Selon les dernières statistiques de Plan International, 132 millions de filles restent non scolarisées aujourd’hui dans le monde. « Toutes à l’école » est une ONG qui œuvre pour la scolarisation des petites et jeunes filles au Cambodge afin que chacune d’entre elles ait la même chance que son frère de se bâtir un avenir prometteur. En les accompagnant depuis le primaire jusqu’à leur premier emploi, « Toutes à l’école » offre une éducation de haut de niveau à ces filles, qui seront les mères de demain et sauront ainsi transmettre le meilleur à leurs enfants. Rencontre avec Véronique Darasse, directrice générale.

Le Cambodge est un pays particulier qui a subi un génocide perpétré par les Khmers rouges jusqu’en 1979. Le fait d’avoir décimé ses élites, ses intellectuels et l’intégralité de son système éducatif a rendu l’intervention d’ONG nécessaire au Cambodge. Elles ont grandement participé à la reconstruction du système éducatif. L’action des ONG est fondamentale dans l’éducation en général et dans celle des filles en particulier. Nous avons connaissance de programmes similaires en Afrique ou Asie, qui sont très pertinents et participent sans aucun doute à cette progression de la scolarisation dans le monde.

« Toutes à l’école » est une ONG créée par Tina Kieffer, ancienne journaliste, aujourd’hui présidente de l’association, parlez-nous de l’origine du projet…

Véronique Darasse : Tina Kieffer a raconté la genèse de son projet dans un livre intitulé Une déflagration d’amour. Elle y explique les circonstances qui l’ont amenée à créer cette école à l’époque de son voyage au Cambodge en famille, en période de Noël, dans le cadre de sa fonction de directrice de la rédaction du magazine Marie-Claire. Elle s’est alors retrouvée face à la réalité du terrain, au cœur même d’un orphelinat de la banlieue de Phnom Penh où elle a rencontré une petite fille qui l’a émue et qu’elle a tout de suite voulu adopter. Cette adoption a été un véritable parcours du combattant, mais, une fois réalisée, Tina a ressenti le besoin d’aider toutes les autres petites filles pauvres en leur offrant une chance d’accéder à l’éducation grâce à la création d’une école.

Pourquoi le choix des filles exclusivement, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

V.D : Au Cambodge, beaucoup de filles ne vont pas à l’école car elles sont bien souvent obligées de travailler dès le plus jeune âge afin de contribuer aux revenus de la famille. Heureusement, la société cambodgienne évolue peu à peu, mais aujourd’hui seules 12% des Cambodgiennes passent le bac. Et comme le souligne fréquemment Tina : « Une mère adulte une fois éduquée sauve la génération suivante ». J’adhère totalement à cette maxime. A titre personnel, en tant que mère de trois garçons, je sais à quel point une mère instruite éduque ses enfants de manière différente. La mère « transmettrice » va former les générations suivantes, véhiculer des valeurs fortes et au final avoir un impact considérable sur la progression sociale.

Le Cambodge est un pays pauvre et traditionnel mais ce n’est pas un pays où la situation des femmes est particulièrement grave, comme en Afghanistan. Si les filles ne vont pas à l’école, ce n’est pas pour des raisons culturelles ou religieuses, c’est pour des raisons économiques. C’est donc la mission principale de « Toutes à l’école » : scolariser des petites filles et soutenir leurs familles dans cette démarche d’émancipation.

L’association gère aujourd’hui une maternelle et une école primaire bilingues, un collège, un lycée dans la banlieue de Phnom Penh et deux foyers pour étudiantes post-bac dans la capitale… Comment s’organise la vie scolaire dans vos établissements ?

V.D : Une fille qui rentre en maternelle aujourd’hui s’engage dans un parcours scolaire qui va durer treize ans, de la maternelle jusqu’au baccalauréat. Le recrutement des fillettes s’effectue majoritairement dans un périmètre de 8 kilomètres, même si nous sommes amenés de plus en plus à recruter dans des poches de pauvreté plus éloignées encore. Ce développement nous a ainsi conduit à créer deux internats réservés en priorité aux élèves qui ont trop de temps de transport ou à celles qu’il faut protéger. Car au-delà de sa mission éducative, il faut savoir que notre campus propose un suivi médical et social des élèves. Nous sommes là aussi pour prévenir les violences de toute nature que peuvent subir les jeunes-filles admises dans nos établissements. Dans le domaine de la maltraitance ou de l’abandon, nous gérons au cas par cas et faisons face à des situations très variées (violences familiales, perte prématurée des parents…) L’internat permet aux élèves de se ressourcer, de progresser, d’évoluer dans un environnement de travail et affectif adapté.

Pour rebondir sur la prise en charge des situations douloureuses et l’intégration des filles dans vos internats, comment gérez-vous les fratries ?

V.D : Nous proposons un programme pour les garçons à différents niveaux avec :

  • l’octroi de bourses aux familles afin de permettre à leurs fils d’avoir accès à l’école publique,
  • l’ouverture aux petits frères de nos espaces de jeux, nos équipements sportifs ainsi que nos salles d’informatique,
  • l’accueil des frères le samedi ou le mercredi dans nos locaux afin de vérifier qu’ils ont acquis les fondamentaux (lire, écrire, compter) avant leur entrée au collège. Leur présence est également l’occasion de leur offrir un repas le midi.
Combien de personnes employez-vous pour combien de bénéficiaires ?

V.D : Le campus emploie 300 personnes pour 1300 bénéficiaires, 1700 en incluant les étudiantes post-bac. Chaque niveau compte 4 classes de 25 élèves, donc 100 élèves par niveau.

Êtes-vous satisfaits du taux de réussite ? Parlez-nous de vos plus beaux succès ?

V.D : Grâce à notre programme scolaire de haut niveau, nous obtenons chaque année 100% de réussite au brevet des collèges tout comme au baccalauréat. Quand l’intégralité de notre première promotion d’élèves inscrites a obtenu le bac en 2018, nous étions époustouflées car le taux de réussite au Cambodge se situe plutôt aux alentours de 66%. Être parmi les meilleures écoles du Cambodge nous rend fiers de nos élèves issues de la grande pauvreté. Une fois leur baccalauréat obtenu, nos élèves intègrent l’un de nos deux foyers d’étudiantes à Phnom Penh afin de suivre leurs études post-bac. Certaines poursuivent même leurs études à l’étranger. Nous avons également eu la chance dans la dernière promotion d’avoir deux élèves, Panha et Srey Ka, excellentes en mathématiques, qui ont passé le concours d’entrée à l’INSA Lyon et l’ont décroché. Elles viennent d’intégrer cette école d’ingénieur pour cinq ans. Notre modèle scolaire favorise les séjours à l’étranger. Ainsi, depuis 2018, nous avons développé un partenariat avec le lycée international de Saint-Germain-en-Laye au sein duquel deux de nos élèves ont effectué leur classe de seconde. Cette année, c’est le lycée international de Saint-Denis à Loches, près de Tours, qui accueille Nimul et Srey Khuoch. Ces cursus permettent à nos filles de revenir sur le campus motivées et performantes, bilingues anglais-français, et de jouer le rôle d’ambassadrices de la réussite pour leurs camarades. Une autre de nos élèves, Ngim, est venue suivre une formation d’un an en France à l’invitation de l’Institut Marangoni, école de mode très réputée. Ce cursus s’est prolongé par un stage de six mois chez Kenzo. Une véritable chance lorsqu’on connaît le coût de ces études. Et aujourd’hui, Ngim travaille toujours pour Kenzo en free-lance.

Comment recrutez-vous vos professeurs ? Bénéficient-ils d’une formation spécifique ?

V.D : Pour être enseignant en primaire au Cambodge, il faut avoir fait l’Institut National d’Education (INE), l’équivalent de nos Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education (ESPE/ex-IUFM). Nos instituteurs ont donc tous fait l’INE, et travaillent à mi-temps à l’école publique.  En revanche, pour enseigner dans le secondaire, il faut avoir un master, ce qu’ont donc tous nos professeurs. Enfin, pour les cours de langues, nous faisons appel à des native speakers francophones, anglophones ou chinois.

Quelles sont vos ressources financières ?

V.D : « Toutes à l’école », c’est environ 5 millions d’euros de collecte par an qui proviennent à 55% de fonds privés, à 33,5% de ressources collectées et à 10% de legs, donations et assurances-vie. Notre mission sociale se réalise majoritairement au Cambodge, où le coût global du projet coûte environ 3 millions et demi. Nous ne disposons d’aucun financement public, ni en France, ni au Cambodge, et nos fonds proviennent pour moitié des parrainages, qu’ils soient individuels ou d’entreprises, ainsi que de dons ou de projets financés par les entreprises et les fondations. Notre modèle repose sur un principe de parrainage. Chaque élève dispose de 4 parrains qui financent l’intégralité de sa scolarité. Les parrains viennent parfois sur place pour rencontrer leurs filleules, passer une journée à l’école, rendre visite à la famille et faire des dons alimentaires.

Vous avez obtenu le label Don en Confiance en 2011, pourquoi avoir fait le choix de cette labellisation ?

V.D : Il était déterminant pour nous de dire à nos donateurs qu’ils pouvaient donner en toute confiance. Cette confiance n’est rendue possible que par la diffusion d’informations en toute transparence. Le label Don en Confiance est pour eux extrêmement rassurant.

Avez-vous vu le reportage d’Elise Lucet intitulé Entreprises, mécénat, associations : les liaisons dangereuses, qui entre autres sujets soulignait de potentiels dysfonctionnements du Don en Confiance, remettant par la même en cause la valeur du label ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? A titre personnel qu’a apporté le Don en Confiance à votre association depuis votre adhésion aux principes de la Charte ? 

V.D : Bien sûr que je l’ai regardé. C’est mon travail. Objectivement, nous avons trouvé cette émission très à charge pour les ONG et risquant de faire du tort à l’ensemble du secteur au moment où la générosité est fragilisée par l’actualité. Ce reportage n’a nullement entamé notre confiance vis-à-vis du Don en Confiance. Labellisés depuis onze années, nous avons largement eu le temps de nous rendre compte à quel point les contrôleurs, par un travail de fond, nous ont permis de progresser. Nous ne pouvons que les remercier pour toutes les zones de vigilance sur lesquelles ils nous ont alertés.

De quelles manières, le Don en Confiance encourage ses organisations labellisées à évoluer ?

V.D : L’affectation d’un contrôleur bénévole pour une durée de trois ans nous encourage et nous permet de nous concentrer sur des sujets majeurs (nos procédures de contrôle interne, la sécurisation de la propriété de nos terrains au Cambodge, notre politique de réserve…) auxquels nous n’aurions pas nécessairement pensé seuls. Pour finir, il participe largement par son accompagnement et ses conseils à nous faire progresser en permanence.

« L’éducation est un droit et nous devons tout faire pour nous assurer que ce droit est respecté pour chaque enfant », a affirmé la directrice générale de l’Unesco, Audrey Azoulay. En 2000, plus de 400 millions d’enfants n’allaient pas à l’école. En 2022, ce sont 244 millions de jeunes âgés de 6 à 18 ans qui ne vont toujours pas à l’école. Le progrès est donc considérable. Quelle est la part des ONG dans ce progrès et selon vous quels sont les facteurs à observer pour qu’il s’accroisse encore ?

V.D : En ce qui nous concerne, le Cambodge est un pays particulier qui a subi un génocide perpétré par les Khmers rouges jusqu’en 1979. Le fait d’avoir décimé ses élites, ses intellectuels et l’intégralité de son système éducatif a rendu l’intervention d’ONG nécessaire au Cambodge. Elles ont grandement participé à la reconstruction du système éducatif. L’action des ONG est fondamentale dans l’éducation en général et dans celle des filles en particulier. Nous avons connaissance de programmes similaires en Afrique ou Asie, qui sont très pertinents et participent sans aucun doute à cette progression de la scolarisation dans le monde.

L’objectif d’une éducation de qualité pour tous d’ici 2030 – fixé par les Nations Unies dans un rapport de l’Unesco publié à 3 semaines du sommet « Transformer l’éducation », qui s’est tenu en septembre 2022 – est-il atteignable ?

V.D : Je l’espère ! Nous avons déjà parié dessus en offrant une éducation de grande qualité à des petites filles pauvres au Cambodge. Eduquer les enfants pauvres fait indéniablement avancer un pays. Ces enfants sont réceptifs, travailleurs, motivés à apprendre pour s’émanciper mais aussi pour aider leurs familles et leur nation.

Quels sont les facteurs d’amélioration selon vous pour que l’on tende vers une égalité d’accès à l’éducation en termes de parité fille-garçon ?

(Sourire.)
V.D : Nous, nous avons su y répondre en axant notre modèle sur la scolarisation des filles, élément essentiel de leur accès à l’autonomie économique et enjeu majeur de développement.  Avoir décidé de suivre ce modèle est peut-être déjà une réponse, non ?

En termes de projets futurs, pensez-vous plus largement étendre vos actions à d’autres pays d’Asie limitrophes connaissant les mêmes problématiques (Vietnam, Laos, Philippines…) ?

V.D : Nous n’avons absolument pas la capacité à lever autant de fonds que nécessaires pour dupliquer notre modèle. Nous préférons améliorer notre école en favorisant de nouveaux programmes d’envergure, comme le fait de permettre à nos élèves post-bac d‘accéder à des formations bilingues anglais dispensées au sein d’universités de qualité. C’est pourquoi l’une de nos priorités consiste aujourd’hui à proposer à tous les niveaux de classes un enseignement bilingue. Nous avons commencé l’année dernière par la maternelle, cette année, nous l’étendons à la classe de CP. C’est un travail qui nous emmènera jusqu’à l’année scolaire 2033-34, qui sera l’année de notre première promotion de bachelières bilingues. Tina nourrit toutefois le rêve de rencontrer une fondation qui accepterait de sécuriser notre projet et éventuellement financer sa duplication. C’est une excellente idée, bien sûr, mais aujourd’hui nous n’en sommes pas capables.

Une actualité à nous soumettre ?

V.D : « Toutes à l’école » poursuit son virage green déjà amorcé depuis 2015. Nous avons créé un grand champ de permaculture qui a permis de sensibiliser nos élèves contre l’usage dramatique des pesticides au Cambodge. Nous devenons une école engagée pour le développement durable et la transition écologique, notamment avec la mise en place du Zéro plastique (collecte de plastique autour de l’école, récupération du plastique domestique). Nous avons également posé notre candidature pour obtenir le label Green School.

Aujourd’hui, nous intégrons la crise climatique dans nos matières enseignées. Nos élèves animent des éco-comités pour réduire l’usage du plastique et transmettre à la communauté les gestes permettant de sauvegarder l’environnement. 

Parce qu’« éduquer les filles, c’est aussi sauver la planète», nous préparons nos bachelières à tous ces nouveaux métiers émergeants.

Le Don en confiance préconise spécifiquement aux associations et fondations à but non lucratif faisant appel public à la générosité de réaliser chaque année un Essentiel. C’est un document d’information clair, synthétique et pédagogique destiné au grand public. Il décrit en quelques pages ce qu’est l’organisation, ses principales réalisations de l’année, l’ensemble des fonds reçus, leur origine et leur utilisation, en particulier ceux provenant de la générosité du public, et le cas échéant les principaux écarts par rapport aux années précédentes, ainsi que les événements significatifs intervenus dans l’année. 

En savoir plus : Télécharger le guide

Organisme à but non lucratif ouvert à toutes les causes d’intérêt général, le Don en Confiance a été créé en 1989 par de grandes associations et fondations sociales et humanitaires avec la volonté de préserver une relation de confiance entre les organisations et leurs donateurs. Rencontre avec Rachel Guez, directrice générale depuis juin 2022.

Je suis très attachée à la démarche de RSE. C’est un réflexe à adopter en toute circonstance, quelle que soit la cause. Certains acteurs associatifs, très investis dans la noblesse de leur cause, ont l’impression que la fin justifie les moyens et en oublient parfois d’être vertueux en interne, de se soucier de l’impact qu’ils peuvent avoir sur le plan sociétal ou environnemental. Or les organisations ne peuvent plus aujourd’hui faire l’économie de ces questions, ne serait-ce déjà que par la contrainte législative qui implique des changements. Nous sommes attendus par le donateur également sur cette thématique essentielle. Il va donc falloir insuffler de la RSE dans le secteur à but non lucratif qui ne peut plus et ne doit plus faire l’impasse sur le sujet.

Vous avez rejoint en juin 2022 la Direction générale du Don en confiance pour remplacer Nathalie Blum en poste depuis 8 ans, pourquoi ce choix ?

Issue des métiers du conseil et du secteur de l’industrie, j’ai toujours eu à cœur d’œuvrer pour l’intérêt général sur mon temps personnel. Mes choix professionnels m’ont permis d’acquérir des méthodes de travail, de gestion des opérations et de diffusion des bonnes pratiques qui constituent un socle sur lequel je m’appuie depuis plusieurs années pour m’investir dans ce que l’on appelle l’ESS (L’Economie Sociale et Solidaire) et me réaliser à travers cet axe d’utilité publique et sociale.

Rejoindre le Don en Confiance a un vrai sens dans mon parcours. Celui de travailler pour l’ensemble du secteur associatif qui mobilise des millions de personnes et collecte des milliards d’euros de dons. Celui ensuite, de m’inscrire dans la démarche vertueuse de la mission de l’association qui consiste à assurer la confiance du donateur sur l’intègre utilisation de son don et à renforcer les bonnes pratiques du secteur en diffusant sa Charte de déontologie.

Parlez-nous des missions du Don en Confiance…

La mission première de notre structure est de nourrir la confiance des donateurs et d’œuvrer dans leur intérêt en octroyant un label qui garantit le respect de règles déontologiques que nous avons apportées au secteur. Ainsi, toutes les organisations labellisées sont continuellement accompagnées par nos contrôleurs bénévoles qui vérifient qu’elles répondent pleinement aux critères d’évaluation de la Charte. Le rôle de nos contrôleurs consiste également à aider les organisations à évoluer sur le plan réglementaire, sociétal et environnemental en fonction des nouveaux enjeux.

Vous venez de voter un nouveau plan stratégique, quels en sont les objectifs ?

J’ai rejoint le Don en Confiance en juin 2022, au moment du vote de ce nouveau plan en Assemblée Générale. Tout en s’inscrivant dans la continuité, le plan propose d’ouvrir des perspectives pour aller encore plus loin dans les réalisations de l’association ces 30 dernières années.

Les axes tournent autour du renforcement de la confiance aux donateurs. Cela passera par :

  • la mise à disposition d’informations pratiques facilement accessibles et exploitables pour permettre la prise de décision éclairée des donateurs – notamment par la refonte de notre site internet,
  • la prise en compte dans notre réflexion des enjeux incontournables de RSE (Responsabilité Sociétale de l’Entreprise) scrutés par les donateurs,
  • la modernisation de notre label qui va fêter ses 10 ans et a besoin d’un rajeunissement.
Justement que signifie votre label et quel est son intérêt pour le donateur ?

Notre label symbolise une pièce de monnaie, donc le fait de faire un don. Toutefois, donner ne passe pas nécessairement par des espèces sonnantes et trébuchantes mais peut également se réaliser sous la forme d’un engagement en temps comme le bénévolat, par exemple. Depuis l’origine du Don en Confiance il y a plus de 30 ans, l’association s’engage à assurer au donateur que l’utilisation du don réalisé est conforme à l’action qu’il souhaite soutenir. C’est notre leitmotiv et la base de la confiance du donateur qui nous est si chère.

Comment élaborez-vous vos règles déontologiques et comment s’effectue le contrôle de ces règles ?

Les règles déontologiques s’appuient sur une charte évolutive retravaillée chaque année depuis 30 ans. Cette charte examine 3 piliers de fonctionnement d’une organisation : la gestion, la gouvernance et la communication à travers 4 principes fondamentaux que sont le respect du donateur, la transparence, la recherche d’efficacité et enfin, la probité et le désintéressement. A partir de là, nous dressons un certain nombre d’exigences dans la charte et attendons que les organisations s’y conforment avec le soutien de nos contrôleurs qui les suivent dans un contrôle continu. La validation des règles s’effectue au niveau du Conseil d’administration. Elles doivent coller à la réalité, prémunir des risques et des dangers et être un aiguillon permanent pour un progrès collectif.

Comment recrutez-vous vos contrôleurs ?

Nous devons travailler le recrutement des contrôleurs qui, actuellement, repose beaucoup sur de la cooptation. Nous essayons aussi de recruter par le biais de plateformes publiques de bénévolat ou d’associations d’anciens élèves de grandes écoles. Nous recherchons un profil de bénévole spécifique avec une appétence pour le métier du contrôle et du temps disponible, le travail se faisant en continu et à proximité de l’organisation accompagnée.

Le Don en Confiance, c’est plus d’une centaine de bénévoles : contrôleurs, responsables de cercle de contrôleurs et membres de la commission d’agrément confondus. Nos contrôleurs sont dédiés en binôme à une organisation. Les interactions sont fréquentes. Nos huit cercles de contrôle leur permettent de se rencontrer, d’échanger sur leur pratique et de progresser ensemble. La vie associative ayant été mise à mal ces 2 dernières années pour cause de pandémie, notre plan stratégique inclut d’offrir encore plus de possibilités à nos contrôleurs de se rencontrer. Notamment en s’intégrant à des groupes tournés vers des problématiques sectorielles pour partage d’expérience.

Je tiens à préciser que tous nos bénévoles bénéficient d’une formation interne Don en Confiance. Ils viennent du privé (tertiaire, industrie) comme du public, ont exercé dans différents secteurs d’activité (finance, contrôle, communication…), sont indifféremment homme ou femme et ont tout âge. À titre informatif nous venons de recruter une contrôleuse de 27 ans qui prépare l’École Nationale de la Magistrature.

Sont-ils amenés à contrôler plusieurs associations ?

Ils sont amenés à contrôler une ou deux associations en même temps selon la taille de l’association et leur disponibilité. Ils peuvent en suivre plusieurs durant leur bénévolat et renouveler une fois leur accompagnement auprès d’une association. Enfin ils peuvent changer d’affectation pour des raisons d’appétence, d’intérêt ou de mobilité géographique. 

Parlez-nous des organisations que le Don en Confiance a labellisées à ce jour, combien et dans quels domaines d’intervention ?

95 associations et fondations bénéficient à ce jour de notre label attribué après une période d’instruction selon les critères de la Charte. En termes de domaines d’intervention, nous couvrons :

  • la solidarité en France et à l’international
  • l’éducation et l’enfance
  • l’environnement et la protection animale
  • la santé, le handicap et la recherche
  • le plaidoyer

 Je vous invite à vous rendre sur ce lien pour découvrir nos organisations labellisées

Gardent-elles le label à vie ou peuvent-elles se le voir retiré ?

Le label n’aurait pas beaucoup de valeur s’il était donné à vie. Il est régulièrement remis en jeu. Nos contrôleurs suivent les organisations à l’année sur des cycles de 3 ans. Ils sont donc amenés à rédiger des rapports annuels mais surtout triennaux pour rendre compte de la manière dont l’organisation répond aux critères de la Charte. C’est lors du bilan triennal qu’une commission indépendante des instances de gouvernance de l’association se réunit, analyse les rapports, entend les contrôleurs et décide du renouvellement du label. C’est aussi cette instance indépendante qui octroie le label après une procédure d’instruction qui dure approximativement un an.

Peut-on parler aujourd’hui d’un déficit de générosité et si oui, à quoi est-il dû ?

Depuis 2020, on constate plutôt un regain de générosité et une forte mobilisation des Français pour des causes telles les crises sanitaires, les populations menacées par les guerres, les problématiques environnementales … Cela se traduit par une générosité qui ne faiblit pas.

Parallèlement, l’Observatoire du Don en Confiance 2021 mettait en exergue que 75% des Français sont plus susceptibles de faire un don à une association ou à une fondation qui rend compte de ses missions et de la bonne gestion financière des dons.

La confiance est incontestablement le cœur du sujet dans l’acte de donner. C’est pour cette raison que nous attendons les résultats de la quinzième édition du baromètre de la confiance 2022 afin de voir si la tendance se confirme.

Une association labellisée par le Don en Confiance devrait donc motiver à plus de générosité…

Il est assez difficile de mesurer l’impact direct du label sur le niveau de collecte mais en effet si on en croit les résultats de l’Observatoire, les Français devraient donner plus s’ils sont plus en confiance. Par ailleurs ce que nous assurent les organisations labellisées c’est que l’obtention du label leur permet de s’inscrire dans une démarche de progrès, d’accompagner leur structuration et ainsi de mieux répondre aux attentes des donateurs en utilisant plus efficacement les dons.

Vous arrive-t-il de solliciter les associations et fondations ou est-ce une démarche volontaire de la part des associations et fondations pour l’obtention du label ?

Nous ne faisons que répondre à des demandes. Notre réseau nous conduit toutefois à rencontrer des organisations et à parler de notre démarche mais nous ne sommes pas proactifs. Obtenir le label doit faire l’objet d’un engagement volontaire de leur part.

Existe-t-il d’autres labels que celui du Don en Confiance ou plutôt existe-t-il des structures équivalentes ou complémentaires ?

 Il n’y a pas de structure totalement équivalente mais il existe l’Institut IDEAS qui propose un accompagnement et un label. Nous sommes plusieurs acteurs à faire partie du même écosystème et à accompagner le secteur de la générosité en France avec différents rôles complémentaires. Don en Confiance et IDEAS sont deux labels qui ont imposé leurs exigences aux associations et fondations. Ils ne sont attribués qu’avec parcimonie au bout d’un long processus d’instruction.

Une actualité du Don en Confiance à soumettre ?

Depuis 2020, le Don en Confiance travaille sur une Charte de déontologie du mécénat d’entreprise dont la publication aura lieu fin octobre. C’est un travail collégial porté par la Coordination Générosités : plusieurs collectifs partageant le même intérêt pour le développement de la générosité. Le groupe de travail a été piloté par le Don en Confiance (pour son expertise en matière de déontologie) avec Admical (pour son expertise du mécénat), le réseau Les Entreprises pour la Cité et le Mouvement associatif. Cette Charte aura vocation dans un premier temps à diffuser des bonnes pratiques et des principes d’actions pour encadrer le mécénat d’entreprise. Elle n’aura pas valeur immédiate d’obligation mais elle permettra aux associations et fondations faisant appel au mécénat d’entreprise d’avoir connaissance des grands principes déontologiques à respecter entre le mécène et le porteur de projet.

A titre personnel Rachel, quelles sont les causes qui vous sont chères ?

Je suis très attachée à la démarche de RSE. C’est un réflexe à adopter en toute circonstance, quelle que soit la cause. Certains acteurs associatifs, très investis dans la noblesse de leur cause, ont l’impression que la fin justifie les moyens et en oublient parfois d’être vertueux en interne, de se soucier de l’impact qu’ils peuvent avoir sur le plan sociétal ou environnemental. Or les organisations ne peuvent plus aujourd’hui faire l’économie de ces questions, ne serait-ce déjà que par la contrainte législative qui implique des changements.

Nous sommes attendus par le donateur également sur cette thématique essentielle. Il va donc falloir insuffler de la RSE dans le secteur à but non lucratif qui ne peut plus et ne doit plus faire l’impasse sur le sujet.

Baromètre générosité 2022 - Don en confiance

Le Don en Confiance publie son 15e baromètre de la confiance dans les organisations qui font appel aux dons pour l’année 2022. Il ressort que dans un contexte de multiples crises et en dépit d’une tendance au repli sur soi, les Français ont fait preuve d’un important élan de générosité en réaction à l’invasion de l’Ukraine. Zoom sur la tendance actuelle en matière de générosité publique.

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