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Organisme à but non lucratif ouvert à toutes les causes d’intérêt général, le Don en Confiance a été créé en 1989 par de grandes associations et fondations sociales et humanitaires avec la volonté de préserver une relation de confiance entre les organisations et leurs donateurs. Rencontre avec Rachel Guez, directrice générale depuis juin 2022.

Je suis très attachée à la démarche de RSE. C’est un réflexe à adopter en toute circonstance, quelle que soit la cause. Certains acteurs associatifs, très investis dans la noblesse de leur cause, ont l’impression que la fin justifie les moyens et en oublient parfois d’être vertueux en interne, de se soucier de l’impact qu’ils peuvent avoir sur le plan sociétal ou environnemental. Or les organisations ne peuvent plus aujourd’hui faire l’économie de ces questions, ne serait-ce déjà que par la contrainte législative qui implique des changements. Nous sommes attendus par le donateur également sur cette thématique essentielle. Il va donc falloir insuffler de la RSE dans le secteur à but non lucratif qui ne peut plus et ne doit plus faire l’impasse sur le sujet.

Vous avez rejoint en juin 2022 la Direction générale du Don en confiance pour remplacer Nathalie Blum en poste depuis 8 ans, pourquoi ce choix ?

Issue des métiers du conseil et du secteur de l’industrie, j’ai toujours eu à cœur d’œuvrer pour l’intérêt général sur mon temps personnel. Mes choix professionnels m’ont permis d’acquérir des méthodes de travail, de gestion des opérations et de diffusion des bonnes pratiques qui constituent un socle sur lequel je m’appuie depuis plusieurs années pour m’investir dans ce que l’on appelle l’ESS (L’Economie Sociale et Solidaire) et me réaliser à travers cet axe d’utilité publique et sociale.

Rejoindre le Don en Confiance a un vrai sens dans mon parcours. Celui de travailler pour l’ensemble du secteur associatif qui mobilise des millions de personnes et collecte des milliards d’euros de dons. Celui ensuite, de m’inscrire dans la démarche vertueuse de la mission de l’association qui consiste à assurer la confiance du donateur sur l’intègre utilisation de son don et à renforcer les bonnes pratiques du secteur en diffusant sa Charte de déontologie.

Parlez-nous des missions du Don en Confiance…

La mission première de notre structure est de nourrir la confiance des donateurs et d’œuvrer dans leur intérêt en octroyant un label qui garantit le respect de règles déontologiques que nous avons apportées au secteur. Ainsi, toutes les organisations labellisées sont continuellement accompagnées par nos contrôleurs bénévoles qui vérifient qu’elles répondent pleinement aux critères d’évaluation de la Charte. Le rôle de nos contrôleurs consiste également à aider les organisations à évoluer sur le plan réglementaire, sociétal et environnemental en fonction des nouveaux enjeux.

Vous venez de voter un nouveau plan stratégique, quels en sont les objectifs ?

J’ai rejoint le Don en Confiance en juin 2022, au moment du vote de ce nouveau plan en Assemblée Générale. Tout en s’inscrivant dans la continuité, le plan propose d’ouvrir des perspectives pour aller encore plus loin dans les réalisations de l’association ces 30 dernières années.

Les axes tournent autour du renforcement de la confiance aux donateurs. Cela passera par :

  • la mise à disposition d’informations pratiques facilement accessibles et exploitables pour permettre la prise de décision éclairée des donateurs – notamment par la refonte de notre site internet,
  • la prise en compte dans notre réflexion des enjeux incontournables de RSE (Responsabilité Sociétale de l’Entreprise) scrutés par les donateurs,
  • la modernisation de notre label qui va fêter ses 10 ans et a besoin d’un rajeunissement.
Justement que signifie votre label et quel est son intérêt pour le donateur ?

Notre label symbolise une pièce de monnaie, donc le fait de faire un don. Toutefois, donner ne passe pas nécessairement par des espèces sonnantes et trébuchantes mais peut également se réaliser sous la forme d’un engagement en temps comme le bénévolat, par exemple. Depuis l’origine du Don en Confiance il y a plus de 30 ans, l’association s’engage à assurer au donateur que l’utilisation du don réalisé est conforme à l’action qu’il souhaite soutenir. C’est notre leitmotiv et la base de la confiance du donateur qui nous est si chère.

Comment élaborez-vous vos règles déontologiques et comment s’effectue le contrôle de ces règles ?

Les règles déontologiques s’appuient sur une charte évolutive retravaillée chaque année depuis 30 ans. Cette charte examine 3 piliers de fonctionnement d’une organisation : la gestion, la gouvernance et la communication à travers 4 principes fondamentaux que sont le respect du donateur, la transparence, la recherche d’efficacité et enfin, la probité et le désintéressement. A partir de là, nous dressons un certain nombre d’exigences dans la charte et attendons que les organisations s’y conforment avec le soutien de nos contrôleurs qui les suivent dans un contrôle continu. La validation des règles s’effectue au niveau du Conseil d’administration. Elles doivent coller à la réalité, prémunir des risques et des dangers et être un aiguillon permanent pour un progrès collectif.

Comment recrutez-vous vos contrôleurs ?

Nous devons travailler le recrutement des contrôleurs qui, actuellement, repose beaucoup sur de la cooptation. Nous essayons aussi de recruter par le biais de plateformes publiques de bénévolat ou d’associations d’anciens élèves de grandes écoles. Nous recherchons un profil de bénévole spécifique avec une appétence pour le métier du contrôle et du temps disponible, le travail se faisant en continu et à proximité de l’organisation accompagnée.

Le Don en Confiance, c’est plus d’une centaine de bénévoles : contrôleurs, responsables de cercle de contrôleurs et membres de la commission d’agrément confondus. Nos contrôleurs sont dédiés en binôme à une organisation. Les interactions sont fréquentes. Nos huit cercles de contrôle leur permettent de se rencontrer, d’échanger sur leur pratique et de progresser ensemble. La vie associative ayant été mise à mal ces 2 dernières années pour cause de pandémie, notre plan stratégique inclut d’offrir encore plus de possibilités à nos contrôleurs de se rencontrer. Notamment en s’intégrant à des groupes tournés vers des problématiques sectorielles pour partage d’expérience.

Je tiens à préciser que tous nos bénévoles bénéficient d’une formation interne Don en Confiance. Ils viennent du privé (tertiaire, industrie) comme du public, ont exercé dans différents secteurs d’activité (finance, contrôle, communication…), sont indifféremment homme ou femme et ont tout âge. À titre informatif nous venons de recruter une contrôleuse de 27 ans qui prépare l’École Nationale de la Magistrature.

Sont-ils amenés à contrôler plusieurs associations ?

Ils sont amenés à contrôler une ou deux associations en même temps selon la taille de l’association et leur disponibilité. Ils peuvent en suivre plusieurs durant leur bénévolat et renouveler une fois leur accompagnement auprès d’une association. Enfin ils peuvent changer d’affectation pour des raisons d’appétence, d’intérêt ou de mobilité géographique. 

Parlez-nous des organisations que le Don en Confiance a labellisées à ce jour, combien et dans quels domaines d’intervention ?

95 associations et fondations bénéficient à ce jour de notre label attribué après une période d’instruction selon les critères de la Charte. En termes de domaines d’intervention, nous couvrons :

  • la solidarité en France et à l’international
  • l’éducation et l’enfance
  • l’environnement et la protection animale
  • la santé, le handicap et la recherche
  • le plaidoyer

 Je vous invite à vous rendre sur ce lien pour découvrir nos organisations labellisées

Gardent-elles le label à vie ou peuvent-elles se le voir retiré ?

Le label n’aurait pas beaucoup de valeur s’il était donné à vie. Il est régulièrement remis en jeu. Nos contrôleurs suivent les organisations à l’année sur des cycles de 3 ans. Ils sont donc amenés à rédiger des rapports annuels mais surtout triennaux pour rendre compte de la manière dont l’organisation répond aux critères de la Charte. C’est lors du bilan triennal qu’une commission indépendante des instances de gouvernance de l’association se réunit, analyse les rapports, entend les contrôleurs et décide du renouvellement du label. C’est aussi cette instance indépendante qui octroie le label après une procédure d’instruction qui dure approximativement un an.

Peut-on parler aujourd’hui d’un déficit de générosité et si oui, à quoi est-il dû ?

Depuis 2020, on constate plutôt un regain de générosité et une forte mobilisation des Français pour des causes telles les crises sanitaires, les populations menacées par les guerres, les problématiques environnementales … Cela se traduit par une générosité qui ne faiblit pas.

Parallèlement, l’Observatoire du Don en Confiance 2021 mettait en exergue que 75% des Français sont plus susceptibles de faire un don à une association ou à une fondation qui rend compte de ses missions et de la bonne gestion financière des dons.

La confiance est incontestablement le cœur du sujet dans l’acte de donner. C’est pour cette raison que nous attendons les résultats de la quinzième édition du baromètre de la confiance 2022 afin de voir si la tendance se confirme.

Une association labellisée par le Don en Confiance devrait donc motiver à plus de générosité…

Il est assez difficile de mesurer l’impact direct du label sur le niveau de collecte mais en effet si on en croit les résultats de l’Observatoire, les Français devraient donner plus s’ils sont plus en confiance. Par ailleurs ce que nous assurent les organisations labellisées c’est que l’obtention du label leur permet de s’inscrire dans une démarche de progrès, d’accompagner leur structuration et ainsi de mieux répondre aux attentes des donateurs en utilisant plus efficacement les dons.

Vous arrive-t-il de solliciter les associations et fondations ou est-ce une démarche volontaire de la part des associations et fondations pour l’obtention du label ?

Nous ne faisons que répondre à des demandes. Notre réseau nous conduit toutefois à rencontrer des organisations et à parler de notre démarche mais nous ne sommes pas proactifs. Obtenir le label doit faire l’objet d’un engagement volontaire de leur part.

Existe-t-il d’autres labels que celui du Don en Confiance ou plutôt existe-t-il des structures équivalentes ou complémentaires ?

 Il n’y a pas de structure totalement équivalente mais il existe l’Institut IDEAS qui propose un accompagnement et un label. Nous sommes plusieurs acteurs à faire partie du même écosystème et à accompagner le secteur de la générosité en France avec différents rôles complémentaires. Don en Confiance et IDEAS sont deux labels qui ont imposé leurs exigences aux associations et fondations. Ils ne sont attribués qu’avec parcimonie au bout d’un long processus d’instruction.

Une actualité du Don en Confiance à soumettre ?

Depuis 2020, le Don en Confiance travaille sur une Charte de déontologie du mécénat d’entreprise dont la publication aura lieu fin octobre. C’est un travail collégial porté par la Coordination Générosités : plusieurs collectifs partageant le même intérêt pour le développement de la générosité. Le groupe de travail a été piloté par le Don en Confiance (pour son expertise en matière de déontologie) avec Admical (pour son expertise du mécénat), le réseau Les Entreprises pour la Cité et le Mouvement associatif. Cette Charte aura vocation dans un premier temps à diffuser des bonnes pratiques et des principes d’actions pour encadrer le mécénat d’entreprise. Elle n’aura pas valeur immédiate d’obligation mais elle permettra aux associations et fondations faisant appel au mécénat d’entreprise d’avoir connaissance des grands principes déontologiques à respecter entre le mécène et le porteur de projet.

A titre personnel Rachel, quelles sont les causes qui vous sont chères ?

Je suis très attachée à la démarche de RSE. C’est un réflexe à adopter en toute circonstance, quelle que soit la cause. Certains acteurs associatifs, très investis dans la noblesse de leur cause, ont l’impression que la fin justifie les moyens et en oublient parfois d’être vertueux en interne, de se soucier de l’impact qu’ils peuvent avoir sur le plan sociétal ou environnemental. Or les organisations ne peuvent plus aujourd’hui faire l’économie de ces questions, ne serait-ce déjà que par la contrainte législative qui implique des changements.

Nous sommes attendus par le donateur également sur cette thématique essentielle. Il va donc falloir insuffler de la RSE dans le secteur à but non lucratif qui ne peut plus et ne doit plus faire l’impasse sur le sujet.

Patrick Jozon - Président du Don en Confiance

L’émission Cash Investigation intitulée « Entreprises, mécénat, associations : les liaisons dangereuses » animée par Elise Lucet et diffusée le jeudi 20 octobre dernier sur France 2 a pointé du doigt de potentiels dysfonctionnements du Don en Confiance et a remis en cause la valeur de son label du même nom. Le Don en Confiance a décidé ce jour par la voix de son Président Patrick JOZON de répondre en toute sincérité aux questions que peuvent se poser les donateurs et le grand public afin que la confiance accordée reste intacte.

Pouvez-vous nous rappeler l’origine de la création du Don en Confiance et les valeurs défendues ?

Patrick JOZON : Le Don en Confiance est né il y a 30 ans à l’initiative de 18 grandes associations et fondations humanitaires et sociales soucieuses de préserver la relation de confiance avec le donateur. A cette époque se développaient les techniques de mailing de masse et avec elles certaines pratiques jugées discutables. Dans le même temps, des risques de dérives sont apparus mettant en cause la probité de certains dirigeants d’associations. Raisons pour lesquelles, ces organisations ont établi une charte de déontologie, son adoption fut l’acte fondateur de notre association.

La vocation du Don en Confiance est d’assurer la confiance du donateur. Si la création du Don en Confiance est à l’initiative du secteur associatif, notre organisme n’est pas au service des organisations labellisées. Il n’a pas non plus pour mission de juger celles qui font la démarche de labellisation ou celles qui ne le font pas. Notre objectif est de déterminer si celles qui s’inscrivent dans la démarche de labellisation respectent bien notre déontologie dont les règles portent bien au-delà des seules organisations labellisées ; elle constitue une référence et un aiguillon pour l’ensemble du secteur.

En matière de déontologie, quel est le processus d’élaboration de vos règles ?

Patrick JOZON : Les règles déontologiques sont co-construites avec l’ensemble des organisations labellisées. On considère que ce sont elles qui connaissent le mieux à la fois les risques et les enjeux. Les règles s’appliquent à toutes nos organisations. Or ces dernières couvrent un champ d’action important. Elles sont toutes complexes, elles sont toutes uniques. Les règles doivent donc pouvoir s’appliquer à toutes les situations et prendre en compte la diversité des organisations.

La validation des règles en revanche s’effectue au niveau du Conseil d’administration qui est élu par l’Assemblée générale pour trois ans renouvelables une fois. Il comprend 8 personnalités qualifiées indépendantes, dont le président, qui siègent à titre personnel et disposent de la majorité. La participation du secteur est assurée par la présence de 7 représentants des organisations labellisées, chaque administrateur exerce ses fonctions bénévolement et détient une voix. L’objectif de cette répartition est d’apporter une vision étendue, une diversité de compétences et d’expertises reconnues, ainsi qu’une capacité à adapter les règles déontologiques aux évolutions de la société, en adéquation avec la réalité du terrain.

Une fois élaborées comment vous assurez-vous du bon respect des obligations de la Charte ? Le contrôleur, et c’est humain, peut passer à côté de partenariats douteux, de gaspillage ou autre mauvaise gestion de la part d’une association adhérente aux principes de la Charte, alors comment s’effectuent vos contrôles pour coller au mieux à leur strict respect ?

Patrick JOZON : Un ou deux contrôleurs sont nommés auprès de chaque organisation labellisée. Ils sont chargés de vérifier la conformité des organisations aux exigences de la Charte de déontologie et les accompagnent dans leur prise en compte. Ils veillent de manière permanente au respect des engagements pris par l’organisation dans le cadre d’un dialogue qui éclaire et oriente les organisations. Ce dialogue est la sécurité d’un regard extérieur pour la gouvernance, une identification des risques et des points de progrès à mettre en œuvre et aussi un levier d’amélioration du fonctionnement interne. Le contrôle continu permet de prévenir les dérives, et de renforcer la transparence vis-à-vis des donateurs. Par exemple, la charte prévoit la mise en place d’un dispositif de contrôle interne et l’élaboration d’une cartographie des risques. De même, elle prévoit l’élaboration d’un Essentiel, document d’information dédié aux donateurs, en complément des états financiers.

Aujourd’hui, l’indépendance du processus de contrôle et de labellisation du Don en Confiance repose sur un dispositif comprenant plusieurs niveaux de regard (le contrôle continu, la Commission d’agrément, le Conseil d’administration et l’Instance de recours). L’objectif de ce dispositif est d’assurer l’impartialité et l’équité des décisions concernant des organisations très diverses par leur taille, leur structuration, leur modèle socio-économique et leur domaine d’intervention, avec une appréciation rigoureuse du niveau de risque identifié pour chaque dossier.

La labellisation n’est pas automatique : ce n’est qu’après un examen de la recevabilité de chaque candidature puis une instruction approfondie (minimum 1 an) du niveau de conformité par rapport à la Charte de déontologie que la labellisation de l’organisation peut être prononcée. Il arrive parfois que l’instruction se prolonge si le chemin parcouru par l’organisation pendant l’instruction est jugé insuffisant, voire que le label ne soit pas octroyé.

Concrètement, les contrôleurs rencontrent différentes parties prenantes au sein de l’organisation et assistent régulièrement aux réunions des instances pour évaluer la conformité de l’organisation avec le référentiel déontologique. Si le contrôle repose en partie sur les déclarations de l’organisation, les contrôleurs vont plus loin : ils analysent certains documents clefs (procédures, statuts, appels à don) puis vérifient l’application des actions opérationnelles énoncées et formalisées par l’organisation. C’est ce travail rigoureux qui permet d’identifier les écarts avec les règles déontologiques du Don en Confiance et d’accompagner l’organisation, dans un esprit de bienveillance, vers de meilleures pratiques. Bien entendu, il arrive que le contrôleur passe à côté d’une information importante. Mais les regards croisés, le contrôle en continu et les différentes étapes du processus permettent bien souvent d’identifier les progrès qui doivent être accomplis.

Au-delà des dirigeants vous arrive-t-il de rencontrer également des salariés de terrain et/ou des bénévoles des associations contrôlées afin d’ouvrir la parole à tous les échelons ?

Patrick JOZON : Les contrôleurs du Don en Confiance peuvent être amenés en effet à rencontrer des interlocuteurs à tous les niveaux de l’organisation. Évidemment, les rencontres avec les dirigeants sont clés pour comprendre les décisions et les enjeux stratégiques. Bien qu’il soit impossible de rencontrer tout le monde, il est aussi important de pouvoir échanger avec les fonctions opérationnelles, les bénévoles, les responsables d’actions de terrain ou encore de se rendre dans les entités locales afin de pouvoir observer le fonctionnement réel de l’organisation au plus près de sa mission sociale.

Lorsqu’un rapport de la Cour des comptes dénonce les abus d’une association labellisée (comme cela a pu être le cas pour UNADEV), quelle est votre réaction ? Qu’apportez-vous de plus au regard de cette instance ? Peut-on parler de complémentarité dans les démarches ?

Patrick JOZON : Le contrôle de conformité opéré par le Don en Confiance en combinant indépendance de jugement et proximité avec le secteur associatif, s’inscrit en complémentarité des contrôles légaux des pouvoirs publics, des commissaires aux comptes et en parallèle des autres opérateurs privés de certification et de contrôle des organisations faisant appel à la générosité du public.

La Cour des comptes, puisque vous la citez, est là pour s’assurer que l’argent issu de la générosité du public est utilisé conformément à la volonté du donateur. C’est le seul cas où la Cour des comptes contrôle de l’argent privé d’ailleurs. Son objectif in fine rejoint celui du Don en Confiance, à savoir rassurer le public, mais les modalités de contrôle sont totalement différentes. Là où le Don en Confiance exerce un contrôle continu, dans le cadre d’un dialogue constructif inscrit dans une démarche volontaire de la part des associations et fondations, la Cour des comptes choisit telle ou telle organisation en fonction de son propre programme de travail et exerce un contrôle qui porte sur les années précédentes. Quand les magistrats de la Cour des comptes arrivent dans une organisation, le contrôle est obligatoire, alors qu’adhérer aux valeurs du Don en Confiance est une démarche volontaire où s’instaure confiance, contrôle continu et volonté de progrès permanent.

Dans le cas de l’UNADEV épinglée par la Cours des comptes, lors de l’instruction qui a débuté en janvier 2015 et duré plus de deux ans, nos contrôleurs avaient relevé un certain nombre d’écarts avec nos règles déontologiques. Le Conseil d’administration du Don en Confiance lui a octroyé son label en mars 2017 pour une année au lieu de trois, avec un accompagnement pour atteindre le niveau d’exigence requis, misant sur la progression de l’association. Dans leur rapport intermédiaire, nos contrôleurs ont relevé que les demandes n’étaient pas suivies; alors le Don en Confiance a suspendu le label en avril 2018 avant de le retirer définitivement en juin 2018.

Quels sont les profils de vos contrôleurs-bénévoles ?

Patrick JOZON : Tout d’abord, il faut savoir que nos contrôleurs et nos membres de la Commission d’agrément sont tous bénévoles. Ce sont des personnes hautement qualifiées, ayant exercé des fonctions de cadres supérieurs ou de dirigeants tous secteurs confondus, sans lien direct ou indirect avec les organisations dont ils étudient les dossiers. Ils viennent du privé (tertiaire, industrie) comme du public, sont indifféremment homme ou femme et ont tout âge.

Tous nos bénévoles suivent une formation à leur entrée au Don en Confiance. Cette formation approfondie aborde des thématiques générales sur le secteur associatif et la collecte mais également spécifiques puisqu’elle vise à former les bénévoles à la déontologie du Don en Confiance et aux modalités de contrôle. Ils sont ensuite nommés par le président du Conseil d’administration du Don en Confiance pour trois ans renouvelables une fois pour une même organisation labellisée. Tout au long de leur mandat, ils sont accompagnés par un responsable bénévole expérimenté qui peut répondre à leurs questions et les appuyer en cas de difficultés.

Aujourd’hui, nos 120 bénévoles consacrent environ 2500 journées par an à leur mission au Don en Confiance, ce qui équivaut à 12 salariés à temps plein. La valorisation du bénévolat représente en effet près de deux fois les ressources financières du Don en Confiance.

Nous disposons aussi d’une équipe composée de 7 permanentes qui contribue à l’évolution de la déontologie, œuvre au développement et à la gestion des candidatures à l’obtention du label, mais également au suivi du contrôle des organisations et à la coordination de ses bénévoles. Rachel Guez en est la directrice générale depuis juin 2022.

Avez-vous vous même déjà fait du bénévolat avant votre présidence ?

Patrick JOZON : J’ai en effet déjà été bénévole, notamment lors de mes expériences professionnelles à l’étranger pour développer des campagnes de levées de fonds auprès d’entreprises industrielles. Lorsque je suis revenu en France, j’ai postulé il y a deux ans au Don en Confiance pour être contrôleur. Jean-Pierre Duprieu, à l’époque président, m’a proposé d’être candidat à sa succession. C’était un changement de casting, mais je me suis senti de relever le challenge. Avant mon élection, j’ai souhaité rencontrer plusieurs présidents d’organisations labellisées afin de me présenter et comprendre leurs attentes. Puis j’’ai été élu lors de l’Assemblée Générale de juin 2021. C’est une responsabilité qui me tient à cœur et que j’assume avec fierté.

En ce qui concerne les relations avec les fournisseurs, les conflits d’intérêt et les appels d’offres, est-ce de votre ressort de contrôler les contrats passés entre les structures d’intérêt général et les entreprises qui leur octroient des dons comme peut le laisser supposer le reportage d’Elise Lucet ? Quelles difficultés rencontrez-vous sur le sujet ?

Patrick JOZON : Notre déontologie inclut des règles très claires sur la recherche d’efficience et la rigueur attendue des organisations labellisées en matière de gestion. Il n’est pas du ressort de nos contrôleurs de passer au crible l’intégralité des dépenses réalisées par l’organisation, ni de juger la pertinence de certains choix qui appartiennent à l’organisation au regard de son contexte propre et de ses enjeux. Il faut être très prudent pour accompagner l’organisation au plus près sans tomber dans le jugement ou l’ingérence.

Le contrôleur vérifie l’existence des procédures d’achats, en particulier les conditions établies en matière d’appels d’offres et leur application. Par exemple il analyse la liste des 10 fournisseurs ou prestataires dont les montants des contrats annuels sont les plus importants pour étudier leur ancienneté ou encore leur mode de sélection. Il s’intéresse également aux personnes habilitées à engager des dépenses, selon leur nature mais aussi selon les montants. Il peut aller plus loin et sélectionner quelques achats pour vérifier étape par étape que la procédure a bien été appliquée. Cela permet parfois de mettre le doigt sur une faille ou un dysfonctionnement, et de demander à l’organisation de revoir la procédure ou son application.

Les conflits d’intérêts sont un sujet délicat car il existe des liens d’intérêts dans toute organisation, sans pour autant qu’il y ait systématiquement un conflit. Les contrôleurs vérifient que les organisations détectent les liens d’intérêt existants et traitent les éventuels conflits.

Vous venez de mettre en place une charte de déontologie du mécénat d’entreprises, que préconisez-vous ?

Patrick JOZON : Cette réflexion initiée par Admical, pilotée par le Don en Confiance, et à laquelle ont contribué activement le réseau Les entreprises pour la Cité et le Mouvement associatif, soutenue par la Coordination Générosités, a abouti à la formalisation des principes et exigences composant cette Charte de déontologie.

La Charte a pour objectif de contribuer à la sécurisation des opérations de mécénat; elle ne traite en revanche pas de la pertinence des projets portés et financés via ces opérations. Élaborée en concertation avec de nombreux acteurs (entreprises et fondations d’entreprises mécènes, porteurs de projet, institutions, collectifs associatifs), elle a valeur de référence et s’adresse à toute entreprise mécène, qui agit à titre individuel ou collectif, en régie directe ou indirecte et volontaire pour l’appliquer.

Les principes et exigences qu’elle contient constituent un objectif à atteindre dans une démarche de progrès. Ils seront amenés à évoluer lors de mises à jour périodiques, notamment pour prendre en compte les exigences déontologiques liées au mécénat en nature et de compétences. Ils se situent en complémentarité :

  • des dispositions légales en vigueur en matière de mécénat d’entreprise et, à ce titre, n’ont pour objectif ni de les interpréter, ni de les expliciter,
  • de la Charte de déontologie du Don en Confiance dédiée aux porteurs de projet.
Quelles sont vos relations avec les autorités publiques ?

Patrick JOZON : Nous sommes en contact étroit et permanent avec les services publics et le Gouvernement. Notamment avec le secrétariat d’État de l’ESS et de la Vie associative, également avec le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse ainsi qu’avec le ministère de l’Intérieur. Il faut savoir que lors de leurs propres contrôles la Cour des comptes et l’IGAS se réfèrent à nos rapports. A titre d’exemple sur 17 contrôles de la Cour des comptes entre 2016 et 2022, 82% des organisations ont reçu un avis de conformité. Ce chiffre monte à 100% s’il s’agit d’organisations labellisées Don en Confiance.

En quoi peut-on dire que vous êtes un organisme indépendant si une partie de vos revenus proviennent des organisations que vous labellisez ?

Patrick JOZON : Toute démarche de certification ou de labellisation telle que la mise en place d’une norme NF ou ISO implique une rémunération. Dans le cas du label décerné par le Don en Confiance, elle prend la forme d’une cotisation qui permet de prendre en charge les frais de fonctionnement, le travail des contrôleurs étant complètement bénévole. Ces cotisations sont fonction du montant des fonds recueillis provenant de la générosité (dons, legs, donations, mécénat). Elles varient de 1 827 € à 14 459 € par an et par organisation en fonction du montant total collecté.

Entre autres ressources, le Don en Confiance reçoit aussi le soutien financier du ministère de l’Éducation nationale et de la jeunesse, de la Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes et du Crédit Mutuel.

En ce qui concerne l’indépendance de l’organisation, en 2008, le Don en Confiance a fait l’objet d’un tournant important dans sa professionnalisation. Nous avons structuré toute l’organisation pour nous assurer de l’indépendance du contrôle en intégrant une majorité de personnalités qualifiées au conseil d’administration. Par ailleurs, c’est la commission d’agrément constituée d’experts bénévoles qui, par délégation permanente du conseil d’administration, délivre le label en toute indépendance. Ces démarches ont garanti la prise de décision indépendante, équitable et objective du Don en Confiance et ont contribué à faire de nous un organisme de contrôle reconnu.

Comment avez-vous accueilli l’émission ultra scénarisée à l’humour grinçant ?

Patrick JOZON : La soirée ne fût pas des plus agréables ! Les équipes ont été choquées. Nous avons ouvert nos portes en toute bonne foi et transparence à Cash Investigation, nous leur avons aussi apportés des éléments de réponse complémentaires au-delà de leur visite dans nos locaux. Or, force est de constater que le montage et la scénarisation ne rendent pas hommage à la qualité de nos échanges ni au sérieux de notre label. Le Don en Confiance comprend une centaine de bénévoles et 7 permanentes, tous dévoués à la cause, qui se sont sentis dévalorisés.

 Ce type de traitement risque également d’occulter l’implication du secteur associatif et de ses bénévoles engagés sur le terrain.

Prendre Elise Lucet comme contrôleuse du Don en Confiance, vous y avez pensé ?

Patrick JOZON : Nous l’inviterons plutôt à assister à une instruction (lorsqu’une organisation est candidate à l’obtention du label). Ainsi, elle ne pourra que constater le sérieux et l’engagement de nos contrôleurs bénévoles dans leur mission au sein du Don en Confiance.


Pour tout renseignement ou toute question concernant le Don en Confiance, vous pouvez contacter :

Mathilde NDIAYE, Responsable de la communication : mndiaye@donenconfiance.org

Depuis 1994, « À Chacun son Everest! » a accueilli à Chamonix plus de 6.000 enfants et femmes en rémission d’un cancer pour les aider à trouver ce fameux second souffle qui permet de surmonter la maladie. Christine Janin, alpiniste et médecin, au palmarès exceptionnel de première française au sommet de l’Everest, première femme au pôle nord à pied et première européenne à avoir réalisé l’ascension du plus haut sommet de chaque continent, a élaboré ces séjours en s’appuyant sur le parallèle symbolique entre les difficultés d’une ascension et celles du parcours vers la guérison. Rencontre avec une dame de pics et femme de coeur, fondatrice de « À Chacun son Everest! », association caritative devenue sa fierté.

Les femmes et les enfants d’abord !

Tout le monde ne peut atteindre le sommet de l’Everest bien sûr, en revanche tout le monde a son Everest.  Si on reste dans la symbolique, pour atteindre son « Everest », il faut oser, croire en soi et écouter ses besoins. Beaucoup de femmes que je vois dans le cadre de ma mission associative sont frustrées, en proie à une vie qui ne leur correspond plus, avec des envies qu’elles n’osent assumer finalement. Je les guide pour aller chercher cette petite étoile en elles.

Vous êtes la première française à avoir atteint l’Everest en 1990, que signifie pour vous l’expression « parvenir au sommet » ? Est-ce une question de vie ou de mort ? Une route qui conduit au bonheur ?

En fait c’est un chemin de vie. Je ne l’ai pas vraiment choisi, je l’ai juste accepté. Bien évidemment, j’avais l’expérience et l’envie de grimper au sommet mais pour moi l’Everest reste surtout un symbole. Au fond, nous avons tous des « Everest », un élan qui nous permet d’aller au bout de nos rêves, de nos projets.

La question est plutôt, une fois le sommet atteint comment en redescendre. Ce n’est pas une question de vie ou de mort c’est plutôt une question de « vivre ». Vivre sa passion, ses envies.

Je suis médecin. A titre personnel, ce choix m’a conduit à appliquer une médecine que je qualifierais de « médecine de l’Everest » ou « médecine de l’âme » dont le message consiste à dire « osez », « suivez votre cœur », « allez jusqu’au bout de vos projets en acceptant les difficultés », « Croyez-en vous » !

Quels sont selon vous les chemins à emprunter pour atteindre ce but (valeurs morales, conditions physiques et psychologiques…) ?

Tout le monde ne peut atteindre le sommet de l’Everest bien sûr, en revanche tout le monde a son Everest.  Si on reste dans la symbolique, pour atteindre son « Everest », il faut oser, croire en soi et écouter ses besoins. Beaucoup de femmes que je vois dans le cadre de ma mission associative sont frustrées, en proie à une vie qui ne leur correspond plus, avec des envies qu’elles n’osent assumer finalement. Je les guide pour aller chercher cette petite étoile en elles.

Lors de ma dynamique d’ascension de l’Everest vous savez, à un moment j’ai reculé, pris un peu de distance et puis je suis repartie, j’ai osé l’improbable, doublé les étapes. Les conditions météorologiques me le permettaient. Tout semblait aligné. Je l’ai atteint en 34 heures. J’ai pris un risque, mesuré certes sous contrôle mais j’ai pris le risque d’oser. Il faut savoir dans les faits reconnaître les synchronicités de la vie, accepter de se laisser déstabiliser, faire confiance à son intuition. Tout un processus de sublimation qui se met en place et apporte une réelle satisfaction.

Vous avez créé en 1994 « À chacun son Everest ! », avez-vous toujours cru en la nature comme génératrice d’émotions et peut-être finalement comme espace de réconciliation avec la vie ?

Non seulement j’y croyais mais je le vivais. La nature couplée à l’intensité physique pour atteindre le « beau » était ma drogue, un besoin, ma raison de vivre. Grimper l’Everest a été une évidence. Ensuite, je suis partie faire un tour du monde, franchir les plus hauts sommets de chacun des continents pour – si j’ose dire – clore le dossier. Pendant ce périple j’ai ressenti que l’expérience touchait à sa fin, d’ailleurs j’ai terminé fatigué mon corps m’a dit « stop ».

Je ne savais encore quelle route emprunter mais en tant que médecin, j’avais déjà rencontré des enfants à l’hôpital pour leur raconter mon histoire. Quelque part ce sont eux qui m’ont pris la main, m’ont ouvert la voie. Leur désir de m’entendre relater mon expérience, de vouloir la partager a tracé mon chemin. J’ai le souvenir d’un petit Michaël à qui j’ai proposé de l’accompagner à la montagne pour son plus grand bonheur. Tout a découlé de là. Soutenue par le milieu hospitalier, j’ai commencé à instaurer des séjours plutôt sportifs composés de randonnées dont une de 800 mètres de dénivelé, d’ascension sur la mer de glace, de nuitées dans des refuges… Des choses hallucinantes pour des gamins de 12 ans qui parfois avaient encore un cathéter. J’étais bien évidemment secondée par un médecin et des infirmières sur chaque séjour. Nous étions précurseurs dans la démarche mais avions conscience de les aider à retrouver le chemin de la guérison et quelque part celui de la réconciliation avec la vie. Le projet « À Chacun son Everest !» sur lequel nous reviendrons s’est alors consolidé. Il est basé sur l’énergie, l’amour, la confiance, le partage et l’écoute.

En tant que médecin, pensez-vous que l’énergie de la nature puisse avoir des vertus curatives concrètes ?

Oui. J’aime bien rappeler aux enfants la règle des 4 « P ». 4 Plaisirs par jour. Cela les fait sourire. L’énergie vient de l’amour, du plaisir, de la joie. La joie est la plus belle des émotions, elle stimule l’immunité, avive la flamme intérieure. La pensée positive a des vertus curatives, c’est certain. Et la nature par l’émerveillement qu’elle génère induit du positif, de la joie.

Quand les enfants arrivent à Chamonix et qu’ils voient le Mont Blanc, ils sont sidérés, contemplatifs, happés par la magie, le côté magistral. Heureux. C’est un chemin concret vers la guérison.

Parlez-nous de votre projet, comment en avez-vous eu l’idée et quels en sont tous les contours?

Les choses sont venues d’elle-même, parties déjà d’une rencontre avec les enfants malades comme je vous l’évoquais plus haut. Un professeur de l’hôpital St-Louis m’a dit un jour « Et si tu emmenais ces enfants à la montagne ? ». J’ai osé la première fois partir avec 10 que je connaissais et la magie a immédiatement opéré. La route était tracée.

Forte de ce constat, j’ai ensuite créé l’association avec pour leitmotiv le partage et le lâcher prise pour enfants et femmes en rémission. Partir pour un ailleurs, laisser ses parents pour les uns, ses charges quotidiennes parfois sacrément lourdes pour les autres. Se faire bichonner par nos équipes et se ressourcer avec nos programmes proposant yoga, méditation, sophrologie, Qi Gong, massages ; tout un panel de soins « bien-être » couplé à des activités physiques de randonnées, d’escalades, de parcs-aventure. Nous proposons également des espaces de paroles et la possibilité de rencontrer des psychologues.

Comment s’organisent vos séjours et que proposez-vous aux femmes ? Aux enfants ?

Les séjours pour les enfants s’organisent en été, ceux pour les femmes le reste de l’année dans une maison de 3 étages possédant 6.000 m² de terrain à Chamonix. Les programmes sont très denses. Aux enfants, nous proposons de la randonnée, de l’escalade, de l’accrobranche, de jolies veillées, des séances de relaxation et même un peu de méditation et de yoga. Les femmes, quant à elles bénéficient en plus de ces prestations, d’un espace de paroles assez long avec une onco-psychologue ainsi que de massages, sophrologie, Qi Gong, un entretien individuel avec une psychologue et d’un shooting photo aussi leur permettant de travailler sur l’image de soi, une séance de sonothérapie. Nous tenons vraiment à ce qu’elles se laissent choyer.

En ce qui concerne la nourriture, elle participe au bien-être général également, c’est pourquoi nous la voulons bio, délicieuse, colorée, diététique, tout en plaisir. 

Encore une fois notre philosophie repose sur le partage. Chacun est écouté, reconnu dans sa problématique et peut de façon naturelle souffler dans une sorte de parenthèse enchantée, une bulle, en se laissant aller à tous types d’émotions, pleurer si nécessaire.

Vous dîtes « faire de la médecine de l’âme » donc et « avoir transformé votre Everest en plein d‘Everest », qu’est-ce que cela signifie concrètement dans votre vie de tous les jours ? Que vous apporte ce projet ?

Tout cet amour me nourrit. Ces séjours font du bien, je remets du sourire, des élans dans les cœurs en diffusant mon énergie. C’est très gratifiant, presque magique. Je vois souvent des femmes arriver épuisées et tristes, repartir pleine de vie et d’envies en ayant créé des liens solides. Elles ne se quittent plus, deviennent amies et savent qu’elles peuvent aussi désormais compter sur elles et sur nous.

Quel est le ressenti des enfants et des femmes qui vivent l’expérience de « À Chacun son Everest ! » ?

Il y a un « avant » et un « après » l’expérience de « À chacun son Everest !». Nous sommes comme une famille et ceux et celles qui passent par nos séjours repartent avec la pêche et plein d’une nouvelle énergie. Un des médecins qui me confie des patientes me dit souvent « Lorsque les femmes passent par tes séjours, elles n’ont plus peur ». Je les aide à transformer leurs craintes, cet « Everest » pour en faire une force incroyable. Faire le deuil de la vie d’avant et apprendre à « vivre avec » à fond. 

La maladie et un sommet, deux challenges qui peuvent paraître insurmontables, pouvez-vous nous raconter votre plus belle histoire ?

Toutes les semaines je vois des histoires incroyables de la part d’enfants qui gardent le contact avec nous. L’un est devenu champion d’escalade, un autre est aujourd’hui dans l’équipe du 15 de France.

Beaucoup reviennent après plusieurs années pour nous dire qu’ils ont été transformés par nos séjours. Ils arrivent accompagnés d’amis ou de parents à qui ils souhaitent faire visiter la maison, revivre un moment avec eux les souvenirs de cette expérience unique qu’ils ont vécus.

Tous nos enfants sont des « Champions ». Les affirmations positives que nous distillons ont une réelle incidence sur leur capacité à développer de la confiance en eux. Ils les gardent dans leurs cœurs comme un trésor pour évoluer dans leurs vies.

Pratiquer des activités de haute montage demande une très bonne condition physique. En rémission, cela peut sans doute parfois être impossible, comment choisissez-vous les candidats à l’expérience ? Quelles aptitudes faut-il avoir ?

Je ne choisis pas les candidats, je les accueille. Avec l’équipe ensuite, nous nous mettons à leur service, à leur écoute. Nous leur apprenons à respirer, à reprendre confiance en eux. Nos bénéficiaires ne viennent pas chercher que « un sommet », ils viennent surtout se chercher. Se prouver qu’ils sont capables. Leur Everest !

Mon rôle à moi est de les accompagner par paliers. Nous évaluons au fils des jours leurs capacités, jusqu’où ils sont capables d’aller. Toute la subtilité réside dans le fait de savoir les emmener vers leur « Everest », celui qui ne les mettra jamais en position d’échec. Certains sont déjà sportifs, d’autres fatigables rapidement, il faut savoir s’adapter à leur niveau et parfois savoir dire « non ».

L’état médical peut aussi justifier un refus en effet mais lorsque l’on sait expliquer à l’enfant et à ses parents qu’un séjour est prématuré, ils comprennent. Ces enfants ont une maturité incroyable. Tous les dossiers médicaux que l’on demande en amont des séjours sont validés par le Professeur André Baruchel, chef du service d’Onco-pédiatrique de l’hôpital Robert-Debré, avec qui j’ai créé l’association. Nous devons être vigilants à ne pas accueillir des enfants trop fragiles médicalement.

Comment s’organise votre équipe ? Est-elle composée essentiellement de permanents ou de bénévoles ?

Je suis la Directrice de l’association et suis secondée par un adjoint pour toute l’organisation logistique des séjours. A nos côtés, pour les enfants, nous avons un médecin et une infirmière, une directrice de colo (BAFD), 2 animateurs, tous bénévoles ainsi qu’un photographe, une cuisinière, une femme de ménage. En ce qui concerne la partie administrative et la comptabilité, une équipe du bureau de 5 permanents. Parallèlement l’association fait appel à plusieurs intervenants pour chaque séjour : guides, accompagnateurs, prof de yoga et de Qi Gong, coach, psy…

Au final, « À Chacun son Everest !» dispose d’une dizaine de salariés auxquels s’ajoutent tous les intervenants. Et bien sûr de nombreux bénévoles. 

Quelles qualifications faut-il avoir pour vous accompagner dans votre projet ? Comment sont formées vos équipes ?

Les formations sont plutôt orientées vers la partie administrative et communication (gestion des dossiers, des dons, de la comptabilité, du site internet…). Les intervenants sont, quant à eux, des professionnels indépendants qui font ou ont fait des formations en dehors de tout soutien de l’association.

Et en termes de communication, comment faites-vous connaître vos missions ? Travaillez-vous avec les hôpitaux ?

Nous travaillons avec tous les services d’onco-hématologie pédiatriques. Ils nous connaissent depuis plus de 25 ans maintenant. Dans chaque service nous sommes en lien avec un référent qui maîtrise bien les enjeux de l’association et nous propose les enfants.

Nous leur envoyons parfois un best-of vidéo de la fin de certains séjours pour que les soignants partagent et découvrent leur magie et toutes les émotions des sommets. Cela nous permet de garder du lien.

Pour les femmes, j’évite la communication. « À Chacun son Everest !» compte beaucoup trop de demandes par rapport à ses capacités d’accueil. Nous privilégions les femmes de la région Rhône-Alpes (Annecy, Lyon, Grenoble, Evian, Thonon…) et Paris en collaborant avec Curie, l’IGR ou Saint-Louis.

Et bien sûr, nous communiquons sur nos réseaux sociaux, envoyons des newsletters et réalisons un journal annuel. Plus dans l’esprit de partager nos actualités avec notre réseau, nos bénéficiaires, nos bénévoles et nos partenaires (cette belle cordée solidaire qui nous accompagne dans l’aventure) que de nous faire connaître du public.

Combien d’enfants et de femmes en rémission ont été accompagnés par l’association ?

Depuis le début de notre aventure, nous avons proposé 341 séjours à 4.676 enfants et 118 séjours à 1.412 femmes auxquels s’ajoutent 300 soignants accompagnés durant la période COVID. Ces séjours « express » pour tout type de personnels hospitaliers (médecins, infirmières, cadres, lingères…) ont permis à des hommes et des femmes en grande difficulté psychologique de partir reboostés. Nous leur avons proposé des randos, de l’escalade, du yoga, du Qi Gong, des espaces de paroles et d’entretien avec des psychologues, des massages sonores. Ce mélange de soins a mis en relief que tous, quelle que soit leur discipline, souffraient. Cette pandémie a bouleversé le corps médical. J’ai vu des médecins pleurer, des cadres de direction à l’agonie, certains même parler de suicide. Tous dans un état dramatique. Pas un seul n’a parlé d’argent (et dieu sait s’ils sont mal payés), pas un seul ne renie son métier mais tous étaient à bout, désespérés de vivre cette horreur, la peur au ventre. On les a aidés, écoutés, rassurés et fournis quelques outils pour prendre soin d’eux.

Les femmes sont rares sur le toit du monde, pourquoi ?

Elles ont raison, en fait. C’est très douloureux et extrême ! Il y a toutefois de plus en plus de femmes qui tentent l’expérience (une centaine aujourd’hui) mais l’ascension reste quand même une épreuve plutôt réservée aux hommes.

Que pensez-vous du livre d’Anne Benoit-Janin sur Les Népalaises de l’Everest ?

J’ai rencontré Anne Benoit-Janin. Elle m’a interviewée au sujet d’une sherpani qui était dans mon équipe, a réussi l’ascension de l’Everest mais y a laissé sa vie deux ans plus tard. Il s’agit de la belle PASANG LHAMU Sherpa.

Son livre, je le trouve formidable. Le Népal est un pays corrompu, sans mari là-bas les femmes ne valent plus rien. Au Népal, où le suicide est la première cause de mortalité féminine, une poignée de femmes brave le poids des coutumes pour réaliser leur rêve et devenir les égales des hommes. Elles sont alpinistes, Sherpanis (ethnie de la vallée de l’Everest) pour la plupart, et gravissent les plus hauts sommets du monde. Elles osent, grimpent, s’émancipent. De belles leçons de courage !

Comment vous financez-vous ?

Tous nos donateurs et nos partenaires sont très fidèles. J’ai une chance inouïe. On garde beaucoup de liens avec eux, on leur fait part de notre avancée. De nombreux partenaires sont même devenus des amis. Ils ne peuvent plus nous quitter (sourire).

Par exemple cela fait 20 ans que Carrefour Market nous offre toute la nourriture. Mes équipementiers, le Vieux Campeur, répond toujours présent depuis mes premières expéditions. En revanche, ils restent tous vigilants et savent à quoi se destinent les dons. Ils sont les bienvenus pour venir constater et partager un moment avec nous « à la maison » afin de mieux appréhender d’ailleurs comment nous les utilisons.

94% de nos dons sont liés à la générosité du public (22% sont des dons de particuliers, 10% sont des manifestations, 42% proviennent des partenaires et entreprises et 20% des legs). Nous avons très peu de subventions publiques, un peu du Conseil régional et départemental, pas sur du fonctionnement mais sur des opérations (constructions, aménagements…).

Nous y arrivons très bien comme cela !

Avec le Don en Confiance, vous participez à l’évolution de la déontologie pour le secteur, en quoi est-ce important pour la société ?

« À Chacun son Everest !» a été, je pense, une des plus petites associations à comprendre la nécessité de la transparence et donc à demander dès 2004 à se faire aider sur le sujet. Nos comptes sont publiés en toute transparence. Il en va du respect de nos donateurs. Je ne sais pas faire autrement, pour moi c’est juste une évidence.

Quel chemin avez-vous parcouru depuis votre labellisation ?

Notre Comité de finance et les contrôleurs du Don en Confiance se réunissent régulièrement pour faire un bilan. Cela nous permet une vigilance sur l’utilisation des dons, d’obtenir aussi des recommandations sur la bonne gestion de l’association (gouvernance, communication, gestion financière, comptable…).

De quelles manières, le Don en Confiance encourage ses associations membres à évoluer ?

Nous sommes toujours dans une démarche d’évolution à la recherche de « l’excellence ». Nous ne perdons jamais de vue qu’il est indispensable de respecter les donateurs, nos bénéficiaires, les intervenants et au final la « société » dans son ensemble.

Depuis notre adhésion, nous avons eu à faire à 3 contrôleur(euses)s avec lesquels nous avons appréciés collaborer.  Les membres de notre Comité de finance se réunissent tous les 2 mois et s’entretiennent tous les semestres avec l’actuelle contrôleuse du Don en Confiance.

Comme notre contrôleuse participe régulièrement aux réunions du Don en Confiance (qui inclut la vision des contrôleurs d’autres associations labellisées), elle nous fait bénéficier de l’expérience et l’expertise de nos homologues, notamment pour la construction de « l’essentiel »* dont la forme a changé cette année. Elle nous apporte un œil vigilant, est très pointue sur la présentation des données du document pour en assurer la transparence pour les donateurs. Par ailleurs la contrôleuse du Don en Confiance supervise en détails l’utilisation des fonds qui proviennent de la générosité du public.

Vos projets pour l’avenir ?

Continuer, évoluer, faire monter en puissance l’association et assurer sa pérennité. Dans l’idéal j’aimerais qu’il n’y ait plus de femmes et d’enfants malades…on peut toujours rêver !

Consolider l’équipe aussi, trouver de nouveaux soignants performants. Continuer à garder la qualité, le sur-mesure, aider, toujours et encore, notre public parfois dans la précarité, le besoin. Accompagner. Accueillir. Je n’ai pas choisi ce chemin, il s’est imposé à moi et est devenu MA mission. Je suis presque arrivée aujourd’hui au bas de la descente de l’Everest . Franchement, il y a eu de grands moments de doutes, des difficultés mais désormais, je sais que ça va durer. Et je suis fière d’accompagner ses enfants et ses femmes sur le chemin de la paix, de la liberté et de la joie.   

Le Don en confiance préconise spécifiquement aux associations et fondations à but non lucratif faisant appel public à la générosité de réaliser chaque année un Essentiel. C’est un document d’information clair, synthétique et pédagogique destiné au grand public. Il décrit en quelques pages ce qu’est l’organisation, ses principales réalisations de l’année, l’ensemble des fonds reçus, leur origine et leur utilisation, en particulier ceux provenant de la générosité du public, et le cas échéant les principaux écarts par rapport aux années précédentes, ainsi que les événements significatifs intervenus dans l’année. 

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