Depuis 1994, « À Chacun son Everest! » a accueilli à Chamonix plus de 6.000 enfants et femmes en rémission d’un cancer pour les aider à trouver ce fameux second souffle qui permet de surmonter la maladie. Christine Janin, alpiniste et médecin, au palmarès exceptionnel de première française au sommet de l’Everest, première femme au pôle nord à pied et première européenne à avoir réalisé l’ascension du plus haut sommet de chaque continent, a élaboré ces séjours en s’appuyant sur le parallèle symbolique entre les difficultés d’une ascension et celles du parcours vers la guérison. Rencontre avec une dame de pics et femme de coeur, fondatrice de « À Chacun son Everest! », association caritative devenue sa fierté.

Les femmes et les enfants d’abord !

Tout le monde ne peut atteindre le sommet de l’Everest bien sûr, en revanche tout le monde a son Everest.  Si on reste dans la symbolique, pour atteindre son « Everest », il faut oser, croire en soi et écouter ses besoins. Beaucoup de femmes que je vois dans le cadre de ma mission associative sont frustrées, en proie à une vie qui ne leur correspond plus, avec des envies qu’elles n’osent assumer finalement. Je les guide pour aller chercher cette petite étoile en elles.

Vous êtes la première française à avoir atteint l’Everest en 1990, que signifie pour vous l’expression « parvenir au sommet » ? Est-ce une question de vie ou de mort ? Une route qui conduit au bonheur ?

En fait c’est un chemin de vie. Je ne l’ai pas vraiment choisi, je l’ai juste accepté. Bien évidemment, j’avais l’expérience et l’envie de grimper au sommet mais pour moi l’Everest reste surtout un symbole. Au fond, nous avons tous des « Everest », un élan qui nous permet d’aller au bout de nos rêves, de nos projets.

La question est plutôt, une fois le sommet atteint comment en redescendre. Ce n’est pas une question de vie ou de mort c’est plutôt une question de « vivre ». Vivre sa passion, ses envies.

Je suis médecin. A titre personnel, ce choix m’a conduit à appliquer une médecine que je qualifierais de « médecine de l’Everest » ou « médecine de l’âme » dont le message consiste à dire « osez », « suivez votre cœur », « allez jusqu’au bout de vos projets en acceptant les difficultés », « Croyez-en vous » !

Quels sont selon vous les chemins à emprunter pour atteindre ce but (valeurs morales, conditions physiques et psychologiques…) ?

Tout le monde ne peut atteindre le sommet de l’Everest bien sûr, en revanche tout le monde a son Everest.  Si on reste dans la symbolique, pour atteindre son « Everest », il faut oser, croire en soi et écouter ses besoins. Beaucoup de femmes que je vois dans le cadre de ma mission associative sont frustrées, en proie à une vie qui ne leur correspond plus, avec des envies qu’elles n’osent assumer finalement. Je les guide pour aller chercher cette petite étoile en elles.

Lors de ma dynamique d’ascension de l’Everest vous savez, à un moment j’ai reculé, pris un peu de distance et puis je suis repartie, j’ai osé l’improbable, doublé les étapes. Les conditions météorologiques me le permettaient. Tout semblait aligné. Je l’ai atteint en 34 heures. J’ai pris un risque, mesuré certes sous contrôle mais j’ai pris le risque d’oser. Il faut savoir dans les faits reconnaître les synchronicités de la vie, accepter de se laisser déstabiliser, faire confiance à son intuition. Tout un processus de sublimation qui se met en place et apporte une réelle satisfaction.

Vous avez créé en 1994 « À chacun son Everest ! », avez-vous toujours cru en la nature comme génératrice d’émotions et peut-être finalement comme espace de réconciliation avec la vie ?

Non seulement j’y croyais mais je le vivais. La nature couplée à l’intensité physique pour atteindre le « beau » était ma drogue, un besoin, ma raison de vivre. Grimper l’Everest a été une évidence. Ensuite, je suis partie faire un tour du monde, franchir les plus hauts sommets de chacun des continents pour – si j’ose dire – clore le dossier. Pendant ce périple j’ai ressenti que l’expérience touchait à sa fin, d’ailleurs j’ai terminé fatigué mon corps m’a dit « stop ».

Je ne savais encore quelle route emprunter mais en tant que médecin, j’avais déjà rencontré des enfants à l’hôpital pour leur raconter mon histoire. Quelque part ce sont eux qui m’ont pris la main, m’ont ouvert la voie. Leur désir de m’entendre relater mon expérience, de vouloir la partager a tracé mon chemin. J’ai le souvenir d’un petit Michaël à qui j’ai proposé de l’accompagner à la montagne pour son plus grand bonheur. Tout a découlé de là. Soutenue par le milieu hospitalier, j’ai commencé à instaurer des séjours plutôt sportifs composés de randonnées dont une de 800 mètres de dénivelé, d’ascension sur la mer de glace, de nuitées dans des refuges… Des choses hallucinantes pour des gamins de 12 ans qui parfois avaient encore un cathéter. J’étais bien évidemment secondée par un médecin et des infirmières sur chaque séjour. Nous étions précurseurs dans la démarche mais avions conscience de les aider à retrouver le chemin de la guérison et quelque part celui de la réconciliation avec la vie. Le projet « À Chacun son Everest !» sur lequel nous reviendrons s’est alors consolidé. Il est basé sur l’énergie, l’amour, la confiance, le partage et l’écoute.

En tant que médecin, pensez-vous que l’énergie de la nature puisse avoir des vertus curatives concrètes ?

Oui. J’aime bien rappeler aux enfants la règle des 4 « P ». 4 Plaisirs par jour. Cela les fait sourire. L’énergie vient de l’amour, du plaisir, de la joie. La joie est la plus belle des émotions, elle stimule l’immunité, avive la flamme intérieure. La pensée positive a des vertus curatives, c’est certain. Et la nature par l’émerveillement qu’elle génère induit du positif, de la joie.

Quand les enfants arrivent à Chamonix et qu’ils voient le Mont Blanc, ils sont sidérés, contemplatifs, happés par la magie, le côté magistral. Heureux. C’est un chemin concret vers la guérison.

Parlez-nous de votre projet, comment en avez-vous eu l’idée et quels en sont tous les contours?

Les choses sont venues d’elle-même, parties déjà d’une rencontre avec les enfants malades comme je vous l’évoquais plus haut. Un professeur de l’hôpital St-Louis m’a dit un jour « Et si tu emmenais ces enfants à la montagne ? ». J’ai osé la première fois partir avec 10 que je connaissais et la magie a immédiatement opéré. La route était tracée.

Forte de ce constat, j’ai ensuite créé l’association avec pour leitmotiv le partage et le lâcher prise pour enfants et femmes en rémission. Partir pour un ailleurs, laisser ses parents pour les uns, ses charges quotidiennes parfois sacrément lourdes pour les autres. Se faire bichonner par nos équipes et se ressourcer avec nos programmes proposant yoga, méditation, sophrologie, Qi Gong, massages ; tout un panel de soins « bien-être » couplé à des activités physiques de randonnées, d’escalades, de parcs-aventure. Nous proposons également des espaces de paroles et la possibilité de rencontrer des psychologues.

Comment s’organisent vos séjours et que proposez-vous aux femmes ? Aux enfants ?

Les séjours pour les enfants s’organisent en été, ceux pour les femmes le reste de l’année dans une maison de 3 étages possédant 6.000 m² de terrain à Chamonix. Les programmes sont très denses. Aux enfants, nous proposons de la randonnée, de l’escalade, de l’accrobranche, de jolies veillées, des séances de relaxation et même un peu de méditation et de yoga. Les femmes, quant à elles bénéficient en plus de ces prestations, d’un espace de paroles assez long avec une onco-psychologue ainsi que de massages, sophrologie, Qi Gong, un entretien individuel avec une psychologue et d’un shooting photo aussi leur permettant de travailler sur l’image de soi, une séance de sonothérapie. Nous tenons vraiment à ce qu’elles se laissent choyer.

En ce qui concerne la nourriture, elle participe au bien-être général également, c’est pourquoi nous la voulons bio, délicieuse, colorée, diététique, tout en plaisir. 

Encore une fois notre philosophie repose sur le partage. Chacun est écouté, reconnu dans sa problématique et peut de façon naturelle souffler dans une sorte de parenthèse enchantée, une bulle, en se laissant aller à tous types d’émotions, pleurer si nécessaire.

Vous dîtes « faire de la médecine de l’âme » donc et « avoir transformé votre Everest en plein d‘Everest », qu’est-ce que cela signifie concrètement dans votre vie de tous les jours ? Que vous apporte ce projet ?

Tout cet amour me nourrit. Ces séjours font du bien, je remets du sourire, des élans dans les cœurs en diffusant mon énergie. C’est très gratifiant, presque magique. Je vois souvent des femmes arriver épuisées et tristes, repartir pleine de vie et d’envies en ayant créé des liens solides. Elles ne se quittent plus, deviennent amies et savent qu’elles peuvent aussi désormais compter sur elles et sur nous.

Quel est le ressenti des enfants et des femmes qui vivent l’expérience de « À Chacun son Everest ! » ?

Il y a un « avant » et un « après » l’expérience de « À chacun son Everest !». Nous sommes comme une famille et ceux et celles qui passent par nos séjours repartent avec la pêche et plein d’une nouvelle énergie. Un des médecins qui me confie des patientes me dit souvent « Lorsque les femmes passent par tes séjours, elles n’ont plus peur ». Je les aide à transformer leurs craintes, cet « Everest » pour en faire une force incroyable. Faire le deuil de la vie d’avant et apprendre à « vivre avec » à fond. 

La maladie et un sommet, deux challenges qui peuvent paraître insurmontables, pouvez-vous nous raconter votre plus belle histoire ?

Toutes les semaines je vois des histoires incroyables de la part d’enfants qui gardent le contact avec nous. L’un est devenu champion d’escalade, un autre est aujourd’hui dans l’équipe du 15 de France.

Beaucoup reviennent après plusieurs années pour nous dire qu’ils ont été transformés par nos séjours. Ils arrivent accompagnés d’amis ou de parents à qui ils souhaitent faire visiter la maison, revivre un moment avec eux les souvenirs de cette expérience unique qu’ils ont vécus.

Tous nos enfants sont des « Champions ». Les affirmations positives que nous distillons ont une réelle incidence sur leur capacité à développer de la confiance en eux. Ils les gardent dans leurs cœurs comme un trésor pour évoluer dans leurs vies.

Pratiquer des activités de haute montage demande une très bonne condition physique. En rémission, cela peut sans doute parfois être impossible, comment choisissez-vous les candidats à l’expérience ? Quelles aptitudes faut-il avoir ?

Je ne choisis pas les candidats, je les accueille. Avec l’équipe ensuite, nous nous mettons à leur service, à leur écoute. Nous leur apprenons à respirer, à reprendre confiance en eux. Nos bénéficiaires ne viennent pas chercher que « un sommet », ils viennent surtout se chercher. Se prouver qu’ils sont capables. Leur Everest !

Mon rôle à moi est de les accompagner par paliers. Nous évaluons au fils des jours leurs capacités, jusqu’où ils sont capables d’aller. Toute la subtilité réside dans le fait de savoir les emmener vers leur « Everest », celui qui ne les mettra jamais en position d’échec. Certains sont déjà sportifs, d’autres fatigables rapidement, il faut savoir s’adapter à leur niveau et parfois savoir dire « non ».

L’état médical peut aussi justifier un refus en effet mais lorsque l’on sait expliquer à l’enfant et à ses parents qu’un séjour est prématuré, ils comprennent. Ces enfants ont une maturité incroyable. Tous les dossiers médicaux que l’on demande en amont des séjours sont validés par le Professeur André Baruchel, chef du service d’Onco-pédiatrique de l’hôpital Robert-Debré, avec qui j’ai créé l’association. Nous devons être vigilants à ne pas accueillir des enfants trop fragiles médicalement.

Comment s’organise votre équipe ? Est-elle composée essentiellement de permanents ou de bénévoles ?

Je suis la Directrice de l’association et suis secondée par un adjoint pour toute l’organisation logistique des séjours. A nos côtés, pour les enfants, nous avons un médecin et une infirmière, une directrice de colo (BAFD), 2 animateurs, tous bénévoles ainsi qu’un photographe, une cuisinière, une femme de ménage. En ce qui concerne la partie administrative et la comptabilité, une équipe du bureau de 5 permanents. Parallèlement l’association fait appel à plusieurs intervenants pour chaque séjour : guides, accompagnateurs, prof de yoga et de Qi Gong, coach, psy…

Au final, « À Chacun son Everest !» dispose d’une dizaine de salariés auxquels s’ajoutent tous les intervenants. Et bien sûr de nombreux bénévoles. 

Quelles qualifications faut-il avoir pour vous accompagner dans votre projet ? Comment sont formées vos équipes ?

Les formations sont plutôt orientées vers la partie administrative et communication (gestion des dossiers, des dons, de la comptabilité, du site internet…). Les intervenants sont, quant à eux, des professionnels indépendants qui font ou ont fait des formations en dehors de tout soutien de l’association.

Et en termes de communication, comment faites-vous connaître vos missions ? Travaillez-vous avec les hôpitaux ?

Nous travaillons avec tous les services d’onco-hématologie pédiatriques. Ils nous connaissent depuis plus de 25 ans maintenant. Dans chaque service nous sommes en lien avec un référent qui maîtrise bien les enjeux de l’association et nous propose les enfants.

Nous leur envoyons parfois un best-of vidéo de la fin de certains séjours pour que les soignants partagent et découvrent leur magie et toutes les émotions des sommets. Cela nous permet de garder du lien.

Pour les femmes, j’évite la communication. « À Chacun son Everest !» compte beaucoup trop de demandes par rapport à ses capacités d’accueil. Nous privilégions les femmes de la région Rhône-Alpes (Annecy, Lyon, Grenoble, Evian, Thonon…) et Paris en collaborant avec Curie, l’IGR ou Saint-Louis.

Et bien sûr, nous communiquons sur nos réseaux sociaux, envoyons des newsletters et réalisons un journal annuel. Plus dans l’esprit de partager nos actualités avec notre réseau, nos bénéficiaires, nos bénévoles et nos partenaires (cette belle cordée solidaire qui nous accompagne dans l’aventure) que de nous faire connaître du public.

Combien d’enfants et de femmes en rémission ont été accompagnés par l’association ?

Depuis le début de notre aventure, nous avons proposé 341 séjours à 4.676 enfants et 118 séjours à 1.412 femmes auxquels s’ajoutent 300 soignants accompagnés durant la période COVID. Ces séjours « express » pour tout type de personnels hospitaliers (médecins, infirmières, cadres, lingères…) ont permis à des hommes et des femmes en grande difficulté psychologique de partir reboostés. Nous leur avons proposé des randos, de l’escalade, du yoga, du Qi Gong, des espaces de paroles et d’entretien avec des psychologues, des massages sonores. Ce mélange de soins a mis en relief que tous, quelle que soit leur discipline, souffraient. Cette pandémie a bouleversé le corps médical. J’ai vu des médecins pleurer, des cadres de direction à l’agonie, certains même parler de suicide. Tous dans un état dramatique. Pas un seul n’a parlé d’argent (et dieu sait s’ils sont mal payés), pas un seul ne renie son métier mais tous étaient à bout, désespérés de vivre cette horreur, la peur au ventre. On les a aidés, écoutés, rassurés et fournis quelques outils pour prendre soin d’eux.

Les femmes sont rares sur le toit du monde, pourquoi ?

Elles ont raison, en fait. C’est très douloureux et extrême ! Il y a toutefois de plus en plus de femmes qui tentent l’expérience (une centaine aujourd’hui) mais l’ascension reste quand même une épreuve plutôt réservée aux hommes.

Que pensez-vous du livre d’Anne Benoit-Janin sur Les Népalaises de l’Everest ?

J’ai rencontré Anne Benoit-Janin. Elle m’a interviewée au sujet d’une sherpani qui était dans mon équipe, a réussi l’ascension de l’Everest mais y a laissé sa vie deux ans plus tard. Il s’agit de la belle PASANG LHAMU Sherpa.

Son livre, je le trouve formidable. Le Népal est un pays corrompu, sans mari là-bas les femmes ne valent plus rien. Au Népal, où le suicide est la première cause de mortalité féminine, une poignée de femmes brave le poids des coutumes pour réaliser leur rêve et devenir les égales des hommes. Elles sont alpinistes, Sherpanis (ethnie de la vallée de l’Everest) pour la plupart, et gravissent les plus hauts sommets du monde. Elles osent, grimpent, s’émancipent. De belles leçons de courage !

Comment vous financez-vous ?

Tous nos donateurs et nos partenaires sont très fidèles. J’ai une chance inouïe. On garde beaucoup de liens avec eux, on leur fait part de notre avancée. De nombreux partenaires sont même devenus des amis. Ils ne peuvent plus nous quitter (sourire).

Par exemple cela fait 20 ans que Carrefour Market nous offre toute la nourriture. Mes équipementiers, le Vieux Campeur, répond toujours présent depuis mes premières expéditions. En revanche, ils restent tous vigilants et savent à quoi se destinent les dons. Ils sont les bienvenus pour venir constater et partager un moment avec nous « à la maison » afin de mieux appréhender d’ailleurs comment nous les utilisons.

94% de nos dons sont liés à la générosité du public (22% sont des dons de particuliers, 10% sont des manifestations, 42% proviennent des partenaires et entreprises et 20% des legs). Nous avons très peu de subventions publiques, un peu du Conseil régional et départemental, pas sur du fonctionnement mais sur des opérations (constructions, aménagements…).

Nous y arrivons très bien comme cela !

Avec le Don en Confiance, vous participez à l’évolution de la déontologie pour le secteur, en quoi est-ce important pour la société ?

« À Chacun son Everest !» a été, je pense, une des plus petites associations à comprendre la nécessité de la transparence et donc à demander dès 2004 à se faire aider sur le sujet. Nos comptes sont publiés en toute transparence. Il en va du respect de nos donateurs. Je ne sais pas faire autrement, pour moi c’est juste une évidence.

Quel chemin avez-vous parcouru depuis votre labellisation ?

Notre Comité de finance et les contrôleurs du Don en Confiance se réunissent régulièrement pour faire un bilan. Cela nous permet une vigilance sur l’utilisation des dons, d’obtenir aussi des recommandations sur la bonne gestion de l’association (gouvernance, communication, gestion financière, comptable…).

De quelles manières, le Don en Confiance encourage ses associations membres à évoluer ?

Nous sommes toujours dans une démarche d’évolution à la recherche de « l’excellence ». Nous ne perdons jamais de vue qu’il est indispensable de respecter les donateurs, nos bénéficiaires, les intervenants et au final la « société » dans son ensemble.

Depuis notre adhésion, nous avons eu à faire à 3 contrôleur(euses)s avec lesquels nous avons appréciés collaborer.  Les membres de notre Comité de finance se réunissent tous les 2 mois et s’entretiennent tous les semestres avec l’actuelle contrôleuse du Don en Confiance.

Comme notre contrôleuse participe régulièrement aux réunions du Don en Confiance (qui inclut la vision des contrôleurs d’autres associations labellisées), elle nous fait bénéficier de l’expérience et l’expertise de nos homologues, notamment pour la construction de « l’essentiel »* dont la forme a changé cette année. Elle nous apporte un œil vigilant, est très pointue sur la présentation des données du document pour en assurer la transparence pour les donateurs. Par ailleurs la contrôleuse du Don en Confiance supervise en détails l’utilisation des fonds qui proviennent de la générosité du public.

Vos projets pour l’avenir ?

Continuer, évoluer, faire monter en puissance l’association et assurer sa pérennité. Dans l’idéal j’aimerais qu’il n’y ait plus de femmes et d’enfants malades…on peut toujours rêver !

Consolider l’équipe aussi, trouver de nouveaux soignants performants. Continuer à garder la qualité, le sur-mesure, aider, toujours et encore, notre public parfois dans la précarité, le besoin. Accompagner. Accueillir. Je n’ai pas choisi ce chemin, il s’est imposé à moi et est devenu MA mission. Je suis presque arrivée aujourd’hui au bas de la descente de l’Everest . Franchement, il y a eu de grands moments de doutes, des difficultés mais désormais, je sais que ça va durer. Et je suis fière d’accompagner ses enfants et ses femmes sur le chemin de la paix, de la liberté et de la joie.   

* L’Essentiel : Le Don en confiance préconise spécifiquement aux associations et fondations à but non lucratif faisant appel public à la générosité de réaliser chaque année un Essentiel. C’est un document d’information clair, synthétique et pédagogique destiné au grand public. Il décrit en quelques pages ce qu’est l’organisation, ses principales réalisations de l’année, l’ensemble des fonds reçus, leur origine et leur utilisation, en particulier ceux provenant de la générosité du public, et le cas échéant les principaux écarts par rapport aux années précédentes, ainsi que les événements significatifs intervenus dans l’année. En savoir plus : L’Essentiel

Créée en 1889 par Maurice de La Sizeranne, l’association Valentin Haüy a pour vocation d’apporter les moyens aux aveugles et malvoyants de mener une vie normale afin de leur permettre de sortir de l’isolement. Acteur historique de l’aide aux personnes déficientes visuelles, elle déploie depuis plus de 130 ans un grand nombre de services et d’actions à travers toute la France. Rencontre avec Sylvain Nivard, Président.

Je ne ferais aucune hiérarchie entre un aveugle de naissance et une personne touchée par la cécité au cours de sa vie. Dans les 2 cas la chose est compliquée. L’aveugle de naissance a un cheminement d’acceptation à faire et se sent victime malgré tout d’une injustice. D’un autre côté, perdre la vue soudainement est très paniquant. Les personnes tombent dans le déni, continuent à s’accrocher à leur résidu visuel et s’isolent. Beaucoup ne font pas appel à nous faute de connaissance des missions de l’association.

Autant 8 aveugles sur 10 connaissent l’association Valentin Haüy autant les malvoyants, en particulier les personnes âgées n’ont jamais vraiment entendu parler de nous au cours de leur existence donc n’ont pas le réflexe de nous solliciter.

Acteur historique de l’aide aux personnes déficientes visuelles, pouvez-vous nous en dire plus sur l’organisation et les missions de votre association ?

L’association Valentin Haüy existe depuis 130 ans. Ses missions consistent à :

  • aider les malvoyants à être plus autonomes,
  • faire en sorte que la société évolue pour permettre aux aveugles et malvoyants de vivre et de s’intégrer en toute harmonie.

L’organisation inclut une partie associative composée de 120 comités départementaux animés par 3 400 bénévoles et une partie médico-sociale qui compte 400 salariés dans 16 établissements ayant vocation à former, loger ou encore donner du travail à des déficients visuels.

La partie associative propre à chaque département propose aux malvoyants un large panel d’activités de loisir ou d’apprentissage (cours d’informatique adaptés, cours de yoga, sortie en forêt…). Le projet associatif consiste aussi à représenter les aveugles et malvoyants dans les commissions départementales telles les Maisons Départementales pour les Personnes Handicapées (MDPH) ainsi qu’à sensibiliser à la malvoyance dans les écoles et les entreprises.

Symboliquement, pourquoi avoir fait le choix de « Valentin Haüy » pour nommer l’association ? Qui était-il et quels étaient ses liens avec la cause ?

Tout commence avec Maurice de la Sizeranne, fondateur de l’association ayant perdu la vue à 9 ans dans un accident de jeu. Il réalise que Valentin Haüy, pédagogue français du XVIIIème siècle, a accompli à son époque des choses extraordinaires pour les aveugles en fondant notamment une école – l’Institut National des Jeunes Aveugles – toujours en activité de nos jours. Cette école permet à de jeunes aveugles ou malvoyants d’apprendre à lire, écrire, compter comme tous les enfants de leurs âges et ainsi d’être accompagnés de la maternelle à la terminale.

Maurice de la Sizeranne fait alors le constat que rien n’existe pour les aveugles ou malvoyants adultes. Il crée donc l’association, transpose la mission de l’institut à la cible adulte et ainsi complète l’œuvre de Valentin Haüy.

Aujourd’hui, nos établissements médico-sociaux ont vocation à offrir aux jeunes ayant terminé leur parcours scolaire un travail, des loisirs et également les moyens d’avoir de l’autonomie.

Où en est-on aujourd’hui de l’inclusion des personnes handicapées visuelles tant socialement (accessibilité dans les lieux publics…) que professionnellement (accessibilité numérique, adaptation des postes de travail, recrutement…) ? 

Etant d’un naturel assez optimiste je vous dirais que des améliorations notables ont été réalisées : aménagement de voirie, feux sonores, bandes podotactiles, annonces vocales dans le métro, outils informatiques de plus en plus adaptés ayant ouvert des métiers auparavant inaccessibles…

Professionnellement, à l’exception des filières militaire, médicale ou de certaines scientifiques qui demandent un apprentissage fait de symboles et de formules, je crois que l’on peut dire que toutes les filières de métiers sont théoriquement abordables (sciences humaines, juridiques, sociales).

Pour autant dans le domaine numérique, il reste encore beaucoup de choses à faire car même si le secteur représente une formidable opportunité, il peut aussi être vécu comme une menace. En effet, si mon écran possède un logiciel qui me permet d’en lire le contenu, il faudrait encore que les sites web ou les applicatifs utilisés aient été développés conformément à des normes d’accessibilité qui existent mais sont malheureusement très peu respectées.

Que reste-t-il à faire selon vous pour aller au-delà d’une « bonne » intégration ? Pensez-vous que les pouvoirs publics et les entreprises interviennent à la hauteur des attentes et des enjeux ?

Avant d’aller au-delà d’une bonne intégration il faudrait déjà atteindre la bonne intégration et nous n’en sommes pas encore là. Les pouvoirs publics ont bien sûr un rôle essentiel à jouer notamment dans le domaine de l’accessibilité numérique (que je viens d’évoquer) où ils ont l’obligation de rendre les services publics accessibles à tous ainsi qu’à appeler les acteurs privés à faire preuve de citoyenneté en rendant accessibles leurs services. Des logiciels permettent de transformer le contenu de l’écran en braille ou en vocal mais encore faut-il que l’écran que l’on souhaite lire ait été développé conformément aux normes d’accessibilité. Or sur 100 sites web à l’heure actuel vous n’en trouverez pas 10 qui respectent les normes. Réserver un billet de train à titre d’exemple peut être sacrément contraignant.

Les pouvoirs publics doivent nous accompagner là-dessus et encourager voire sanctionner les acteurs économiques qui ne font pas l’effort de respecter ces normes.

Pour rester dans le domaine du numérique justement, est-ce que les fabricants de technologie se préoccupent comme il se doit de ce segment de marché ?

Non. Même si la mondialisation a permis que certains acteurs se positionnent sur un secteur touchant une large cible, le segment de marché des aides à la communication pour les déficients visuels reste encore assez restreint, chacun des types de produits de ce marché représentant une niche.

D’ailleurs et au-delà de la technologie informatique nous avons beaucoup de progrès à faire sur les autres technologies également (électroménager, commande de téléviseur, photocopieur et autres appareils sophistiqués dans le monde professionnel…). Aujourd’hui tout est compliqué et n’est pas réellement adapté.

Vous parliez un peu plus haut d’aller vers une meilleure intégration, aussi quels sont les moyens d’action de l’association pour faire avancer les choses sur le plan social ?

Valentin Haüy est en premier lieu une association pragmatique dont l’objectif vise à faire avancer les choses sur le terrain afin d’aider les déficients visuels dans leur quotidien. Nous les accompagnons d’abord dans leur cheminement d’acceptation du handicap. Ils ont bien souvent besoin d’une oreille attentive et compréhensive surtout lorsque le diagnostic vient de leur tomber dessus. Nous leurs proposons ensuite des compensations comme savoir utiliser les logiciels idoines en informatique, effectuer des activités de loisirs, travailler dans l’une de nos entreprises adaptées, venir vivre dans nos centres résidentiels, bénéficier de nos formations… en fonction de ce qu’ils recherchent.

Sur le plan social et à moyen terme nous tentons de faire avancer la cause en faisant du plaidoyer auprès des commissions départementales ou municipales d’accessibilité ainsi qu’auprès des grandes administrations de l’Etat. Dernièrement je suis allé voir la Directrice de cabinet de Clément Beaune, le Secrétaire d’Etat aux affaires européennes, pour évoquer la mise en œuvre rapide en France de la directive européenne sur l’accessibilité numérique qui doit entrer en vigueur sous peu dans tous les Etats membres.  La semaine dernière nous avons accueilli 2 députés pour leur faire visiter nos installations et leur présenter notre projet. Le plaidoyer auprès des instances de décision est essentiel pour espérer peser sur les décisions politiques sur le sujet, même si les pouvoirs publics se renvoient trop souvent la balle à mon goût et ne font pas de cette cause une priorité.

D’ailleurs heureusement qu’il existe des directives européennes portant obligation d’application dans les états membres pour nous aider parce que sinon nous nous sentirions assez peu pris en compte.

En cette période de distanciation sociale, les personnes ayant un handicap visuel (essentiellement guidées par le « touché ») doivent être particulièrement impactées, avez-vous dû redoubler d’efforts et vous réinventer pour les accompagner ?

Nos bénéficiaires ont subi de plein fouet l’impact de cette pandémie dans leur quotidien. Ne plus pouvoir toucher les gens lorsque vous traversez la rue, palper les produits lorsque vous faites vos courses a été extrêmement difficile. A cela est venu s’ajouter un phénomène de sidération notamment lors du premier confinement où il se disait que le virus se transmettait au moindre contact physique ou matériel.

L’isolement aussi a fait beaucoup de dégâts, la malvoyance touchant essentiellement un public âgé, seul, sans possibilité de visites.

A l’époque l’association n’a pas failli. Nos établissements médico-sociaux ont continué à accueillir les déficients visuels en foyers-logements, résidences pour personnes âgés, ateliers protégés, centres de formation…

En parallèle, nos bénévoles dans les comités départementaux ont maintenu le contact avec les bénéficiaires soit en les appelant pour s’enquérir de leur état, soit en leur rendant des services divers et variés si nécessaire.

Être aveugle de naissance ou être touché par la cécité au cours de sa vie sont deux problématiques différentes. L’une demande sans doute un soutien psychologique que l’autre ne nécessite pas forcément, comment gérez-vous au sein de l’association les particularités propres à ces deux publics ?

L’association Valentin Haüy possède une cellule de soutien psychologique composée d’assistantes sociales et de psychologues. Certains de nos bénévoles ont également l’expérience d’accueillir, d’écouter et surtout de témoigner puisque l’association comprend autant de déficients visuels que de voyants.

Une personne déficiente visuelle de naissance a effectivement un cheminement d’acceptation différent d’une personne touchée par la cécité sur le tard. Pour autant ce cheminement existe également pour l’aveugle de naissance victime malgré tout d’un sentiment d’injustice. Quand vos copains dans la cour de l’école jouent au foot et que vous êtes mis de côté ou parlent d’un film et que vous vous sentez exclu, il faut être en mesure petit à petit d’accueillir cette différence et de l’accepter.

Je ne ferais aucune hiérarchie. Dans les 2 cas la chose est compliquée mais le cheminement en revanche est différent c’est certain. Chez les adultes qui perdent la vue, le cheminement va s’assimiler à de l’acceptation passant par du déni. Perdre la vue soudainement est très paniquant. Les personnes tombent dans le déni, continuent à s’accrocher à leur résidu visuel et s’isolent. Beaucoup ne font pas appel à nous faute de connaissance des missions de l’association.

Autant 8 aveugles sur 10 connaissent l’association Valentin Haüy autant les malvoyants, en particulier les personnes âgées n’ont jamais vraiment entendu parler de nous au cours de leur existence et n’ont donc pas le réflexe de nous solliciter.

De la même manière comment traitez-vous les différentes formes de déficiences visuelles ? 


Il existe de multiples formes de malvoyance et elle ne se perçoit pas. Quand vous croisez une personne malvoyante dans la rue, si elle n’a pas fait son cheminement personnel, elle ne va pas assumer. Elle s’exprimera peu franchement, préfèrera taire son handicap et vous demandera les choses de façon inadaptée.

L’association essaye de répondre au mieux aux besoins des personnes. Ils sont tous différents mais une fois définis avec l’intéressé, des solutions concrètes s’offrent à lui basées sur l’écoute, les aides techniques, l’orientation vers les formations, études ou professions adéquates …

L’association dispose de 3 400 bénévoles, quelle qualification faut-il avoir pour aider les personnes ayant ce handicap ?

Tous les bénévoles sont les bienvenus quelles que soient leurs compétences. Nous avons autant besoin d’accompagnement humain adapté aux personnes handicapées (sportif, culturel, randonnée…) que de personnes volontaires pour nous enregistrer des livres. Aucune de ces activités ne suppose d’ailleurs d’avoir des qualifications particulières.

Nous avons aussi des besoins en postes plus qualifiés demandant des compétences en informatique, communication, gestion financière et comptable…

Parlez-nous de vos actions de terrain dans les écoles et les entreprises

Nous menons de plus en plus d’activités de sensibilisation dans les écoles et les entreprises avec une forte volonté de monter en gamme. A cet égard nos bénévoles sont aujourd’hui formés pour représenter de manière qualitative la cause dans les entreprises. Ces dernières nous réservent d’ailleurs le meilleur accueil et nous rémunèrent nos services.

Malheureusement, notre déficit de notoriété fait que les entreprises ne pensent pas forcément à nous. Seules quelques-unes nous sollicitent spontanément quand la majorité fait l’objet d’un démarchage.

Vous nous avez dit compter autant de déficients visuels que de voyants, est-ce que cette organisation fait partie de votre ADN ?

Oui. Faire appel à des aveugles et à des malvoyants est constitutif de l’association. Statutairement Valentin Haüy est une association qui, d’une part, est composée de bénévoles et d’autre part, fonctionne selon le principe de parité. Le conseil d’administration, le bureau, le personnel se composent par moitié de déficients visuels et par moitié de voyants. Nous avons besoin de l’expérience des déficients visuels pour accueillir au mieux les bénéficiaires. Les voyants quant à eux, apportent toute leur compétence et leur vécu professionnel.

Que proposez-vous pour faciliter l’accès à la culture (lecture, écriture mais également accès aux arts vivants) des personnes en situation de handicap visuel ?

C’est un axe fort de notre action, à commencer par l’accès à la lecture. Nous possédons la plus grande médiathèque de France. Elle contient 70 000 ouvrages adaptés en braille, vocal ou sonore et nous permet de réaliser environ 290 000 prêts à l’année. Nous travaillons avec 400 bibliothèques publiques qui nous aident dans la diffusion.

L’association travaille aussi sur la réalisation d’œuvres en relief ainsi que sur leur audio description.

En ce qui concerne les spectacles vivants maintenant, nous laissons le soin à l’association « Accès Culture » – qui s’est excellemment positionnée sur le sujet – de mettre en place des services d’accessibilité pour les déficients visuels.

Enfin, nos Comités départementaux organisent très fréquemment des sorties culturelles en groupe (visites de musée, sorties au théâtre ou à l’opéra).

Déficience visuelle et vieillesse vont souvent de pair, quelles sont les solutions pour aider les personnes âgées à rester autonome ? Et quels sont vos liens avec les pouvoirs publics, notamment les Départements à ce sujet ?

Schématiquement 60% des déficients visuels ont plus de 60 ans. Il n’existe pas de rapport sociologique sur le handicap visuel, ce qui fait que nous n’avons pas vraiment de chiffres précis mais juste des estimations. Plusieurs associations dont Valentin Haüy se sont regroupées pour lancer une grande étude (étude Homère) qui devrait s’achever dans un an. A ce moment-là nous aurons des résultats précis sur la déficience visuelle chez les personnes âgées ainsi que sur les difficultés rencontrées qui nous permettront d’adapter nos actions.

Nous savons quand même que le handicap sensoriel intervient plus fréquemment chez les personnes âgées que le handicap cognitif. On estime qu’il existe 2 fois plus de déficients visuels chez les personnes âgées que de personnes qui subissent des maladies telles Alzheimer. C’est assez paradoxal car les médias parlent infiniment plus d’Alzheimer.

Pour ce qui est de notre intervention, nous interagissons beaucoup avec les départements mais nos moyens d’actions dépendent aussi de la sensibilité du département. Nous faisons partie de commissions d’accessibilité bien trop connotées « handicap » et pas tellement « social et personnes âgées ». Ce sont souvent 2 directions différentes qui s’occupent de ces sujets. Le Vice-Président du département chargé du handicap est rarement celui en charge des personnes âgées. S’ils travaillent en silo, il n’y aura pas forcément de lien entre les 2. Nous essayons de créer ce lien mais ce n’est pas toujours évident et dépend des priorités des élus.

Une autre difficulté réside dans le fait qu’une personne âgée qui présente soudainement un handicap visuel n’est pas reconnue au-delà de 60 ans. Elle n’a pas le droit à une allocation handicap, ni à une carte d’invalidité puisque les pouvoirs publics considèrent qu’elle relève de l’APA. Les personnes âgées ayant un handicap visuel ne le déclarent donc pas ce qui rend la prise en charge souvent inadaptée.

Autre écueil, il existe des départements où les MDPH s’appuient volontiers sur notre expertise et d’autres où elles veulent monter en compétence. Elles recrutent alors elles-mêmes les ergothérapeutes qui pour certains ne connaissent rien au handicap visuel. De plus en plus elles ont cette logique de vouloir devenir autonomes et donc font de moins en moins appel à notre expertise et nos formations.

Comment vous financez-vous ? Quelle est la part entre aides publiques et aides privées ?

La partie médico-sociale est en majorité financée par l’argent public. Seule la partie concernant les entreprises adaptées nous incombe en quasi-totalité.

La partie associative quant à elle est financée par la générosité.

Vous avez choisi la labellisation « Don en Confiance », qu’est-ce que l’accompagnement des contrôleurs du Don en Confiance apporte à votre organisation ?

Les contrôleurs nous apportent un regard extérieur nous permettant d’évoluer. Ils nous stimulent pour être toujours plus transparents, afin d’assurer la confiance avec nos donateurs. Sous leur impulsion, nous avons renforcé nos contrôles internes et avons d’ailleurs depuis recruté un auditeur interne.

Pourquoi l’existence d’une association de contrôle est-elle nécessaire pour le secteur associatif ?

Maintenir le niveau d’exigence et donner confiance aux donateurs.

Quel chemin avez-vous parcouru depuis votre labellisation ?

Un long chemin en termes de process et fonctionnement. Nous avons mis en place des contrôles ainsi qu’une cartographie des risques pour être mieux structurés. Opérationnellement, nous sommes désormais plus transparents dans notre communication auprès des donateurs et faisons remonter des indicateurs de bonne gestion.

Quelques mots sur votre actualité…

Nous lançons ces jours-ci une grande campagne sur la malvoyance pour mieux nous faire connaître. Nous sommes conscients d’avoir un vrai défi à relever sur le plan de la notoriété.

Nous sommes également à l’origine d’une campagne de communication autour de la rentrée littéraire. Cette année nous avons réussi à négocier avec les éditeurs pour avoir les fichiers des livres bien en amont et avons ainsi pu adapter 300 ouvrages qui seront disponibles dans notre médiathèque le même jour que leur sortie en librairie.

Fédération française des associations de protection de la nature et de l’environnement, France Nature Environnement (FNE) est la porte-parole d’un mouvement de 6.000 associations regroupées au sein de 46 organisations adhérentes, présentes sur tout le territoire français, en métropole et outre-mer. Reconnue en 1976 d’utilité publique, l’association est un mouvement citoyen indépendant de tout parti politique. Rencontre avec Arnaud Schwartz, Président de France Nature Environnement.

L’empreinte écologique permet de mesurer l’impact de nos modes de vies sur la planète. Elle peut se calculer pour un individu ou une population. On observe qu’entre ce que la nature renouvelle et ce que nous rejetons le différentiel se creuse. Chaque année, la bio capacité de la planète devrait être respectée, or aujourd’hui nous sommes grosso modo à une empreinte écologique aux alentours d’une planète et demi par année. Il faut ralentir.

Si tout le monde vivait comme l’habitant moyen de certains pays dits occidentaux, l’humanité aurait besoin de presque 2 planètes par an dans le cas de la France ou de l’Allemagne et de 4 pour les USA. Nos standards de vie sont progressivement devenus excessifs en regard des ressources dont l’humanité et les autres espèces vivantes disposent.

France Nature Environnement est la fédération française des associations de protection de la nature et de l’environnement, pouvez-vous nous en dire plus sur son organisation et ses missions ?

FNE regroupe 6.000 associations de protection de la nature et de l’environnement rassemblant globalement 900.000 citoyen(ne)s sur le territoire métropolitain et l’outre-mer. Elle réunit 26 associations territoriales (qui sont souvent elles-mêmes des fédérations d’associations), 10 associations nationales qui se mobilisent pour une cause environnementale spécifique (insectes, cétacées, agriculture…), et 10 associations « correspondantes » dont l’objet statutaire direct n’est pas la protection de la nature et de l’environnement mais qui partagent nos préoccupations.

France Nature Environnement est donc la principale organisation citoyenne environnementale de France sans équivalent même côté syndicat ou partis politiques. La fédération a pour pilier :

  • la sensibilisation de tout type de public à tout niveau : les jeunes en milieu scolaire et extra-scolaire, les adultes en contexte professionnel et extra-professionnel. Pour cela nous nous servons de différents outils pédagogiques (activités ludiques, conférences, sorties de terrain, débats…). La sensibilisation et l’éducation représentent un travail de fonds qui vise à faire progresser les consciences et changer les pratiques individuelles et collectives.
  • L’opposition et la proposition. FNE, depuis sa création à la fin des années 60, est un mouvement de citoyens légalistes à l’origine des premières grandes lois de protection de la nature, de la création du ministère de l’environnement, des premières grandes réserves naturelles ou encore des parcs nationaux. En termes d’idées nous regroupons depuis plus d’un demi-siècle des citoyens qui prennent sur leur temps libre pour le mettre au service de l’intérêt général en proposant des solutions basées sur le droit. Certains de nos adhérents sont des pionniers des énergies renouvelables, de l’agriculture biologique, de l’insertion par l’économie sur des chantiers écologiques…une palette d’activités expérimentées au fil du temps, reconnue aujourd’hui par les pouvoirs publics à différents échelons. Nous nous opposons à des pratiques, à des projets concrets ou à des lois quand ils sont nuisibles pour l’environnement mais toujours en proposant une action ou un texte alternatifs. Nous sommes un contrepouvoir. Nous n’avons pas vocation à prendre le pouvoir et n’engageons pas à voter pour tel ou tel candidat aux élections, nous sommes juste une vigilance citoyenne. Notre fonctionnement est fédéral et thématique. Nous avons une grosse dizaine de réseaux thématiques qui vont des risques et impacts industriels en passant par l’eau et les milieux aquatiques, la forêt, les territoires et mobilités durables, l’éducation, le juridique, l’énergie, la biodiversité…qui nous permettent de proposer des solutions pertinentes et largement renseignées.

Qui agit sur le terrain, des bénévoles, des permanents ?

Le mouvement FNE est essentiellement composé de bénévoles. Nous avons beau être la plus grande organisation environnementale française, la fédération regroupe des associations citoyennes, qui globalement sont très pauvres en comparaison des grandes fondations et autres organisations anglo-saxonnes plus médiatisées que nous. C’est pourquoi la communication est un enjeu majeur. Nous invitons d’ailleurs nos membres à faire valoir le nom « France Nature Environnement » sur leurs supports afin qu’ensemble nous soyons mieux identifiés et puissions solliciter le soutien du public.

Face aux défis environnementaux du 21ème siècle, notre fédération et ses membres ont besoin de plus de soutien pour gagner en liberté d’actions et en capacité à obtenir les résultats indispensables pour l’ensemble de la société.

La fédération comporte également mais dans une moindre mesure des permanents qui ont vocation à coordonner, établir les liens entre tous les membres, rassembler et synthétiser l’expertise de terrain des uns et des autres afin d’établir des propositions complexes et cohérentes.

Impliqué dans le débat public, FNE alerte et propose des solutions concrètes pour réussir la transition écologique, avez-vous l’impression d’être entendu à la hauteur des enjeux actuels par les pouvoirs publics, les médias et l’opinion publique ?

Clairement non. Et ce non est valable pour les 3. Le pourquoi est difficile à expliquer mais il est sûr que nous ne sommes pas entendus à la hauteur de l’urgence. A l’origine, la fédération était composée d’universitaires et d’étudiants dont la parole portait auprès des pouvoirs publics. L’époque a laissé place aux trente glorieuses (qu’on pourrait rebaptiser les trente piteuses) génératrices d’une certaine forme de débauche énergétique en lien avec des avancées technologiques impactantes pour notre environnement. Aujourd’hui nous commençons à chèrement en payer le prix. Enormément d’informations déjà suffisamment graves à l’époque n’ont pas trouvé écho et les dégâts ne font que s’aggraver maintenant sans prise de conscience réelle. Les autorités publiques se trouvent entre marteau et enclume du fait d’un système électoral fondé sur des calculs politiques à court terme, en proie à la pression de lobbys extrêmement puissants défendant des intérêts privés financiers. Or la finance est déconnectée de l’économie réelle. Le système électoral ne facilite donc pas l’indépendance, l’esprit critique des élus qui ont du mal à prendre en compte l’urgence.

La liberté de la presse est également entravée. Les médias privés qui font l’opinion dépendent souvent d’intérêts industriels et financiers. On a beau avoir des propriétaires de médias privés qui se défendent de ne pas intervenir sur les lignes éditoriales, le résultat prouve tout le contraire. Il existe un discours ultra dominant ridiculement et dramatiquement décalé par rapport aux enjeux.

Enfin et en ce qui concerne les citoyens, malheureusement ils sont pris dans les phares de cette pensée unique. Ils ont déjà leurs propres contingences à gérer au quotidien mais au-delà et collectivement rien n’est mis en place aujourd’hui pour que les choix les plus vertueux pour l’avenir soient les choix les plus faciles à faire pour eux. La politique au sens de la vie de la cité devrait pourtant permettre de faire ces choix profitables pour la majorité et l’intérêt général et non visant à satisfaire les intérêts d’une minorité à court terme. Quand on vit dans une société qui continue à creuser les inégalités de classes et qu’en parallèle la dégradation environnementale se poursuit touchant de plein fouet les plus pauvres, c’est tout un système dans lequel les citoyens sont pris et qui les alimente mal en informations qu’il devient nécessaire de remettre en cause. Mais faut-il déjà, en tant que citoyen, être très conscient et très motivé pour aller vers les bonnes pratiques.

Pour ne pas tomber dans le catastrophisme, je dirais quand même que les consciences s’éveillent. De plus en plus d’individus se donnent aujourd’hui les moyens culturels de se tourner vers ce qu’il y a de plus vertueux à travers l’entraide et la solidarité, de faire des efforts coûteux en temps et argent aussi pour vivre différemment en intégrant ce que nous apprend la science qu’est l’écologie à leurs gestes quotidiens. Ils ont compris qu’il va falloir se prendre en main et qu’il est difficile sur le sujet de compter sur les politiques publiques actuelles (pour preuve les taux d’abstention énormes aux élections).

Parlez-nous de vos moyens pour sensibiliser ces publics à la préservation d’un monde vivable et à son développement durable ?

Nos moyens sont essentiellement humains et passent par nos bénévoles. Nous n’avons pas de moyens financiers qui pourraient nous permettre de faire des campagnes publicitaires de grande ampleur mais comptons surtout sur le bouche à oreille, l’action de terrain réalisée par nos membres-bénévoles lorsqu’ils organisent une visite guidée, un débat, une exposition, un concours dessins ou photos, une activité pédagogique avec des enfants. On estime que le mouvement France Nature Environnement touche 2 millions de personnes chaque année sur des actions de sensibilisation de ce type.

Que pensez-vous de cette phrase de Nicolas Hulot « L’écologie est aussi et surtout un problème culturel. Le respect de l’environnement passe par un grand nombre de changements comportementaux » ?

Finalement, je viens en partie d’y répondre. Nous sommes en phase. Nicolas Hulot a eu la chance dans son parcours de croiser des personnes qui avaient avant lui réfléchi à ces problématiques. Ces expériences partagées font la richesse d’une société et lui permettent d’évoluer. Sans faire de prosélytisme, il faut savoir donner envie de découvrir une autre façon de regarder le monde et d’avancer. Le fait que l’écologie soit une science dont on ne tient pas encore assez compte concrètement à titre individuel et collectif est en effet un problème culturel. Le changement de comportement et plus largement l’évolution des modes de vie sont devenus des enjeux clés de la transition écologique. Et aujourd’hui, les consciences s’éveillent.

Quelles sont les causes majeures à défendre selon vous ?

Le premier message pour entamer une réflexion globale est de revenir à une empreinte écologique de moins d’une planète par an. L’empreinte écologique permet de mesurer l’impact de nos modes de vies sur la planète. Elle peut se calculer pour un individu ou une population. On observe qu’entre ce que la nature renouvelle et ce que nous rejetons le différentiel se creuse. Chaque année, la bio capacité de la planète devrait être respectée, or aujourd’hui nous sommes grosso modo à une empreinte écologique aux alentours d’une planète et demi par année. Il faut ralentir.

N’est-ce pas aussi un problème démographique ?

Pas vraiment. On se rend compte que les populations les plus riches (et aussi les moins nombreuses) font le plus gros de l’impact. Les pays à démographie galopante ont bien souvent des empreintes écologiques très inférieures à une planète par an, c’est le cas par exemple de l’Inde. En revanche les pays comme le nôtre, qui génèrent énormément de déchets et puisent des ressources naturelles partout sur la planète font partie de ceux qui ont la plus forte empreinte écologique. Si tout le monde vivait comme l’habitant moyen de certains pays dits occidentaux, l’humanité aurait besoin de presque 2 planètes par an dans le cas de la France ou de l’Allemagne et de 4 pour les USA. Nos standards de vie sont progressivement devenus excessifs en regard des ressources dont l’humanité et les autres espèces vivantes disposent.

Aujourd’hui le commerce international et les règles de droit ne sont pas conçus pour engendrer une humanité vivant de façon durable et en paix. Le système est encore issu des pratiques passées, en mode extractivisme- colonialisme. Comme disait Martin Luther King « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots ».

De combien doit-on diminuer notre empreinte carbone pour limiter le réchauffement climatique et réduire la pollution atmosphérique dans les années à venir ? Est-ce selon vous envisageable, à quel horizon et sous quelles conditions ?

L’empreinte carbone moyenne d’un Français – soit la quantité de gaz à effet de serre qu’il émet chaque année – est estimée à 11,5 tonnes de CO2. Or, pour limiter le réchauffement climatique à une hausse de + 1,5 degré, comme nous l’enjoint l’accord de Paris, cette empreinte carbone devra être réduite de 80 % en 2050.

Aujourd’hui pour atteindre cet objectif, il faudrait restocker du carbone en envisageant par exemple de planter plus d’arbres et de haies partout dans nos champs, stopper la destruction de l’existant, et laisser les arbres grandir dans les forêts au lieu de les couper jeunes, en utilisant avant tout ceux qui sont coupés pour l’ameublement et construire en bois et autres matériaux biosourcés plutôt qu’en ciment. Il existe aussi des façons de stocker du carbone dans les sols tout en leur redonnant de la fertilité. Si nous réalisons de telles actions durant les 30 prochaines années, les scientifiques espèrent limiter à 1,5/2 degrés la hausse des températures mais, bien sûr, en parallèle cela suppose aussi de réduire massivement nos émissions. Les 10 années à venir sont cruciales même si nous avons sans doute déjà passé certains points de bascule qui nous conduiront vers des boucles de rétro action négatives. A un moment donné tel dérèglement va en produire un autre. Revenir dessus nécessitera beaucoup d’efforts et une transformation à peu près total de nos modes de vie. Beaucoup de souffrance aussi car de multiples pertes de vies humaines évoluant dans des écosystèmes dégradés qui ne produiront plus assez d’eau potable et de nourriture. S’en suivront certainement des conflits intra ou inter étatiques ainsi que des famines et des épidémies. Ces scenarios avaient déjà été soumis à nos dirigeants dans les années 2000 par les services d’intelligence et les armées. Il y a donc une grande irresponsabilité de leur part à ne pas avoir fait un travail de sensibilisation auprès des populations et surtout à ne pas avoir intégré ces scenarios à leurs politiques publiques. Aujourd’hui nous sommes au pied du mur. Les mesures à prendre vont très certainement être considérés comme coercitives et nous imposer de changer radicalement de mode de vie.

Existe-t-il des solutions concrètes pour faire changer les choses, inverser la vapeur et garder la planète habitable ?

Oui bien sûr que des solutions existent, je vous en ai déjà signalées certaines. On peut par exemple se poser la question de réduire nos besoins à l’essentiel, réparer plutôt que jeter, emprunter et partager avec les autres. Bref, s’inscrire dans une consommation responsable et engagée. Un simple changement de comportement peut avoir un impact positif sur l’environnement. Cela passe aussi par un meilleur entretien de nos biens, comme par exemple nos équipements électroniques et notre électroménager ou encore, en cas d’investissement dans du neuf, par des choix en faveur de produits robustes et Eco conçus.

Sur le plan sanitaire maintenant, notre système de santé est extrêmement fragile alors que d’un point de vue purement biologique l’humanité d’aujourd’hui est beaucoup moins solide que celle d’hier. Nous accusons une baisse de fertilité aussi liée à nos conditions de vie (tabagisme, alcoolisme, sédentarité) et notre environnement nocif (pesticide, pollution atmosphérique, Bisphénol A…). Les solutions pratiques existent bien sûr mais la première consiste à se poser les bonnes questions sur nos modes de consommation et essayer d’en changer pour aller vers les circuits courts, le faire soi-même, le manger sain.

Lors du sommet virtuel des dirigeants mondiaux sur le climat et la croissance durable (P4G) qui s’est tenu à Séoul en mai 2021, les dirigeants mondiaux ont appelé à agir davantage et surtout à inclure tous les pays dans les efforts pour protéger l’environnement. Si les pays industrialisés ont pris des engagements ambitieux ces derniers mois pour réduire leurs émissions « carbone », pensez-vous qu’il soit économiquement possible pour les pays en développement d’éliminer leur dépendance aux combustibles fossiles ?

Il est possible économiquement pour les pays en développement de respecter les limites environnementales, si et seulement si le partage des richesses s’opère. Les pays développés doivent leur donner les moyens de le faire et donc modifier leur cadre économique actuel. Les engagements de solidarité pris pour l’instant, de transfert de fonds et technologies ne répondent pas du tout aux enjeux. Nous continuons à étrangler ces territoires qui souvent sont obligés de brader leur patrimoine naturel, leur force de travail, leur tranquillité sous forme de tourisme de masse pour essayer de faire entrer quelques maigres devises dans leurs caisses.

Il est important que l’humanité retrouve le goût du collectif et de l’entraide. Le changement viendra, je le pense, plutôt des citoyens, des solidarités locales ou internationales avec la prise de conscience que l’heure n’est plus à l’individualisme et qu’il faut rééquilibrer la balance.

En parlant de solidarité et d’entraide justement que pensez-vous des positions de Greta Thunberg et des jeunes générations qui la suivent dont les discours font parfois l’objet de critiques virulentes mais représentent le symbole de la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de l’environnement ? Font-elles évoluer les choses ?

De gré ou de force les choses évolueront. L’homme fait partie de la nature et la nature ne négocie pas, son fonctionnement s’impose à nous. La jeune génération a bien compris que ses choix de vie à très court terme risquent d’être compromis par la dégradation de l’environnement mondial et les catastrophes subséquentes. Greta Thunberg fonde ses positions sur des données scientifiques qu’elle vulgarise en touchant un large public et en intéressant les médias. En cela elle fait progresser la cause en effet.

Sur ces sujets sensibles quelles sont vos relations avec les autres organisations de protection de l’environnement comme la Fondation pour la Nature et l’Homme présidée par Nicolas Hulot ou encore WWF, vous battez vous main dans la main avec elles ?

Oui, ces fondations essayent, tout comme nous, de sensibiliser le grand public et les décideurs mais avec des moyens différents de notre fédération d’associations. FNE défend la nature en déployant tous les outils de la démocratie environnementale et participative. Nous permettons aux citoyen(ne)s d’apprendre et de faire localement, de participer à la vie démocratique du pays, de siéger dans des commissions, de contribuer à des débats publics, d’accéder à l’information et si besoin de se battre en justice au nom de l’intérêt général. En résumé, nous canalisons positivement les énergies citoyennes. Notre mission est unique et mérite d’être soutenue si l’on veut avoir une société durable et pacifiée.

Avec la Fondation Nicolas Hulot ou le WWF nous nous coordonnons dans le cadre du Réseau Action Climat, qui fédère les associations impliquées dans la lutte contre le dérèglement climatique et pour une transition écologique solidaire et équitable. Nous travaillons également sur des sujets ponctuels que nous souhaitons porter d’une seule voix auprès des pouvoirs publics (propositions sur la biodiversité en vue de la COP 15 d’octobre 2021 par exemple). Nous coopérons et sommes donc complémentaires dans nos approches. Mais là où ces grandes Fondations bénéficient du soutien du public et des médias, FNE manque encore de reconnaissance dans sa démarche citoyenne qui consiste à dire « prenons nous en main nous même ! ».

D’où proviennent vos différentes ressources financières ?

Nous bénéficions des cotisations de nos membres mais c’est une part infime de notre budget national.

Le reste provient, encore trop peu, de dons et legs des citoyens, un peu plus de financements d’entreprises sous forme de mécénat ou partenariat et enfin principalement de subventions de la part de l’Etat et autres structures publiques en raison de notre action au service de l’intérêt général.

Je tiens à préciser qu’en France il y a encore peu de donateurs pour la cause environnementale, la marge de progrès reste énorme et les besoins criants vu le manque d’actions conséquentes des décideurs publics et privés.

Qu’est-ce que le label Don en Confiance apporte à votre organisation ?

En interne, bénéficier de l’expertise du Don en Confiance nous apporte une forme d’exigence bienveillante, de conseils, d’outillages ou d’encouragement à faire mieux et à améliorer nos pratiques dans l’appel, la collecte de dons et l’usage de la générosité du public.

En externe, bénéficier du label Don en confiance représente un gage de qualité, de sécurité qui va donner envie aux citoyen(ne)s de nous soutenir, surtout pour celles et ceux qui ne nous connaissent pas encore ou peu.

Le Don en Confiance place le donateur au centre de sa démarche. Est-ce que votre organisation s’en sert comme d’un levier, comme d’une fierté ?

Tout à fait. FNE a pour vocation de diffuser des messages accessibles au plus grand nombre en plus de solliciter la générosité du public, bénéficier du label sur nos supports accorde un crédit certain à nos missions et incite à la confiance en nos actions.

Que diriez-vous à un donateur pour lui expliquer qu’il peut donner en toute confiance à votre organisation ?

Nous sommes une organisation de citoyen(ne)s contrôlée par les citoyen(ne)s. Nous avons une vie démocratique extrêmement forte. Chacun peut y obtenir les comptes annuels, être élu dans les conseils d’administration, les bureaux, devenir trésorier… Peu de structures sont aussi transparentes et contrôlées que les associations de protection de la nature agréées par FNE qui bénéficient en plus du label Don en confiance.

Les citoyen(ne)s peuvent donc nous soutenir en toute tranquillité en sachant que nous sommes contrôlés comme personne et qu’ils peuvent participer eux-mêmes à la gouvernance collégiale du mouvement.   

Quelles sont vos priorités pour les prochains mois ?

France Nature Environnement aura trois grandes priorités dans les mois à venir :

  • Obtenir la validation de la part du Ministère de l’intérieur de nos nouveaux statuts et règlements intérieurs simplifiés et mis à jour.
  • Procéder à la réécriture de notre plan stratégique à l’horizon 2030.
  • Préparer nos outils de questionnement des candidats aux élections présidentielles puis législatives sur leurs ambitions en terme de protection de la nature et l’environnement et leur intégration aux politiques publiques.