes puisqu’elles correspondent à des normes minimales à respecter.

Existe-t-il des indicateurs de bien-être ou au contraire de mal-être mesurables des animaux et qui les contrôle ?

2 choses sont à prendre en compte :

> Les normes réglementaires qui définissent les règles à observer en matière d’espace à respecter et de conditions à remplir pour être compatible avec le bien-être animal.

> Les mesures qui peuvent être mises en place pour évaluer l’état de bien-être de l’animal. De nombreux projets scientifiques ont permis d’établir des indicateurs justement comme celui du Welfare Quality qui propose des méthodes d’évaluation pour 7 espèces animales. Ces méthodes aident les éleveurs et les responsables d’abattoirs à apprécier le niveau de bien-être des animaux dans leurs installations et à redéfinir leurs pratiques, parfois dans le cadre de programmes de certification garantissant aux consommateurs des normes supérieures de bien-être des animaux. Sur la base des évaluations réalisées dans leur élevage, les éleveurs bénéficient ensuite de conseils pour améliorer le bien-être de leurs animaux. Par ailleurs, chaque filière d’élevage possède des instituts techniques ayant développé différents outils qui permettent à l’éleveur de se situer en la matière et de se comparer à ses confrères.

En ce qui concerne les contrôles, ils sont réalisés à partir des normes européennes par les services vétérinaires qui vérifient, par exemple pour les poules pondeuses, que chacune d’entre elles bénéficie bien d’au moins 750 cm2 de surface de la cage.

Le débat européen se situe toutefois à un autre niveau car même si la loi est respectée, ces normes ne peuvent correspondent à un bien-être individuel de l’animal. Certains acteurs souhaitent aujourd’hui qu’il n’existe plus de normes mais que l’on parle plutôt d’objectifs de bien-être animal à atteindre tant pour un élevage intensif d’ailleurs que pour un élevage en plein air où les conditions peuvent ne pas être optimales également. Welfarm est d’avis que les normes de bien-être animal doivent co-exister avec des indicateurs de bien-être animal.

Quels sont vos moyens pour faire pression sur les décideurs politiques et avez-vous l’impression d’être entendus ?

WELFARM agit plutôt au niveau de l’opinion publique en dénonçant régulièrement la réalité des pratiques d’élevage, de transport et d’abatage des animaux pour contrecarrer l’image idyllique qu’essayent de présenter les filières agroalimentaires ou la grande distribution. Si vous allez au salon de l’agriculture, vous verrez des animaux sur paille, de belles vaches et belles poules mais jamais des photos de poules élevées en cage. L’industrie agro-alimentaire fait croire aux français que l’élevage est demeuré extensif. Si cela reste encore le cas pour certaines filières, comme celle des gros bovins qui ont généralement accès aux pâturage, c’est loin d’être le cas pour les porcs par exemple. Il faut savoir que seulement 1% des porcs sont élevés en plein air, 5% le sont sur paille et 95% sur caillebotis, c’est-à-dire dans un modèle industriel. Rappeler cette réalité au grand public permet que les citoyens fassent pression eux-mêmes sur les pouvoirs publics et les hommes politiques.

Quels sont les plus gros scandales de l’agro-industrie (abattage, élevage, transport) en matière de maltraitance envers les animaux pour lesquels vous vous battez mais ne voyez pas encore d’évolution favorable?

Welfarm travaille sur 3 volets d’amélioration des conditions animales : l’élevage, le transport et l’abattage. Il n’y a pas un sujet qui pose plus de problème qu’un autre.

Pour ce qui est de l’élevage la grosse problématique repose sur certaines conditions de vie ainsi que sur les mutilations dont sont victimes les animaux dans les élevages intensifs (le débecquage des poules pondeuses et des canards qui consiste à couper une partie du bec de l’animal avec une machine, la castration à vif des porcs, la pratique de la coupe des queues de cochons). Au niveau du transport maintenant, nous nous battons contre les très longs trajets en mer ou sur routes d’animaux parfois véhiculés dans des conditions effroyables d’aération pour être abattus ou engraissés. Enfin dans le domaine de l’abattage, un des problèmes majeurs repose sur le fait que certains animaux ne sont pas toujours étourdis avant d’être égorgés comme l’exige la réglementation. Autre sujet qui ne relève pas de l’élevage intensif mais pose problème également, beaucoup d’animaux sont abattus en France lors de rituels religieux sans étourdissement. WELFARM s’oppose catégoriquement à ces pratiques et se bat pour l’étourdissement sans exception.

Quel crédit accordez-vous à l’association L214 qui dénonce très régulièrement les conditions barbares dans lesquelles les animaux sont abattus ?

L’action de L214 a permis une vraie prise de conscience de la part du grand public. C’est une association très médiatique dont l’objet consiste à montrer crûment la réalité de certaines pratiques d’élevage.

Quand L214 s’attaque à une marque de l’agro-alimentaire, à un groupement d’éleveurs ou à un distributeur, elle arrive à ses fins. La plupart des acteurs économiques du secteur ont peur de ses investigations qui peuvent nuire à leur image. L’association a donc réussi à obtenir des évolutions majeures que WELFARM n’obtient pas en étant plus pondérée. En cela leur rôle est important et facilite le progrès. WELFARM agit après le constat et la prise de conscience des acteurs qui font appel à nous pour être accompagnés dans leur démarche d’évolution de leurs pratiques. Nous sommes donc assez complémentaires.

L214 dénonce, nous accompagnons !

Le productivisme des exploitants agricoles est-il uniquement lié à la pression de la concurrence internationale ou est-il le fruit d’autres facteurs comme la rareté du foncier ?

Sans aucun doute le productivisme est lié presque exclusivement à la pression des marchés internationaux. Les éleveurs français subissent de plein fouet la concurrence de produits importés d’Europe et d’ailleurs. A titre informatif, 80% de la viande de poulet distribuée en restauration collective provient du Brésil où elle est produite à bas coût. Aujourd’hui WELFARM souhaite que les accords internationaux de libre échange incluent des clauses permettant aux pays de l’UE de refuser l’importation de produits étrangers ne respectant pas les normes européennes de bien-être animal. Ces produits concurrencent nos producteurs de façon déloyale. Il est compliqué en Europe d’être compétitif par rapport aux importations en provenance de pays tiers où les salaires sont bas et la nourriture pour animaux peu coûteuse. Pourtant, nous restons convaincus que l’Europe doit aller de plus en plus vers du qualitatif en termes de production et que le rôle des pouvoirs publics est de sensibiliser en parallèle leurs populations à « manger sain, manger européen ».

Pour ce qui est du foncier, c’est un faux problème. Le territoire français ne manque pas d’espace. Une grosse partie de notre production est élevée en plein air, beaucoup de terre également sont mises en jachère et la forêt regagne du terrain. Il y a donc moyen, notamment de faire de la polyculture-élevage.

Dans le domaine de l’élevage intensif, comment se situe la France par rapport à ses voisins européens ? Est-il possible aujourd’hui en Europe de soutenir le modèle de l’exploitation agricole familiale à la base majoritairement français ?

Il est communément admis que les pays du nord de l’Europe devancent les autres en matière de bien-être animal, notamment sur le plan réglementaire et normatif. Or leurs modèles d’exploitations agricoles, caractérisés souvent par des troupeaux laitiers importants, privilégient la production intensive pour des raisons historiques ou des problèmes liés à l’absence de foncier auxquels ils ont à faire face.

Soutenir le modèle d’exploitation agricole familiale français n’est pas la question finalement. On peut y trouver également de la maltraitance animale. Le sujet prioritaire est surtout le respect de l’animal et sa bientraitance quel que soit le modèle d’élevage.

Sur le plan de la stricte consommation maintenant, les prix ont une influence sur les consommateurs et le « bio » pratique encore des tarifs excessifs alors comment faire évoluer les modes de consommation ? Est-ce au niveau de la sensibilisation aux conditions d’exploitation animalière que l’enjeu se situe ?

L’alimentation dans le budget des ménages s’est réduit comme peau de chagrin depuis l’après-guerre. Actuellement elle représente 12% du budget. Le consommateur se tourne malheureusement en majorité vers des produits à bas coûts, issus de l’élevage intensif.

WELFARM plaide aujourd’hui pour que les systèmes les plus vertueux soient soutenus financièrement par la Politique Agricole Commune (PAC) et que des fonds plus conséquents soient attribués aux élevages les mieux disant en termes de bien-être animal ainsi qu’aux filières courtes. Nous pensons également qu’il faut conserver une segmentation des modes d’élevages. Il n’y a pas que le « bio » dans l’alimentation mais des produits qui donnent des formes d’accès au plein air sont à privilégier.

En ce qui concerne les consommateurs, une des missions de WELFARM consiste à alerter sur la réalité des pratiques d’élevage pour que les modes de consommation se modifient. On y parvient lentement. L’idée est d’essayer de toujours proposer une solution, de dénoncer une pratique et dans le même temps d’informer et de réorienter le consommateur vers un autre acte d’achat (poulet en plein air, porcs fermiers élevés en liberté). Les changements passeront de toute évidence par l’information, la transparence et l’encouragement à consommer de façon responsable. WELFARM a d’ailleurs édité un dépliant qui indique filières par filières quelles sont les signes de qualité ou les mentions à rechercher lorsqu’on est soucieux du bien-être animal. Toutes les études sociologiques et les sondages mettent l’accent aujourd’hui sur le fait que les consommateurs se préoccupent de plus en plus du bien-être animal dans leur acte de consommation. Ils montrent de façon croissante une attente de réponses sur ces questions. C’est la raison pour laquelle un nombre croissant d’acteurs de l’agroalimentaire ou de la distribution travaillent avec WELFARLM et d’autres ONG de la protection animale.

Le bien-être animal est pris en compte de plus en plus par les consommateurs certes mais les animaux, ne sont-ils pas mécaniquement condamnés à être exploités de plus en plus du fait de l’accroissement démographique ?

Pas forcément. Il faut arriver à sensibiliser les pays occidentaux à réduire la part animale dans leur régime alimentaire. Consommer moins mais mieux est la seule réelle solution pour éviter l’exploitation animale et le gâchis subséquent. Cela permettra également de répondre à des problématiques environnementales, de santé publique et permettra surtout à l’éleveur d’obtenir une meilleure rémunération ainsi que des conditions de travail dignes de ce nom. Réfléchir à cette nouvelle manière de consommer est donc bénéfique sur tous les plans.

En parlant gâchis justement, quelle est votre opinion sur le scandale des invendus jetés ou broyés par les grands groupes alimentaires comme Mc Donald alors qu’une partie reste propre à la consommation ? Comment faire aussi pour que la grande distribution s’implique davantage dans la lutte contre le gaspillage alimentaire ?

Le gaspillage alimentaire mérite une sensibilisation plus grande auprès des jeunes publics notamment. Nous avons perdu notre lien avec l’animal devenu marchandise jetable au même titre qu’un bien de consommation durable. Au début du siècle la viande était un produit rare. L’homme respectait la notion d’« être vivant ». L’animal était considéré. Aujourd’hui la consommation de masse et les dérives consuméristes sous-jacentes font que les individus n’ont plus conscience de la vie derrière le geste. C’est devenu banal, comportemental.

WELFARM travaille surtout sur la pratique d’élevage (avec Mc Donald justement) et assez peu sur le gaspillage alimentaire dont le sujet est traité par d’autres associations comme France Nature Environnement. Mais nous restons ouverts à ce type de dialogue essentiels pour progresser vers de bonnes pratiques.

D’ailleurs depuis quelques années, les lois ont évolué favorablement. Le législateur oblige aujourd’hui les acteurs de la grande distribution ou de la restauration collective à donner leurs invendus alimentaires et leurs surplus à des associations caritatives et banques alimentaires. Cette démarche est destinée à limiter le gaspillage tout en fournissant une aide aux plus démunis.

Quelle est la part de la générosité du public dans votre financement ? Vous sentez-vous soutenu dans votre cause ?

Notre modèle économique repose à presque 100% sur la générosité du public. Les subventions sont très ponctuelles et de l’ordre de 1%.

L’intérêt d’avoir une certaine longévité dans une cause c’est qu’on y perçoit mieux les évolutions. Aujourd’hui je constate la prise de conscience de l’opinion publique sur la nécessité de prendre en compte le bien-être des animaux d’élevage. Dans les années à venir, je suis convaincu que l’élevage en batterie pour les poules pondeuses ainsi que d’autres pratiques d’élevage peu respectueuses vont être amenés à disparaître. Donc oui, je me sens de plus en plus soutenu dans la cause que je défends depuis plus de 30 ans.

Parlons du Don en Confiance maintenant, quels sont selon vous ses atouts ?

Un des atouts de l’association est déjà qu’elle regroupe un nombre significatif d’organisations, ce qui permet aux plus jeunes et plus petites d’entre-elles de bénéficier d’une expérience non négligeable. L’association fonctionne aussi en faisant appel à des bénévoles de grand talent ayant acquis une expérience de qualité dans de grandes entreprises. Pour des associations comme WELFARM, le regard extérieur de ce type d’anciens cadres représente une chance.

Enfin l’ancienneté du Don en Confiance lui confère une maturité lui donnant toute légitimité à nous soumettre les points de vigilance sur lesquels porter notre attention.

De quelles manières le Don en Confiance encourage-t-il  ses associations membres à évoluer ?

Le simple fait de vouloir répondre aux exigences du Don en Confiance nous oblige à évoluer pour conserver la labellisation. La Charte du Don en confiance n’est pas figée. Ses améliorations constantes font débat entre les organisations adhérentes et nourrissent de riches échanges générateurs de progrès collectifs et individuels. Le Don en Confiance permet aux organisations de se questionner sur l’impact des actions menées au quotidien afin d’en rendre compte aux donateurs et de leur garantir le contrôle extérieur des missions. Mais au-delà du gage de confiance envoyé aux donateurs, cela représente aussi une satisfaction personnelle pour les administrateurs, les bénévoles et les salariés de l’association.

Quel chemin parcouru depuis votre labellisation ?

Beaucoup. WELFARM est partie de loin. Lorsque nous avons rejoint le Don en Confiance en 2011, il a fallu faire un gros travail de formalisation de procédures dans divers domaines ainsi qu’un travail d’information auprès des donateurs en produisant des documents tels que « L’essentiel de l’année ». Nous avons dû ouvrir aussi le Conseil d’administration à la présence d’un contrôleur, mettre en place de nouvelles procédures d’évaluation des risques, une politique de maîtrise des risques… Sans le Don en Confiance toutes ces tâches administratives chronophages mais essentielles, qui n’entrent pas dans le cœur de nos missions, auraient été repoussées, différées et peut-être jamais réalisées sachant que la protection animale est la priorité de WELFARM. Le Don en Confiance est le « coup de boost » qui nous rappelle chaque instant que la bonne gouvernance d’une structure est aussi importante que la mission première.

Parlez-nous de votre actualité ?

Sous l’égide de Jean-Claude Juncker, la Commission européenne a refusé pendant longtemps d’adopter de nouvelles normes européennes en faveur du bien-être animal. Avec l’arrivée d’Ursula Von Der Leyen qui a fait de l’écologie un des chantiers majeurs de son mandat, les choses ont évolué. La Commission européenne s’est dotée du Green Deal (Pacte vert) ainsi que d’une stratégie nommée « De la fourche à la table » visant à réviser les réglementations dans le domaine, notamment celle concernant le transport des animaux. Pour WELFARM il s’agit d’un enjeu majeur sur lequel nous allons beaucoup travailler.

Notre deuxième actualité concerne la réforme de la Politique Agricole Commune pour laquelle WELFARM demande à ce qu’elle inclut des évolutions ambitieuses en faveur du bien-être animal.

WELFARM suivra également avec vigilance les annonces du Ministre de l’Agriculture concernant l’interdiction du broyage des poussins mâles et de la castration des porcs en 2022.