Association à but non lucratif, le Secours Populaire intervient sur le plan matériel, médical, moral et juridique auprès des personnes victimes de l’injustice sociale, des calamités naturelles, de la misère, de la faim, du sous-développement et des conflits armés depuis 1945 avec pour mot d’ordre : « Tout ce qui est humain est nôtre » . Rencontre avec Thierry Robert, Directeur général.

La pauvreté est plurielle et notre mission est d’agir sur les conséquences de cette pauvreté non d’en établir les causes finalement. Nous ne faisons pas de politique,

nous agissons !

Le Secours Populaire s’est donné comme objectif d’agir contre la pauvreté et l’exclusion, depuis sa création quelles sont les actions phares qui ont été mises en œuvre en France par l’association ?

L’objectif du Secours Populaire est d’agir contre la pauvreté et l’exclusion en effet mais nous avons surtout vocation à mettre en mouvement les énergies pour agir contre cette pauvreté qui n’est d’ailleurs pas simplement nationale. Du coup la mise en œuvre de nos actions s’effectue sur le territoire bien sûr où nous mobilisons des ressources mais aussi à l’étranger où nous prenons appui sur des réseaux internationaux.

Nous intervenons auprès des personnes quelle que soit leur situation sur des problématiques matérielles (aides alimentaires, vestimentaires…), dans le domaine de l’accompagnement moral aussi avec une approche souvent de conseil en termes d’accès au droit enfin nous mettons en place des actions concrètes pour permettre aux plus démunis de pouvoir partir en vacances, d’avoir accès au soin, à la scolarité, à la culture, au sport, à l’emploi. Toutes ces choses qui relèvent de la vie courante et qui tissent le lien social. Nos missions sont très généralistes.

En parallèle, nous effectuons ces mêmes démarches à l’étranger grâce à un réseau partenarial solide d’associations ou de groupements de personnes qui s’est construit au fil du temps et avec lequel nous entretenons des liens de confiance et de solidarité.

Votre cause va bien au-delà des frontières nationales, pouvez-vous nous dire comment vous intervenez à l’étranger ? Quelles sont vos missions ? Dans quels domaines (plan financier, apport de compétences, autre) ?

Nous intervenons sur le plan financier, oui. Nous apportons nos compétences aussi mais toujours dans une démarche de partenariat fraternel et réciproque. De la même manière, certains de nos partenaires nous accompagnent sur des programmes, je pense notamment au Salvador dont les paysans nous soutiennent sur des problématiques agricoles. Nous avons vraiment une volonté d’échange au travers de notre réseau.

Concrètement nous finançons des programmes ou des projets de développement (construction d’écoles, de dispensaires…), des programmes de relance économique par l’emploi, nous intervenons également dans le cadre d’urgences telles que les catastrophes naturelles ou les conflits, toujours avec l’idée d’agir sur place afin de nous dispenser des dépenses de fret ou d’éviter d’importer des ressources qui ne s’accommoderaient pas aux cultures locales. Notre intervention doit faciliter la relance économique auprès des populations sinistrées.

Et sur le territoire comment se déroulent vos actions ?

Le Secours populaire dispose d’environ 1250 permanences d’accueil et de solidarité sur l’ensemble du territoire. Certaines personnes viennent spontanément pour trouver écoute et conseil. Nous ne sommes toutefois pas un « service social bis » et notre rôle consiste à orienter vers des services d’assistance sociale quand l’intervention ne relève pas de notre compétence.

Au-delà des permanences, nous intervenons à travers notre réseau de bénévoles et de partenaires auprès de toutes personnes en difficulté, même celles en situation de précarité passagère victimes d’un accident de la vie ou d’un sinistre qui ne pensent pas utile ou n’osent pas faire appel à nous. Nos champs d’intervention sont multiples et comprennent une aide dans la durée comme des coups de pouce liés aux problématiques de la vie courante. Nous veillons à ne pas faire la différence entre celui qui donne et celui qui reçoit, y compris parmi les bénévoles de l’association. Un certain nombre d’entre eux ayant d’ailleurs été aidés par le Secours populaire à un moment de leur vie.

Quelles sont selon vous les causes majeures de la pauvreté et de l’isolement à notre époque ?

Une des causes importantes relève de ce qu’une partie de la population vit avec peu de moyens et ne peut avoir accès à ce que la société met à la disposition de tout un chacun. Le chômage, les petites retraites et les faibles revenus provoquent la précarité. La pauvreté est plurielle et notre mission est d’agir sur les conséquences de cette pauvreté non d’en établir les causes finalement. Nous ne faisons pas de politique, nous agissons !

Comment agissez-vous face à la grande précarité ? Allez-vous à la rencontre des SDF ?

Dans les grandes villes nos équipes de la maraude sillonnent les rues pour rencontrer les sans-abri. Nous leur apportons d’abord une aide immédiate (sur le plan alimentaire ou vestimentaire) mais aussi et surtout une aide sur le plan de la sociabilisation. Nous leur proposons des sorties en groupe, de participer à des activités sportives collectives pour reprendre goût à la vie.

Certains SDF n’ont plus la volonté d’aller au-delà des besoins primaires mais d’autres acceptent avec plaisir la proposition de solidarité. Nous avons organisé des sorties à la mer qui ont été une expérience formidable pour ces personnes et leur ont permis de se reconnecter avec la vie en société.

Notre plus grande réussite repose sur le constat que nos actions encouragent certains à reprendre le cours « normal » de leur vie. Notre leitmotiv : l’esprit de solidarité pas la charité. Nous tenons d’ailleurs beaucoup à la participation de chaque individu. Lorsque nous mettons en place des libres services de jouets au moment de noël, les parents viennent choisir mais participent même symboliquement.

Savez-vous combien la France compte de SDF  et pensez-vous que la situation puisse empirer ou au contraire tendre vers des solutions pour une politique du « 0 » SDF à court ou moyen terme ?

Il n’y a pas de recensement sur le sujet mais il existe des statistiques d’évaluation qui tournent autour du même chiffre : 140 à 145.000.

Nous pensons que le nombre est bien plus important. En effet, des dizaines de milliers de personnes migrantes et réfugiées se retrouvent dans des camps, comme à Calais, à Grande Synthe, à Paris et dans d’autres lieux en France. Nous pouvons aussi constater ce chiffre inquiétant en augmentation régulière de 700 enfants à la rue.

Nous constatons que des familles avec des enfants n’ont pas de domicile fixe, mais aussi des travailleurs pauvres ou des personnes seules retraitées qui dorment dans leur voiture. N’oublions pas aussi les jeunes bénéficiant de l’aide sociale à l’enfance qui sortent des dispositifs institutionnels, sans lien social, sans ressources et qui viennent accroître le nombre de jeunes en rupture et se retrouvant à la rue.

Ainsi, le profil des personnes évolue.

Le rôle du Secours Populaire n’est pas d’intervenir à la place du législateur bien sûr mais nous espérons que des solutions soient trouvées pour tendre vers le « 0 » SDF et sommes aussi là pour montrer qu’il est tout à fait possible de faire des choses sur le plan de la re-sociabilisation (sorties, accompagnement au quotidien par les maraudes…).

Avec une vraie volonté politique de compléter l’action conduite par les citoyens, on devrait pouvoir y arriver. Mais ce n’est pas à nous, associations, de dire ce qu’il faut faire. C’est aux autorités publiques de prendre en main la situation telle qu’elle est aujourd’hui.

Comment appréhendez-vous la crise des migrants et est-ce qu’elle vous semble bien gérée par les pouvoirs publics et la Communauté européenne ?

Nous ne pouvons pas dire au regard des situations que nous rencontrons – en France ou à travers notre réseau à l’étranger – que l’accueil fait à des personnes qui par nécessité quittent leurs pays pour se réfugier dans nos pays, s’effectue toujours dans le respect de la dignité.

Nous sommes face à des drames humains : des gens meurent de froid, vivent dans des immondices, malades. Nous assistons à une régression des droits. Nous interpellons régulièrement les pouvoirs publics pour que les lois s’appliquent a minima.

Nous essayons de faire que ceux qui veulent exprimer une solidarité à l’égard de ces populations venues des 4 coins du monde pour des raisons de conflits ou d’aléas climatiques puissent le faire sans problème en organisant au mieux l’accueil. Il faut savoir également que beaucoup de ces réfugiés se proposent eux-mêmes d’être bénévoles et de faire bénéficier les autres des compétences dont ils disposent. Et des compétences, croyez-le, ils en ont !

Vous ne pouvez faire à la place des pouvoirs publics c’est une réalité, mais quelle est la part réservée au plaidoyer dans vos missions ? Comment intervenez-vous auprès des pouvoirs publics pour faire valoir votre cause ?

Notre premier rôle est l’action. Avant d’agir nous regardons d’ailleurs ce que le législateur a pu mettre en place pour que cette solidarité soit une solidarité citoyenne. Nous évoquons donc avec les pouvoirs publics les situations problématiques que nous rencontrons en commençant par leur énoncer ce que nous avons fait.

Lorsque nous constatons des carences, des dérapages (les situations sont plurielles mais pour n’en citer que 2 retenons celle de l’accueil des mineurs isolés ou celle des étudiants qui ne peuvent pas manger à la cantine le midi faute de moyens) nous nous manifestons auprès des pouvoirs publics pour alerter. « Plaidoyer » s’assimile souvent à co-rédiger ou à proposer des solutions, ce n’est pas notre rôle. Par contre être vigie et aiguillon des pouvoirs publics relève de nos missions. En ayant toutefois toujours pris soin au préalable de faire acte de solidarité pour mettre en évidence que la solidarité s’exerce, qu’elle est citoyenne et qu’elle se doit d’être aussi de la responsabilité des organes politiques.

Comment vous financez-vous ? Quelle est la part entre aides publiques et aides financières privées ?

Un premier quart de nos ressources est lié à la collecte populaire (un club de foot qui organise un tournoi au profit des plus démunis, des enfants qui vont collecter dans leurs écoles, des collectes populaires comme on peut le faire en ce moment avec la grande campagne du don-action, ou encore des lotos…). Un deuxième quart provient de ce que l’on appelle la générosité du public (opération de marketing, de prospection auprès de nos donateurs, de legs, donations et assurances vie). Un troisième quart provient des dons d’entreprises et du mécénat. Enfin le quart restant est issu des contributions publiques, des subventions de la part des collectivités territoriales, de l’Etat et de l’Europe.

Selon vous générosité et solidarité sont-elles des valeurs qui se perdent ou au contraire se sont-elles renforcées dans la société actuelle ?

Au secours populaire nous sommes persuadés que solidarité et générosité ne sont pas des valeurs qui se perdent. Au contraire, nous rencontrons tous les jours des personnes qui souhaitent s’investir et participer à la solidarité.

Mandela disait ceci : « Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de ses origines, ou de sa religion. Les gens doivent apprendre à haïr, et s’ils peuvent apprendre à haïr, ils peuvent apprendre à aimer car l’amour jaillit plus naturellement du cœur humain que son opposé. ». J’adhère à cette maxime. Je pense que les valeurs d’éducation populaire défendues par notre structure nous ont largement montré que lorsqu’on offre la possibilité à celui qui veut faire quelque chose de positif de le faire, il le fait bien volontiers. Et même si la générosité populaire s’exerce aujourd’hui de manière différente que par le passé, elle existe toujours sous la forme d’une solidarité participative. Les gens ont envie de défendre les biens communs. Les rentrées financières diverses et variées restent aussi au rendez-vous de nos associations malgré une situation économique grave dans certains foyers.

Vous pensez que le citoyen a besoin de quoi pour s’investir, plus de confiance ?

Les gens ont surtout besoin de concret et de confiance effectivement. De confiance dans le sens où ils voient à quoi sert leur générosité. Beaucoup de citoyens ont envie de faire de petites ou grandes choses, de donner un peu de leur temps, de leurs compétences même ponctuellement.

Vous avez choisi d’être labellisé Don en Confiance, depuis quand et pourquoi ?

Le Secours populaire est labellisé depuis la création du Don en Confiance dont nous sommes l’un des fondateurs. Sa création remonte à une trentaine d’années juste avant que n’intervienne le scandale Crozemarie ayant éclaboussé le tissu associatif. Nous avons alors observé que les donateurs commençaient à se méfier des associations tournées vers le social et l’humanitaire.

De grosses associations comme le Secours Populaire ont alors senti l’urgence d’ériger un système de contrôle qui avec le temps a évolué et est maintenant réalisé par des experts bénévoles en garantissant l’indépendance.

Comment se déroulent les rencontres avec les contrôleurs du Don en Confiance ? Qui sont-ils et que vous ont-ils apporté ?

Le contrôleur apporte par son expertise et sa bienveillance. Il permet de se remettre en cause et de progresser. Un contrôleur nous suit en permanence sur nos missions. Nous en changeons de temps en temps lors du renouvellement de la labellisation qui se fait tous les 3 ans. Le contrôleur nous accompagne toutefois sous 2 mandats, donc généralement pour 6 ans ce qui permet une continuité dans le suivi de nos actions.

Il intervient dans tous les domaines de notre vie associative (projets, collectes, gestion financière, communication…). Selon l’actualité du moment, il s’intéresse à nos projets prioritaires, notre communication ainsi que sur le terrain en allant à la rencontre des fédérations et des comités locaux. Les contrôleurs sont en fait en veille permanente sur ce que l’on fait.

Au Secours populaire nous attachons beaucoup d’importance au fait que les contrôleurs participent à nos réunions (Assemblée générale, Conseil d’administration…), ce afin de partager la vie démocratique de l’association.

La Croix Rouge, le Secours Catholique, les Petits Frères des Pauvres… autant d’associations qui luttent contre la pauvreté en France et/ou dans le monde avec bien sûr autant d’homologues à l’étranger, quelles sont celles avec lesquelles vous interagissez ? Et dans quels domaines ?

Potentiellement nous pouvons interagir avec toutes pour peu que chacune garde son indépendance. Nous entretenons de toute façon des relations à travers nos différents réseaux locaux. Dans une commune vous trouverez toujours le Secours Catholique, les Resto du Coeur, la Croix Rouge… les gens se côtoient, se connaissent entre eux. Mais nous sommes surtout en recherche de complémentarité, chacune ayant ses forces dans son secteur d’activité. Nous nous nourrissons les unes des autres, de nos actions et de leur diversité.

Combien de bénévoles accompagnent le Secours Populaire ?

Le Secours Populaire compte 80 000 bénévoles pour 500 permanents. 80 000 bénévoles qui agissent au quotidien ou ponctuellement. Le bénévole (que nous appelons également collecteur) est impliqué dans la stratégie globale de l’association. Nous sommes d’ailleurs organisés en structures locales loi 1901 ; organisation qui permet aux collecteurs d’être fortement engagés et partie prenante des actions du Secours Populaire sur un territoire bien précis.

Le Secours Populaire s’est doté aussi d’un institut de formation pour aider les bénévoles à être plus efficaces, pouvez-vous nous en dire plus ?

Nous avons effectivement décidé d’institutionnaliser la formation des bénévoles en 1997 en créant un centre de formation situé au siège national du Secours Populaire. Cet institut s’appuie sur une petite poignée de permanents mais aussi et surtout sur des bénévoles de longue date. 150 formateurs bénévoles nous ont donc rejoint répartis sur l’ensemble du territoire pour des programmes tels la tenue de permanence d’accueil, la conduite de projets internationaux, la solidarité avec les enfants… L’institut propose également des journées « découverte » afin de mieux appréhender l’association, son projet, son fonctionnement, son organisation, sa mission.

Plusieurs types de formations sont dispensées toutes inscrites dans un catalogue. Les formateurs se réunissent régulièrement pour mettre en place leur programme. Nos formations sont aujourd’hui reconnues. Nous ne les proposons pas encore à l’extérieur mais réfléchissons à les ouvrir, notamment aux universitaires. En parallèle, un service documentaire visant à apporter un éclairage sur les pratiques de solidarité de la vie associative est ouvert au public.

Quels sont vos plus gros enjeux dans le futur ?

Le Secours Populaire sort d’un congrès national qui s’est tenu en novembre dernier à Perpignan avec pour volonté de nous orienter encore plus vers une solidarité planétaire. Concrètement, cela signifie que nous voulons permettre aux hommes et aux femmes de toute génération de pouvoir être acteurs de la solidarité. Nous sommes convaincus que c’est une force qui pourrait sauver le monde des maux liés aux conflits ou aux changements environnementaux.

Le Secours Populaire vient donc de mettre en place un plan stratégique de développement. L’idée étant d’aller encore plus loin au plus près des populations victimes de la pauvreté et de la précarité, de renforcer les actions de développement et de solidarité durable. Nous souhaitons associer tout le monde et tout particulièrement la jeune génération et les enfants au travers notre mouvement « Copain du monde ».