Association française de solidarité internationale, PARTAGE avec les enfants du monde agit depuis 1973 contre l’injustice et la violence faites aux enfants les plus vulnérables et combat l’indifférence. Parce que chaque enfant a des droits fondamentaux, il doit être reconnu comme un individu à part entière, acteur de sa vie et de son avenir. Rencontre avec Yolaine Guérif, Directrice générale.

L’Objectif de Développement Durable 4 (ODD 4) consiste à assurer l’accès de toutes et de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et de promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. Il insiste sur la nécessité de permettre aux enfants les plus éloignés du système car exclus ou marginalisés de bénéficier aussi d’une éducation de qualité et gratuite.

Aujourd’hui tel que l’on est parti nous n’atteindrons pas cet objectif en 2030 si les états ne mettent pas plus de moyens dans leur politique de coopération internationale. En tout cas « PARTAGE avec les enfants du monde » y travaille tous les jours. Au cours de la dernière décennie des progrès majeurs ont été réalisés pour améliorer l’accès à l’éducation et accroître les taux de scolarisation à tous les niveaux en particulier pour les filles mais près de 265 millions d’enfants et d’adolescents ne sont toujours pas scolarisés. Et la pandémie de Covid-19 n’améliore en rien les choses.

Vous dirigez l’association PARTAGE avec les Enfants du Monde, pouvez-vous nous en dire plus sur son origine et son nom ?

PARTAGE avec les enfants du monde est une ONG de solidarité internationale créée en 1973 pour venir en aide aux enfants orphelins, victimes de la guerre du Viêt Nam.

Dès le début a prévalu l’idée que l’humanité partage une même planète et que le combat contre l’injustice et la violence faites aux enfants les plus vulnérables et contre l’indifférence est l’affaire de toutes et de tous, tant « ici que là-bas ».

L’association a très rapidement mis en place un système de parrainage afin que des donateurs français apportent une aide pérenne aux enfants en termes d’éducation, de soin, d’alimentation et de protection et puissent tisser un lien avec d’autres cultures.

Quelles sont les valeurs véhiculées par l’association et quelle est votre mission aujourd’hui ?

Notre mission consiste, au travers d’un réseau de solidarité internationale, à œuvrer au bénéfice des enfants les plus démunis et à lutter pour le respect de leurs droits fondamentaux. Nous favorisons une grande chaine de solidarité entre tous les membres : parrains, donateurs, partenaires locaux, experts de l’enfance démunie et bien sûr, les enfants, leurs familles et leurs communautés tant « ici que là-bas ».

Nos valeurs reposent sur :

  • L’engagement : nous mettons tout en œuvre pour combattre l’injustice et la violence qui frappent les enfants en permettant la mise en place d’actions de terrain, menées par des partenaires locaux et toujours inscrites dans la durée.
  • Le partage : c’est la notion fondatrice de notre association et de notre réseau de solidarité où chacun donne et reçoit. C’est un réseau d’échanges, de fédération d’énergies, de compétences et d’engagements de chacun.
  • L’écoute et le respect : chaque action de terrain entreprise est fondée sur l’écoute des besoins des enfants et de leurs communautés. Selon nous, le respect de la culture et de l’environnement des enfants est une valeur fondamentale.
  • La proximité : notre réseau de solidarité est à visage humain, avec des personnes qui se connaissent et qui sont en lien. De plus, le parrainage repose sur cette connaissance mutuelle et réciproque entre les parrains et les enfants bénéficiaires.

Comment s’organisent vos missions sur place ? Sont-elles conduites par des bénévoles ou des permanents ?

Dès l’origine, PARTAGE a fait le choix du partenariat local. Les actions sont mises en place par les partenaires locaux sur le terrain, dans le respect de l’histoire, de la culture et des valeurs des populations. Les équipes de PARTAGE, depuis le siège, assurent le suivi et l’évaluation des programmes, vérifient la bonne utilisation des fonds et accompagnent le renforcement de capacités des acteurs locaux, dans le but de les rendre autonomes. Des bénévoles peuvent également intervenir en renfort notamment sur les questions d’appui et d’audit financier.

Dans quels pays intervenez-vous ? Qui vous sollicite pour les interventions ?

Nous intervenons dans 19 pays dont la France et évoluons sur des partenariats de longue durée.  1/3 de nos partenaires travaillent avec nous depuis plus de 15 ans. 

Nous agissons dans une logique de renforcement des partenariats porteurs et constructifs. Être à l’écoute de nouvelles propositions et des nouveaux besoins des associations nationales reconnues « expert de l’enfance » avec lesquelles nous travaillons.

Parlez-nous des facteurs d’inégalités sociales dans l’enfance, quels sont ceux que vous rencontrez fréquemment dans les pays que vous couvrez ? Comment essayez-vous d’y apporter réponse ?

On trouve des facteurs d’inégalités partout dans le monde y compris en France. L’éducation est l’une des plus grandes injustices puisque sans elle, il est difficile de sortir de la pauvreté. Mieux éduqué, un individu est aussi mieux soigné, mieux défendu et plus averti.

Il y a des pays où l’accès à l’éducation est un souci majeur. En Afrique subsaharienne, nous constatons des problèmes récurrents d’enfants non scolarisés ou déscolarisés, phénomène encore plus important pour les filles. Evidemment la pauvreté en est la principale raison. Lorsque les enfants participent au revenu d’un foyer, la famille est moins encline à les mettre à l’école et aura plus de difficulté à voir l’intérêt de maintenir ses enfants à l’école. Les principaux facteurs d’inégalité sont donc la pauvreté, l’éducation des parents mais aussi l’accès très inégal à un système éducatif qui devrait être gratuit et de qualité.

C’est un problème de politique publique. L’éducation reste un poste de dépenses très important pour les Etats mais souvent très insuffisant par rapport aux besoins et l’aide publique au développement destinée à l’éducation est très en deçà des enjeux.

Dans des pays où l’on observe des croissances démographiques très élevées, le taux d’accès peut-être satisfaisant à un instant donné et devenir obsolète très rapidement. La création de nouvelles salles de classes et l’attribution de nouveaux enseignants qualifiés se faisant pressantes pour accueillir les nouvelles générations.

Comment agissent vos partenaires sur le terrain, notamment dans les pays les plus démunis, pour faire face à ces problématiques ?

PARTAGE avec les enfants du monde a fait le choix d’intervenir majoritairement dans les pays pauvres ayant un indicateur de développement humain parmi les plus bas au monde ou dans des pays dits émergents comme le Brésil ou l’Inde mais où les inégalités sont particulièrement criantes.

Une palette d’interventions possibles s’offre à nous puisque ce sont nos partenaires qui nous soumettent leurs initiatives. L’éducation est l’une des portes d’entrée. Nous sommes alors dans une approche holistique de l’enfance. Nous nous intéressons évidemment à ce qui se passe dans la classe : s’assurer déjà que les enfants soient scolarisés et viennent en classe, s’assurer de la qualité de l’éducation, de l’information des professeurs sur les matières et la pédagogie. Nous sommes particulièrement attentifs aux pédagogies actives qui placent l’enfant au cœur des apprentissages et qui font beaucoup appel à l’art ou au sport, à l’expression corporelle.

La plupart de nos partenaires ont vraiment une approche spécifique de la participation de l’enfant et essayent d’accompagner l’enfant à être un acteur de ses choix.

Nous sommes très vigilants aussi à ce que les enfants puissent bénéficier au moins d’un repas par jour. Une partie de nos partenaires mettent d’ailleurs en place des cantines scolaires. C’est un facteur de scolarisation. Les enfants ayant un repas par jour vont plus facilement rester à l’école.

En parallèle nous travaillons sur la santé de ces enfants avec des actions de sensibilisation des familles/communautés sur les bonnes pratiques (hygiène, alimentation…) ainsi que la prise en charge de vaccination ou de compléments alimentaires. Nos partenaires ont des systèmes de suivi et d’accompagnement social des familles les plus pauvres pour pouvoir les aider à financer des frais de santé qui parfois peuvent être très élevés dans des pays où la sécurité sociale n’est pas accessible au secteur informel.

Enfin nous collaborons beaucoup avec la communauté en mettant en place de l’accompagnement et de la formation à la parentalité ou encore au sein de conseils d’école avec des parents élus délégués.

Bref, nos actions sont plurielles et forment un tout cohérent d’accompagnement sur plusieurs problématiques propres à l’enfant scolarisé (éducation, alimentation, santé, protection).

Nous collaborons aussi avec des partenaires spécialisés sur les questions de protection de l’enfance de rue orientées vers du suivi, de l’appui social et de la réinsertion scolaire, économique ou familiale quand c’est possible. Enfin nous travaillons avec des associations locales spécialisées dans l’accompagnement d’enfants porteurs de handicap qui proposent des mesures d’accompagnement à l’éveil ou d’accompagnement thérapeutique et psychologique.

Voilà ce sont les trois types de partenaires avec lesquels nous sommes en relation aujourd’hui.

Vous fonctionnez selon un système de parrainage mais en quoi cela consiste-t-il ? Quel est le rôle de vos parrains ? Rencontrent-ils les enfants qu’ils parrainent ?

Choisir de soutenir une association de parrainage en devenant parrain/marraine c’est être acteur. Déjà « donner » inclut d’agir et d’être « un peu plus » citoyen. En devenant parrain/marraine (l’association en compte 18.000 à ce jour) on devient davantage acteur de son don. Ceux qui optent pour PARTAGE avec les enfants du monde choisissent soit de parrainer un enfant nominativement, et de créer un lien épistolaire, soit de parrainer une action et de recevoir des nouvelles des activités mises en place pour tous les enfants bénéficiaires.

Quel que soit le choix du parrainage, en confiant ses fonds à PARTAGE le donateur accompagne en fait toute une communauté. En aucun cas l’argent ne va à un enfant dédié, ce n’est pas possible et créerait des inégalités terribles entre enfants.

Certains font donc le choix de suivre un enfant avec lequel ils peuvent correspondre par écrit, échanger sur son quotidien. Ils vont le voir grandir et évoluer dans sa scolarité. C’est très constructif pour un enfant que de pouvoir se penser en dehors de sa communauté, voir ce qu’il se passe autre part dans le monde. Des études sur le parrainage montrent d’ailleurs que les enfants parrainés sont plus réguliers à l’école.

Enfin quelques parrains vont vouloir aller au-delà dans la relation et rencontrer l’enfant qu’ils soutiennent. PARTAGE a mis en place une charte précise incluant des règles strictes pour s’assurer que cette visite soit la plus constructive possible pour l’enfant, sa famille, sa classe et pour le parrain en visite. Ce sont toujours des moments d’émotion incroyables pour ceux qui les vivent.

La Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE) a fêté ses 30 ans le 20 novembre dernier, quelles ont été les avancées majeures depuis la création de ce texte ?

C’est déjà le premier texte de cette nature contraignant pour les états. Le texte le plus ratifié au monde, même si certains pays de poids ne l’ont pas encore adopté.

PARTAGE participe avec une trentaine d’ONG au « Groupe Enfance » au sein duquel nous avons travaillé à cet anniversaire en proposant aux politiques français des actions concrètes. En leur soulignant qu’il existe une convention coercitive certes mais qu’il est temps en France et à l’international de passer aux actes parce que pour l’instant ils ne suffisent pas et que très concrètement 265 millions d’enfants sont encore non scolarisés dans le monde dont 22% en âge de fréquenter l’école primaire. La moitié de ces enfants vivent en Afrique subsaharienne et bien entendu ce sont les filles qui sont le plus touchées par cette inégalité. Il y a donc encore énormément de travail à accomplir à l’international. Il faut savoir que la France dans son aide au développement soutien l’éducation mais très en deçà des engagements qui ont pu être pris par d’autres pays.

Quels sont les pays les plus en retard sur la question ? Y-a-t-il encore beaucoup à faire pour que les droits de l’enfant soient appliqués ?

Ces deux dernières décennies, il y a eu des progressions très importantes des taux de scolarisation, mais il reste beaucoup à réaliser et la crise de la COVID19 risque de tout « gâcher ». Difficile de vous donner au débotté une échelle de pays mais comme je vous le disais plus haut l’Afrique subsaharienne est le continent où les taux d’accès à l’éducation et de rétention sont les plus bas du monde.

Les pays affectés par des bouleversements climatiques majeurs ou les pays en guerre génèrent également des taux très bas de scolarisation. Les enfants sont toujours les premières victimes.

Il y a aussi la question épineuse des migrations. Les enfants migrants quels qu’ils soient sont censés être accueillis, scolarisés et protégés par les pays où ils se trouvent et l’on se rend compte que ce n’est pas le cas sur beaucoup de territoires, y compris en France.

Lors de ce travail réalisé avec le groupe enfance, nous avons souligné que certes il reste beaucoup à faire dans les pays en voie de développement ou émergents mais aussi en France et dans les pays développés. C’est un peu l’idée des objectifs de développement durable (ODD) d’ailleurs : il n’y a pas de pays développés ou en développement, nous sommes tous en développement et devons converger vers des conditions de vie acceptables pour chacun(e) à travers le monde.

Pour étayer ces propos je rappelle d’ailleurs que PARTAGE n’a pas qu’une mission à l’international, PARTAGE a aussi une responsabilité d’éducation à la citoyenneté des enfants (notamment) en France. La responsabilité de les ouvrir au monde, de les sensibiliser à la paix et aux enjeux internationaux. Et l’on se rend compte dans toutes les actions que nous menons qu’il y a énormément d’enjeux convergents, que les enfants ici ressentent des injustices et difficultés similaires à celles que l’on peut rencontrer ailleurs dans des pays plus sensibles. 

PARTAGE a également pour priorité de faire dialoguer des « jeunes de France et d’ailleurs » autour d’enjeux communs. Pour les 30 ans de la convention internationale des droits de l’enfant nous avons ainsi organisé une grande tournée musicale avec des enfants venant d’Equateur qui ont pu partager leurs points de vue sur ces droits avec de nombreux jeunes français issus d’écoles de musique ou de conseils municipaux de jeunes.

Est-il possible selon vous d’atteindre l’objectif de l’éducation pour tous à court ou moyen terme ?

C’est l’objectif 4 des ODD. Il consiste à assurer l’accès de toutes et de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et de promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. L’ODD 4 insiste sur la nécessité de permettre aux enfants les plus éloignés du système car exclus ou marginalisés de bénéficier aussi d’une éducation de qualité et gratuite.

Aujourd’hui tel que l’on est parti nous n’atteindrons pas cet objectif en 2030 si les états ne mettent pas plus de moyens dans leur politique de coopération internationale. En tout cas PARTAGE avec les enfants du monde y travaille tous les jours. Au cours de la dernière décennie des progrès majeurs ont été réalisés pour améliorer l’accès à l’éducation et accroître les taux de scolarisation à tous les niveaux en particulier pour les filles mais comme je vous le disais près de 265 millions d’enfants et d’adolescents ne sont pas scolarisés aujourd’hui. Et la pandémie actuelle n’améliore en rien les choses.

Comment vous financez-vous ? Obtenez-vous des subventions de la part des pouvoirs publics ?

Très peu. Aujourd’hui près de 100% de nos ressources sont d’origine privée. On en a mobilisées lorsque certains de nos partenaires nous ont sollicités sur des financements de projets très conséquents, notamment en Haïti ou à Madagascar. A l’avenir c’est quelque chose toutefois que l’on peut être amené à faire mais ce n’est pas aujourd’hui au cœur de notre modèle économique.

En cette période de crise sanitaire liée à la COVID-19, quelles sont les restrictions que vous rencontrez pour mener vos missions ?

Au début du confinement, nos 28 partenaires dans les 19 pays d’intervention ont dû mettre en standby leurs activités. Les écoles ont tout de suite fermé aussi. Or dès l’instant où l’école n’est plus accessible, les risques en termes de suivi social se multiplient : problèmes de maladie, de violence, de nutrition, de décrochage scolaire, de travail forcé ou de grossesses précoces que l’on arrive plus à détecter. Et puis comme je l’évoquais, nous avons beaucoup de partenaires qui offrent un repas par jour aux enfants dans l’enceinte de l’institution. La charge financière engendrée par l’absence de ce repas est souvent conséquente pour les familles les plus démunies.

Très rapidement, nos parrains et donateurs nous ont demandé comment ils pouvaient intervenir. Ce sont des instants très forts qui nous dynamisent, des moments où l’on se rend compte que nous sommes vraiment soutenus par la générosité du public qui nous accompagne.  

Par ailleurs en l’espace d’un mois, 16 de nos partenaires se sont mobilisés et nous ont sollicité pour mettre en place des actions d’urgence et ainsi répondre à ce besoin de suivi social. Nous avons donc été en capacité de déployer rapidement une activité adaptée à la situation (passage dans les familles, distribution de colis alimentaire dans les pays où tout était fermé et où les prix flambaient, organisation d’un suivi pédagogique à distance). Sur ce dernier point d’ailleurs, nos partenaires ont déployé des trésors d’imagination pour essayer de maintenir une continuité pédagogique en proposant du conseil aux parents, du conseil aux enfants via des groupes whatsapp, certains sont même passés dans les bidonvilles au Honduras avec des haut-parleurs pour proposer des activités de lecture et distiller des conseils.

L’école est un lieu d’émancipation pour les enfants mais aussi de protection, un lieu où ils peuvent se nourrir, en être privé est une vraie catastrophe. Or au plus fort de la crise nous étions à 1 milliard d’enfants non scolarisés.

Aujourd’hui, l’école reprend progressivement dans la plupart de nos pays d’intervention, parfois à temps partiel. Nous orientons notre travail partenarial vers le respect des gestes barrières et des mesures de protection mais aussi vers des activités de rattrapage pour les enfants qui présentent des « retards d’apprentissage » liés à la fermeture des classes pendant 7 mois et pour lesquels la continuité pédagogique n’a pas été suffisante.

Et suite à l’explosion du port de Beyrouth, intervenez-vous sur la mission sociale d’urgence au Liban ?

Nous intervenons au Liban en effet. Nos partenaires déjà frappés par la crise politique, la révolution, la Covid-19 se sont retrouvés ébranlés par l’explosion.

En cette situation de crise, nous en soutenons 2 dont 1 qui travaille dans les quartiers limitrophes du port. Grâce à nos donateurs qui se sont vite mobilisés également, nous avons pu mettre en place une aide alimentaire d’urgence et des soins médicaux si nécessaires.

En parallèle nous travaillons sur l’apport d’une aide psycho-sociale à long terme ainsi qu’à du soutien scolaire renforcé. Il faut savoir que les enfants libanais ont perdu plus d’un an d’école. Ils ont arrêté en mars comme tout le monde mais ils étaient déjà plus ou moins à l’arrêt pour cause de révolution. Du coup il existe un gros travail de rattrapage scolaire à effectuer dans les années à venir auquel PARTAGE avec les enfants du monde participera.

A titre informatif je me posais la question de savoir si l’école est obligatoire dans tous les pays du monde…

Oui l’instruction est obligatoire dans la majorité des pays du monde, mais encore faut-il que vous ayez une école à proximité, des professeurs dans l’école et que vous ne soyez pas en sureffectif dans la classe….


Parlons du Don en confiance maintenant, comment avez-vous découvert la structure et pourquoi avoir fait le choix de la labellisation ?

J’ai rejoint PARTAGE avec les enfants du monde il y a un an, je n’ai pas tout l’historique de notre relation mais je sais que l’association a été labellisée dans les premières années du Don en Confiance (en 1995).

Que vous apporte le Don en confiance dans votre relation avec le donateur ?

Nous mettons toujours en avant cette labellisation sur l’ensemble de nos supports à destination de nos donateurs et donatrices. C’est évidemment un gage supplémentaire de confiance. Rares sont ceux qui nous posent des questions sur le contenu du Don en Confiance mais le label contribue à renforcer la confiance que nos donateurs peuvent avoir en notre organisation.

Quels efforts de transparence faites-vous vis-à-vis du donateur pour vous conformer aux exigences du Don en confiance ?

Nous nous conformons absolument à toutes les exigences du Don en Confiance à savoir la mise en ligne de tous les documents essentiels visant à assurer la transparence de la gestion de la structure (rapport du commissaire aux comptes, rapport d’activité, rapports annuels, l’essentiel…).

Directrice d’une association, donnez-moi de bonnes raisons de faire labelliser ma structure ?

Je suis convaincue que la labellisation contribue à la confiance que peut avoir le donateur en l’association. Cela permet également au conseil d’administration d’une ONG d’être rassuré sur la manière dont l’association est gérée, sur les différentes procédures établies et les différents points d’attention à ne pas négliger. C’est un outil très précieux pour une directrice générale que d’avoir des alertes régulières sur des points de vigilance. Cela permet aussi de rentrer dans une démarche d’amélioration continue avec un référentiel partagé entre diverses ONG.

Une actualité à nous soumettre ?

Aujourd’hui nous sommes mobilisés sur l’urgence Liban. Comme je vous le disais, nous construisons sur 3 ans un projet de réhabilitation et de suivi psycho-social et scolaire de plus de 2.000 enfants que nous accompagnons dans les quartiers limitrophes du port de Beyrouth. C’est un gros projet qui demandera beaucoup d’attention et de soutien.


Depuis plus de 50 ans maintenant, l’Îlot œuvre pour la réinsertion des personnes en grande détresse. Reconnue par les pouvoirs publics (administration pénitentiaire, acteurs de l’emploi et des affaires sociales) pour son expertise dans l’accompagnement des personnes sortant de prison ou sous main de justice, l’association soutient près de 1.350 personnes à l’année. Rencontre avec Christian Vilmer, directeur général.

La première des conditions pour réussir une réinsertion c’est la volonté. Sans volonté, rien n’est possible. La deuxième repose sur la bonne régulation des problèmes médicaux. La plus grande partie des échecs provient de l’alcoolisme, de la consommation excessive de drogue, ou encore de problèmes psychologiques graves. La dimension médicale est donc vraiment fondamentale. Pour le reste, si l’intention existe tout est possible. (…) Il faut être très humble sur l’apport et la récidive. Tout est fragile. Le fait de montrer qu’on peut accompagner, que la société est prête à aider, qu’il existe des bénévoles qui donnent du temps pour les personnes sortant de prison ou sous main de justice a tendance à leur redonner confiance. Contribuer à améliorer « l’estime de soi » est fondamental pour éviter la récidive.

« L’Îlot : un accueil, un toit, un nouveau départ », oui mais qu’est-ce que l’Îlot ?  Quelles sont ses origines et ses missions ?

L’Îlot a été créé il y a une cinquantaine d’années maintenant avec comme objectif d’accueillir des personnes dites « sortant de prison » ou sous main de justice pour les aider à se réinsérer. Et même si depuis 50 ans nous nous sommes diversifiés pour des raisons d’opportunité, le public « justice » reste notre cible prioritaire. Par ailleurs, si notre devise scande « Un accueil, un toit, un nouveau départ », l’objectif premier de l’association n’est pas la mise à l’abri. Nous avons, il est vrai, un accueil d’hébergement d’urgence ou de personnes qui sont dans des situations extrêmement précaires mais notre but consiste avant tout à amener les gens jusqu’à l’emploi ou en tout cas une activité.

Tout ce qui est volet réinsertion administrative, sociale est évidemment la base mais l’estime de soi, le savoir-être, les compétences professionnelles et l’activité professionnelle restent la finalité puisque sans emploi et/ou sans activité la réinsertion n’est pas durable. 

Votre projet associatif consiste donc à porter une attention prioritaire à la réinsertion du public « justice », mais quelles sont les autres populations auxquelles vous vous adressez ?

Nos missions parallèles contribuent avant tout au projet d’aide aux personnes concernées par la justice mais nous jugeons préférable dans nos activités et nos établissements d’introduire une certaine forme de mixité. Lorsque nous faisons des groupes de formation qui incluent essentiellement des personnes sous main de justice, il est souhaitable qu’il n’y en ait pas 100%. Nous tenons à observer une diversité à tout point de vue.

De manière générale, il existe trois strates dans le parcours de réinsertion : l’urgence, la stabilisation et la réinsertion sociale et professionnelle. Nous, nous nous focalisons essentiellement sur la réinsertion par l’emploi. Nous n’accueillons pas de SDF par exemple, sauf dans notre centre d’urgence à Amiens. Nous nous adressons à des individus cumulant certes de gros problèmes (psychologiques, familiaux, d’addiction…) mais à un stade où nous pensons qu’ils peuvent se réinsérer professionnellement parlant. Nous accueillons donc des personnes qui sont prêtes à venir à des entretiens, à s’engager dans une démarche et à progresser.

Quels dispositifs mettez-vous en place pour accompagner les publics « justice » dans leur reconstruction sociale ? Pouvez-vous nous décrire le parcours d’insertion classique ?

Il y a d’abord le recrutement. Il s’effectue de deux façons. Soit l’administration pénitentiaire ou la justice nous adresse des dossiers qui nous correspondent, soit nous nous déplaçons pour rencontrer directement les « sortant » dans le cadre d’un aménagement de peine. Dans tous les cas, nous menons un entretien de 45 minutes pour évaluer si la personne est prête à travailler à sa réinsertion avec nous, si elle accepte les règles et les contraintes collectives. Une fois que nous nous sommes mis d’accord sur les attentes, la première phase consiste à faire en sorte que la personne se pose et se sente bien, puis à régler toute la partie administrative (carte d’identité, titre de séjour, CMU, impôts…).

En parallèle, il y a une phase d’analyse du projet de la personne. Cette partie est compliquée car lorsque nous rencontrons les détenus leur premier projet c’est bien évidemment de sortir, leur deuxième de « profiter » de leur liberté. Décortiquer leurs capacités et compétences et faire accoucher la personne d’un projet de vie peut prendre du temps.

Plusieurs volets doivent être pris en compte : le volet professionnel avec la construction du projet, le volet relationnel avec la nécessité de retisser un réseau de connaissances, enfin le volet médical et psychologique, les « sortant » cumulant souvent des problèmes d’addiction à la drogue, à l’alcool ainsi que parfois des troubles psychologiques traités par des structures médicales largement mises à contribution.

Et d’ailleurs l’Îlot propose-t-elle en propre un suivi médical et psychologique à ses bénéficiaires ?

En propre non. Nous n’avons pas de structures médicales permanentes dans nos établissements mais nous travaillons en partenariat avec des centres médico-psychologiques comme Sainte-Anne à Paris ainsi qu’avec différentes structures médicales (centres médico-psychologiques ou équipes mobiles psychiatriques) dans les départements que nous couvrons. Nous entretenons aussi des relations étroites avec des associations spécialisées dans tout ce qui est addiction (drogue ou alcool).

Comment êtes-vous organisés au niveau national ? De combien de structures disposez-vous pour mener à bien vos missions ?

Nous possédons huit établissements, historiquement sur Paris et sur la Picardie. Sur Paris nous en comptons trois. Deux d’hébergement à Paris et dans le Val-de-Marne ainsi qu’un chantier d’insertion-formation qui couvre Paris et la Seine-Saint-Denis.

En Picardie nous en avons quatre : un grand atelier d’insertion avec en dur de la mécanique, de la cuisine, de la menuiserie et trois établissements d’hébergement (un pour hommes, un pour femmes et familles, un d’accueil et d’hébergement d’urgence).

Enfin, nous venons d’ouvrir un nouvel établissement à Toulon. Nous n’avons donc pas une répartition nationale mais sommes en train de réfléchir à notre politique de développement.

Quels sont vos partenaires institutionnels et comment interagissez-vous avec eux ?

La Direction Départementale de la Cohésion Sociale (DDCS ou DRIHL selon les régions) est notre principal financeur. C’est elle qui fixe nos dotations de fonctionnement et les règles de subventionnement. Nous devons donc nous caler sur les orientations gouvernementales qui nous sont soumises en matière d’agrément, de respect d’un mode de fonctionnement et de recrutement fonction des priorités des territoires administratifs que nous couvrons.

L’administration pénitentiaire, quant à elle, nous finance extrêmement peu faute de moyens. Les seuls financements possibles sont ceux que nous obtenons en cas d’accueil à la journée d’un individu dans le cadre d’un aménagement de peine de type bracelet électronique ou placement extérieur validés par un juge d’application des peines. Nous ne sommes donc pas dans une relation financière mais plus dans une relation de proximité. Les services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP) avec lesquels nous travaillons avaient parfois tendance à considérer que l’on faisait une partie de leur travail, et notamment la partie susceptible de les intéresser (à savoir la réinsertion). Nous avons donc longtemps été perçus comme des concurrents. Ce n’est plus le cas.

Les relations sont devenues plus fluides et moins tendues avec le temps. Et c’est mieux ainsi d’ailleurs car il va de notre intérêt d’entretenir de bons rapports afin d’appréhender au mieux la problématique du « sortant » de prison que nous allons accueillir après contrat moral. Notre objectif aujourd’hui est d’arriver à travailler plus en amont avec les SPIP et les associations qui les accompagnent, c’est-à-dire quand la personne est encore incarcérée pour réussir à bâtir des liens durables et expliquer notre démarche en faveur d’une logique de progression et d’insertion. Il est important d’établir une certaine forme de continuité dans le parcours de réinsertion dont nous pourrions être le fil rouge.

En ce qui concerne nos partenaires dans le domaine de l’emploi maintenant, nos bénéficiaires doivent être inscrits à Pôle Emploi bien sûr et sur le plan administratif être dans le circuit. Nous travaillons en concertation et sommes complémentaires de toutes structures (Pôle Emploi, missions locales, organismes de formation…) mais il n’y a aucun schéma établi. Il y a des individus qui sortent avec leur dossier prêt, d’autres pour qui rien n’a été fait au préalable pour des raisons sans doute qui se justifient. Il n’y a pas de règles.

La réinsertion par l’activité économique et l’emploi est sans doute l’une des clés d’une réinsertion sociale réussie, quelles sont vos différents chantiers et actions pour y parvenir ?

Nous proposons deux types de chantiers d’insertion.

  • Des ateliers en dur axés vers des disciplines telles que la menuiserie, la mécanique ou la restauration. Les personnes qui en bénéficient sont encadrées et formées par des professionnels chevronnés qui les initient à leur métier. Elles sont aussi accompagnées par des conseillers en insertion professionnelle dans leurs démarches pour intégrer ou réintégrer le marché du travail. Ces ateliers font l’objet d’une production dont nous vendons les prestations.
  • Des ateliers appelés « Qualification-insertion » qui embauchent et forment au métier d’agent de restauration des personnes sous main de justice. Dans ces ateliers nous ne produisons pas mais proposons un programme d’alternance. Les bénéficiaires sont avec nous un tiers du temps, un autre tiers est dédié à la formation professionnelle, enfin un troisième temps est consacré à des stages et de l’apprentissage dans des établissements de restauration collective ou des restaurants individuels. Ces programmes sont financés uniquement par un appel à la générosité du public puisque nous ne vendons aucune prestation. Pour la plupart des bénéficiaires, les ateliers Qualification-Insertion représentent un premier diplôme qui n’est pas un CAP mais un diplôme qualifiant d’agent polyvalent de restauration.

Combien de personnes sortent chaque année de vos promotions dans les ateliers Qualification-Insertion avec un diplôme et quel est le taux de retour à l’emploi à l’issue de cette formation ?

Nous remplissons à l’année deux promotions d’une douzaine de personnes accompagnées pendant 9 mois. Il arrive que certaines n’aillent pas au bout et rechutent mais c’est assez mineur. Les diplômés trouvent ensuite facilement un emploi dans la restauration collective ou traditionnelle avec une préférence pour le collectif car les horaires sont plus stables.

Pouvez-vous également nous en dire plus sur la Session d’Orientation Approfondie (SOA) que vous avez lancée il y a trois ans avec le Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation de Seine-Saint-Denis, que propose-t-elle pour quel taux de réussite ?

Cette session a été créée pour des individus qui bénéficient d’aménagement de peine et sont placés dans des quartiers de semi-liberté, qui ne relèvent donc pas de la sécurité carcérale. Le principe de ces quartiers repose sur une sortie le matin avec obligation de retour le soir selon un horaire prédéfini sous peine de sanction. Entre 2, l’individu bénéficie d’une liberté qu’il met à profit comme bon lui semble. S’il ne veut rien faire de ses journées sinon s’alcooliser, il le peut.

Pour éviter ceci, nous avons pensé que coupler l’aménagement de peine avec une forte incitation à suivre un accompagnement pendant 2 mois pouvait être bénéfique. Tout le jeu de la part de l’administration pénitentiaire consiste à peser sur la personne en disant « si vous ne faites pas ce que l’on attend de vous, vous n’aurez pas de remise de peine ». C’est un moyen de pression certes mais qui permet d’accrocher les individus, de leur faire entrevoir une sortie plus rapide et de permettre au final une meilleure réinsertion.

Notre service propose ainsi des groupes de 10-12 personnes. Durant les 2 mois de leur présence, nous travaillons avec eux en collectif et en individuel pour les aider à faire émerger un projet cohérent, nous essayons aussi de leur trouver des formations, voire un métier.

Le taux de réussite est donc assez difficile à évaluer. On peut le mesurer par exemple au nombre de formations que l’on a obtenues. Mais finalement le vrai taux de réussite, nous le mesurons quand un individu venu chez nous retrouve sa liberté avant la fin de la session et qu’il décide ou pas de continuer. S’il revient, c’est gagné !

Plus globalement, combien de personnes accompagnez-vous chaque année ? Parmi elles combien retrouvent un emploi pérenne et un logement, bref arrivent à s’autonomiser ?

En 2019, près de 1.350 personnes sont passées par l’Îlot. Un total de 563 personnes majeures ont fait l’objet d’un travail d’accompagnement et de réinsertion, dont 62% de public « justice ». Au global, 40% des personnes ayant quitté nos établissement d’hébergement en 2019 ont trouvé un logement pérenne ou adapté à leur situation, et 30% sont hébergés chez des tiers ou en famille.

En ce qui concerne l’emploi, 42% avaient une activité (CDD court ou long, CDI, Intérim, CDDI, …) lorsqu’ils ont quitté l’Îlot. Pour nos seuls chantiers d’insertion,  nous atteignons un taux de sorties positives de 50% à Amiens, et de 65% pour l’AQI d’Aubervilliers.

Je ne doute pas qu’il y ait des exemples de réussite, bien au contraire, auriez-vous des parcours à soumettre qui permettraient à d’autres de constater que « tout est possible » ? En clair, quelles sont selon vous les conditions de réussite d’une réinsertion ?

La première condition c’est la volonté. Sans volonté, rien n’est possible. La deuxième repose sur la bonne régulation des problèmes médicaux. La plus grande partie des échecs provient de l’alcoolisme, de la consommation excessive de drogue, ou encore de problèmes psychologiques graves. La dimension médicale est donc vraiment fondamentale.

Pour le reste, si l’intention existe tout est possible.

A contrario, quel est votre taux d’échec ? Êtes-vous en mesure d’ailleurs d’appréhender un potentiel échec (perte d’emploi ou perte de logement) et ainsi d’éviter la récidive ?

Nous accompagnons peu de délinquants lourds, auteurs de crime. Il y en a peu dans les faits. Ils font des peines relativement longues et quand ils sortent ils peuvent mettre un an avant de reprendre leurs marques. Le parcours est extrêmement difficile pour eux certes mais ce n’est pas le parcours le plus compliqué à gérer pour les institutions.

Ensuite, il y a la catégorie des délinquants autour de la drogue. Dans ce cas c’est l’argent facile qui prime. La récidive peut être liée soit au fait qu’ils replongent pour faire comme les copains, soit qu’ils cèdent à la facilité de l’appât du gain. Si on y ajoute les effets négatifs de comportements querelleurs et agressifs liés à la consommation d’alcool ou la prise de drogue, la tâche devient tout de suite plus compliquée. Il y a tout un travail psychologique à mener qui peut être long et pas toujours forcément fructueux. Dans ces cas-là la récidive existe, le parcours est assez chaotique. Et puis un échec n’est pas toujours négatif, cela peut être un moment de bascule du délinquant qui prend conscience que la vie ne peut pas continuer ainsi. Il y a des échecs qui ne sont qu’un creux sur un parcours de remontée, il faut persévérer.

Eviter la récidive passe souvent également par le fait de trouver une compagne, la femme qui stabilise. Tomber sur la bonne personne qui peut donner une autre optique de vie ne suffit pas bien sûr, mais c’est quand même un élément important. Il faut être très humble sur l’apport et la récidive. Tout est fragile. Le fait de leur montrer qu’on peut les accompagner, que la société est prête à les aider, qu’il existe des bénévoles qui donnent du temps pour eux a tendance à leur redonner confiance. Contribuer à améliorer « l’estime de soi » est fondamental pour éviter la récidive.

Que diriez-vous à ceux qui ne croient pas en une deuxième chance ? Ceux qui fustigent la réinsertion d’anciens détenus ?

La première réponse est qu’à un moment ou à un autre toute personne sort de prison, la question est donc « qu’allons-nous faire de cette personne ? ». Ne pas chercher à l’aider à se réinsérer produit un coût social énorme. Le sujet n’est donc pas d’avoir confiance en l’homme et en son pouvoir de rédemption, la société n’a juste pas le choix !

Pouvez-vous nous parler de la situation en milieu carcéral et des conditions de détention, avez-vous pu constater une dégradation au fil des années ?

Nous ne travaillons quasiment pas du tout en milieu carcéral. Nous ne sommes pas visiteurs de prison et peu à l’intérieur.

L’idée que l’on se fait quand même de la condition carcérale c’est que l’architecture de la prison définit tout. Cette architecture est la même depuis des siècles : un système de circulation où vous pouvez avoir des individus très dangereux d’un côté et peu dangereux de l’autre, le tout mélangé mais sans forcément se croiser. Faire en sorte que des individus passent à la préparation de la suite devient dès lors structurellement compliqué voire impossible. Certains pays, dont la France d’ailleurs, commencent désormais à réfléchir à des unités plus petites comprenant 70 à 90 personnes, des unités en ville plutôt qu’en campagne fonction de la dangerosité des individus. La mise en place de quartiers de préparation à la sortie doit faire partie des priorités car comme je le disais plus haut, il est indispensable de préparer les choses avant toute réintégration sociale.

Il faut aujourd’hui repenser les prisons, en construire de nouvelles plus adaptées et surtout expliquer au public que tous les individus incarcérés ne sont pas forcément dangereux, juste paumés. Ils purgent une peine dont l’intérêt de s’évader est relativement limité. Les accompagner dans leur reconstruction est fondamental pour une réinsertion pérenne. Les maisons d’arrêt sont saturées avec un taux parfois de 200%. La situation demande considération mais ce que nous en savons est très banal et connu du grand public.

La Maison d’accueil l’îlot apporte son soutien à des populations extrêmement fragilisées, comment avez-vous géré le confinement de ces derniers mois et à quelles difficultés avez-vous dû ou devez-vous faire face en cette période de crise sanitaire ?

Deux problématiques se sont imposées à nous pendant cette crise : d’une part comment s’organiser par rapport à nos salariés et d’autre part comment s’organiser par rapport aux personnes que nous accompagnons et hébergeons.

Toutes les personnes au siège sont parties en télétravail, donc pas de risque majeur. Dans les établissements nous avons établi une continuité de service. 90% des salariés étaient présents. La difficulté a consisté à anticiper tout le matériel dont on avait besoin : arriver à mettre en place des parois de plexiglas avant que tous les stocks ne se vident, commander des masques en Chine… Il a fallu être réactif sur le plan opérationnel. Je pense que nous avons été bon dans la gestion.

Donner les moyens aux équipes et aux personnes hébergées de se protéger a été une priorité. Nous avons tout financé. Les masques nous ont été fournis en partie par les pouvoirs publics mais au bout d’un mois et demi seulement. Nous avons donc dû mettre en place des fabriques de masques, commander du tissu en France et à l’étranger, trouver les patrons qu’il fallait pour les réaliser.  Globalement tout s’est bien déroulé. Nous avons été agréablement surpris aussi par la réaction de personnes accompagnées respectueuses des consignes sanitaires en grande majorité. Nous n’avons pratiquement pas eu de cas avérés et nos bénéficiaires ont bien compris les enjeux.

La majeure partie du personnel de l’Îlot est salariée, pouvez-vous nous parler de ces recrutements et de leur profil (travailleurs sociaux, éducateurs…) ? De combien de salariés dispose l’Îlot pour réaliser ses missions ?

L’Îlot dispose d’une centaine de salariés et recrute en fonction des postes. Les équipes éducatives sont composées d’assistants de service social (homme ou femme) et d’éducateurs spécialisés diplômés. J’aimerais qu’on arrive à se diversifier un peu, que l’on recrute des personnes en reconversion professionnelle de manière à mélanger les approches. Nous avons aussi des chargés de réinsertion professionnelle plus spécialisés dans la technique de recherche d’emploi. Sans être critique je dirais qu’il nous manque des profils qui connaissent le milieu entreprise. Nous nous appuyons plus sur les bénévoles pour cela.

Justement, en parlant de bénévoles, pour quel type de missions faites-vous appel à eux ?

Toutes celles qui ne sont pas assurées par les salariés. On ne prend pas des gens pour faire gratuitement ce que fait le personnel rétribué. A cet égard l’harmonisation du travail entre salariés et bénévoles pour aller vers un but commun n’est d’ailleurs pas toujours facile.

Nos bénévoles s’occupent principalement de l’accompagnement vers l’emploi (préparation à des entretiens, explication du fonctionnement de l’entreprise), certains dispensent des conseils autour du numérique et de l’informatique de type « comment savoir se débrouiller administrativement dans le dédale des sites de la CAF, de Pôle Emploi ». Nous avons également des bénévoles positionnés sur le bien être (la diététique, les soins esthétiques), d’autres qui proposent à nos bénéficiaires des rencontres en entreprise. Des avocats aussi ou encore des bénévoles venus pour échanger, une écoute citoyenne en quelque sorte. Enfin il y a des accompagnements vers des activités plus ludiques, ateliers « théâtre », « numérique » ou « cuisine » proposés par des associations bénévoles comme l’association « Champs Libre » avec laquelle nous travaillons fréquemment.

Comment vous financez-vous ? Quelle est la part entre aides financières publiques et aides financières privées dans votre budget ?

Notre financement provient à 65% du secteur public (la direction départementale de la Cohésion Sociale, les allégements de charges et autres subventions des collectivités locales), 10% provient des ventes de nos ateliers et participations financières, enfin 25% provient du privé (particuliers, fondations et quelques legs aléatoires).

Pouvez-vous nous dire comment vous avez connu le label Don en Confiance et qu’est-ce qui vous a motivé à adhérer aux exigences de la charte de déontologie ?

Quand j’ai pris mon poste, l’Îlot adhérait déjà à la charte. J’ai donc un peu de mal à répondre à cette question mais l’intérêt de la labellisation – il me semble – repose d’abord sur le côté rassurant que cela induit pour le donateur. L’intérêt pour nous consiste aussi à bénéficier du regard extérieur de la structure sorte d’aiguillon pour progresser, mettre le doigt sur les sujets majeurs qu’il ne faut surtout pas lâcher et qui malheureusement passent souvent après l’opérationnel.

Finalement adhérer à la charte représente un complément à notre démarche qualité. Sans cela, nous ferions sans doute moins et moins bien.

Citez-moi deux raisons pour lesquelles ce label vous paraît aujourd’hui indispensable ?

La première raison est que d’être labellisé conduit à consentir à une méthodologie qui consiste à mettre en évidence les risques, les points de fragilité.

La deuxième c’est que cela rassure les donateurs (particuliers, mécènes ou fondations). Il y a un regard porté qui même s’il est bienveillant n’est jamais complaisant. Adhérer aux principes du Don en Confiance nous pousse à donner le meilleur de nous-même et à toujours s’améliorer.

Vos projets pour l’année à venir ?

L’Îlot a 2 gros projets à venir.

  • Un projet de rénovation de notre centre d’accueil de 60 personnes au Père Lachaise qui devrait s’achever en 2023. Nous sommes donc obligés d’ici là de trouver un lieu d’hébergement pour 30 personnes, les 30 autres restant en roulement dans une partie du bâtiment non encore en travaux.
  • Un projet qui concerne le Val de Marne où nous possédons 2 petites structures ayant du mal à fonctionner car limites en termes de taille. Or nous avons trouvé un superbe endroit entouré de verdure à Fontenay-sous-Bois appartenant originellement à des franciscains dans lequel nous allons pouvoir regrouper toute l’équipe.

Une fois terminés, nous aurons refait tous nos établissements d’hébergement.

En ce qui concerne l’accompagnement maintenant, notre mission lancée depuis un an et demi consiste à renforcer le travail en amont dans les prisons et à obtenir une continuité d’accompagnement « dedans-dehors » en partenariat avec les associations. L’idée serait de faire de l’intégration verticale, créer le fil rouge qui évite les ruptures et les discontinuités : assurer en fait tout le parcours d’intégration d’un « sortant » de prison sans heurt, depuis son incarcération jusqu’à son retour vers une vie sociale normale. C’est un projet long et lourd à mettre en place mais nous pensons qu’il est vital.

ONG de solidarité internationale, Électriciens sans frontières lutte depuis 1986 contre les inégalités d’accès à l’électricité et à l’eau dans le monde. Soutenue par 1200 bénévoles et en partenariat avec des acteurs locaux, l’association favorise le développement économique et humain en utilisant les énergies renouvelables. Rencontre avec Hervé Gouyet, Président.

Aujourd’hui 800 millions de personnes environ dans le monde n’ont pas l’électricité. Assurer l’accès universel à l’énergie est effectivement tout à fait possible mais l’horizon de 2030 – qui était affiché par un certain nombre d’institutionnels – est trop optimiste, et ce encore plus avec la crise du Covid-19. (…) Non seulement les populations doivent travailler sur la transformation de leurs outils de production et leur efficacité énergétique pour ceux qui en bénéficient mais il est nécessaire pour les autorités compétentes de focaliser sur l’énorme challenge que représente la transition pour ceux qui ne bénéficient pas encore de réseau électrique afin d’opter dès le départ pour les sources de production les moins émettrices en CO2 et pour les usages qui soient les plus efficaces tout de suite. Il y a donc un vrai enjeu à sauter l’étape carbonée et inefficace pour les pays du sud.

Électriciens sans frontières est une ONG de solidarité internationale créée en 1986 qui lutte contre les inégalités d’accès à l’électricité et à l’eau dans le monde. Quelle en est l’origine et que couvrent vos missions pour pallier l’inaction des autorités concernant l’accès à ces services essentiels ?

Électriciens sans frontières est née de la volonté de salariés du secteur de l’électricité qui au moment de la grande famine en Ethiopie ont souhaité mettre leur savoir d’électriciens au service de projets de développement. C’était un peu les prémices du mécénat de compétences au service de la solidarité internationale maintenant largement répandu.

Nous avons donc démarré avec quelques projets d’accès à l’électricité en lien avec des associations du sud et des collectivités territoriales françaises. Nos premières interventions ont eu lieu au Cameroun et au Vietnam. Puis progressivement l’association s’est développée pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui, à savoir qu’elle représente un peu plus de 1.200 adhérents pour 135 projets en cours dans une quarantaine de pays à travers le monde. Nos bénévoles sont pour la majorité des salariés et anciens salariés du secteur de l’énergie.

Pour ce qui est des missions, Électriciens sans frontières possède 3 axes d’intervention :

  • Le volet historique qui consiste à acheminer l’électricité dans les zones rurales éloignées des réseaux en électrifiant prioritairement les services collectifs (écoles, centres de santé, espaces communautaires) tout en intégrant une composante « activité économique » afin de solvabiliser l’écosystème électrique mais aussi de partir sur des dynamiques pluridimensionnelles intégrant les services collectifs, les services productifs et les activités domestiques. A chaque fois nous devons nous adapter au contexte socioéconomique local et politique. Nous ne rencontrons pas les mêmes contraintes ni les mêmes contextes réglementaires d’un pays à l’autre. La complexité de l’ingénierie sociale est parfois nettement supérieure à celle de l’ingénierie technique. Il faut savoir s’adapter. Les ¾ de nos actions portent donc sur l’électrification rurale.
  • Le volet « situation d’urgence ». Nous intervenons ici essentiellement en appui des autres acteurs de la solidarité internationale pour prendre en charge le volet accès à l’électricité de leurs propres actions (réalimenter par exemple en urgence les hôpitaux en électricité lors de catastrophes naturelles, éclairer les zones de recherche après un tremblement de terre ou encore éclairer des camps de réfugiés). Il s’agit souvent de catastrophes d’ampleur qui nécessitent notre technicité, l’ONG sur place n’arrivant pas à gérer la complexité.
  • Un troisième volet enfin, qui peut d’ailleurs avoir des adhérences avec les 2 premiers, consiste à soutenir des actions de solidarité internationale menées par certaines collectivités territoriales ou encore par des ONG. Nous travaillons par exemple avec la métropole de Nantes sur un projet de coopération décentralisée dans un petit village du Cameroun. Notre mission consiste à prendre en charge toutes les études ainsi que l’accompagnement dans la mise en place d’une centrale hydraulique à proximité. Autre exemple avec Médecins sans frontières maintenant, assez régulièrement l’ONG demande un recours à nos bénévoles pour aller vérifier la sécurité des installations électriques de ses propres opérations.

97 % de nos projets utilisent les énergies renouvelables et les 2/3 de nos projets incluent une composante « eau » importante puisque nous menons des actions pour faciliter l’accès à une eau potable ou pour l’agriculture via l’irrigation.

Dans quels pays intervenez-vous et qui vous sollicite pour les interventions ? De manière générale quels sont vos partenaires sur les différents projets menés ?

Nous intervenons en Afrique subsaharienne et sommes également présents en Haïti, Madagascar, Vietnam, Laos, Népal. Nous répondons à des sollicitations à la fois de collectivités et de collectifs du sud mais aussi de collectivités et d’associations du nord. Très marginalement de façon proactive mais plutôt sur demande.

Pour vous donner un exemple, au sud de Madagascar nous travaillons avec les Filles de la Charité qui gèrent une petite cinquantaine d’établissements de soin et d’établissements scolaires à l’origine dépourvus d’électricité. Elles ont fait appel à nos services et nous sommes intervenus pour électrifier leurs installations. Depuis nous agissons à leur côté à Madagascar mais aussi dans d’autres pays du monde nécessitant leur présence (Haïti, Cameroun).

Autre type d’intervention par capillarité du réseau cette fois, au moment de la crise Ebola nous sommes intervenus en Guinée forestière pour le compte de la Croix Rouge. L’Etablissement Français du Sang qui se heurtait à un problème de compatibilité d’alimentation électrique d’un certain nombre d’équipements d’analyses sanguines nous a sollicités suite à des contacts avec la Croix Rouge.

Qui agit pour la cause sur le terrain ? Des bénévoles ou des permanents ?

L’essentiel de nos ressources provient du bénévolat. Nos bénévoles s’inscrivent sur toute la chaîne du projet, de l’instruction initiale jusqu’à la réalisation puis le suivi. Notre organisation comprend aussi 10 permanents qui ne gèrent que le back office. Ils s’occupent de fonctions transverses telles le contrôle de gestion, la communication, le lien avec le Don en Confiance, celui avec les commissaires aux comptes ou les bailleurs institutionnels…

Comment s’organise l’intervention des bénévoles ? Sont-ils retraités ou actifs ?

Il y a un peu plus d’actifs que de retraités dans nos rangs. Les retraités sont ceux qui consacrent le plus de temps à la gouvernance et en mission sur le terrain. À Électriciens sans frontières, 20% de l’activité de bénévolat est dédiée à la gouvernance et à l’animation de l’association. Animer 1.200 bénévoles c’est déjà une activité en soi mais répartis en 14 délégations régionales demande beaucoup de réunions collectives pour la prise de décision, l’analyse et la validation des dossiers.

Une grosse partie du travail se situe ainsi dans la préparation des projets, les études préalables, l’élaboration des supports de formation… La réalisation proprement dîtes et le suivi dans le temps des installations demandent finalement moins de temps en bénévolat.

Quels sont les pays que vous couvrez qui représentent la plus faible part en raccordement à l’électricité ?

Ce sont les pays d’Afrique subsaharienne. Certains sont à 15-20% de taux d’accès à l’électricité comme le Niger ou Madagascar avec une grosse différence entre les villes et les campagnes. Cela ne veut pas dire que les populations isolées ne consomment pas d’énergie. Elles brûlent du bois, s’éclairent avec des lampes à pétrole ou avec des bougies. Il y a donc consommation d’énergie mais ce sont des énergies plus chères, peu efficaces, nocives pour la santé et l’environnement.

En parlant de pollution justement, quelles sources d’énergie utilisez-vous pour obtenir de l’électricité ? Faites-vous la part belle aux énergies renouvelables pour favoriser la transition énergétique ?

Notre principale activité repose sur la mise en place de centrales solaires. 90% de nos projets sont à base d’énergie photovoltaïque. Un peu d’hydraulique également mais c’est moins facile à mettre en œuvre et plus coûteux en termes d’investissement.

Nous nous appuyons, pour un certain nombre de projets, sur des systèmes hybrides constitués de groupes électrogènes afin de limiter la taille des parcs de batteries nécessaires en cas d’absence de soleil. Le bilan financier ainsi que le bilan CO2 s’en trouvent ainsi allégés.  

Tous ces services ont un coût alors comment vous financez-vous ? Obtenez-vous des subventions de la part des institutions publiques ?

Un gros tiers de nos ressources est issu de bailleurs institutionnels : Agence Française de Développement, Fondation de France, Banque Mondiale mais aussi collectivités territoriales avec des appels à projet.

Un autre tiers provient de la filière électrique qui nous fournit déjà des salariés comme bénévoles.  Nous entretenons 150 à 200 partenariats avec des acteurs du secteur de l’énergie en France qui nous aident à la fois en ressources financières mais également en ressources matérielles. En ce qui concerne le matériel, nous évitons le recyclage et préférons choisir sur catalogue en fonction des projets définis. Nous utilisons les fins de séries et équipements déclassés avec beaucoup de parcimonie car ce sont souvent des cadeaux empoisonnés. Nous sommes aussi aidés par les entreprises sur le plan logistique : les bureaux pour l’équipe nationale par exemple sont mis à disposition par le groupe Legrand. Enfin nous disposons d’un peu de mécénat de compétences de la part d’entreprises que nous répartissons entre l’équipe nationale et les missions sur le terrain. Grosso modo 10% du temps de mission est pris en charge par le mécénat de compétence, le reste du bénévolat est pris sur le temps personnel de ceux qui s’engagent à nos côtés.

Le troisième tiers maintenant englobe la générosité du public (5 à 10%) mais aussi des prestations, des manifestations, des ventes, des participations à des salons, des colloques, des organisations de concerts…

Pouvez-vous maintenant nous parler des impacts de l’énergie électrique sur la croissance économique d’un pays puis sur sa population (en termes de santé publique, d’éducation, de vie quotidienne…) ? A quelles situations avez-vous eu à faire et qu’a changé votre venue ?

L’arrivée de l’électricité a un impact significatif sur tous les services collectifs en fait.

Dans le secteur de l’éducation, c’est un énorme enjeu puisque travailler dans une école sans lumière, sans possibilité de connecter un vidéo projecteur ou un ordinateur est très pénalisant. L’électricité contribue à améliorer la qualité de l’enseignement dans sa globalité et donc les résultats scolaires.

Dans le secteur de la santé, elle permet d’offrir des soins 24h/24h, de conserver des vaccins dans un réfrigérateur, de stériliser les instruments, de faire des analyses et d’éclairer l’accès aux centres de santé le cas échéant.

Dans le secteur agro-alimentaire, elle contribue à optimiser l’irrigation en pompant l’eau de façon plus efficace, à améliorer la production, à transformer les aliments et à les conserver. Elle est à l’origine d’activités génératrices de revenus puisque l’on peut acheter des machines, les faire tourner et contribuer ainsi à développer l’activité économique.

Autre point important, l’électricité permet d’améliorer la sécurité dans une collectivité. L’éclairage public élargit les plages horaires de vie communautaire et sécurise cette vie. On oublie souvent ce point pourtant essentiel à certains dirigeants locaux.

Enfin n’oublions pas le secteur de la communication. Il y a grosso modo 800 millions de téléphones en Afrique, pour les recharger et les alimenter, il faut de l’électricité. La téléphonie sert d’ailleurs de façon indirecte à améliorer l’éducation lorsqu’elle permet des formations en ligne. Mais ce n’est qu’un exemple parmi d’autres car l’accès à internet ouvre bien des horizons.

Il est aussi fondamental d’aborder ces questions au regard du changement climatique. On parlait d’énergies renouvelables tout à l’heure, si la transition énergétique au nord tourne autour de la réduction des consommations et la transformation des sources d’énergies, au sud en revanche l’enjeu est plus élevé.

Non seulement les populations doivent travailler sur la transformation de leurs outils de production et leur efficacité énergétique pour ceux qui en bénéficient mais il est nécessaire pour les autorités compétentes de focaliser sur l’énorme challenge que représente la transition pour ceux qui ne bénéficient pas encore de réseau électrique afin d’opter dès le départ pour les sources de production les moins émettrices en CO2 et pour les usages qui soient les plus efficaces tout de suite. Il y a donc un vrai enjeu à sauter l’étape carbonée et inefficace pour les pays du sud. Il y aussi un énorme enjeu sur la transformation de leurs usages d’énergie non commerciale, notamment le bois de feu pour la cuisson qui est vecteur à la fois de déforestation et de pollution climatique et locale. Nous avons un avantage aujourd’hui, les progrès technologiques sur le photovoltaïque notamment mais aussi sur l’éolien ont permis une réduction des coûts notable pour une même qualité de production. Il existe aussi des systèmes de gestion intelligente de l’énergie qui peuvent permettre non pas de gérer l’électricité comme on l’a fait pendant de nombreuses années mais, grâce au numérique, de faire un mixte entre les capacités de production et les besoins de consommation. On peut déplacer des consommations, effacer des consommations pour s’adapter au mieux aux productions.

Dans le sud justement, où en est-on de cette transition énergétique ?

C’est encore difficile de faire changer les mentalités des gros opérateurs. Les énergies renouvelables sont souvent des énergies décentralisées or pour les grosses entreprises centralisées c’est toujours un peu compliqué de gérer cette complexité du diffus, d’installer 1 million de fois 100 watts que d’installer 1 giga watt. La gestion de l’émiettement est complexe et le coût d’entrée est différent. Au lieu d’acheter du matériel en gros, on est obligé de consacrer beaucoup de temps et d’énergie à de l’ingénierie sociale puisque qu’il faut adapter les solutions à chaque réalité et non apporter du prêt à porter. Le sur mesure a un coût non négligeable.

Au-delà de l’installation maintenant, j’imagine qu’il est préférable de mettre en place des infrastructures faciles à entretenir et permettant aux locaux de se débrouiller ensuite par leur propre moyen, parlez-nous de la maintenance et du transfert de compétences ? Comment formez-vous les locaux pour leur autonomisation ?

Dans tous nos projets nous intégrons un volet activité génératrice de revenus.

Il faut une forme de péréquation entre ceux qui ont les moyens de payer et ceux qui ne les ont pas, donc générer un minimum de ressources financières pour équilibrer le bilan. Les populations qui vivent avec un dollar par jour n’ont pas forcément pour priorité de payer l’électricité, il faut donc trouver des formes de pérennisation des installations un peu différentes selon les cas. Ce modèle permet ainsi de ne pas créer d’inégalités.

Des techniciens sont formés sur place et rémunérés pour entretenir l’installation. Il ne peut y avoir durablement d’électricité s’il n’y a pas d’électricien affecté à l’entretien, au renouvellement et l’extension de l’installation. La question de la formation se pose donc. Par ailleurs, l’électricien doit pouvoir s’appuyer sur d’autres entreprises le cas échéant si au-delà de l’entretien au quotidien arrivent des pannes un peu plus importantes. Il y a en fait tout un réseau de dépendance allant des compétences et de la maintenance de 2ème ou 3ème niveau au renouvellement et au recyclage.

Électriciens sans frontières s’est engagée de toute façon à suivre chacune de ses installations pendant 10 ans à partir de leur mise en service. Nous considérons que comme nous nous adressons aux populations les plus défavorisées, nous devons aider à la réalisation d’une dynamique de développement. Nous avons conscience que cette dynamique ne peut pas se faire en un claquement de doigts. Considérer que parce qu’on a investi dans un équipement électrique, les populations pourront durablement être autonomes, est totalement illusoire. Si un coup dur venait à arriver, nous sommes donc là et nous profitons de la multiplicité de nos projets pour toujours, lors de nos missions, aller jeter un œil sur les projets de proximité ayant été mis en service précédemment.

Où en sommes-nous de l’accès à l’énergie dans les pays en voie de développement ? Est-il possible selon vous d’assurer l’accès universel à l’énergie et si oui à quel horizon et à quel coût?

Aujourd’hui 800 millions de personnes environ dans le monde n’ont pas l’électricité. Assurer l’accès universel à l’énergie est effectivement tout à fait possible mais l’horizon de 2030 – qui était affiché par un certain nombre d’institutionnels – est trop optimiste, et ce encore plus avec la crise du Covid-19. Pour ce qui est du coût maintenant, il est assez compliqué de l’évoquer dans la mesure où s’affrontent 2 modèles. Celui encore privilégié où l’on va étendre le réseau (qui est un modèle long et coûteux) et celui plus décentralisé (qui est un modèle moins coûteux mais plus difficile à mettre en place). Le fait qu’un certain nombre de bailleurs et d’entreprises plaident pour du développement de réseau est perçu auprès des bénéficiaires comme étant la vraie solution. Les solutions décentralisées sont alors perçues comme des solutions d’attente (non comme un vrai accès à l’électricité). C’est dommage car aujourd’hui, pour les raisons de progrès techniques précédemment évoquées, on pourrait très bien construire des systèmes qui soient autonomes à des mailles beaucoup plus petites et faire avancer l’électrification dans le monde beaucoup plus rapidement.

Parlons du Don en Confiance maintenant, pourquoi avez-vous fait le choix de la labellisation ?

Électriciens sans frontières a fait le choix d’une réorganisation lourde en 2009-2010. Nous avons décidé alors de fusionner les 15 structures régionales et la fédérale en une seule association nationale. Le fait d’être éclatés en associations dans chacune des régions françaises rendait difficile le fonctionnement homogène. Tout regrouper répondait à certains enjeux sur l’avenir de notre organisation, la diversification de ses financements, de ses activités, de l’origine de ses bénévoles.

Parallèlement nous avons fait le choix d’accompagner cette transformation d’une meilleure reconnaissance en termes de transparence, de gouvernance, d’utilité publique de l’association. Cela nous a donc paru indispensable de travailler avec le Don en Confiance et d’obtenir la labellisation.

Qu’est-ce que la labellisation vous a apporté dans votre relation aux donateurs ?

Vis-à-vis du grand public, je suis incapable de répondre. C’est un gage de confiance certain mais Electriciens sans frontières reste encore une ONG peu connue. Nous travaillons depuis quelques années à faire croître sa notoriété auprès du grand public. Vis-à-vis des entreprises, le label du Don en Confiance fait clairement partie des atouts pour convaincre. Le fait d’avoir à la fois la reconnaissance d’utilité publique et le label du Don en Confiance auxquels s’ajoutent parfois des partenariats avec les syndicats professionnels de certaines entreprises est un ensemble de cautions qui donne confiance et garantit la mobilisation.

Pouvez-vous m’énoncer trois arguments que vous donneriez pour motiver une association ou une fondation à adhérer aux exigences de la charte de déontologie du Don en Confiance?

L’amélioration interne : le travail de labellisation nous a obligé à nous pencher sur nos process, en clarifier certains, en mettre en place d’autres. Globalement le travail de labellisation est très exigeant certes mais aussi et surtout franchement stimulant.

L’aide à progresser : travailler avec le Don en Confiance aide à progresser de par la rencontre avec nos homologues au sein des différents groupes de travail qui se réunissent régulièrement. Il existe une très grande diversité dans les membres du Don en Confiance.

La structure « bénévoles » du Don en Confiance : il était plus facile pour nous de faire adhérer nos propres bénévoles aux messages du Don en Confiance de par sa structure composée essentiellement de bénévoles. Des bénévoles qui parlent à des bénévoles, c’est un véritable atout que l’on ne retrouve pas dans d’autres contrôles comme celui des commissaires aux comptes par exemple.

En cette période de crise sanitaire internationale majeure, le manque d’accès à l’énergie, l’eau potable et l’assainissement doit être encore plus périlleux, avez-vous eu la possibilité d’intervenir en urgence à l’étranger durant ces mois malgré la fermeture des frontières ? Si oui où et quelles ont été vos actions ?

Notre action s’en est trouvée limitée bien sûr. Nous avons toutefois conduit un projet de formation au Sénégal pour encadrer un chantier-école. La formation a été conduite à distance, par skype en appui avec les professeurs.

Nous avons aussi envoyé des lampes solaires (1.200) à des structures de soin avec lesquelles nous sommes en relation pour aider les soignants à travailler. En parallèle nous avons mené une enquête auprès des 200 structures de santé que l’on a électrifiées sur les 10 dernières années pour faire un inventaire de leurs besoins en termes de renforcement de capacité des infrastructures électriques pour faire face à la crise.

Nous avons ainsi pu relever dans une dizaine de pays 50 structures qui nous ont fait des demandes très précises de soutien.

Allez-vous reconsidérer certaines priorités par rapport à la crise sanitaire ?

Il y a un vrai enjeu à améliorer les capacités des structures de santé en général et à sécuriser leur alimentation électrique. Nous avons donc monté cet inventaire très précis de structures de santé avec lesquelles nous avons déjà travaillé, avec lesquelles nous avons des relations de confiance et nous savons que les demandes sont justifiées. Il ne s’agit pas d’une priorité au sens où nous allons pour cela décaler d’autres actions en tout cas. Reste maintenant à financer le tout. Nous avons déjà trouvé quelques financements mais le défi de trouver les ressources suffisantes n’est pas encore gagné!

 Quel est le bilan de vos opérations depuis 30 ans maintenant ?

Il est difficile de faire un bilan des bénéficiaires bien sûr mais si je devais dire quelques mots sur le sujet je mettrais en avant la partie plaidoyer. Ce que nous avons construit avec d’autres instances à ce sujet a permis aujourd’hui de reconnaître que l’accès à l’électricité est une priorité pour le développement d’un pays. En 2000 les objectifs du millénaire ne mentionnaient pas l’accès à l’énergie. En 2015 à l’adoption des Objectifs de Développement Durable (ODD), le septième consacre l’accès à l’électricité propre, efficace, abordable. L’accès à l’électricité est enfin reconnu comme un vecteur important de développement, un vecteur transverse à quasiment l’ensemble des autres objectifs de développement. Des milliers de bénévoles ont donné de leur temps et de l’énergie pour en arriver là. C’est une fierté qui fait clairement partie du bilan.