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En cette journée nationale du refus de l’échec scolaire, SOS Villages d’Enfants s’engage pour qu’un parcours en protection de l’enfance ne soit pas synonyme d’échec scolaire. Convaincue qu’une partie des difficultés scolaires des enfants accueillis en protection de l’enfance est liée à leur situation, l’association, grâce à son programme Pygmalion, met tout en œuvre pour favoriser la réussite scolaire des enfants qu’elle accompagne. A la base du programme, la nécessité de mobiliser l’ensemble des acteurs liés à la scolarité de l’enfant et de créer une synergie entre l’association, les équipes des villages d’enfants, l’école, l’enfant lui-même et ses parents. Isabelle Moret, Directrice générale de SOS Village d’Enfants nous en dit plus sur un projet lancé en 2014 qui vise la réussite au bout du chemin.

Vous avez mis en place le programme « Pygmalion » depuis 10 ans, programme visant à favoriser la réussite scolaire des enfants issus de l’Aide Sociale à l’Enfance accompagnés dans vos villages, parlez-nous de ce programme et de sa mise en œuvre ?

Isabelle Moret : Les enfants accueillis en protection de l’enfance ont des parcours scolaires plus défavorables que la moyenne des enfants. Pour lutter contre cela, SOS Villages d’Enfants a mis en place le programme Pygmalion, basé sur l’idée qu’un accueil en protection de l’enfance ne doit pas être synonyme d’échec scolaire, et qu’il est possible d’agir notamment sur les facteurs défavorables liés à la situation de placement. Le Programme Pygmalion a été pensé et mis en place après une analyse des travaux de recherche existants sur le sujet de la scolarité dans le cadre de la protection de l’enfance, et une étude interne prenant en compte à la fois le point de vue des enfants accueillis dans nos structures et de tous les acteurs liés à la scolarité.
A la base du programme, la nécessité de mobiliser l’ensemble des acteurs liés à la scolarité de l’enfant et de créer une synergie entre eux : l’association, les équipes des villages d’enfants, l’école, l’enfant lui-même et ses parents. De manière concrète, SOS Villages d’Enfants a recruté pour chacun de ses villages d’enfants SOS, un éducateur scolaire dont la mission principale est de coordonner l’ensemble des actions relatives à la scolarité et de faciliter le lien avec les écoles. SOS Villages d’Enfants a également formé les éducateurs familiaux et les aides familiaux qui accompagnent les enfants au quotidien, afin de développer leurs connaissances sur les apprentissages, le système scolaire et lutter contre les représentations à propos de la scolarité des enfants accueillis en protection de l’enfance. Enfin, l’association a dédié des fonds privés à la scolarité et ce, grâce à la générosité de partenaires et des donateurs en complément des fonds publics des Conseils départementaux. Les éducateurs mettent en place des actions spécifiques dans chacun des villages d’enfant SOS, adaptés aux profils des enfants et aux compétences qu’ils identifient comme celles à travailler. Certains utilisent le jeu, d’autres l’art, ou organisent des ateliers sur des thématiques spécifiques. De nombreuses sessions d’accompagnement sont organisées de manière individuelle afin de pouvoir accompagner au mieux les enfants qui en ont besoin.

Pour quels résultats ?

Isabelle Moret : Un des objectifs majeurs du programme est de remettre la scolarité au cœur des priorités de l’accompagnement éducatif en village d’enfants pour permettre à chaque enfant de se construire un parcours scolaire et professionnel choisi et non subi. Le challenge était donc de commencer par modifier les représentations des professionnels sur la réussite scolaire et les capacités des enfants accueillis en protection de l’enfance. La recherche menée pour l’association (Paris X et Paris XII) montre que cette évolution des représentations est à l’œuvre depuis quelques années. Ainsi, les enfants et ceux qui les accompagnent dans leur scolarité peuvent avancer dans leur parcours avec moins d’auto-censure et d’avantage d’ambition. La mise en place du programme a également réussi à faire de la scolarité une préoccupation majeure des équipes, là où il était souvent entendu que les enfants avaient d’autres priorités. Enfin, la formation des professionnels, le recrutement d’éducateurs scolaires ainsi que l’amélioration du lien avec les écoles sont autant d’autres avancées qui permettent d’installer les enfants dans une dynamique de réussite.

Quels sont selon vous les facteurs de réussite des enfants vulnérables sur le plan affectif ?

Isabelle Moret : Les enfants que nous accueillons ont généralement grandi dans un climat familial caractérisé par un manque de soins et d’affection, voire de maltraitance, des relations conflictuelles ou le manque d’interactions entre adulte et enfant, qui sont autant de freins à une entrée dans les apprentissages. Même lorsque le placement permet d’écarter le danger, ces expériences ont des conséquences durables sur le développement de l’enfant, sa santé physique et psychique, avec des troubles de l’attachement fréquemment observés ainsi que des troubles de l’anxiété. Ces troubles seront autant de facteurs de risque au regard de la scolarité.

Le modèle d’accueil de SOS Villages d’Enfants leur offre une stabilité ainsi qu’une sécurité affective nécessaires pour réussir leur scolarité. Cette stabilité se traduit par une prise en charge dans le temps long (en moyenne 6 ans), qui permet aux équipes de s’engager sur le long terme afin d’accompagner le parcours scolaire de l’enfant. Il est nécessaire d’allouer des moyens humains et financiers pour l’accompagnement scolaire des enfants accueillis en protection de l’enfance et d’en faire un axe stratégique. La présence d’une personne-ressource dédiée à la scolarité (l’éducateur scolaire) est ainsi un élément-clé. En lien avec l’ensemble de l’équipe pluridisciplinaire, il a une vision qui dépasse la simple réussite académique et peut prendre en compte la dimension psychologique et le contexte afin d’adapter l’accompagnement scolaire à chaque enfant. Le lien avec les écoles est également très important. En effet, la communication avec les équipes enseignantes, tout en veillant au respect de la vie privée de l’enfant, permet aux enseignants de mieux comprendre les enjeux liés à leur scolarité.

Travaillez-vous avec l’éducation nationale sur le sujet de l’échec scolaire afin de réfléchir à des solutions plus globales ?

Isabelle Moret : Les villages d’enfants SOS sont en lien constant avec les institutions scolaires. Un des rôles-clé de l’éducateur scolaire est de faire le lien avec les écoles. Ainsi, nous organisons des temps de rencontre au sein des villages d’enfants SOS pour déconstruire les représentations sur la protection de l’enfance. Les équipes enseignantes peuvent comme cela appréhender des enjeux très concrets, comme la difficulté d’obtenir parfois dans les temps des autorisations de sorties signées par les parents. Ces échanges permettent de faire diminuer la pression reposant sur les enfants lorsqu’il s’agit d’éléments propres à leur situation d’accueil. Certains villages d’enfants SOS ont également intégré les conseils d’école.
Au niveau national, le programme Pygmalion a été présenté dans des académies ainsi qu’au ministère de l’éducation nationale dans l’optique de sensibiliser l’ensemble de la communauté enseignante aux enjeux de la protection de l’enfance. SOS Villages d’Enfants a également porté des recommandations dans le cadre de la concertation autour de la protection de l’enfance menée par Adrien Taquet en 2019. L’association défend notamment une approche plus équilibrée de la réussite scolaire qui prendrait en compte, aux côtés des critères de réussite académique, des compétences complémentaires comme l’évolution du rapport au savoir, l’autonomisation dans les apprentissages, la socialisation ou encore l’apprentissage de la citoyenneté. Nous défendons aussi l’importance d’accorder une plus grande place à la pédagogie dans la formation des enseignants ainsi que de former l’ensemble des enseignants aux enjeux de la protection de l’enfance.

En savoir plus

Les conséquences de la Covid-19 touchent particulièrement les jeunes de 18 à 25 ans, qui sont près de 20 % à vivre en dessous du seuil de pauvreté. Pour faire face à ces difficultés multiformes qui se sont intensifiées depuis la crise sanitaire, la Croix-Rouge française s’engage aux côtés des jeunes en situation de précarité.

Favoriser l’accompagnement global des jeunes : une priorité pour la Croix-Rouge



Des biens de première nécessité…

Pour soutenir les jeunes en situation de précarité (étudiants, au chômage, apprentis), plus d’une trentaine d’initiatives Croix-Rouge ont vu le jour sur l’ensemble du territoire national. Sous la forme de distribution de paniers alimentaires et/ou encore de produits d’hygiène, les bénévoles viennent en aide à la détresse matérielle de la jeunesse.

● A Paris, l’épicerie sociale “L’étape” du XV arrondissement offre une aide alimentaire aux jeunes pendant des horaires réservées à ce public et propose un accompagnement pour la recherche de stage et de jobs étudiants.

● A Tours, le projet « P’tit kdi » qui s’adresse aux étudiants précaires de l’Indre-et-Loire est un service itinérant d’épicerie solidaire. Une camionnette dessert les principaux sites de l’Université François Rabelais et fournit des produits alimentaires et d’hygiène à 10% du prix du marché.

● En Mayenne, un “Marché solidaire à Laval” a vu le jour depuis plus de deux mois. Ce centre de distribution alimentaire implanté en face de l’IUT distribue des biens alimentaires pour les étudiants, en partenariat avec la Banque Alimentaire.

« Pour les étudiants qui n’ont pas de bourses, la famille derrière ou qui n’ont pas trouvé de travail, c’est une chance incroyable de pouvoir manger » rappelle Aésa, étudiante qui se rend régulièrement au marché solidaire étudiant de Laval (Mayenne).

… à la lutte contre l’isolement social

Consciente que le manque de liens sociaux participe à une détérioration de la santé mentale des jeunes, la Croix-Rouge a déployé un panel d’actions pour rompre l’isolement des jeunes et recréer du lien.

Aux côtés du Crous et du CHU, les bénévoles de la Croix-Rouge de Montpellier ont mis en place l’aide «DIRECT » (Dispositif d’Intervention Rapide Étudiants Crous en situation de Tension psychique) afin d’aider les étudiants en situation de mal-être, ce 24h sur 24. De la même manière, l’épicerie sociale de Dijon contribue à restaurer le lien social entre les jeunes et leur propose un temps d’échange avec les bénévoles afin d’appréhender leur solitude.

Etre jeune et agir : une conviction forte de la Croix-Rouge


Qui mieux que les jeunes pour construire une réponse à la précarité des jeunes ? Pour Agathe Landel, coordinatrice de la dynamique jeunesse de l’association, « il est impératif d’encourager l’engagement des jeunes, véritable vecteur d’inclusion sociale ». Cette ambition permet de renforcer la capacité d’initiative de cette population, de lutter contre l’isolement social et de briser les tabous autour de la précarité.

L’appel à initiatives Red Touch’ accueille déjà toutes les idées solidaires issues de la société civile. En 2020 les projets en lien avec la précarité des jeunes ont augmenté tout comme l’engagement bénévole des plus jeunes. Toutes les envies sont les bienvenues !

Synergie avec les autres acteurs de la jeunesse : une ambition de la Croix-Rouge


Dans le but de proposer des actions adaptées aux jeunes et appréhender au mieux leurs besoins spécifiques, l’association souhaite développer des projets en synergie avec d’autres acteurs de la jeunesse.

Pour parvenir à s’adresser à tous les jeunes et cibler au mieux leurs problématiques, la Croix-Rouge française en appelle à la mutualisation des expertises inter associatives sur le terrain : une coopération indispensable pour un public aux facettes multiples qui doit faire face à une crise sociale qui ne fait que trop durer.

La Croix Rouge française est une association labellisée


 © Nicolas Beaumont

Association française de solidarité internationale, PARTAGE avec les enfants du monde agit depuis 1973 contre l’injustice et la violence faites aux enfants les plus vulnérables et combat l’indifférence. Parce que chaque enfant a des droits fondamentaux, il doit être reconnu comme un individu à part entière, acteur de sa vie et de son avenir. Rencontre avec Yolaine Guérif, Directrice générale.

L’Objectif de Développement Durable 4 (ODD 4) consiste à assurer l’accès de toutes et de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et de promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. Il insiste sur la nécessité de permettre aux enfants les plus éloignés du système car exclus ou marginalisés de bénéficier aussi d’une éducation de qualité et gratuite.

Aujourd’hui tel que l’on est parti nous n’atteindrons pas cet objectif en 2030 si les états ne mettent pas plus de moyens dans leur politique de coopération internationale. En tout cas « PARTAGE avec les enfants du monde » y travaille tous les jours. Au cours de la dernière décennie des progrès majeurs ont été réalisés pour améliorer l’accès à l’éducation et accroître les taux de scolarisation à tous les niveaux en particulier pour les filles mais près de 265 millions d’enfants et d’adolescents ne sont toujours pas scolarisés. Et la pandémie de Covid-19 n’améliore en rien les choses.

Vous dirigez l’association PARTAGE avec les Enfants du Monde, pouvez-vous nous en dire plus sur son origine et son nom ?

PARTAGE avec les enfants du monde est une ONG de solidarité internationale créée en 1973 pour venir en aide aux enfants orphelins, victimes de la guerre du Viêt Nam.

Dès le début a prévalu l’idée que l’humanité partage une même planète et que le combat contre l’injustice et la violence faites aux enfants les plus vulnérables et contre l’indifférence est l’affaire de toutes et de tous, tant « ici que là-bas ».

L’association a très rapidement mis en place un système de parrainage afin que des donateurs français apportent une aide pérenne aux enfants en termes d’éducation, de soin, d’alimentation et de protection et puissent tisser un lien avec d’autres cultures.

Quelles sont les valeurs véhiculées par l’association et quelle est votre mission aujourd’hui ?

Notre mission consiste, au travers d’un réseau de solidarité internationale, à œuvrer au bénéfice des enfants les plus démunis et à lutter pour le respect de leurs droits fondamentaux. Nous favorisons une grande chaine de solidarité entre tous les membres : parrains, donateurs, partenaires locaux, experts de l’enfance démunie et bien sûr, les enfants, leurs familles et leurs communautés tant « ici que là-bas ».

Nos valeurs reposent sur :

  • L’engagement : nous mettons tout en œuvre pour combattre l’injustice et la violence qui frappent les enfants en permettant la mise en place d’actions de terrain, menées par des partenaires locaux et toujours inscrites dans la durée.
  • Le partage : c’est la notion fondatrice de notre association et de notre réseau de solidarité où chacun donne et reçoit. C’est un réseau d’échanges, de fédération d’énergies, de compétences et d’engagements de chacun.
  • L’écoute et le respect : chaque action de terrain entreprise est fondée sur l’écoute des besoins des enfants et de leurs communautés. Selon nous, le respect de la culture et de l’environnement des enfants est une valeur fondamentale.
  • La proximité : notre réseau de solidarité est à visage humain, avec des personnes qui se connaissent et qui sont en lien. De plus, le parrainage repose sur cette connaissance mutuelle et réciproque entre les parrains et les enfants bénéficiaires.

Comment s’organisent vos missions sur place ? Sont-elles conduites par des bénévoles ou des permanents ?

Dès l’origine, PARTAGE a fait le choix du partenariat local. Les actions sont mises en place par les partenaires locaux sur le terrain, dans le respect de l’histoire, de la culture et des valeurs des populations. Les équipes de PARTAGE, depuis le siège, assurent le suivi et l’évaluation des programmes, vérifient la bonne utilisation des fonds et accompagnent le renforcement de capacités des acteurs locaux, dans le but de les rendre autonomes. Des bénévoles peuvent également intervenir en renfort notamment sur les questions d’appui et d’audit financier.

Dans quels pays intervenez-vous ? Qui vous sollicite pour les interventions ?

Nous intervenons dans 19 pays dont la France et évoluons sur des partenariats de longue durée.  1/3 de nos partenaires travaillent avec nous depuis plus de 15 ans. 

Nous agissons dans une logique de renforcement des partenariats porteurs et constructifs. Être à l’écoute de nouvelles propositions et des nouveaux besoins des associations nationales reconnues « expert de l’enfance » avec lesquelles nous travaillons.

Parlez-nous des facteurs d’inégalités sociales dans l’enfance, quels sont ceux que vous rencontrez fréquemment dans les pays que vous couvrez ? Comment essayez-vous d’y apporter réponse ?

On trouve des facteurs d’inégalités partout dans le monde y compris en France. L’éducation est l’une des plus grandes injustices puisque sans elle, il est difficile de sortir de la pauvreté. Mieux éduqué, un individu est aussi mieux soigné, mieux défendu et plus averti.

Il y a des pays où l’accès à l’éducation est un souci majeur. En Afrique subsaharienne, nous constatons des problèmes récurrents d’enfants non scolarisés ou déscolarisés, phénomène encore plus important pour les filles. Evidemment la pauvreté en est la principale raison. Lorsque les enfants participent au revenu d’un foyer, la famille est moins encline à les mettre à l’école et aura plus de difficulté à voir l’intérêt de maintenir ses enfants à l’école. Les principaux facteurs d’inégalité sont donc la pauvreté, l’éducation des parents mais aussi l’accès très inégal à un système éducatif qui devrait être gratuit et de qualité.

C’est un problème de politique publique. L’éducation reste un poste de dépenses très important pour les Etats mais souvent très insuffisant par rapport aux besoins et l’aide publique au développement destinée à l’éducation est très en deçà des enjeux.

Dans des pays où l’on observe des croissances démographiques très élevées, le taux d’accès peut-être satisfaisant à un instant donné et devenir obsolète très rapidement. La création de nouvelles salles de classes et l’attribution de nouveaux enseignants qualifiés se faisant pressantes pour accueillir les nouvelles générations.

Comment agissent vos partenaires sur le terrain, notamment dans les pays les plus démunis, pour faire face à ces problématiques ?

PARTAGE avec les enfants du monde a fait le choix d’intervenir majoritairement dans les pays pauvres ayant un indicateur de développement humain parmi les plus bas au monde ou dans des pays dits émergents comme le Brésil ou l’Inde mais où les inégalités sont particulièrement criantes.

Une palette d’interventions possibles s’offre à nous puisque ce sont nos partenaires qui nous soumettent leurs initiatives. L’éducation est l’une des portes d’entrée. Nous sommes alors dans une approche holistique de l’enfance. Nous nous intéressons évidemment à ce qui se passe dans la classe : s’assurer déjà que les enfants soient scolarisés et viennent en classe, s’assurer de la qualité de l’éducation, de l’information des professeurs sur les matières et la pédagogie. Nous sommes particulièrement attentifs aux pédagogies actives qui placent l’enfant au cœur des apprentissages et qui font beaucoup appel à l’art ou au sport, à l’expression corporelle.

La plupart de nos partenaires ont vraiment une approche spécifique de la participation de l’enfant et essayent d’accompagner l’enfant à être un acteur de ses choix.

Nous sommes très vigilants aussi à ce que les enfants puissent bénéficier au moins d’un repas par jour. Une partie de nos partenaires mettent d’ailleurs en place des cantines scolaires. C’est un facteur de scolarisation. Les enfants ayant un repas par jour vont plus facilement rester à l’école.

En parallèle nous travaillons sur la santé de ces enfants avec des actions de sensibilisation des familles/communautés sur les bonnes pratiques (hygiène, alimentation…) ainsi que la prise en charge de vaccination ou de compléments alimentaires. Nos partenaires ont des systèmes de suivi et d’accompagnement social des familles les plus pauvres pour pouvoir les aider à financer des frais de santé qui parfois peuvent être très élevés dans des pays où la sécurité sociale n’est pas accessible au secteur informel.

Enfin nous collaborons beaucoup avec la communauté en mettant en place de l’accompagnement et de la formation à la parentalité ou encore au sein de conseils d’école avec des parents élus délégués.

Bref, nos actions sont plurielles et forment un tout cohérent d’accompagnement sur plusieurs problématiques propres à l’enfant scolarisé (éducation, alimentation, santé, protection).

Nous collaborons aussi avec des partenaires spécialisés sur les questions de protection de l’enfance de rue orientées vers du suivi, de l’appui social et de la réinsertion scolaire, économique ou familiale quand c’est possible. Enfin nous travaillons avec des associations locales spécialisées dans l’accompagnement d’enfants porteurs de handicap qui proposent des mesures d’accompagnement à l’éveil ou d’accompagnement thérapeutique et psychologique.

Voilà ce sont les trois types de partenaires avec lesquels nous sommes en relation aujourd’hui.

Vous fonctionnez selon un système de parrainage mais en quoi cela consiste-t-il ? Quel est le rôle de vos parrains ? Rencontrent-ils les enfants qu’ils parrainent ?

Choisir de soutenir une association de parrainage en devenant parrain/marraine c’est être acteur. Déjà « donner » inclut d’agir et d’être « un peu plus » citoyen. En devenant parrain/marraine (l’association en compte 18.000 à ce jour) on devient davantage acteur de son don. Ceux qui optent pour PARTAGE avec les enfants du monde choisissent soit de parrainer un enfant nominativement, et de créer un lien épistolaire, soit de parrainer une action et de recevoir des nouvelles des activités mises en place pour tous les enfants bénéficiaires.

Quel que soit le choix du parrainage, en confiant ses fonds à PARTAGE le donateur accompagne en fait toute une communauté. En aucun cas l’argent ne va à un enfant dédié, ce n’est pas possible et créerait des inégalités terribles entre enfants.

Certains font donc le choix de suivre un enfant avec lequel ils peuvent correspondre par écrit, échanger sur son quotidien. Ils vont le voir grandir et évoluer dans sa scolarité. C’est très constructif pour un enfant que de pouvoir se penser en dehors de sa communauté, voir ce qu’il se passe autre part dans le monde. Des études sur le parrainage montrent d’ailleurs que les enfants parrainés sont plus réguliers à l’école.

Enfin quelques parrains vont vouloir aller au-delà dans la relation et rencontrer l’enfant qu’ils soutiennent. PARTAGE a mis en place une charte précise incluant des règles strictes pour s’assurer que cette visite soit la plus constructive possible pour l’enfant, sa famille, sa classe et pour le parrain en visite. Ce sont toujours des moments d’émotion incroyables pour ceux qui les vivent.

La Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE) a fêté ses 30 ans le 20 novembre dernier, quelles ont été les avancées majeures depuis la création de ce texte ?

C’est déjà le premier texte de cette nature contraignant pour les états. Le texte le plus ratifié au monde, même si certains pays de poids ne l’ont pas encore adopté.

PARTAGE participe avec une trentaine d’ONG au « Groupe Enfance » au sein duquel nous avons travaillé à cet anniversaire en proposant aux politiques français des actions concrètes. En leur soulignant qu’il existe une convention coercitive certes mais qu’il est temps en France et à l’international de passer aux actes parce que pour l’instant ils ne suffisent pas et que très concrètement 265 millions d’enfants sont encore non scolarisés dans le monde dont 22% en âge de fréquenter l’école primaire. La moitié de ces enfants vivent en Afrique subsaharienne et bien entendu ce sont les filles qui sont le plus touchées par cette inégalité. Il y a donc encore énormément de travail à accomplir à l’international. Il faut savoir que la France dans son aide au développement soutien l’éducation mais très en deçà des engagements qui ont pu être pris par d’autres pays.

Quels sont les pays les plus en retard sur la question ? Y-a-t-il encore beaucoup à faire pour que les droits de l’enfant soient appliqués ?

Ces deux dernières décennies, il y a eu des progressions très importantes des taux de scolarisation, mais il reste beaucoup à réaliser et la crise de la COVID19 risque de tout « gâcher ». Difficile de vous donner au débotté une échelle de pays mais comme je vous le disais plus haut l’Afrique subsaharienne est le continent où les taux d’accès à l’éducation et de rétention sont les plus bas du monde.

Les pays affectés par des bouleversements climatiques majeurs ou les pays en guerre génèrent également des taux très bas de scolarisation. Les enfants sont toujours les premières victimes.

Il y a aussi la question épineuse des migrations. Les enfants migrants quels qu’ils soient sont censés être accueillis, scolarisés et protégés par les pays où ils se trouvent et l’on se rend compte que ce n’est pas le cas sur beaucoup de territoires, y compris en France.

Lors de ce travail réalisé avec le groupe enfance, nous avons souligné que certes il reste beaucoup à faire dans les pays en voie de développement ou émergents mais aussi en France et dans les pays développés. C’est un peu l’idée des objectifs de développement durable (ODD) d’ailleurs : il n’y a pas de pays développés ou en développement, nous sommes tous en développement et devons converger vers des conditions de vie acceptables pour chacun(e) à travers le monde.

Pour étayer ces propos je rappelle d’ailleurs que PARTAGE n’a pas qu’une mission à l’international, PARTAGE a aussi une responsabilité d’éducation à la citoyenneté des enfants (notamment) en France. La responsabilité de les ouvrir au monde, de les sensibiliser à la paix et aux enjeux internationaux. Et l’on se rend compte dans toutes les actions que nous menons qu’il y a énormément d’enjeux convergents, que les enfants ici ressentent des injustices et difficultés similaires à celles que l’on peut rencontrer ailleurs dans des pays plus sensibles. 

PARTAGE a également pour priorité de faire dialoguer des « jeunes de France et d’ailleurs » autour d’enjeux communs. Pour les 30 ans de la convention internationale des droits de l’enfant nous avons ainsi organisé une grande tournée musicale avec des enfants venant d’Equateur qui ont pu partager leurs points de vue sur ces droits avec de nombreux jeunes français issus d’écoles de musique ou de conseils municipaux de jeunes.

Est-il possible selon vous d’atteindre l’objectif de l’éducation pour tous à court ou moyen terme ?

C’est l’objectif 4 des ODD. Il consiste à assurer l’accès de toutes et de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et de promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. L’ODD 4 insiste sur la nécessité de permettre aux enfants les plus éloignés du système car exclus ou marginalisés de bénéficier aussi d’une éducation de qualité et gratuite.

Aujourd’hui tel que l’on est parti nous n’atteindrons pas cet objectif en 2030 si les états ne mettent pas plus de moyens dans leur politique de coopération internationale. En tout cas PARTAGE avec les enfants du monde y travaille tous les jours. Au cours de la dernière décennie des progrès majeurs ont été réalisés pour améliorer l’accès à l’éducation et accroître les taux de scolarisation à tous les niveaux en particulier pour les filles mais comme je vous le disais près de 265 millions d’enfants et d’adolescents ne sont pas scolarisés aujourd’hui. Et la pandémie actuelle n’améliore en rien les choses.

Comment vous financez-vous ? Obtenez-vous des subventions de la part des pouvoirs publics ?

Très peu. Aujourd’hui près de 100% de nos ressources sont d’origine privée. On en a mobilisées lorsque certains de nos partenaires nous ont sollicités sur des financements de projets très conséquents, notamment en Haïti ou à Madagascar. A l’avenir c’est quelque chose toutefois que l’on peut être amené à faire mais ce n’est pas aujourd’hui au cœur de notre modèle économique.

En cette période de crise sanitaire liée à la COVID-19, quelles sont les restrictions que vous rencontrez pour mener vos missions ?

Au début du confinement, nos 28 partenaires dans les 19 pays d’intervention ont dû mettre en standby leurs activités. Les écoles ont tout de suite fermé aussi. Or dès l’instant où l’école n’est plus accessible, les risques en termes de suivi social se multiplient : problèmes de maladie, de violence, de nutrition, de décrochage scolaire, de travail forcé ou de grossesses précoces que l’on arrive plus à détecter. Et puis comme je l’évoquais, nous avons beaucoup de partenaires qui offrent un repas par jour aux enfants dans l’enceinte de l’institution. La charge financière engendrée par l’absence de ce repas est souvent conséquente pour les familles les plus démunies.

Très rapidement, nos parrains et donateurs nous ont demandé comment ils pouvaient intervenir. Ce sont des instants très forts qui nous dynamisent, des moments où l’on se rend compte que nous sommes vraiment soutenus par la générosité du public qui nous accompagne.  

Par ailleurs en l’espace d’un mois, 16 de nos partenaires se sont mobilisés et nous ont sollicité pour mettre en place des actions d’urgence et ainsi répondre à ce besoin de suivi social. Nous avons donc été en capacité de déployer rapidement une activité adaptée à la situation (passage dans les familles, distribution de colis alimentaire dans les pays où tout était fermé et où les prix flambaient, organisation d’un suivi pédagogique à distance). Sur ce dernier point d’ailleurs, nos partenaires ont déployé des trésors d’imagination pour essayer de maintenir une continuité pédagogique en proposant du conseil aux parents, du conseil aux enfants via des groupes whatsapp, certains sont même passés dans les bidonvilles au Honduras avec des haut-parleurs pour proposer des activités de lecture et distiller des conseils.

L’école est un lieu d’émancipation pour les enfants mais aussi de protection, un lieu où ils peuvent se nourrir, en être privé est une vraie catastrophe. Or au plus fort de la crise nous étions à 1 milliard d’enfants non scolarisés.

Aujourd’hui, l’école reprend progressivement dans la plupart de nos pays d’intervention, parfois à temps partiel. Nous orientons notre travail partenarial vers le respect des gestes barrières et des mesures de protection mais aussi vers des activités de rattrapage pour les enfants qui présentent des « retards d’apprentissage » liés à la fermeture des classes pendant 7 mois et pour lesquels la continuité pédagogique n’a pas été suffisante.

Et suite à l’explosion du port de Beyrouth, intervenez-vous sur la mission sociale d’urgence au Liban ?

Nous intervenons au Liban en effet. Nos partenaires déjà frappés par la crise politique, la révolution, la Covid-19 se sont retrouvés ébranlés par l’explosion.

En cette situation de crise, nous en soutenons 2 dont 1 qui travaille dans les quartiers limitrophes du port. Grâce à nos donateurs qui se sont vite mobilisés également, nous avons pu mettre en place une aide alimentaire d’urgence et des soins médicaux si nécessaires.

En parallèle nous travaillons sur l’apport d’une aide psycho-sociale à long terme ainsi qu’à du soutien scolaire renforcé. Il faut savoir que les enfants libanais ont perdu plus d’un an d’école. Ils ont arrêté en mars comme tout le monde mais ils étaient déjà plus ou moins à l’arrêt pour cause de révolution. Du coup il existe un gros travail de rattrapage scolaire à effectuer dans les années à venir auquel PARTAGE avec les enfants du monde participera.

A titre informatif je me posais la question de savoir si l’école est obligatoire dans tous les pays du monde…

Oui l’instruction est obligatoire dans la majorité des pays du monde, mais encore faut-il que vous ayez une école à proximité, des professeurs dans l’école et que vous ne soyez pas en sureffectif dans la classe….


Parlons du Don en confiance maintenant, comment avez-vous découvert la structure et pourquoi avoir fait le choix de la labellisation ?

J’ai rejoint PARTAGE avec les enfants du monde il y a un an, je n’ai pas tout l’historique de notre relation mais je sais que l’association a été labellisée dans les premières années du Don en Confiance (en 1995).

Que vous apporte le Don en confiance dans votre relation avec le donateur ?

Nous mettons toujours en avant cette labellisation sur l’ensemble de nos supports à destination de nos donateurs et donatrices. C’est évidemment un gage supplémentaire de confiance. Rares sont ceux qui nous posent des questions sur le contenu du Don en Confiance mais le label contribue à renforcer la confiance que nos donateurs peuvent avoir en notre organisation.

Quels efforts de transparence faites-vous vis-à-vis du donateur pour vous conformer aux exigences du Don en confiance ?

Nous nous conformons absolument à toutes les exigences du Don en Confiance à savoir la mise en ligne de tous les documents essentiels visant à assurer la transparence de la gestion de la structure (rapport du commissaire aux comptes, rapport d’activité, rapports annuels, l’essentiel…).

Directrice d’une association, donnez-moi de bonnes raisons de faire labelliser ma structure ?

Je suis convaincue que la labellisation contribue à la confiance que peut avoir le donateur en l’association. Cela permet également au conseil d’administration d’une ONG d’être rassuré sur la manière dont l’association est gérée, sur les différentes procédures établies et les différents points d’attention à ne pas négliger. C’est un outil très précieux pour une directrice générale que d’avoir des alertes régulières sur des points de vigilance. Cela permet aussi de rentrer dans une démarche d’amélioration continue avec un référentiel partagé entre diverses ONG.

Une actualité à nous soumettre ?

Aujourd’hui nous sommes mobilisés sur l’urgence Liban. Comme je vous le disais, nous construisons sur 3 ans un projet de réhabilitation et de suivi psycho-social et scolaire de plus de 2.000 enfants que nous accompagnons dans les quartiers limitrophes du port de Beyrouth. C’est un gros projet qui demandera beaucoup d’attention et de soutien.