Articles

Isabelle Moret, Directrice générale de SOS Villages d'Enfants

SOS Villages d’Enfants est une ONG humanitaire œuvrant dans le champ de la protection de l’enfance pour que frères et sœurs sans soutien parental ne soient séparés. Créée en Autriche en 1949 puis dans le Nord de la France en 1956, l’association a mis l’enfant au cœur de son projet en lui offrant un cadre de vie familial et sécurisant. Son leitmotiv : croire en l’enfant, en sa capacité à dépasser ses traumatismes et à se développer si un environnement favorable lui est offert. Rencontre avec Isabelle Moret, Directrice générale.

En France, les Présidents des Conseils départementaux sont les chefs de file de la protection de l’enfance. A ce titre, notre association est un partenaire parmi d’autres pour accueillir les enfants que le juge confie à l’ASE. Notre objectif consiste à nouer des liens qualitatifs de partenariat avec les services départementaux en ne perdant pas de vue notre intention première : prendre en compte le meilleur intérêt de l’enfant, lui donner toutes les possibilités de grandir, de se développer et de devenir un adulte inséré dans la société. Nous travaillons avec une vingtaine de départements […]

SOS Villages d’Enfants a pour spécificité de n’accueillir que des frères et sœurs. Notre leitmotiv consiste à penser que le fait de grandir ensemble est une ressource qui permet aux enfants de partager, se rassurer, de se créer des souvenirs et repères communs qui au passage à l’âge adulte assureront un certain équilibre.

Quelle est l’origine de SOS Villages d’Enfants France et quel en est le principe ?

SOS Villages d’Enfants est une association qui a vu le jour dans le nord de la France il y a 65 ans maintenant. Le fondateur, Gilbert Cotteau, professeur dans un lycée technique a eu l’idée de sa création suite à la réaction d’un élève ayant obtenu un « zéro » à sa copie. L’incompréhension du jeune homme face à la sanction, persuadée qu’elle était le fruit de sa situation personnelle chaotique en tant qu’orphelin dont les parents venaient de mourir dans un accident de la route, a déclenché la vocation. Après discussion avec le jeune perturbé par son placement dans un établissement différent de ceux de ses frères et sœurs, à laquelle est venue s’ajouter peu de temps après la lecture d’un article relatif à la création du premier village d’enfants en Autriche réunissant les fratries, Gilbert Cotteau décide alors d’aller à la rencontre du médecin à l’origine du projet à Innsbruck afin de s’en inspirer.

De là est né le deuxième village à Busigny dans le Nord de la France 4 ans plus tard. D’autres ont ensuite vu le jour toujours dans le Nord. Puis leur création s’est étendue à l’international. Aujourd’hui l’ONG compte des villages dans 136 pays (600 dans le monde et 17 en France, bientôt 22). Sur le territoire national, nos 17 villages accueillent environ 1000 enfants. Ils se situent principalement dans le département du Nord de la France. Nous en avons aussi 2 dans l’Est près de Metz et Nancy, 4 dans le Sud (Marseille, Carros près de Nice, Besse-sur-Issole dans le Var et Digne), quelques-uns en région parisienne et plus récemment dans l’Ouest (Sainte-Luce près de Nantes, Le Lion-d’Angers et 2 en Charente-Maritime). Nous en ouvrons bientôt 5 : 2 dans l’Allier ainsi qu’en Charente-Maritime dans les Yvelines et dans les Pyrénées-Atlantiques.

SOS Villages d’Enfants France est à la fois une association de protection de l’enfance en France, une ONG avec des programmes un peu partout dans le monde et une association qui plaide pour le droit des enfants en France et à l’international. Nous couvrons tous ces champs.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos programmes à l’étranger ?

Sur le plan international, nous n’agissons pas directement. Nous sommes partenaires d’associations SOS Villages d’Enfants implantées dans 10 pays pour la mise en place de projets d’envergure et y plaidons pour le droit des enfants. Notre rayon d’action est assez vaste puisque nous nous positionnons sur des programmes en Haïti, en Afrique avec le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Togo, la Côte d’Ivoire, le Bénin et Madagascar. Vers l’Est nous travaillons en partenariat avec l’Arménie et le Vietnam.

La particularité de nos programmes dans ces pays repose sur le fait qu’autour du village d’Enfants vient se greffer un certain nombre de dispositifs pour permettre aux enfants de bien grandir. Par exemple si l’on prend Madagascar où le système éducatif et celui de santé sont confrontés à de nombreuses difficultés, nous sommes à l’origine de la création de dispositifs pour les enfants des villages et pour ceux de la communauté (création d’un centre de PMI, d’écoles maternelles ou primaires…).

Dans ces pays, nous intervenons également avant que les enfants n’aient à être pris en charge dans un village en proposant des programmes de renforcement de la famille qui visent à soutenir les parents dans leur processus éducatif. Ces programmes ont une durée d’environ 5 ans pour arriver à une autonomie familiale.

Comment s’organise la protection de l’enfance en France et quelles sont vos relations avec l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) ?

En France, les Présidents des Conseils départementaux sont les chefs de file de la protection de l’enfance. A ce titre, notre association est un partenaire parmi d’autres pour accueillir les enfants que le juge confie à l’ASE. Notre objectif consiste à nouer des liens qualitatifs de partenariat avec les services départementaux en ne perdant pas de vue notre intention première : prendre en compte le meilleur intérêt de l’enfant, lui donner toutes les possibilités de grandir, de se développer et de devenir un adulte inséré dans la société. Nous travaillons avec une vingtaine de départements.

Quels sont les profils des enfants qui vous sont confiés ? Doivent-ils tous être passés par l’ASE avant de rejoindre vos villages ?

SOS Villages d’Enfants déploie une activité de programme de renforcement des familles qui vise à soutenir et accompagner les familles aux moments clés de l’enfance. Mais cette activité est assez marginale, elle concerne une cinquantaine d’enfants. Pour le reste et dans nos villages en effet, tous les enfants nous sont confiés par l’ASE.

SOS Villages d’Enfants a pour spécificité de n’accueillir que des frères et sœurs. Notre leitmotiv consiste à penser que le fait de grandir ensemble est une ressource qui permet aux enfants de partager, se rassurer, de se créer des souvenirs et repères communs qui au passage à l’âge adulte assureront un certain équilibre.

Pour autant ce n’est pas un dogme. Il existe des fratries pour lesquels le lien fraternel n’est pas une ressource pour les enfants. Notre procédure d’admission nous permet d’ailleurs au préalable d’évaluer l’opportunité de tels rapprochements avant d’y souscrire. Notre dernier « cahier SOS » traite justement de l’accueil conjoint des fratries en protection de l’enfance. Je vous invite à le lire pour en découvrir les clés.

Les liens fraternels se cristallisent ensuite autour de la « Mère SOS » et l’affection que développe l’enfant pour cette figure d’attachement avec laquelle il vivra en moyenne 6 ans ½.

Y-a-t-il eu des avancées législatives majeures ces dernières années dans le domaine de la protection de l’enfance et que reste-t-il à faire selon vous pour l’améliorer ?

Depuis le début des années 2000, beaucoup de lois ont vu le jour. En 2002, une loi globale sur le secteur social et médico-social a remis l’usager au cœur du projet. Cette loi a eu un impact positif dans la manière de penser l’accompagnement de l’enfant.

En 2007 et 2016, deux autres lois ont réformé la protection de l’enfance mais entre les intentions des lois et la mise en place au quotidien dans les départements il y a souvent un gap qui me laisse perplexe. Ces lois comportent pourtant des propositions intéressantes, comme par exemple l’instauration du « Projet pour l’enfant » (PPE) dont la démarche consiste en un accompagnement de l’enfant et de sa famille. A date, ce type de dispositif est assez peu mis en place par les départements. Les missions des équipes de l’ASE sont considérables et le nombre d’enfants à accompagner très important. Ils n’ont pas toujours assez de temps pour assurer un accompagnement suffisant et répondre aux besoins de chaque enfant et chaque famille.

De la même manière, ces lois prévoyaient la création d’Observatoires Départementaux de la Protection de l’Enfance avec pour objectif de faire de la veille sur l’offre et les besoins territoriaux afin de faire des propositions concrètes. Certains ont vu le jour bien sûr mais la plupart ne proposent pas de réponses à la mesure des attentes initiales. Or aujourd’hui, il semble nécessaire que les départements mettent plus de moyens (financiers et politiques) sur la question de la gouvernance et du pilotage de la protection de l’enfance.

Pourtant, je reste positive sur la question. Notamment quand je vois des élus comme Florence DABIN (Présidente du Conseil départemental du Maine et Loire, Vice-Présidente de l’association des départements de France) qui fait de la protection de l’enfance un enjeu majeur de son mandat.

Par ailleurs, aujourd’hui (11/01/2022) est un grand jour sur le plan législatif puisqu’une loi sur la protection de l’enfance, en navette entre les assemblées depuis l’été dernier, passe en commission mixte paritaire. Elle devrait permettre des avancées intéressantes concernant le regroupement de fratries puisqu’elle propose de systématiser l’accueil conjoint des fratries sauf si son intérêt commande une autre solution. Bien sûr concomitamment, il faudra travailler à l’adaptation de l’offre d’accueil pour permettre à la loi de se mettre en place, mais l’étape est essentielle.

La loi avance aussi de manière importante sur la sortie des jeunes des dispositifs de protection de l’enfance en se penchant sur le cas des sorties sèches à 18 ans qui peuvent conduire à des situations de précarité extrême. Elle devrait rendre systématique l’accompagnement des jeunes entre 18 et 21 ans avec notamment la mise en place régulière de « Contrats Jeunes Majeurs » ainsi que la proposition de ce que l’on nomme la « Garantie Jeunes » qui offre la possibilité aux bénéficiaires de recevoir un pécule pour vivre et une aide en matière d’insertion professionnelle.

Quels sont vos moyens d’action pour faire pression sur les pouvoirs publics ? Qu’est-ce qui rend le plaidoyer efficace ?

Le fait d’être un acteur depuis de nombreuses années au niveau national en protection de l’enfance cumulant connaissance des enfants placés et des dispositifs nous permet d’être crédibles au niveau du plaidoyer, en tout cas en ce qui concerne la partie française de nos missions.

Pour la partie mondiale, être adossés à une fédération internationale et avoir des collègues un peu partout dans le monde (New-York, Genève, Bruxelles) assurent notre fiabilité et notre expertise. En ce moment où vient d’être votée à Bruxelles la Garantie européenne pour l’enfant, nous participons à la déclinaison de celle-ci dans un plan d’action pour la France afin d’en assurer la mise en place effective.

Indéniablement, SOS Villages d’Enfants est reconnue comme association ayant une expertise en matière de droit de l’enfant. Nous agissons au quotidien sur le sujet et le portons dans notre plaidoyer. D’ailleurs nous contribuons en ce moment à l’écriture du rapport de la société civile dans le cadre de l’examen périodique de la France par le Comité des droits de l’enfant à Genève pour évaluer la mise en œuvre effective de la convention internationale des droits de l’enfant en France et dans la politique internationale.

Dans le domaine du plaidoyer, nous avons retenu plusieurs sujets qui correspondent à nos valeurs et nous les défendons ardemment : les jeunes majeurs, les droits de l’enfant et la place de l’enfance dans la politique de solidarité internationale de la France.

L’accueil des mineurs non accompagnés en France repose sur le principe fondamental qu’un enfant, qu’il soit français ou non, puisse bénéficier d’une protection lorsqu’il est en danger ou en risque de l’être, que pouvez-vous nous dire de la situation des jeunes dits « mineurs non accompagnés » aujourd’hui en France ? En accueillez-vous beaucoup ?

SOS Villages d’Enfants accueille assez peu de mineurs non accompagnés ou désignés comme tels mais dans les fratries accueillies dans les villages certaines ont connues un parcours migratoire. Nos valeurs nous conduisent à les accompagner et les protéger au même titre que les autres enfants.

La grande majorité des mineurs non accompagnés que nous prenons en charge sont accueillis à La Maison Claire Morandat. Cet établissement, s’occupe d’une soixantaine de jeunes entre 16 et 21 ans et bénéficie d’une expertise dans le domaine des demandes d’asile et de titre de séjour. Il faut savoir que ces jeunes sont volontaires et se saisissent souvent de tout ce que l’on peut leur proposer avec une envie réelle de s’intégrer.

Passé 18 ans, sauf dispositif spécifique comme le Contrat Jeune Majeur, les jeunes perdent le soutien de l’Aide Sociale à l’Enfance, SOS Villages d’Enfants propose-t-elle de son côté un accompagnement à ses bénéficiaires devenus jeunes majeurs ? Avec quel soutien pour quel taux de réussite ?

Nous nous battons déjà pour que les départements accompagnent les jeunes après leur majorité en luttant contre les sorties sèches à 18 ans. Nous pensons que jusqu’à 21 ans les jeunes doivent pouvoir, s’ils en ont besoin, rester dans un dispositif de protection de l’enfance et qu’au-delà, en fonction des situations, ils fassent l’objet d’un accompagnement sur mesure.

L’association s’est donc engagée à accompagner les jeunes jusqu’à leur inclusion pleine et entière dans la société. Nous avons formalisé cette politique afin qu’elle devienne un droit en nous positionnant à 3 niveaux :

  • La poursuite de l’accompagnement
    Si le Département ne veut plus poursuivre l’accompagnement alors que nos équipes pensent qu’il est nécessaire, nous finançons.
  • Le fil
    Nous pensons qu’il est important de garder un fil, le lien relationnel avec le jeune une fois le village quitté. L’association s’engage donc tous les 6 mois à prendre des nouvelles du jeune en complément des équipes du village ayant participé à sa prise en charge.
  • Le « Pause-toi »
    Un jeune qui se trouve à un moment de sa vie en difficulté a la possibilité de revenir vers nous pour trouver de l’aide. Il pourra « faire une pause ». Pour certains cela consiste à recourir au service d’un psychologue, pour d’autres à trouver un logement ou bénéficier d’une aide financière. Nous analysons sa situation avec lui pour l’aider à s’intégrer dans un projet de vie cohérent.

Récemment, nous avons lancé notre première démarche de mesure d’impact social mais ne communiquons pas dessus. Il ressort que sur 2 villages, parmi une population de jeunes restés en moyenne 6-7 ans dans nos établissements, les individus interrogés déclarent avoir un logement, pour beaucoup un travail, quelques-uns des enfants à qui ils se veulent offrir une éducation « adaptée » calquée sur l’éducation que leur ont offert les « Mères SOS ». L’échantillon n’est pas forcément représentatif (à plus grand échelle le coût serait prohibitif) mais ce que l’étude révèle est gratifiant pour l’association.

Comment recrutez-vous vos éducatrices « Mères SOS » et quelles compétences faut-il avoir pour accompagner les enfants ?

On les appelle à la fois « Mères SOS » et éducatrices familiales ou « Pères SOS/éducateurs familiaux » car l’association compte de plus en plus d’hommes sur cette fonction. Il n’existe pas de diplôme pour le devenir, c’est avant tout un projet de vie. Un engagement qui consiste à donner de son temps et de son énergie dans l’accompagnement d’enfants en danger.

Pour mesurer cet engagement l’association met en place un processus de recrutement très rigoureux conjuguant des entretiens individuels et collectifs, des périodes d’observation d’une semaine dans des villages, des rencontres avec une psychologue, le tout afin de faire prendre conscience aux volontaires de ce à quoi ils s’engagent.

Bénéficient-elles(ils) de formations ?

Oui, beaucoup. L’association accorde une place prépondérante à l’accompagnement au moment de la prise de fonction. La première année nous proposons un système de tutorat poussé pour soutenir la personne dans ses premiers pas. Nous réfléchissons aussi en plus à mettre en place quelques jours de formation obligatoire. Au bout d’un an, après sa période de tutorat, l’éducateur familial se rend au siège pour 4 semaines de formation dispensée par des intervenants en interne ou externe. Ces sessions consistent à donner aux  « Mères ou Pères SOS » toutes les clés pour réussir leur mission autour du développement de l’enfant, des droits de l’enfant et des troubles du comportement.

La formation initiale achevée, l’éducateur peut bénéficier au même titre que les autres membres de l’équipe, d’un plan de formation complet renouvelé chaque année. Nous allons bien au-delà de l’obligation de formation car c’est indispensable pour soutenir les équipes dans leur travail auprès des enfants.

Enfin, au-delà de la formation, nous avons mis en place des groupes d’analyse des pratiques dans chacun des villages ainsi que de la supervision. L’association bénéficie donc de tout un dispositif de soutien pour les équipes des villages.

A quoi ressemble le quotidien de ces femmes/hommes ? Sont-elles/ils épaulé(e)s par d’autres professionnels dans leurs tâches, notamment lorsqu’elles/ils subissent l’agressivité de certains enfants marqués par des violences intrafamiliales depuis leur plus jeune âge ?

Être « Mère ou Père SOS » consiste à travailler trois semaines sur quatre dans une maison du village afin de garantir le suivi des enfants 24h/24, la quatrième semaine étant assurée par un aide familial en binôme qui la(le) remplace sur la période. Ces deux personnes veillent aussi à être présentes toutes les 2 sur les temps importants du quotidien (vacances, fête d’anniversaire, rentrée des classes, hospitalisation…). C’est un engagement important auquel on ne peut déroger.

Les « Mères ou Pères SOS » ne sont jamais seul(e)s. Ils font partie d’une équipe. Pour 50 enfants, nous disposons d’environ 40 professionnels et de 10 à 11 maisons. Les équipes pluri-professionnelles sont composées d’un directeur, un chef de service, d’un ou deux psychologues, d’éducateurs spécialisés et d’éducateurs scolaires. On pense souvent à l’agressivité que peut engendrer le vécu d’un enfant en oubliant un autre comportement tout aussi pernicieux que représente le phénomène de repli sur soi. Nous sommes aussi vigilants à l’un qu’à l’autre. 

Il faut garder à l’esprit que les enfants que nous accueillons ont tous subi au minimum des carences éducatives graves, pour beaucoup ils ont été victimes de maltraitance physique, psychologique et/ou sexuelle.

Au-delà de la mission et lorsque les liens deviennent forts les « Mères SOS » gardent-elles des contacts au long cours avec les jeunes dont elles s’occupent ? Avez-vous des anecdotes à nous raconter à ce sujet ?

Depuis la première « Mère SOS » Odette Nollet, jusqu’à la dernière partie en retraite (Brigitte R.), elles gardent toutes des liens avec les enfants dont elles se sont occupées.

Je pourrais vous raconter de multiples anecdotes sur le sujet. Par exemple, quelques semaines après le départ en retraite de Brigitte, une des enfants dont elle avait la charge a fêté son seizième anniversaire. Pour l’occasion Brigitte a tenu à l’emmener à Prague. Cette « Mère SOS » qui nous a accompagnés pendant 32 ans a d’ailleurs gardé un lien fort avec l’ensemble de « ses enfants » qu’elle accueille systématiquement pendant les fêtes de noël.

Un des moments associatifs que j’aime le plus, aussi représentatif des liens forts qui se créent à tout niveau, est la réunion des « Mères ou Pères SOS » que nous réalisons tous les 2 ans. Certain(e)s nous ont quittés depuis 20 ou 30 ans mais ne manquent jamais à l’appel et rencontrent ainsi de nouveaux(elles) « Mères ou Pères SOS », leur donnent d’éventuels conseils, les aiguillent sur certaines questions éducatives qui n’ont pas vraiment changé, en clair assurent une transmission implicite.

Quels problèmes avez-vous rencontré depuis le début de la crise sanitaire ?

Le premier confinement a plutôt correspondu à une période de sérénité. « Les Mères ou Pères SOS » sont parfois resté(e)s confiné(e)s dans les maisons au-delà de leur temps de travail. Les enfants se sont donc bien souvent sentis en confiance et sereins. Pour les jeunes en appartement, en revanche, la période a été plus compliquée mais les éducateurs ont repris assez vite les visites afin de leur venir en aide.

Le problème réside surtout désormais dans le prolongement de la crise. Nous commençons à observer son impact en termes psychologiques sur les enfants en proie à des doutes sur un avenir incertain.

D’où proviennent vos financements et quelle en est la part de financement public ?

Nos financements ont trois sources principales :

> Départementales : pour chaque enfant que nous accueillons, le département nous verse le « prix de journée ».

> Privées : entreprises ou particuliers, nous avons la chance d’être soutenus par de généreux et fidèles donateurs sans lesquels nos actions dans le monde seraient impossibles et significativement réduites en France.

> Institutionnelles : certaines institutions internationales comme le Ministère des Affaires Etrangères, l’AFD, la principauté de Monaco soutiennent nos programmes dans des pays du monde.

En 2020, sur 100€ reçus, 55% viennent des conseils départementaux et 42% de la générosité privée. Toujours en 2020, sur 100€ perçus des conseils départementaux et de la générosité privée, 89.64€ vont au profit des enfants.

Pourquoi avoir fait le choix d’une labellisation par le Don en Confiance ?

SOS Villages d’Enfants est membre du Don en Confiance depuis sa création. Nous sommes très attachés à notre appartenance à la structure. La transparence, la rigueur, le fait de s’assurer que chaque euro dépensé le sera au profit des enfants est dans l’ADN de notre association.  L’adhésion était logique pour nous. Elle nous a conduit à nous soumettre au contrôle du Don en confiance et ainsi à assurer nos donateurs de la bonne utilisation de leur générosité.

Quelles sont vos relations avec la structure et quel chemin parcouru depuis votre labellisation ?

Un long chemin. Cela fait 22 ans que je suis dans la structure. Je l’ai été d’abord en tant que Directrice financière et aujourd’hui en qualité de Directrice Générale. En 22 ans j’ai rencontré beaucoup de contrôleurs-bénévoles. Chacun d’entre eux avec sa singularité nous a permis de grandir, de réfléchir à des sujets essentiels. Le dernier en date concerne la gestion des conflits d’intérêt. Ce chemin nous permet de progresser, d’améliorer nos procédures en interne ainsi que la qualité de la communication auprès des donateurs dans l’emploi de nos ressources.

Quelques mots sur vos projets à venir…

Les villages d’enfants sont à un moment charnière de leur développement. Nous en avons ouvert 4 au cours des trois dernières années et prévoyons d’en ouvrir au minimum 5 au cours des 3 prochaines années.

D’autres appels à projets verront bientôt le jour puisque, comme évoqué plus haut, l’accueil conjoint des fratries est un sujet porté par Adrien Taquet, Secrétaire d’Etat en charge de l’enfance et des familles auprès du ministre des Solidarités et de la Santé. Son objectif : la mise à disposition à court terme de 600 places dans des structures adaptées pour accueillir les fratries. Les Départements sont donc incités à inclure à leurs schémas départementaux la question de l’accueil des fratries. Nous avons donc des défis importants à relever pour les prochaines années.

A l’international maintenant, nous comptons poursuivre notre collaboration avec les associations partenaires, notamment au sein de projets financés par l’Agence Française de Développement afin d’améliorer la qualité de prise en charge des enfants et leurs familles dans les pays partenaires.

Le Don en confiance préconise spécifiquement aux associations et fondations à but non lucratif faisant appel public à la générosité de réaliser chaque année un Essentiel. C’est un document d’information clair, synthétique et pédagogique destiné au grand public. Il décrit en quelques pages ce qu’est l’organisation, ses principales réalisations de l’année, l’ensemble des fonds reçus, leur origine et leur utilisation, en particulier ceux provenant de la générosité du public, et le cas échéant les principaux écarts par rapport aux années précédentes, ainsi que les événements significatifs intervenus dans l’année. 

En savoir plus : Télécharger le guide

Association française de solidarité internationale, PARTAGE avec les enfants du monde agit depuis 1973 contre l’injustice et la violence faites aux enfants les plus vulnérables et combat l’indifférence. Parce que chaque enfant a des droits fondamentaux, il doit être reconnu comme un individu à part entière, acteur de sa vie et de son avenir. Rencontre avec Yolaine Guérif, Directrice générale.

L’Objectif de Développement Durable 4 (ODD 4) consiste à assurer l’accès de toutes et de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et de promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. Il insiste sur la nécessité de permettre aux enfants les plus éloignés du système car exclus ou marginalisés de bénéficier aussi d’une éducation de qualité et gratuite.

Aujourd’hui tel que l’on est parti nous n’atteindrons pas cet objectif en 2030 si les états ne mettent pas plus de moyens dans leur politique de coopération internationale. En tout cas « PARTAGE avec les enfants du monde » y travaille tous les jours. Au cours de la dernière décennie des progrès majeurs ont été réalisés pour améliorer l’accès à l’éducation et accroître les taux de scolarisation à tous les niveaux en particulier pour les filles mais près de 265 millions d’enfants et d’adolescents ne sont toujours pas scolarisés. Et la pandémie de Covid-19 n’améliore en rien les choses.

Vous dirigez l’association PARTAGE avec les Enfants du Monde, pouvez-vous nous en dire plus sur son origine et son nom ?

PARTAGE avec les enfants du monde est une ONG de solidarité internationale créée en 1973 pour venir en aide aux enfants orphelins, victimes de la guerre du Viêt Nam.

Dès le début a prévalu l’idée que l’humanité partage une même planète et que le combat contre l’injustice et la violence faites aux enfants les plus vulnérables et contre l’indifférence est l’affaire de toutes et de tous, tant « ici que là-bas ».

L’association a très rapidement mis en place un système de parrainage afin que des donateurs français apportent une aide pérenne aux enfants en termes d’éducation, de soin, d’alimentation et de protection et puissent tisser un lien avec d’autres cultures.

Quelles sont les valeurs véhiculées par l’association et quelle est votre mission aujourd’hui ?

Notre mission consiste, au travers d’un réseau de solidarité internationale, à œuvrer au bénéfice des enfants les plus démunis et à lutter pour le respect de leurs droits fondamentaux. Nous favorisons une grande chaine de solidarité entre tous les membres : parrains, donateurs, partenaires locaux, experts de l’enfance démunie et bien sûr, les enfants, leurs familles et leurs communautés tant « ici que là-bas ».

Nos valeurs reposent sur :

  • L’engagement : nous mettons tout en œuvre pour combattre l’injustice et la violence qui frappent les enfants en permettant la mise en place d’actions de terrain, menées par des partenaires locaux et toujours inscrites dans la durée.
  • Le partage : c’est la notion fondatrice de notre association et de notre réseau de solidarité où chacun donne et reçoit. C’est un réseau d’échanges, de fédération d’énergies, de compétences et d’engagements de chacun.
  • L’écoute et le respect : chaque action de terrain entreprise est fondée sur l’écoute des besoins des enfants et de leurs communautés. Selon nous, le respect de la culture et de l’environnement des enfants est une valeur fondamentale.
  • La proximité : notre réseau de solidarité est à visage humain, avec des personnes qui se connaissent et qui sont en lien. De plus, le parrainage repose sur cette connaissance mutuelle et réciproque entre les parrains et les enfants bénéficiaires.

Comment s’organisent vos missions sur place ? Sont-elles conduites par des bénévoles ou des permanents ?

Dès l’origine, PARTAGE a fait le choix du partenariat local. Les actions sont mises en place par les partenaires locaux sur le terrain, dans le respect de l’histoire, de la culture et des valeurs des populations. Les équipes de PARTAGE, depuis le siège, assurent le suivi et l’évaluation des programmes, vérifient la bonne utilisation des fonds et accompagnent le renforcement de capacités des acteurs locaux, dans le but de les rendre autonomes. Des bénévoles peuvent également intervenir en renfort notamment sur les questions d’appui et d’audit financier.

Dans quels pays intervenez-vous ? Qui vous sollicite pour les interventions ?

Nous intervenons dans 19 pays dont la France et évoluons sur des partenariats de longue durée.  1/3 de nos partenaires travaillent avec nous depuis plus de 15 ans. 

Nous agissons dans une logique de renforcement des partenariats porteurs et constructifs. Être à l’écoute de nouvelles propositions et des nouveaux besoins des associations nationales reconnues « expert de l’enfance » avec lesquelles nous travaillons.

Parlez-nous des facteurs d’inégalités sociales dans l’enfance, quels sont ceux que vous rencontrez fréquemment dans les pays que vous couvrez ? Comment essayez-vous d’y apporter réponse ?

On trouve des facteurs d’inégalités partout dans le monde y compris en France. L’éducation est l’une des plus grandes injustices puisque sans elle, il est difficile de sortir de la pauvreté. Mieux éduqué, un individu est aussi mieux soigné, mieux défendu et plus averti.

Il y a des pays où l’accès à l’éducation est un souci majeur. En Afrique subsaharienne, nous constatons des problèmes récurrents d’enfants non scolarisés ou déscolarisés, phénomène encore plus important pour les filles. Evidemment la pauvreté en est la principale raison. Lorsque les enfants participent au revenu d’un foyer, la famille est moins encline à les mettre à l’école et aura plus de difficulté à voir l’intérêt de maintenir ses enfants à l’école. Les principaux facteurs d’inégalité sont donc la pauvreté, l’éducation des parents mais aussi l’accès très inégal à un système éducatif qui devrait être gratuit et de qualité.

C’est un problème de politique publique. L’éducation reste un poste de dépenses très important pour les Etats mais souvent très insuffisant par rapport aux besoins et l’aide publique au développement destinée à l’éducation est très en deçà des enjeux.

Dans des pays où l’on observe des croissances démographiques très élevées, le taux d’accès peut-être satisfaisant à un instant donné et devenir obsolète très rapidement. La création de nouvelles salles de classes et l’attribution de nouveaux enseignants qualifiés se faisant pressantes pour accueillir les nouvelles générations.

Comment agissent vos partenaires sur le terrain, notamment dans les pays les plus démunis, pour faire face à ces problématiques ?

PARTAGE avec les enfants du monde a fait le choix d’intervenir majoritairement dans les pays pauvres ayant un indicateur de développement humain parmi les plus bas au monde ou dans des pays dits émergents comme le Brésil ou l’Inde mais où les inégalités sont particulièrement criantes.

Une palette d’interventions possibles s’offre à nous puisque ce sont nos partenaires qui nous soumettent leurs initiatives. L’éducation est l’une des portes d’entrée. Nous sommes alors dans une approche holistique de l’enfance. Nous nous intéressons évidemment à ce qui se passe dans la classe : s’assurer déjà que les enfants soient scolarisés et viennent en classe, s’assurer de la qualité de l’éducation, de l’information des professeurs sur les matières et la pédagogie. Nous sommes particulièrement attentifs aux pédagogies actives qui placent l’enfant au cœur des apprentissages et qui font beaucoup appel à l’art ou au sport, à l’expression corporelle.

La plupart de nos partenaires ont vraiment une approche spécifique de la participation de l’enfant et essayent d’accompagner l’enfant à être un acteur de ses choix.

Nous sommes très vigilants aussi à ce que les enfants puissent bénéficier au moins d’un repas par jour. Une partie de nos partenaires mettent d’ailleurs en place des cantines scolaires. C’est un facteur de scolarisation. Les enfants ayant un repas par jour vont plus facilement rester à l’école.

En parallèle nous travaillons sur la santé de ces enfants avec des actions de sensibilisation des familles/communautés sur les bonnes pratiques (hygiène, alimentation…) ainsi que la prise en charge de vaccination ou de compléments alimentaires. Nos partenaires ont des systèmes de suivi et d’accompagnement social des familles les plus pauvres pour pouvoir les aider à financer des frais de santé qui parfois peuvent être très élevés dans des pays où la sécurité sociale n’est pas accessible au secteur informel.

Enfin nous collaborons beaucoup avec la communauté en mettant en place de l’accompagnement et de la formation à la parentalité ou encore au sein de conseils d’école avec des parents élus délégués.

Bref, nos actions sont plurielles et forment un tout cohérent d’accompagnement sur plusieurs problématiques propres à l’enfant scolarisé (éducation, alimentation, santé, protection).

Nous collaborons aussi avec des partenaires spécialisés sur les questions de protection de l’enfance de rue orientées vers du suivi, de l’appui social et de la réinsertion scolaire, économique ou familiale quand c’est possible. Enfin nous travaillons avec des associations locales spécialisées dans l’accompagnement d’enfants porteurs de handicap qui proposent des mesures d’accompagnement à l’éveil ou d’accompagnement thérapeutique et psychologique.

Voilà ce sont les trois types de partenaires avec lesquels nous sommes en relation aujourd’hui.

Vous fonctionnez selon un système de parrainage mais en quoi cela consiste-t-il ? Quel est le rôle de vos parrains ? Rencontrent-ils les enfants qu’ils parrainent ?

Choisir de soutenir une association de parrainage en devenant parrain/marraine c’est être acteur. Déjà « donner » inclut d’agir et d’être « un peu plus » citoyen. En devenant parrain/marraine (l’association en compte 18.000 à ce jour) on devient davantage acteur de son don. Ceux qui optent pour PARTAGE avec les enfants du monde choisissent soit de parrainer un enfant nominativement, et de créer un lien épistolaire, soit de parrainer une action et de recevoir des nouvelles des activités mises en place pour tous les enfants bénéficiaires.

Quel que soit le choix du parrainage, en confiant ses fonds à PARTAGE le donateur accompagne en fait toute une communauté. En aucun cas l’argent ne va à un enfant dédié, ce n’est pas possible et créerait des inégalités terribles entre enfants.

Certains font donc le choix de suivre un enfant avec lequel ils peuvent correspondre par écrit, échanger sur son quotidien. Ils vont le voir grandir et évoluer dans sa scolarité. C’est très constructif pour un enfant que de pouvoir se penser en dehors de sa communauté, voir ce qu’il se passe autre part dans le monde. Des études sur le parrainage montrent d’ailleurs que les enfants parrainés sont plus réguliers à l’école.

Enfin quelques parrains vont vouloir aller au-delà dans la relation et rencontrer l’enfant qu’ils soutiennent. PARTAGE a mis en place une charte précise incluant des règles strictes pour s’assurer que cette visite soit la plus constructive possible pour l’enfant, sa famille, sa classe et pour le parrain en visite. Ce sont toujours des moments d’émotion incroyables pour ceux qui les vivent.

La Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE) a fêté ses 30 ans le 20 novembre dernier, quelles ont été les avancées majeures depuis la création de ce texte ?

C’est déjà le premier texte de cette nature contraignant pour les états. Le texte le plus ratifié au monde, même si certains pays de poids ne l’ont pas encore adopté.

PARTAGE participe avec une trentaine d’ONG au « Groupe Enfance » au sein duquel nous avons travaillé à cet anniversaire en proposant aux politiques français des actions concrètes. En leur soulignant qu’il existe une convention coercitive certes mais qu’il est temps en France et à l’international de passer aux actes parce que pour l’instant ils ne suffisent pas et que très concrètement 265 millions d’enfants sont encore non scolarisés dans le monde dont 22% en âge de fréquenter l’école primaire. La moitié de ces enfants vivent en Afrique subsaharienne et bien entendu ce sont les filles qui sont le plus touchées par cette inégalité. Il y a donc encore énormément de travail à accomplir à l’international. Il faut savoir que la France dans son aide au développement soutien l’éducation mais très en deçà des engagements qui ont pu être pris par d’autres pays.

Quels sont les pays les plus en retard sur la question ? Y-a-t-il encore beaucoup à faire pour que les droits de l’enfant soient appliqués ?

Ces deux dernières décennies, il y a eu des progressions très importantes des taux de scolarisation, mais il reste beaucoup à réaliser et la crise de la COVID19 risque de tout « gâcher ». Difficile de vous donner au débotté une échelle de pays mais comme je vous le disais plus haut l’Afrique subsaharienne est le continent où les taux d’accès à l’éducation et de rétention sont les plus bas du monde.

Les pays affectés par des bouleversements climatiques majeurs ou les pays en guerre génèrent également des taux très bas de scolarisation. Les enfants sont toujours les premières victimes.

Il y a aussi la question épineuse des migrations. Les enfants migrants quels qu’ils soient sont censés être accueillis, scolarisés et protégés par les pays où ils se trouvent et l’on se rend compte que ce n’est pas le cas sur beaucoup de territoires, y compris en France.

Lors de ce travail réalisé avec le groupe enfance, nous avons souligné que certes il reste beaucoup à faire dans les pays en voie de développement ou émergents mais aussi en France et dans les pays développés. C’est un peu l’idée des objectifs de développement durable (ODD) d’ailleurs : il n’y a pas de pays développés ou en développement, nous sommes tous en développement et devons converger vers des conditions de vie acceptables pour chacun(e) à travers le monde.

Pour étayer ces propos je rappelle d’ailleurs que PARTAGE n’a pas qu’une mission à l’international, PARTAGE a aussi une responsabilité d’éducation à la citoyenneté des enfants (notamment) en France. La responsabilité de les ouvrir au monde, de les sensibiliser à la paix et aux enjeux internationaux. Et l’on se rend compte dans toutes les actions que nous menons qu’il y a énormément d’enjeux convergents, que les enfants ici ressentent des injustices et difficultés similaires à celles que l’on peut rencontrer ailleurs dans des pays plus sensibles. 

PARTAGE a également pour priorité de faire dialoguer des « jeunes de France et d’ailleurs » autour d’enjeux communs. Pour les 30 ans de la convention internationale des droits de l’enfant nous avons ainsi organisé une grande tournée musicale avec des enfants venant d’Equateur qui ont pu partager leurs points de vue sur ces droits avec de nombreux jeunes français issus d’écoles de musique ou de conseils municipaux de jeunes.

Est-il possible selon vous d’atteindre l’objectif de l’éducation pour tous à court ou moyen terme ?

C’est l’objectif 4 des ODD. Il consiste à assurer l’accès de toutes et de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et de promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. L’ODD 4 insiste sur la nécessité de permettre aux enfants les plus éloignés du système car exclus ou marginalisés de bénéficier aussi d’une éducation de qualité et gratuite.

Aujourd’hui tel que l’on est parti nous n’atteindrons pas cet objectif en 2030 si les états ne mettent pas plus de moyens dans leur politique de coopération internationale. En tout cas PARTAGE avec les enfants du monde y travaille tous les jours. Au cours de la dernière décennie des progrès majeurs ont été réalisés pour améliorer l’accès à l’éducation et accroître les taux de scolarisation à tous les niveaux en particulier pour les filles mais comme je vous le disais près de 265 millions d’enfants et d’adolescents ne sont pas scolarisés aujourd’hui. Et la pandémie actuelle n’améliore en rien les choses.

Comment vous financez-vous ? Obtenez-vous des subventions de la part des pouvoirs publics ?

Très peu. Aujourd’hui près de 100% de nos ressources sont d’origine privée. On en a mobilisées lorsque certains de nos partenaires nous ont sollicités sur des financements de projets très conséquents, notamment en Haïti ou à Madagascar. A l’avenir c’est quelque chose toutefois que l’on peut être amené à faire mais ce n’est pas aujourd’hui au cœur de notre modèle économique.

En cette période de crise sanitaire liée à la COVID-19, quelles sont les restrictions que vous rencontrez pour mener vos missions ?

Au début du confinement, nos 28 partenaires dans les 19 pays d’intervention ont dû mettre en standby leurs activités. Les écoles ont tout de suite fermé aussi. Or dès l’instant où l’école n’est plus accessible, les risques en termes de suivi social se multiplient : problèmes de maladie, de violence, de nutrition, de décrochage scolaire, de travail forcé ou de grossesses précoces que l’on arrive plus à détecter. Et puis comme je l’évoquais, nous avons beaucoup de partenaires qui offrent un repas par jour aux enfants dans l’enceinte de l’institution. La charge financière engendrée par l’absence de ce repas est souvent conséquente pour les familles les plus démunies.

Très rapidement, nos parrains et donateurs nous ont demandé comment ils pouvaient intervenir. Ce sont des instants très forts qui nous dynamisent, des moments où l’on se rend compte que nous sommes vraiment soutenus par la générosité du public qui nous accompagne.  

Par ailleurs en l’espace d’un mois, 16 de nos partenaires se sont mobilisés et nous ont sollicité pour mettre en place des actions d’urgence et ainsi répondre à ce besoin de suivi social. Nous avons donc été en capacité de déployer rapidement une activité adaptée à la situation (passage dans les familles, distribution de colis alimentaire dans les pays où tout était fermé et où les prix flambaient, organisation d’un suivi pédagogique à distance). Sur ce dernier point d’ailleurs, nos partenaires ont déployé des trésors d’imagination pour essayer de maintenir une continuité pédagogique en proposant du conseil aux parents, du conseil aux enfants via des groupes whatsapp, certains sont même passés dans les bidonvilles au Honduras avec des haut-parleurs pour proposer des activités de lecture et distiller des conseils.

L’école est un lieu d’émancipation pour les enfants mais aussi de protection, un lieu où ils peuvent se nourrir, en être privé est une vraie catastrophe. Or au plus fort de la crise nous étions à 1 milliard d’enfants non scolarisés.

Aujourd’hui, l’école reprend progressivement dans la plupart de nos pays d’intervention, parfois à temps partiel. Nous orientons notre travail partenarial vers le respect des gestes barrières et des mesures de protection mais aussi vers des activités de rattrapage pour les enfants qui présentent des « retards d’apprentissage » liés à la fermeture des classes pendant 7 mois et pour lesquels la continuité pédagogique n’a pas été suffisante.

Et suite à l’explosion du port de Beyrouth, intervenez-vous sur la mission sociale d’urgence au Liban ?

Nous intervenons au Liban en effet. Nos partenaires déjà frappés par la crise politique, la révolution, la Covid-19 se sont retrouvés ébranlés par l’explosion.

En cette situation de crise, nous en soutenons 2 dont 1 qui travaille dans les quartiers limitrophes du port. Grâce à nos donateurs qui se sont vite mobilisés également, nous avons pu mettre en place une aide alimentaire d’urgence et des soins médicaux si nécessaires.

En parallèle nous travaillons sur l’apport d’une aide psycho-sociale à long terme ainsi qu’à du soutien scolaire renforcé. Il faut savoir que les enfants libanais ont perdu plus d’un an d’école. Ils ont arrêté en mars comme tout le monde mais ils étaient déjà plus ou moins à l’arrêt pour cause de révolution. Du coup il existe un gros travail de rattrapage scolaire à effectuer dans les années à venir auquel PARTAGE avec les enfants du monde participera.

A titre informatif je me posais la question de savoir si l’école est obligatoire dans tous les pays du monde…

Oui l’instruction est obligatoire dans la majorité des pays du monde, mais encore faut-il que vous ayez une école à proximité, des professeurs dans l’école et que vous ne soyez pas en sureffectif dans la classe….


Parlons du Don en confiance maintenant, comment avez-vous découvert la structure et pourquoi avoir fait le choix de la labellisation ?

J’ai rejoint PARTAGE avec les enfants du monde il y a un an, je n’ai pas tout l’historique de notre relation mais je sais que l’association a été labellisée dans les premières années du Don en Confiance (en 1995).

Que vous apporte le Don en confiance dans votre relation avec le donateur ?

Nous mettons toujours en avant cette labellisation sur l’ensemble de nos supports à destination de nos donateurs et donatrices. C’est évidemment un gage supplémentaire de confiance. Rares sont ceux qui nous posent des questions sur le contenu du Don en Confiance mais le label contribue à renforcer la confiance que nos donateurs peuvent avoir en notre organisation.

Quels efforts de transparence faites-vous vis-à-vis du donateur pour vous conformer aux exigences du Don en confiance ?

Nous nous conformons absolument à toutes les exigences du Don en Confiance à savoir la mise en ligne de tous les documents essentiels visant à assurer la transparence de la gestion de la structure (rapport du commissaire aux comptes, rapport d’activité, rapports annuels, l’essentiel…).

Directrice d’une association, donnez-moi de bonnes raisons de faire labelliser ma structure ?

Je suis convaincue que la labellisation contribue à la confiance que peut avoir le donateur en l’association. Cela permet également au conseil d’administration d’une ONG d’être rassuré sur la manière dont l’association est gérée, sur les différentes procédures établies et les différents points d’attention à ne pas négliger. C’est un outil très précieux pour une directrice générale que d’avoir des alertes régulières sur des points de vigilance. Cela permet aussi de rentrer dans une démarche d’amélioration continue avec un référentiel partagé entre diverses ONG.

Une actualité à nous soumettre ?

Aujourd’hui nous sommes mobilisés sur l’urgence Liban. Comme je vous le disais, nous construisons sur 3 ans un projet de réhabilitation et de suivi psycho-social et scolaire de plus de 2.000 enfants que nous accompagnons dans les quartiers limitrophes du port de Beyrouth. C’est un gros projet qui demandera beaucoup d’attention et de soutien.


Ouy, Précieuse ou encore Romancia, de bien jolis prénoms d’enfants venus d’ailleurs. Hauts comme trois pommes, ils souffrent d’une malformation cardiaque congénitale potentiellement mortelle requérant une opération coûteuse rendue impossible dans leur pays natal faute de moyens techniques et financiers.

Terrible constat que celui-ci à l’origine de la création de Mécénat Chirurgie Cardiaque. Mais que se cache-t-il derrière cette association d’intérêt général à caractère humanitaire ?

Déjà une formidable équipe médicale dirigée par le Professeur en cardiologie Francine LECA qui s’attelle depuis près de 25 ans à opérer et soigner les cœurs d’enfants en principe condamnés. Soutenus par d’autres permanents chargés de collecter des fonds destinés à financer les opérations chirurgicales, elle a depuis 1996 permis à 3.500 enfants de bénéficier de soins adaptés en France métropolitaine. Mécénat Chirurgie Cardiaque c’est aussi différents référents locaux et autres bénévoles. Les uns chargés d’épauler les familles d’accueil et d’assurer le suivi médical de l’enfant, les autres de multiplier les actions de collecte de fonds notamment à travers l’organisation d’événements solidaires locaux ainsi que le développement du projet des écoles du cœur.

Dans toutes les régions il y a une ou un référent, représentant Mécénat Chirurgie Cardiaque, ils gèrent les familles d’accueil, l’arrivée des enfants et tout leur parcours, médical et global. Ils nous informent à tout moment de l’évolution du parcours de soins et des éventuelles difficultés rencontrées.

Professeur Francine Leca

Enfin Mécénat Chirurgie Cardiaque possède un réseau de 350 familles d’accueil dévouées à la cause, chargées d’héberger, accompagner et chouchouter les enfants pendant toute la durée de leur séjour en France. 

A l’arrivée à Paris, les familles d’accueil, qui se sont souvent levées aux aurores attendent, impatientes et émues, « leur enfant ». Le voyage a été long et parfois éprouvant, l’enfant est fatigué, désorienté, craintif… Les convoyeurs remettent enfant et bagage aux familles. Ils ont pris soin de leur petit protégé à l’état de santé parfois précaire pendant tout le vol ! Ce sont eux qui ont vécu la séparation et qui ont su parler et donner confiance aux parents.

Professeur Francine Leca

Une grande famille de cœur en somme au service d’un objectif : ré-insuffler la vie au rythme des bonnes fréquences cardiaques.

Mais si l’association a fait de la chirurgie cardiaque sont cœur de cible, ses missions ne s’arrêtent pour autant pas là. Loin d’être lâché dans la nature, chacun de ces bambins de cœur fait ensuite l’objet d’un suivi, de la convalescence première au Château des Côtes jusqu’au parrainage médicamenteux et scolaire une fois rentré chez lui.

Mécénat Chirurgie Cardiaque a également fait de la formation son cheval de bataille en développant des projets liés à la E-Santé destinés à former en cardio-pédiatrie tous les médecins partenaires. Cette volonté d’aller plus loin au plus près des enfants s’inscrit d’ailleurs dans la genèse de sa mission : celle de permettre à l’ensemble des enfants du monde de bénéficier des avancées technologiques ; celle de leur offrir aussi une qualité de soin que nous souhaitons tous pour nos propres enfants.

Financée à 40% par la générosité publique et 60% via le mécénat d’entreprises, l’association s’inscrit tout au long de l’année dans de nombreux événements solidaires tels le Tour de France, le Marathon de Paris ou encore les 24 heures du Mans pour collecter des fonds. Reportés pour la plupart en cette période de crise sanitaire, Mécénat Chirurgie Cardiaque ne tarit pourtant pas d’imagination pour en proposer de nouveaux en confinement. Dernier en date : Les Yogis du cœur a permis la collecte de 7.000 euros.

Sauver des enfants, une bien noble cause à laquelle chaque membre de l’association se consacre nuit et jour. Mais pour continuer à opérer des petits cœurs malades, Mécénat Chirurgie Cardiaque a aussi besoin de vos dons fussent-ils de temps ou plus prosaïquement d’argent.

Mécénat Chirurgie Cardiaque en images


Mécénat Chirurgie Cardiaque est une association labellisée Don en Confiance