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Fédération française des associations de protection de la nature et de l’environnement, France Nature Environnement (FNE) est la porte-parole d’un mouvement de 6.000 associations regroupées au sein de 46 organisations adhérentes, présentes sur tout le territoire français, en métropole et outre-mer. Reconnue en 1976 d’utilité publique, l’association est un mouvement citoyen indépendant de tout parti politique. Rencontre avec Arnaud Schwartz, Président de France Nature Environnement.

L’empreinte écologique permet de mesurer l’impact de nos modes de vies sur la planète. Elle peut se calculer pour un individu ou une population. On observe qu’entre ce que la nature renouvelle et ce que nous rejetons le différentiel se creuse. Chaque année, la bio capacité de la planète devrait être respectée, or aujourd’hui nous sommes grosso modo à une empreinte écologique aux alentours d’une planète et demi par année. Il faut ralentir.

Si tout le monde vivait comme l’habitant moyen de certains pays dits occidentaux, l’humanité aurait besoin de presque 2 planètes par an dans le cas de la France ou de l’Allemagne et de 4 pour les USA. Nos standards de vie sont progressivement devenus excessifs en regard des ressources dont l’humanité et les autres espèces vivantes disposent.

France Nature Environnement est la fédération française des associations de protection de la nature et de l’environnement, pouvez-vous nous en dire plus sur son organisation et ses missions ?

FNE regroupe 6.000 associations de protection de la nature et de l’environnement rassemblant globalement 900.000 citoyen(ne)s sur le territoire métropolitain et l’outre-mer. Elle réunit 26 associations territoriales (qui sont souvent elles-mêmes des fédérations d’associations), 10 associations nationales qui se mobilisent pour une cause environnementale spécifique (insectes, cétacées, agriculture…), et 10 associations « correspondantes » dont l’objet statutaire direct n’est pas la protection de la nature et de l’environnement mais qui partagent nos préoccupations.

France Nature Environnement est donc la principale organisation citoyenne environnementale de France sans équivalent même côté syndicat ou partis politiques. La fédération a pour pilier :

  • la sensibilisation de tout type de public à tout niveau : les jeunes en milieu scolaire et extra-scolaire, les adultes en contexte professionnel et extra-professionnel. Pour cela nous nous servons de différents outils pédagogiques (activités ludiques, conférences, sorties de terrain, débats…). La sensibilisation et l’éducation représentent un travail de fonds qui vise à faire progresser les consciences et changer les pratiques individuelles et collectives.
  • L’opposition et la proposition. FNE, depuis sa création à la fin des années 60, est un mouvement de citoyens légalistes à l’origine des premières grandes lois de protection de la nature, de la création du ministère de l’environnement, des premières grandes réserves naturelles ou encore des parcs nationaux. En termes d’idées nous regroupons depuis plus d’un demi-siècle des citoyens qui prennent sur leur temps libre pour le mettre au service de l’intérêt général en proposant des solutions basées sur le droit. Certains de nos adhérents sont des pionniers des énergies renouvelables, de l’agriculture biologique, de l’insertion par l’économie sur des chantiers écologiques…une palette d’activités expérimentées au fil du temps, reconnue aujourd’hui par les pouvoirs publics à différents échelons. Nous nous opposons à des pratiques, à des projets concrets ou à des lois quand ils sont nuisibles pour l’environnement mais toujours en proposant une action ou un texte alternatifs. Nous sommes un contrepouvoir. Nous n’avons pas vocation à prendre le pouvoir et n’engageons pas à voter pour tel ou tel candidat aux élections, nous sommes juste une vigilance citoyenne. Notre fonctionnement est fédéral et thématique. Nous avons une grosse dizaine de réseaux thématiques qui vont des risques et impacts industriels en passant par l’eau et les milieux aquatiques, la forêt, les territoires et mobilités durables, l’éducation, le juridique, l’énergie, la biodiversité…qui nous permettent de proposer des solutions pertinentes et largement renseignées.

Qui agit sur le terrain, des bénévoles, des permanents ?

Le mouvement FNE est essentiellement composé de bénévoles. Nous avons beau être la plus grande organisation environnementale française, la fédération regroupe des associations citoyennes, qui globalement sont très pauvres en comparaison des grandes fondations et autres organisations anglo-saxonnes plus médiatisées que nous. C’est pourquoi la communication est un enjeu majeur. Nous invitons d’ailleurs nos membres à faire valoir le nom « France Nature Environnement » sur leurs supports afin qu’ensemble nous soyons mieux identifiés et puissions solliciter le soutien du public.

Face aux défis environnementaux du 21ème siècle, notre fédération et ses membres ont besoin de plus de soutien pour gagner en liberté d’actions et en capacité à obtenir les résultats indispensables pour l’ensemble de la société.

La fédération comporte également mais dans une moindre mesure des permanents qui ont vocation à coordonner, établir les liens entre tous les membres, rassembler et synthétiser l’expertise de terrain des uns et des autres afin d’établir des propositions complexes et cohérentes.

Impliqué dans le débat public, FNE alerte et propose des solutions concrètes pour réussir la transition écologique, avez-vous l’impression d’être entendu à la hauteur des enjeux actuels par les pouvoirs publics, les médias et l’opinion publique ?

Clairement non. Et ce non est valable pour les 3. Le pourquoi est difficile à expliquer mais il est sûr que nous ne sommes pas entendus à la hauteur de l’urgence. A l’origine, la fédération était composée d’universitaires et d’étudiants dont la parole portait auprès des pouvoirs publics. L’époque a laissé place aux trente glorieuses (qu’on pourrait rebaptiser les trente piteuses) génératrices d’une certaine forme de débauche énergétique en lien avec des avancées technologiques impactantes pour notre environnement. Aujourd’hui nous commençons à chèrement en payer le prix. Enormément d’informations déjà suffisamment graves à l’époque n’ont pas trouvé écho et les dégâts ne font que s’aggraver maintenant sans prise de conscience réelle. Les autorités publiques se trouvent entre marteau et enclume du fait d’un système électoral fondé sur des calculs politiques à court terme, en proie à la pression de lobbys extrêmement puissants défendant des intérêts privés financiers. Or la finance est déconnectée de l’économie réelle. Le système électoral ne facilite donc pas l’indépendance, l’esprit critique des élus qui ont du mal à prendre en compte l’urgence.

La liberté de la presse est également entravée. Les médias privés qui font l’opinion dépendent souvent d’intérêts industriels et financiers. On a beau avoir des propriétaires de médias privés qui se défendent de ne pas intervenir sur les lignes éditoriales, le résultat prouve tout le contraire. Il existe un discours ultra dominant ridiculement et dramatiquement décalé par rapport aux enjeux.

Enfin et en ce qui concerne les citoyens, malheureusement ils sont pris dans les phares de cette pensée unique. Ils ont déjà leurs propres contingences à gérer au quotidien mais au-delà et collectivement rien n’est mis en place aujourd’hui pour que les choix les plus vertueux pour l’avenir soient les choix les plus faciles à faire pour eux. La politique au sens de la vie de la cité devrait pourtant permettre de faire ces choix profitables pour la majorité et l’intérêt général et non visant à satisfaire les intérêts d’une minorité à court terme. Quand on vit dans une société qui continue à creuser les inégalités de classes et qu’en parallèle la dégradation environnementale se poursuit touchant de plein fouet les plus pauvres, c’est tout un système dans lequel les citoyens sont pris et qui les alimente mal en informations qu’il devient nécessaire de remettre en cause. Mais faut-il déjà, en tant que citoyen, être très conscient et très motivé pour aller vers les bonnes pratiques.

Pour ne pas tomber dans le catastrophisme, je dirais quand même que les consciences s’éveillent. De plus en plus d’individus se donnent aujourd’hui les moyens culturels de se tourner vers ce qu’il y a de plus vertueux à travers l’entraide et la solidarité, de faire des efforts coûteux en temps et argent aussi pour vivre différemment en intégrant ce que nous apprend la science qu’est l’écologie à leurs gestes quotidiens. Ils ont compris qu’il va falloir se prendre en main et qu’il est difficile sur le sujet de compter sur les politiques publiques actuelles (pour preuve les taux d’abstention énormes aux élections).

Parlez-nous de vos moyens pour sensibiliser ces publics à la préservation d’un monde vivable et à son développement durable ?

Nos moyens sont essentiellement humains et passent par nos bénévoles. Nous n’avons pas de moyens financiers qui pourraient nous permettre de faire des campagnes publicitaires de grande ampleur mais comptons surtout sur le bouche à oreille, l’action de terrain réalisée par nos membres-bénévoles lorsqu’ils organisent une visite guidée, un débat, une exposition, un concours dessins ou photos, une activité pédagogique avec des enfants. On estime que le mouvement France Nature Environnement touche 2 millions de personnes chaque année sur des actions de sensibilisation de ce type.

Que pensez-vous de cette phrase de Nicolas Hulot « L’écologie est aussi et surtout un problème culturel. Le respect de l’environnement passe par un grand nombre de changements comportementaux » ?

Finalement, je viens en partie d’y répondre. Nous sommes en phase. Nicolas Hulot a eu la chance dans son parcours de croiser des personnes qui avaient avant lui réfléchi à ces problématiques. Ces expériences partagées font la richesse d’une société et lui permettent d’évoluer. Sans faire de prosélytisme, il faut savoir donner envie de découvrir une autre façon de regarder le monde et d’avancer. Le fait que l’écologie soit une science dont on ne tient pas encore assez compte concrètement à titre individuel et collectif est en effet un problème culturel. Le changement de comportement et plus largement l’évolution des modes de vie sont devenus des enjeux clés de la transition écologique. Et aujourd’hui, les consciences s’éveillent.

Quelles sont les causes majeures à défendre selon vous ?

Le premier message pour entamer une réflexion globale est de revenir à une empreinte écologique de moins d’une planète par an. L’empreinte écologique permet de mesurer l’impact de nos modes de vies sur la planète. Elle peut se calculer pour un individu ou une population. On observe qu’entre ce que la nature renouvelle et ce que nous rejetons le différentiel se creuse. Chaque année, la bio capacité de la planète devrait être respectée, or aujourd’hui nous sommes grosso modo à une empreinte écologique aux alentours d’une planète et demi par année. Il faut ralentir.

N’est-ce pas aussi un problème démographique ?

Pas vraiment. On se rend compte que les populations les plus riches (et aussi les moins nombreuses) font le plus gros de l’impact. Les pays à démographie galopante ont bien souvent des empreintes écologiques très inférieures à une planète par an, c’est le cas par exemple de l’Inde. En revanche les pays comme le nôtre, qui génèrent énormément de déchets et puisent des ressources naturelles partout sur la planète font partie de ceux qui ont la plus forte empreinte écologique. Si tout le monde vivait comme l’habitant moyen de certains pays dits occidentaux, l’humanité aurait besoin de presque 2 planètes par an dans le cas de la France ou de l’Allemagne et de 4 pour les USA. Nos standards de vie sont progressivement devenus excessifs en regard des ressources dont l’humanité et les autres espèces vivantes disposent.

Aujourd’hui le commerce international et les règles de droit ne sont pas conçus pour engendrer une humanité vivant de façon durable et en paix. Le système est encore issu des pratiques passées, en mode extractivisme- colonialisme. Comme disait Martin Luther King « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots ».

De combien doit-on diminuer notre empreinte carbone pour limiter le réchauffement climatique et réduire la pollution atmosphérique dans les années à venir ? Est-ce selon vous envisageable, à quel horizon et sous quelles conditions ?

L’empreinte carbone moyenne d’un Français – soit la quantité de gaz à effet de serre qu’il émet chaque année – est estimée à 11,5 tonnes de CO2. Or, pour limiter le réchauffement climatique à une hausse de + 1,5 degré, comme nous l’enjoint l’accord de Paris, cette empreinte carbone devra être réduite de 80 % en 2050.

Aujourd’hui pour atteindre cet objectif, il faudrait restocker du carbone en envisageant par exemple de planter plus d’arbres et de haies partout dans nos champs, stopper la destruction de l’existant, et laisser les arbres grandir dans les forêts au lieu de les couper jeunes, en utilisant avant tout ceux qui sont coupés pour l’ameublement et construire en bois et autres matériaux biosourcés plutôt qu’en ciment. Il existe aussi des façons de stocker du carbone dans les sols tout en leur redonnant de la fertilité. Si nous réalisons de telles actions durant les 30 prochaines années, les scientifiques espèrent limiter à 1,5/2 degrés la hausse des températures mais, bien sûr, en parallèle cela suppose aussi de réduire massivement nos émissions. Les 10 années à venir sont cruciales même si nous avons sans doute déjà passé certains points de bascule qui nous conduiront vers des boucles de rétro action négatives. A un moment donné tel dérèglement va en produire un autre. Revenir dessus nécessitera beaucoup d’efforts et une transformation à peu près total de nos modes de vie. Beaucoup de souffrance aussi car de multiples pertes de vies humaines évoluant dans des écosystèmes dégradés qui ne produiront plus assez d’eau potable et de nourriture. S’en suivront certainement des conflits intra ou inter étatiques ainsi que des famines et des épidémies. Ces scenarios avaient déjà été soumis à nos dirigeants dans les années 2000 par les services d’intelligence et les armées. Il y a donc une grande irresponsabilité de leur part à ne pas avoir fait un travail de sensibilisation auprès des populations et surtout à ne pas avoir intégré ces scenarios à leurs politiques publiques. Aujourd’hui nous sommes au pied du mur. Les mesures à prendre vont très certainement être considérés comme coercitives et nous imposer de changer radicalement de mode de vie.

Existe-t-il des solutions concrètes pour faire changer les choses, inverser la vapeur et garder la planète habitable ?

Oui bien sûr que des solutions existent, je vous en ai déjà signalées certaines. On peut par exemple se poser la question de réduire nos besoins à l’essentiel, réparer plutôt que jeter, emprunter et partager avec les autres. Bref, s’inscrire dans une consommation responsable et engagée. Un simple changement de comportement peut avoir un impact positif sur l’environnement. Cela passe aussi par un meilleur entretien de nos biens, comme par exemple nos équipements électroniques et notre électroménager ou encore, en cas d’investissement dans du neuf, par des choix en faveur de produits robustes et Eco conçus.

Sur le plan sanitaire maintenant, notre système de santé est extrêmement fragile alors que d’un point de vue purement biologique l’humanité d’aujourd’hui est beaucoup moins solide que celle d’hier. Nous accusons une baisse de fertilité aussi liée à nos conditions de vie (tabagisme, alcoolisme, sédentarité) et notre environnement nocif (pesticide, pollution atmosphérique, Bisphénol A…). Les solutions pratiques existent bien sûr mais la première consiste à se poser les bonnes questions sur nos modes de consommation et essayer d’en changer pour aller vers les circuits courts, le faire soi-même, le manger sain.

Lors du sommet virtuel des dirigeants mondiaux sur le climat et la croissance durable (P4G) qui s’est tenu à Séoul en mai 2021, les dirigeants mondiaux ont appelé à agir davantage et surtout à inclure tous les pays dans les efforts pour protéger l’environnement. Si les pays industrialisés ont pris des engagements ambitieux ces derniers mois pour réduire leurs émissions « carbone », pensez-vous qu’il soit économiquement possible pour les pays en développement d’éliminer leur dépendance aux combustibles fossiles ?

Il est possible économiquement pour les pays en développement de respecter les limites environnementales, si et seulement si le partage des richesses s’opère. Les pays développés doivent leur donner les moyens de le faire et donc modifier leur cadre économique actuel. Les engagements de solidarité pris pour l’instant, de transfert de fonds et technologies ne répondent pas du tout aux enjeux. Nous continuons à étrangler ces territoires qui souvent sont obligés de brader leur patrimoine naturel, leur force de travail, leur tranquillité sous forme de tourisme de masse pour essayer de faire entrer quelques maigres devises dans leurs caisses.

Il est important que l’humanité retrouve le goût du collectif et de l’entraide. Le changement viendra, je le pense, plutôt des citoyens, des solidarités locales ou internationales avec la prise de conscience que l’heure n’est plus à l’individualisme et qu’il faut rééquilibrer la balance.

En parlant de solidarité et d’entraide justement que pensez-vous des positions de Greta Thunberg et des jeunes générations qui la suivent dont les discours font parfois l’objet de critiques virulentes mais représentent le symbole de la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de l’environnement ? Font-elles évoluer les choses ?

De gré ou de force les choses évolueront. L’homme fait partie de la nature et la nature ne négocie pas, son fonctionnement s’impose à nous. La jeune génération a bien compris que ses choix de vie à très court terme risquent d’être compromis par la dégradation de l’environnement mondial et les catastrophes subséquentes. Greta Thunberg fonde ses positions sur des données scientifiques qu’elle vulgarise en touchant un large public et en intéressant les médias. En cela elle fait progresser la cause en effet.

Sur ces sujets sensibles quelles sont vos relations avec les autres organisations de protection de l’environnement comme la Fondation pour la Nature et l’Homme présidée par Nicolas Hulot ou encore WWF, vous battez vous main dans la main avec elles ?

Oui, ces fondations essayent, tout comme nous, de sensibiliser le grand public et les décideurs mais avec des moyens différents de notre fédération d’associations. FNE défend la nature en déployant tous les outils de la démocratie environnementale et participative. Nous permettons aux citoyen(ne)s d’apprendre et de faire localement, de participer à la vie démocratique du pays, de siéger dans des commissions, de contribuer à des débats publics, d’accéder à l’information et si besoin de se battre en justice au nom de l’intérêt général. En résumé, nous canalisons positivement les énergies citoyennes. Notre mission est unique et mérite d’être soutenue si l’on veut avoir une société durable et pacifiée.

Avec la Fondation Nicolas Hulot ou le WWF nous nous coordonnons dans le cadre du Réseau Action Climat, qui fédère les associations impliquées dans la lutte contre le dérèglement climatique et pour une transition écologique solidaire et équitable. Nous travaillons également sur des sujets ponctuels que nous souhaitons porter d’une seule voix auprès des pouvoirs publics (propositions sur la biodiversité en vue de la COP 15 d’octobre 2021 par exemple). Nous coopérons et sommes donc complémentaires dans nos approches. Mais là où ces grandes Fondations bénéficient du soutien du public et des médias, FNE manque encore de reconnaissance dans sa démarche citoyenne qui consiste à dire « prenons nous en main nous même ! ».

D’où proviennent vos différentes ressources financières ?

Nous bénéficions des cotisations de nos membres mais c’est une part infime de notre budget national.

Le reste provient, encore trop peu, de dons et legs des citoyens, un peu plus de financements d’entreprises sous forme de mécénat ou partenariat et enfin principalement de subventions de la part de l’Etat et autres structures publiques en raison de notre action au service de l’intérêt général.

Je tiens à préciser qu’en France il y a encore peu de donateurs pour la cause environnementale, la marge de progrès reste énorme et les besoins criants vu le manque d’actions conséquentes des décideurs publics et privés.

Qu’est-ce que le label Don en Confiance apporte à votre organisation ?

En interne, bénéficier de l’expertise du Don en Confiance nous apporte une forme d’exigence bienveillante, de conseils, d’outillages ou d’encouragement à faire mieux et à améliorer nos pratiques dans l’appel, la collecte de dons et l’usage de la générosité du public.

En externe, bénéficier du label Don en confiance représente un gage de qualité, de sécurité qui va donner envie aux citoyen(ne)s de nous soutenir, surtout pour celles et ceux qui ne nous connaissent pas encore ou peu.

Le Don en Confiance place le donateur au centre de sa démarche. Est-ce que votre organisation s’en sert comme d’un levier, comme d’une fierté ?

Tout à fait. FNE a pour vocation de diffuser des messages accessibles au plus grand nombre en plus de solliciter la générosité du public, bénéficier du label sur nos supports accorde un crédit certain à nos missions et incite à la confiance en nos actions.

Que diriez-vous à un donateur pour lui expliquer qu’il peut donner en toute confiance à votre organisation ?

Nous sommes une organisation de citoyen(ne)s contrôlée par les citoyen(ne)s. Nous avons une vie démocratique extrêmement forte. Chacun peut y obtenir les comptes annuels, être élu dans les conseils d’administration, les bureaux, devenir trésorier… Peu de structures sont aussi transparentes et contrôlées que les associations de protection de la nature agréées par FNE qui bénéficient en plus du label Don en confiance.

Les citoyen(ne)s peuvent donc nous soutenir en toute tranquillité en sachant que nous sommes contrôlés comme personne et qu’ils peuvent participer eux-mêmes à la gouvernance collégiale du mouvement.   

Quelles sont vos priorités pour les prochains mois ?

France Nature Environnement aura trois grandes priorités dans les mois à venir :

  • Obtenir la validation de la part du Ministère de l’intérieur de nos nouveaux statuts et règlements intérieurs simplifiés et mis à jour.
  • Procéder à la réécriture de notre plan stratégique à l’horizon 2030.
  • Préparer nos outils de questionnement des candidats aux élections présidentielles puis législatives sur leurs ambitions en terme de protection de la nature et l’environnement et leur intégration aux politiques publiques.

Yann Lasnier, Délégué général des Petits Frères des Pauvres

Organisation caritative française reconnue d’utilité publique, Les Petits Frères des Pauvres luttent depuis 1946 contre l’isolement et la solitude des personnes âgées, prioritairement les plus démunies. Accueillir, visiter, planifier des animations collectives, des réveillons, des vacances, aider matériellement ou moralement, protéger et loger donnent du sens à l’action d’une association particulièrement sollicitée en cette période de crise sanitaire. Rencontre avec Yann Lasnier, Délégué général.

Notre pays compte, parmi la population des plus de 60 ans, 300.000 personnes en situation de mort sociale, l’équivalent d’une métropole comme la ville de Nantes. Ces personnes vivent sans contacts, ne parlent à personne. À ce triste constat, s’ajoutent 700.000 personnes qui risquent l’isolement social et pour lesquelles les cercles amis-famille-vie associative sont d’une extrême pauvreté. C’est donc un vrai sujet !

Les Petits Frères des Pauvres luttent contre l’isolement et la solitude des personnes âgées, prioritairement les plus démunies, mais d’où vient cette appellation et quelle est l’origine de l’association ?

Armand Marquiset, fondateur des Petits Frères des Pauvres, était un homme en quête de sens. C’est à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, après un long cheminement personnel et spirituel, qu’il décide de se mettre pleinement au service des « Autres » et de créer l’Association. Son projet était de mobiliser de jeunes hommes au service des plus pauvres. Et à la sortie de la guerre, les plus pauvres étaient les personnes âgées, manquant de tout.

Le nom de l’Association porte le sens de sa motivation première : des hommes au service des pauvres.

C’est dans ce contexte que les valeurs fondatrices ont pris leurs racines : fraternité, fidélité, le sens de la fête et de la joie, le beau, l’audace, les fleurs avant le pain, des liens jusqu’au bout de la vie. Très vite, son ambition a été d’élever les Petits Frères des Pauvres au rang d’une congrégation religieuse : servir l’homme fragile c’était, pour lui, servir Dieu. Homme de conviction, il persistera dans cette intention. Reçu plusieurs fois à Rome par les papes Pie XII, Jean XXIII et Paul VI, il expose son idée. Mais dans l’élan conciliaire de Vatican 2, le cardinal archevêque de Paris Maurice Fretin lui conseille fortement une autre voie : rester avec notre note caractéristique de laïcs au risque de nuire à l’épanouissement des Petits Frères des Pauvres. Les Petits Frères des Pauvres sont sans appartenance politique ni confessionnelle.

Quel est aujourd’hui l’objet social de l’association ?

S’il est vrai que l’association est aujourd’hui très connue de nom, son objet social n’est pas toujours clairement discerné. On nous confond souvent avec les Petites Sœurs des Pauvres ou encore Emmaüs. Lors de la refonte de l’identité visuelle il y a maintenant trois ans, nous avons choisi de garder notre nom clairement identifié et rassurant mais y avons associé la signature « Non à l’isolement de nos aînés ». Les Petits Frères des Pauvres ont aujourd’hui deux grandes missions. La première consiste à lutter contre l’isolement social de nos aînés en recréant des liens leur permettant de retrouver le goût de la vie et à lutter contre la grande précarité notamment des personnes vieillissantes qui vivent dans la rue.

La deuxième mission est de témoigner, alerter sur ce fléau invisible. Ainsi, par notre voix, nous incitons la société à changer de regard sur la vieillesse, nous témoignons des situations inacceptables que nous rencontrons, nous alertons les pouvoirs publics sur la nécessité d’agir et nous favorisons l’engagement citoyen.

La dénomination « personne âgée » peut finalement recouper un large public : on est senior en entreprise à 45 ans, on le devient à 50 pour les professionnels du marketing et à 70 pour ceux de la santé. Qu’est-ce qu’une personne âgée pour Les Petits Frères des Pauvres et à quel type de public répondez-vous ?

Nous accompagnons des personnes isolées et démunies à partir de 50 ans. Et ce public constitue une part importante de notre engagement. 50 ans, cet âge peut sembler jeune mais les publics les plus précarisés, ayant eu un parcours chaotique et vivant à la rue sont le plus souvent des personnes qui dès 50 ans sont fortement fragilisées.

En revanche, pour ce qui est de l’isolement social à proprement parler, Les Petits Frères des Pauvres s’adressent principalement aux personnes du grand âge (au-dessus de 85 ans). Nous intervenons d’ailleurs beaucoup en EHPAD ou dans les foyers Adoma de vieux migrants.

Il faut savoir qu’à l’heure actuelle, la population des plus de 85 ans progresse de 3 % chaque année et que la France compte près de 20.000 centenaires. Même si l’espérance de vie tend à diminuer, le territoire comptabilisera de plus en plus de personnes âgées de plus de 60 ans et de personnes qui vont atteindre le grand âge.

Les Petits Frères des Pauvres embrassent ce large espace générationnel.

Selon vous, quelle est la part de la population des personnes âgées qui vit en France une situation d’isolement social importante ?

Les Petits Frères des Pauvres sont aujourd’hui en mesure de fournir cette information de façon fiable dans le cadre d’un baromètre publié la première fois en 2017. Notre pays compte, parmi la population des plus de 60 ans, 300.000 personnes en situation de mort sociale, l’équivalent d’une métropole comme la ville de Nantes. Ces personnes vivent sans contacts, ne parlent à personne. À ce triste constat, s’ajoutent 700.000 personnes qui risquent l’isolement social et pour lesquelles les cercles amis-famille-vie associative sont d’une extrême pauvreté. C’est donc un vrai sujet ! L’actualité nous le révèle parfois de manière très violente d’ailleurs en évoquant dans ses faits divers des citoyens âgés retrouvés morts chez eux dans la plus grande indifférence des semaines, des mois, voire des années après leur décès.

La crise sanitaire actuelle a-t-elle aggravé la situation ?

Incontestablement. Nous avons d’ailleurs réalisé une étude afin de mesurer l’impact de la crise sanitaire sur l’isolement social de nos aînés. Il en est ressorti 3 chiffres édifiants : 720.000 personnes âgées n’ont eu aucun contact avec leurs proches durant le confinement. Plus émouvant et perturbant encore, 650.000 personnes âgées n’ont eu aucun confident. Et pourtant, ces moments sont essentiels pour rester ancrés dans la vie et dans sa dignité d’homme ou de femme. Enfin, 32 % des Français de plus de 60 ans ont ressenti de la solitude pendant le confinement, ce qui représente 5,7 millions de personnes. Rapporté à la population française, cette situation doit nous alerter !!

Comment arrivez-vous à identifier les personnes en grande nécessité ? Sur quels critères vous basez-vous pour estimer que la personne a besoin de votre aide ?

Les Petits Frères des Pauvres sont au centre d’un écosystème qui peut être différent selon les territoires sur lesquels ils agissent. Aujourd’hui, les politiques d’accompagnement de l’âge proposent de nombreux dispositifs sociaux tels que les Centres Communaux d’Action Sociale, les Hôpitaux, les Centres Locaux d’Information et de Coordination, les Réseaux de santé… qui permettent de repérer les personnes en situation de fragilité. Les communes disposent depuis l’épisode dramatique de la canicule de l’été 2003, de listes de personnes identifiées. Je me bats d’ailleurs, en cette période de confinement avec quelques CCAS face à des situations intolérables. Par exemple, lorsque nous montons des équipes bénévoles d’accompagnement par téléphone pour venir en aide aux personnes âgées en situation d’isolement, on nous rétorque que les listes ne peuvent nous être fournies puisque la RGPD l’interdit ! Comment peut-on imaginer un seul instant qu’une personne de 85 ans en situation d’isolement extrême puisse songer à nous attaquer pour non-respect de la protection de ses données personnelles ? Une telle aberration administrative est vraiment révoltante !

En ce moment, les Français découvrent des situations auxquelles la plupart ne se frottent jamais comme avoir à choisir entre payer 30 euros de chauffage ou se faire à manger. Mais c’est une réalité que vivent beaucoup de nos retraités les plus précaires. Il faut savoir que le minimum vieillesse est largement en dessous du SMIC. Comment vivre avec si peu ?

Il y a aussi des cas qui passent à travers nos filets malheureusement, mais nous faisons tout pour être présents et identifier les situations les plus extrêmes.

Avez-vous déjà essuyé des refus d’une aide malgré la souffrance constatée et l’isolement ? Si oui comment agissez-vous ?

Il y a des paliers pour aborder les personnes concernées. Au départ bien sûr, certaines sont sceptiques quant au fait que l’on puisse leur apporter de l’aide. Il faut leur proposer de les réadapter à une relation sociale et cela prend du temps.

Avec ces différents confinements, nous découvrons que l’altération de nos interactions sociales génère de la souffrance mais nous nous apercevons également que l’on peut finir par s’habituer à la situation et au final se renfermer. Les Petits Frères des Pauvres gèrent des cas qui demandent de ré-apprivoiser la relation à l’autre bien sûr mais grâce à l’engagement, la patience, l’immense dévouement de la majorité de nos bénévoles, nous y parvenons. 

Parlez-nous de vos missions ? Quels accompagnement et activités proposez-vous ?

Nous accompagnons dans la durée sur leur lieu de vie les personnes âgées en situation d’isolement et de précarité, en ville et jusqu’en milieu rural reculé. Une fois qu’une personne est signalée, nous vérifions si elle souhaite être soutenue et nous mettons en place un accompagnement déployé par au moins deux bénévoles. Nous intervenons à domicile ou en hébergement collectif (EHPAD, Unités de Long Séjours des hôpitaux) mais aussi en prison.

Pour recréer du lien, il existe également des activités de groupe auxquelles peuvent choisir de participer les personnes que nous accompagnons, tels les goûters, les repas de Noël, les sorties, les vacances. Pour les séjours de vacances, nous possédons ainsi un patrimoine, notamment en bord de mer, où nous organisons des vacances pour des personnes qui bien souvent n’y ont plus accès depuis des années. Or nous savons que les vacances possèdent des vertus insoupçonnées sur le raccrochement à la vie.

Nous disposons également d’une ligne d’écoute anonyme et gratuite, « Solitud’écoute » (0 800 47 47 88) pour lequel nous avons chaque année un nombre considérable d’appels de personnes en détresse totale (+ de 20.000). Ce dispositif fonctionne 7 jours sur 7 de 15h à 20h.

Enfin, nous accompagnons vers le logement les personnes âgées isolées, en habitat précaire, mal logées ou sans domicile fixe. Nous leur proposons des logements adaptés et alternatifs (petites unités de vie, pensions de famille…) tout en garantissant un accompagnement relationnel.

Quel est le rôle des bénévoles dans la mise en place de ses missions ?

Le rôle des bénévoles est essentiel. L’action des Petits Frères des Pauvres n’est possible que grâce à l’engagement de plus de 13 600 bénévoles dont 11 000 engagés dans l’accompagnement relationnel qui agissent en équipes d’action sur tout le territoire. Mais comme toute association qui possède autant de bénévoles, nous avons besoin de salariés pour coordonner. Nos chevilles ouvrières sur le terrain s’appellent des coordinateurs de développement social. Ils sont en charge d’accompagner les équipes bénévoles, de les soutenir. 357 équipes sont réparties dans tout l’Hexagone.

Nous avons par ailleurs des bénévoles qui sont uniquement des philatélistes. Ils se chargent de valoriser les collections de timbres que nous récupérons et de les vendre. Cela peut rapporter plus d’une dizaine voire centaine de milliers d’euros par an. Nous avons aussi des bénévoles en charge de la plateforme bénévolat.

Sur le plan institutionnel, quels sont vos partenaires ? Comment interagissez-vous avec eux ?

Les Petits Frères des Pauvres sont adhérents de l’UNIOPSS et de Mona Lisa. Nous participons aussi au collectif ALERTE extrêmement fécond sur le plan de la mise en avant des situations de pauvreté. Nous sommes enfin membres d’un Think Tank nommé le Cercle Vulnérabilités et Société.

Au-delà de cela, je souhaite vraiment que Les Petits Frères des Pauvres soient beaucoup plus visibles sur leurs missions de lobbying auprès des collectivités, notamment des élus locaux. Je pense réellement que nous avons des élus locaux prêts à s’engager mais qui ne savent pas forcément comment agir sur cette question de l’isolement. On théorise beaucoup sur les discriminations dans ce pays mais moi j’en vois une majeure qui concerne 1 million de personnes n’ayant pas de relations sociales.

Eh bien justement, je voulais savoir si vous pratiquiez le plaidoyer et si vous contribuiez du coup à la mise en place de politiques de lutte contre l’isolement des aînés ?

Bien sûr. C’est notre troisième mission sociale. Celle que l’on appelle « Témoigner-Alerter ». Depuis 2017, nous réalisons chaque année une étude sur l’isolement et la solitude en France des personnes de plus de 60 ans. À travers ces publications, nous éveillons les consciences, engageons un changement de regard sur la vieillesse, portons haut et fort les enjeux du vieillissement en proposant des solutions. Les Petits Frères des Pauvres vont d’ailleurs s’inscrire de plus en plus dans cette mission d’alerte afin de faire en sorte que des politiques de la longévité puissent être mises en place en concertation avec les décideurs publics. D’ailleurs notre campagne du 1er octobre dans le cadre de la Journée internationale des personnes âgées tournait autour de la problématique du « dernier quart de la vie » : nous avons une existence sociale du fait de nos fonctions professionnelles mais la retraite, même si elle est bien vécue par une frange importante de la population, peut être douloureuse pour une autre. Certains n’ont presque plus d’activités, s’isolent au fur et à mesure de l’avancée dans le grand âge. Ils n’ont plus les moyens de vivre leur quotidien comme avant, tout simplement de s’alimenter déjà normalement. Et c’est de cela dont il faut témoigner aujourd’hui.

Selon vous quelles sont les causes majeures de l’isolement ?

L’augmentation de l’espérance de vie, les mutations des rythmes de vie et l’éclatement des familles sont les principales raisons. Avec la mobilité physique et l’éclatement géographique des familles, les plus vieux sont coupés de leurs enfants, petits-enfants ou arrière-petits-enfants. Tous ces facteurs créent déjà de l’isolement social et créeront demain une aggravation de ce phénomène

Mais il existe aussi une question générationnelle. La génération qui aura 80 ans, celle que j’appelle la génération « Johnny Halliday », est composée d’individus nés après la guerre, qui ont connu les années 60 et construit leur famille à une époque où le rapport à la liberté et au corps était totalement différent de celui que connaissent les nouvelles générations. Il y a fort à parier que cette génération ne bradera pas sa liberté individuelle contre la sécurité contrairement à la génération précédente qui vit la crise sanitaire dans un isolement profond.  

Autre facteur d’isolement, le regard méprisant que certains ont sur la vieillesse. La crise sanitaire que nous vivons est très révélatrice : combien de fois entendons-nous chaque semaine qu’il est anormal de favoriser la santé à l’économie pour une maladie qui touche des personnes âgées qui n’ont que quelques mois à vivre ? Comment des personnes âgées peuvent trouver leur place dans une société qui ne les considère pas ?

Voyez-vous le numérique comme palliatif de l’isolement ou au contraire comme source de fracture sociale encore plus prononcée ?

Il ne faut pas nécessairement opposer les deux. Le confinement a été révélateur de l’utilité des outils numériques pour aider au maintien du lien social. Le rapport des Petits Frères des Pauvres en juin 2020 montrait d’ailleurs que le numérique était vecteur de lien social pour 2/3 des internautes de 60 ans et plus.
Si 4 millions de personnes âgées sont toujours exclues du numérique (rapport des Petits Frères des Pauvres en 2018), il n’en reste pas moins que l’une des premières utilisations est donc le maintien du lien social avec les proches. Mais il faut veiller à considérer le numérique comme un outil d’aide au maintien de ce lien et non pas comme une solution qui pourra remplacer totalement le « vrai » contact humain. Il ne faudrait pas non plus marchandiser le lien social, ce que nous condamnons régulièrement ! Nous sommes des êtres sociaux.

Plus que jamais la crise de la Covid-19 a mis en exergue une situation de grande souffrance chez nos aînés les plus isolés, pouvez-vous nous parler de l’impact de l’isolement social sur la santé ?

L’isolement social a 2 impacts majeurs sur la santé.

En gérontologie, il existe un phénomène très connu qui s’appelle le « glissement ». Il se traduit par une dégradation soudaine d’un individu qui glisse vers le grand âge. En général cela se passe aux alentours de 80 ans. Plus l’isolement est important, plus le glissement trouve un terrain favorable. L’isolement a donc un lien direct sur la perte d’autonomie. C’est encore peu documenté et je me bats aujourd’hui pour que dans le projet de lois relatifs à la dette sociale et à l’autonomie, la fameuse création de la 5ème branche autonomie inclut l’isolement social comme facteur aggravant. Si on se place dans une logique à l’anglo-saxonne, on parle de « coûts évités ». Moins il y aura d’isolement social, moins cela coûtera cher en dépendance. Il y a un rapport direct.

Et puis, il y aussi la question de la perte de repères (intrinsèque au glissement d’ailleurs) d’individus ayant des difficultés psychologiques lourdes générées par l’isolement social. Ces personnes vivent en permanence sous antidépresseurs et anxiolytiques. Il y a quelque chose d’extrêmement triste derrière cela.

Comment les personnes âgées ont-elles vécu le 1er puis ce second confinement au regard de ce que vous avez pu observer sur le terrain ?

Le premier confinement pour les 600 000 personnes vivant en EHPAD a été un odieux enfermement. Les visites étaient interdites et les résidents ne devaient pas sortir de leurs chambres. Je ne sais pas si vous pouvez imaginer la violence d’une telle situation. Je rappelle quand même qu’un EHPAD, c’est une résidence. Vous avez une clé, vous êtes chez vous, on doit frapper avant d’entrer. Ces résidents ont clairement été victimes d’une maltraitance institutionnelle.

Pour ce deuxième confinement, la situation s’est légèrement améliorée. Je veux croire que ce que Les Petits Frères des Pauvres ont fait en participant à une conférence de consensus sur le protocole qui permet les visites en EHPAD ou encore ma prise de position auprès de Brigitte Bourguignon sur le fait que les proches devaient être considérés comme la famille, y ont été pour quelque chose.

Aujourd’hui nos bénévoles peuvent aller plus facilement dans les EHPAD sans qu’on ne leur oppose qu’ils ne sont pas de la famille. Aberration totale d’un système administratif trop rigide ! Les pouvoirs publics ont su tirer des leçons du premier confinement à ce sujet et c’est heureux. Il est vrai toutefois qu’en empêchant les proches d’aller à la rencontre des résidents, les directeurs d’EHPAD se protégeaient aussi d’éventuelles attaques de la part de familles inquiètes. Ce qui peut aussi se comprendre au regard de la somme de plaintes et de recours qu’engendre la gestion de crise.

À domicile, après un premier confinement très difficile, le deuxième confinement est souvent vécu comme une nouvelle épreuve.

Parlons du Don en Confiance maintenant, pourquoi Les Petits Frères des Pauvres ont-ils choisi d’être labellisés Don en Confiance et qu’est-ce que cette labellisation vous a apporté vis-à-vis de la relation aux donateurs ?

L’association est membre fondateur du Don en Confiance. Il est donc tout à fait normal pour nous d’adhérer à la Charte et d’être dans une logique de relation de confiance avec nos donateurs. Plus de 80 % de nos ressources sont composées de fonds qui proviennent de la générosité du public, soit via le don, soit via le legs. La confiance est donc un maître-mot. Être labellisée Don en Confiance est pour nous une évidence et repose sur une conviction forte.

Une actualité à nous soumettre ?

Outre le fait que nous sommes fortement mobilisés pendant ce deuxième confinement, Les Petits Frères des Pauvres abordent ce mois-ci la période centrale des fêtes de Noël. Une période pendant laquelle l’opinion publique semble beaucoup plus sensibilisée à la question de l’isolement social. Une grande partie de l’action de l’association consiste durant cette période à permettre à des personnes isolées de réveillonner avec d’autres. Même contraints cette année, nous ne dérogerons pas à cette mission en respectant les règles sanitaires.

En ce qui concerne notre action de lutte contre la grande précarité, la période hivernale est aussi une période propice à la sensibilisation de l’opinion publique et nos équipes sont plus que jamais engagées pour continuer à agir malgré les conditions sanitaires. Nous serons donc présents aux côtés des personnes isolées à Noël sur l’ensemble des territoires de manière un peu différente des autres années : en apportant des colis, en invitant des gens à réveillonner, en offrant la possibilité grâce à un partenariat avec le réseau France Bleu pour que des personnes éloignées de leur famille puissent envoyer des messages radio.

Enfin, personnellement je tiens également beaucoup à ce que pendant ce mois de décembre, Les Petits Frères des Pauvres soient très visibles sur le plan du plaidoyer pour sensibiliser les gens à la question cruciale de l’isolement.  

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, on assiste dans le monde entier à une explosion de la pauvreté que les associations caritatives constatent au quotidien. La situation à l’issue du confinement est dramatique. Une crise économique et sociale majeure se profile laissant exsangue des populations entières jusque-là peu touchées et aggravant considérablement celles déjà fragilisées. En France, le SPF a aidé 1.270.000 personnes sur le plan alimentaire pendant les 2 mois de confinement. 45% d’entre elles n’étaient pas connues de l’association qui a vu affluer de nouveaux publics mais aussi revenir des personnes dont la situation pourtant stabilisée, s’est dégradée durant cette période.

Certains travailleurs pauvres, familles monoparentales, personnes âgées ou étudiants ont basculé dans la précarité. D’autres populations, a priori moins touchées, ont vu leur vie chamboulée. Les situations sont diverses : commerçants en difficulté, intermittents du spectacle et intérimaires sans mission, auto entrepreneurs ou salariés victimes du chômage partiel ou d’une perte d’emploi dans des secteurs tels la restauration, l’aide à domicile…

La crise du coronavirus semble aussi avoir renforcé la fracture numérique et aggravé les inégalités scolaires. Les conditions de vie des enfants démunis ont nui fortement à leur apprentissage et favorisé le décrochage scolaire pour près de 500.000 d’entre eux selon l’Education Nationale.

Si les publics en difficulté se rapprochent du Secours Populaire pour solliciter en priorité une aide alimentaire délivrée de façon inconditionnelle, cette dernière constitue toutefois la porte d’entrée vers un parcours d’accompagnement global impliquant la santé, le logement, la recherche d’emploi, l’éducation, les loisirs…

En outre et au-delà des aides octroyées les permanences d’accueil, de solidarité et relais-santé du SPF offrent une écoute aux plus démunis. Bénévoles et bénéficiaires y tissent des liens de confiance. L’association a fait de la solidarité son leitmotiv, refusant l’assistanat et attachant une grande importance à la dignité humaine. Les personnes accueillies sont d’ailleurs invitées à devenir elles-mêmes bénévoles à la hauteur de leur souhait et de leur disponibilité.

Depuis septembre, le Secours populaire a lancé sa campagne « Pauvreté-Précarité 2020 » et multiplie les initiatives de solidarité pour venir en aide aux personnes les plus précaires. Pour pouvoir accompagner sur tous les champs de ses actions (aide alimentaire, accès aux droits et aide juridique, accès et maintien dans le logement, accès aux soins, lutte contre la pauvreté des enfants, accès à la culture aux loisirs et au sport) la structure a aujourd’hui plus que jamais besoin de vous et de vos dons.

En savoir plus 


Ariane Ascaride,

Actrice et marraine de la campagne « Pauvreté – Précarité 2020 »


Le coronavirus a plongé le monde entier dans une crise économique profonde sans précédent. Une fois de plus les plus fragiles, les plus démunis ont été impactés de plein fouet. Il va être cette année, terriblement difficile de faire face aux dépenses de la rentrée pour un grand nombre de familles, de femmes, d’hommes, d’enfants qui ont basculé d’une manière excessivement rapide et violente dans la pauvreté. Toute une nouvelle population est aujourd’hui soutenue par le Secours populaire. Plus que jamais cette année, nous avons besoin de votre soutien pour ce gigantesque effort qui attend le Secours populaire. La misère est une effroyable maladie, dont vous pouvez aider tous les enfants, tous vos semblables à guérir. L’urgence est là, il n’y a pas de temps à perdre, je crois en l’âme humaine et aux miracles qu’elle peut accomplir, voilà pourquoi je lance cet appel avec confiance. Merci à vous, infiniment.