Le samedi 5 février, le cyclone Batsirai a touché l’île de Madagascar causant des dégâts matériels considérables. Des vents allant jusqu’à 165 km/h et des pluies diluviennes ont ravagé des milliers d’habitations et laissé place à la désolation sur cette île de 28 millions d’habitants, au large de l’Afrique. Batsirai, qui a soufflé sur Madagascar dans la nuit du 5 au 6 février, est le deuxième épisode météorologique de grande ampleur à frapper l’île en quelques jours. Le 28 janvier, la tempête tropicale Ana y avait fait 55 morts. Face au désastre, les ONG se mobilisent et lancent un appel à la générosité publique.

L’UNICEF, la Croix-Rouge, Médecins du Monde, CARE International, la Fondation Raoul Follereau…, point sur quelques organisations labellisées par Le Don en Confiance ayant lancé des collectes de fonds ou faisant appel à la générosité.

LA CROIX ROUGE


La Croix-Rouge française s’associe à l’appel à dons lancé par la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Cet appel permettra dans un premier temps de fournir à 50 000 personnes une assistance en matière de santé, d’abris temporaire, d’articles de première nécessité, de financement en espèce, de premiers secours, de soutien psychologique, d’accès à l’eau potable, ou encore  d’hygiène et d’assainissement.

Le plan d’urgence comprend également une phase de relèvement et de réhabilitation qui s’inscrit sur une durée de 12 mois.

L’UNICEF


Suite au passage du cyclone, l’UNICEF alerte sur l’enfance en danger puisque centres de soin et écoles ont été endommagés. En prévision de la catastrophe, l’ONG avait déjà commencé à distribuer du matériel humanitaire d’urgence, tels que des tentes, du matériel pour l’eau et l’assainissement, des kits d’hygiène et des fournitures scolaires. A ce jour, les grands axes d’intervention de l’UNICEF consiste à :

  • installer des réservoirs d’eau, réparer le réseau hydraulique endommagé, s’occuper du traitement et de la purification de l’eau ainsi que de la construction de latrines d’urgence.
  • fournir des médicaments, des équipements médicaux et autres articles nécessaires.
  • mettre à disposition des kits éducatifs récréatifs et des kits de développement de la petite enfance ainsi que des fournitures scolaires
  • assurer des transferts monétaires d ‘urgence pour soutenir le rétablissements de 10.000 familles touchées

ALLIANCE URGENCES


Parmi les 6 ONG qui la composent, l’Alliance Urgences en comprend 5 labellisées par le Don en Confiance : Action Contre la Faim, CARE France, Médecins du Monde, Plan International et Solidarités International. Mobilisées très tôt pour se préparer à l’arrivée du cyclone, les membres d’Alliance Urgences ont procédé aux évaluations des dégâts et des besoins dans les régions touchées afin d’apporter une première assistance aux sinistrés en matière de :

  • Soins de santé primaire, premiers secours psychologiques
  • Aide alimentaire
  • Distribution de « kits ménage » (matériel de cuisine, couvertures…) et de « kits de dignité » (matériel d’hygiène, jerricans, purificateurs d’eau…).

LA FONDATION RAOUL FOLLEREAU


La Fondation Raoul Follereau a tenu à apporter une réponse aux appels à l’aide pour assister les milliers de personnes en situation de précarité rassemblées dans des centres d’hébergement de fortune. Grâce à cette réponse rapide elle a contribué efficacement à fournir un soutien notamment en matière d’hygiène et d’approvisionnement en eau.

Isabelle Moret, Directrice générale de SOS Villages d'Enfants

SOS Villages d’Enfants est une ONG humanitaire œuvrant dans le champ de la protection de l’enfance pour que frères et sœurs sans soutien parental ne soient séparés. Créée en Autriche en 1949 puis dans le Nord de la France en 1956, l’association a mis l’enfant au cœur de son projet en lui offrant un cadre de vie familial et sécurisant. Son leitmotiv : croire en l’enfant, en sa capacité à dépasser ses traumatismes et à se développer si un environnement favorable lui est offert. Rencontre avec Isabelle Moret, Directrice générale.

En France, les Présidents des Conseils départementaux sont les chefs de file de la protection de l’enfance. A ce titre, notre association est un partenaire parmi d’autres pour accueillir les enfants que le juge confie à l’ASE. Notre objectif consiste à nouer des liens qualitatifs de partenariat avec les services départementaux en ne perdant pas de vue notre intention première : prendre en compte le meilleur intérêt de l’enfant, lui donner toutes les possibilités de grandir, de se développer et de devenir un adulte inséré dans la société. Nous travaillons avec une vingtaine de départements […]

SOS Villages d’Enfants a pour spécificité de n’accueillir que des frères et sœurs. Notre leitmotiv consiste à penser que le fait de grandir ensemble est une ressource qui permet aux enfants de partager, se rassurer, de se créer des souvenirs et repères communs qui au passage à l’âge adulte assureront un certain équilibre.

Quelle est l’origine de SOS Villages d’Enfants France et quel en est le principe ?

SOS Villages d’Enfants est une association qui a vu le jour dans le nord de la France il y a 65 ans maintenant. Le fondateur, Gilbert Cotteau, professeur dans un lycée technique a eu l’idée de sa création suite à la réaction d’un élève ayant obtenu un « zéro » à sa copie. L’incompréhension du jeune homme face à la sanction, persuadée qu’elle était le fruit de sa situation personnelle chaotique en tant qu’orphelin dont les parents venaient de mourir dans un accident de la route, a déclenché la vocation. Après discussion avec le jeune perturbé par son placement dans un établissement différent de ceux de ses frères et sœurs, à laquelle est venue s’ajouter peu de temps après la lecture d’un article relatif à la création du premier village d’enfants en Autriche réunissant les fratries, Gilbert Cotteau décide alors d’aller à la rencontre du médecin à l’origine du projet à Innsbruck afin de s’en inspirer.

De là est né le deuxième village à Busigny dans le Nord de la France 4 ans plus tard. D’autres ont ensuite vu le jour toujours dans le Nord. Puis leur création s’est étendue à l’international. Aujourd’hui l’ONG compte des villages dans 136 pays (600 dans le monde et 17 en France, bientôt 22). Sur le territoire national, nos 17 villages accueillent environ 1000 enfants. Ils se situent principalement dans le département du Nord de la France. Nous en avons aussi 2 dans l’Est près de Metz et Nancy, 4 dans le Sud (Marseille, Carros près de Nice, Besse-sur-Issole dans le Var et Digne), quelques-uns en région parisienne et plus récemment dans l’Ouest (Sainte-Luce près de Nantes, Le Lion-d’Angers et 2 en Charente-Maritime). Nous en ouvrons bientôt 5 : 2 dans l’Allier ainsi qu’en Charente-Maritime dans les Yvelines et dans les Pyrénées-Atlantiques.

SOS Villages d’Enfants France est à la fois une association de protection de l’enfance en France, une ONG avec des programmes un peu partout dans le monde et une association qui plaide pour le droit des enfants en France et à l’international. Nous couvrons tous ces champs.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos programmes à l’étranger ?

Sur le plan international, nous n’agissons pas directement. Nous sommes partenaires d’associations SOS Villages d’Enfants implantées dans 10 pays pour la mise en place de projets d’envergure et y plaidons pour le droit des enfants. Notre rayon d’action est assez vaste puisque nous nous positionnons sur des programmes en Haïti, en Afrique avec le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Togo, la Côte d’Ivoire, le Bénin et Madagascar. Vers l’Est nous travaillons en partenariat avec l’Arménie et le Vietnam.

La particularité de nos programmes dans ces pays repose sur le fait qu’autour du village d’Enfants vient se greffer un certain nombre de dispositifs pour permettre aux enfants de bien grandir. Par exemple si l’on prend Madagascar où le système éducatif et celui de santé sont confrontés à de nombreuses difficultés, nous sommes à l’origine de la création de dispositifs pour les enfants des villages et pour ceux de la communauté (création d’un centre de PMI, d’écoles maternelles ou primaires…).

Dans ces pays, nous intervenons également avant que les enfants n’aient à être pris en charge dans un village en proposant des programmes de renforcement de la famille qui visent à soutenir les parents dans leur processus éducatif. Ces programmes ont une durée d’environ 5 ans pour arriver à une autonomie familiale.

Comment s’organise la protection de l’enfance en France et quelles sont vos relations avec l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) ?

En France, les Présidents des Conseils départementaux sont les chefs de file de la protection de l’enfance. A ce titre, notre association est un partenaire parmi d’autres pour accueillir les enfants que le juge confie à l’ASE. Notre objectif consiste à nouer des liens qualitatifs de partenariat avec les services départementaux en ne perdant pas de vue notre intention première : prendre en compte le meilleur intérêt de l’enfant, lui donner toutes les possibilités de grandir, de se développer et de devenir un adulte inséré dans la société. Nous travaillons avec une vingtaine de départements.

Quels sont les profils des enfants qui vous sont confiés ? Doivent-ils tous être passés par l’ASE avant de rejoindre vos villages ?

SOS Villages d’Enfants déploie une activité de programme de renforcement des familles qui vise à soutenir et accompagner les familles aux moments clés de l’enfance. Mais cette activité est assez marginale, elle concerne une cinquantaine d’enfants. Pour le reste et dans nos villages en effet, tous les enfants nous sont confiés par l’ASE.

SOS Villages d’Enfants a pour spécificité de n’accueillir que des frères et sœurs. Notre leitmotiv consiste à penser que le fait de grandir ensemble est une ressource qui permet aux enfants de partager, se rassurer, de se créer des souvenirs et repères communs qui au passage à l’âge adulte assureront un certain équilibre.

Pour autant ce n’est pas un dogme. Il existe des fratries pour lesquels le lien fraternel n’est pas une ressource pour les enfants. Notre procédure d’admission nous permet d’ailleurs au préalable d’évaluer l’opportunité de tels rapprochements avant d’y souscrire. Notre dernier « cahier SOS » traite justement de l’accueil conjoint des fratries en protection de l’enfance. Je vous invite à le lire pour en découvrir les clés.

Les liens fraternels se cristallisent ensuite autour de la « Mère SOS » et l’affection que développe l’enfant pour cette figure d’attachement avec laquelle il vivra en moyenne 6 ans ½.

Y-a-t-il eu des avancées législatives majeures ces dernières années dans le domaine de la protection de l’enfance et que reste-t-il à faire selon vous pour l’améliorer ?

Depuis le début des années 2000, beaucoup de lois ont vu le jour. En 2002, une loi globale sur le secteur social et médico-social a remis l’usager au cœur du projet. Cette loi a eu un impact positif dans la manière de penser l’accompagnement de l’enfant.

En 2007 et 2016, deux autres lois ont réformé la protection de l’enfance mais entre les intentions des lois et la mise en place au quotidien dans les départements il y a souvent un gap qui me laisse perplexe. Ces lois comportent pourtant des propositions intéressantes, comme par exemple l’instauration du « Projet pour l’enfant » (PPE) dont la démarche consiste en un accompagnement de l’enfant et de sa famille. A date, ce type de dispositif est assez peu mis en place par les départements. Les missions des équipes de l’ASE sont considérables et le nombre d’enfants à accompagner très important. Ils n’ont pas toujours assez de temps pour assurer un accompagnement suffisant et répondre aux besoins de chaque enfant et chaque famille.

De la même manière, ces lois prévoyaient la création d’Observatoires Départementaux de la Protection de l’Enfance avec pour objectif de faire de la veille sur l’offre et les besoins territoriaux afin de faire des propositions concrètes. Certains ont vu le jour bien sûr mais la plupart ne proposent pas de réponses à la mesure des attentes initiales. Or aujourd’hui, il semble nécessaire que les départements mettent plus de moyens (financiers et politiques) sur la question de la gouvernance et du pilotage de la protection de l’enfance.

Pourtant, je reste positive sur la question. Notamment quand je vois des élus comme Florence DABIN (Présidente du Conseil départemental du Maine et Loire, Vice-Présidente de l’association des départements de France) qui fait de la protection de l’enfance un enjeu majeur de son mandat.

Par ailleurs, aujourd’hui (11/01/2022) est un grand jour sur le plan législatif puisqu’une loi sur la protection de l’enfance, en navette entre les assemblées depuis l’été dernier, passe en commission mixte paritaire. Elle devrait permettre des avancées intéressantes concernant le regroupement de fratries puisqu’elle propose de systématiser l’accueil conjoint des fratries sauf si son intérêt commande une autre solution. Bien sûr concomitamment, il faudra travailler à l’adaptation de l’offre d’accueil pour permettre à la loi de se mettre en place, mais l’étape est essentielle.

La loi avance aussi de manière importante sur la sortie des jeunes des dispositifs de protection de l’enfance en se penchant sur le cas des sorties sèches à 18 ans qui peuvent conduire à des situations de précarité extrême. Elle devrait rendre systématique l’accompagnement des jeunes entre 18 et 21 ans avec notamment la mise en place régulière de « Contrats Jeunes Majeurs » ainsi que la proposition de ce que l’on nomme la « Garantie Jeunes » qui offre la possibilité aux bénéficiaires de recevoir un pécule pour vivre et une aide en matière d’insertion professionnelle.

Quels sont vos moyens d’action pour faire pression sur les pouvoirs publics ? Qu’est-ce qui rend le plaidoyer efficace ?

Le fait d’être un acteur depuis de nombreuses années au niveau national en protection de l’enfance cumulant connaissance des enfants placés et des dispositifs nous permet d’être crédibles au niveau du plaidoyer, en tout cas en ce qui concerne la partie française de nos missions.

Pour la partie mondiale, être adossés à une fédération internationale et avoir des collègues un peu partout dans le monde (New-York, Genève, Bruxelles) assurent notre fiabilité et notre expertise. En ce moment où vient d’être votée à Bruxelles la Garantie européenne pour l’enfant, nous participons à la déclinaison de celle-ci dans un plan d’action pour la France afin d’en assurer la mise en place effective.

Indéniablement, SOS Villages d’Enfants est reconnue comme association ayant une expertise en matière de droit de l’enfant. Nous agissons au quotidien sur le sujet et le portons dans notre plaidoyer. D’ailleurs nous contribuons en ce moment à l’écriture du rapport de la société civile dans le cadre de l’examen périodique de la France par le Comité des droits de l’enfant à Genève pour évaluer la mise en œuvre effective de la convention internationale des droits de l’enfant en France et dans la politique internationale.

Dans le domaine du plaidoyer, nous avons retenu plusieurs sujets qui correspondent à nos valeurs et nous les défendons ardemment : les jeunes majeurs, les droits de l’enfant et la place de l’enfance dans la politique de solidarité internationale de la France.

L’accueil des mineurs non accompagnés en France repose sur le principe fondamental qu’un enfant, qu’il soit français ou non, puisse bénéficier d’une protection lorsqu’il est en danger ou en risque de l’être, que pouvez-vous nous dire de la situation des jeunes dits « mineurs non accompagnés » aujourd’hui en France ? En accueillez-vous beaucoup ?

SOS Villages d’Enfants accueille assez peu de mineurs non accompagnés ou désignés comme tels mais dans les fratries accueillies dans les villages certaines ont connues un parcours migratoire. Nos valeurs nous conduisent à les accompagner et les protéger au même titre que les autres enfants.

La grande majorité des mineurs non accompagnés que nous prenons en charge sont accueillis à La Maison Claire Morandat. Cet établissement, s’occupe d’une soixantaine de jeunes entre 16 et 21 ans et bénéficie d’une expertise dans le domaine des demandes d’asile et de titre de séjour. Il faut savoir que ces jeunes sont volontaires et se saisissent souvent de tout ce que l’on peut leur proposer avec une envie réelle de s’intégrer.

Passé 18 ans, sauf dispositif spécifique comme le Contrat Jeune Majeur, les jeunes perdent le soutien de l’Aide Sociale à l’Enfance, SOS Villages d’Enfants propose-t-elle de son côté un accompagnement à ses bénéficiaires devenus jeunes majeurs ? Avec quel soutien pour quel taux de réussite ?

Nous nous battons déjà pour que les départements accompagnent les jeunes après leur majorité en luttant contre les sorties sèches à 18 ans. Nous pensons que jusqu’à 21 ans les jeunes doivent pouvoir, s’ils en ont besoin, rester dans un dispositif de protection de l’enfance et qu’au-delà, en fonction des situations, ils fassent l’objet d’un accompagnement sur mesure.

L’association s’est donc engagée à accompagner les jeunes jusqu’à leur inclusion pleine et entière dans la société. Nous avons formalisé cette politique afin qu’elle devienne un droit en nous positionnant à 3 niveaux :

  • La poursuite de l’accompagnement
    Si le Département ne veut plus poursuivre l’accompagnement alors que nos équipes pensent qu’il est nécessaire, nous finançons.
  • Le fil
    Nous pensons qu’il est important de garder un fil, le lien relationnel avec le jeune une fois le village quitté. L’association s’engage donc tous les 6 mois à prendre des nouvelles du jeune en complément des équipes du village ayant participé à sa prise en charge.
  • Le « Pause-toi »
    Un jeune qui se trouve à un moment de sa vie en difficulté a la possibilité de revenir vers nous pour trouver de l’aide. Il pourra « faire une pause ». Pour certains cela consiste à recourir au service d’un psychologue, pour d’autres à trouver un logement ou bénéficier d’une aide financière. Nous analysons sa situation avec lui pour l’aider à s’intégrer dans un projet de vie cohérent.

Récemment, nous avons lancé notre première démarche de mesure d’impact social mais ne communiquons pas dessus. Il ressort que sur 2 villages, parmi une population de jeunes restés en moyenne 6-7 ans dans nos établissements, les individus interrogés déclarent avoir un logement, pour beaucoup un travail, quelques-uns des enfants à qui ils se veulent offrir une éducation « adaptée » calquée sur l’éducation que leur ont offert les « Mères SOS ». L’échantillon n’est pas forcément représentatif (à plus grand échelle le coût serait prohibitif) mais ce que l’étude révèle est gratifiant pour l’association.

Comment recrutez-vous vos éducatrices « Mères SOS » et quelles compétences faut-il avoir pour accompagner les enfants ?

On les appelle à la fois « Mères SOS » et éducatrices familiales ou « Pères SOS/éducateurs familiaux » car l’association compte de plus en plus d’hommes sur cette fonction. Il n’existe pas de diplôme pour le devenir, c’est avant tout un projet de vie. Un engagement qui consiste à donner de son temps et de son énergie dans l’accompagnement d’enfants en danger.

Pour mesurer cet engagement l’association met en place un processus de recrutement très rigoureux conjuguant des entretiens individuels et collectifs, des périodes d’observation d’une semaine dans des villages, des rencontres avec une psychologue, le tout afin de faire prendre conscience aux volontaires de ce à quoi ils s’engagent.

Bénéficient-elles(ils) de formations ?

Oui, beaucoup. L’association accorde une place prépondérante à l’accompagnement au moment de la prise de fonction. La première année nous proposons un système de tutorat poussé pour soutenir la personne dans ses premiers pas. Nous réfléchissons aussi en plus à mettre en place quelques jours de formation obligatoire. Au bout d’un an, après sa période de tutorat, l’éducateur familial se rend au siège pour 4 semaines de formation dispensée par des intervenants en interne ou externe. Ces sessions consistent à donner aux  « Mères ou Pères SOS » toutes les clés pour réussir leur mission autour du développement de l’enfant, des droits de l’enfant et des troubles du comportement.

La formation initiale achevée, l’éducateur peut bénéficier au même titre que les autres membres de l’équipe, d’un plan de formation complet renouvelé chaque année. Nous allons bien au-delà de l’obligation de formation car c’est indispensable pour soutenir les équipes dans leur travail auprès des enfants.

Enfin, au-delà de la formation, nous avons mis en place des groupes d’analyse des pratiques dans chacun des villages ainsi que de la supervision. L’association bénéficie donc de tout un dispositif de soutien pour les équipes des villages.

A quoi ressemble le quotidien de ces femmes/hommes ? Sont-elles/ils épaulé(e)s par d’autres professionnels dans leurs tâches, notamment lorsqu’elles/ils subissent l’agressivité de certains enfants marqués par des violences intrafamiliales depuis leur plus jeune âge ?

Être « Mère ou Père SOS » consiste à travailler trois semaines sur quatre dans une maison du village afin de garantir le suivi des enfants 24h/24, la quatrième semaine étant assurée par un aide familial en binôme qui la(le) remplace sur la période. Ces deux personnes veillent aussi à être présentes toutes les 2 sur les temps importants du quotidien (vacances, fête d’anniversaire, rentrée des classes, hospitalisation…). C’est un engagement important auquel on ne peut déroger.

Les « Mères ou Pères SOS » ne sont jamais seul(e)s. Ils font partie d’une équipe. Pour 50 enfants, nous disposons d’environ 40 professionnels et de 10 à 11 maisons. Les équipes pluri-professionnelles sont composées d’un directeur, un chef de service, d’un ou deux psychologues, d’éducateurs spécialisés et d’éducateurs scolaires. On pense souvent à l’agressivité que peut engendrer le vécu d’un enfant en oubliant un autre comportement tout aussi pernicieux que représente le phénomène de repli sur soi. Nous sommes aussi vigilants à l’un qu’à l’autre. 

Il faut garder à l’esprit que les enfants que nous accueillons ont tous subi au minimum des carences éducatives graves, pour beaucoup ils ont été victimes de maltraitance physique, psychologique et/ou sexuelle.

Au-delà de la mission et lorsque les liens deviennent forts les « Mères SOS » gardent-elles des contacts au long cours avec les jeunes dont elles s’occupent ? Avez-vous des anecdotes à nous raconter à ce sujet ?

Depuis la première « Mère SOS » Odette Nollet, jusqu’à la dernière partie en retraite (Brigitte R.), elles gardent toutes des liens avec les enfants dont elles se sont occupées.

Je pourrais vous raconter de multiples anecdotes sur le sujet. Par exemple, quelques semaines après le départ en retraite de Brigitte, une des enfants dont elle avait la charge a fêté son seizième anniversaire. Pour l’occasion Brigitte a tenu à l’emmener à Prague. Cette « Mère SOS » qui nous a accompagnés pendant 32 ans a d’ailleurs gardé un lien fort avec l’ensemble de « ses enfants » qu’elle accueille systématiquement pendant les fêtes de noël.

Un des moments associatifs que j’aime le plus, aussi représentatif des liens forts qui se créent à tout niveau, est la réunion des « Mères ou Pères SOS » que nous réalisons tous les 2 ans. Certain(e)s nous ont quittés depuis 20 ou 30 ans mais ne manquent jamais à l’appel et rencontrent ainsi de nouveaux(elles) « Mères ou Pères SOS », leur donnent d’éventuels conseils, les aiguillent sur certaines questions éducatives qui n’ont pas vraiment changé, en clair assurent une transmission implicite.

Quels problèmes avez-vous rencontré depuis le début de la crise sanitaire ?

Le premier confinement a plutôt correspondu à une période de sérénité. « Les Mères ou Pères SOS » sont parfois resté(e)s confiné(e)s dans les maisons au-delà de leur temps de travail. Les enfants se sont donc bien souvent sentis en confiance et sereins. Pour les jeunes en appartement, en revanche, la période a été plus compliquée mais les éducateurs ont repris assez vite les visites afin de leur venir en aide.

Le problème réside surtout désormais dans le prolongement de la crise. Nous commençons à observer son impact en termes psychologiques sur les enfants en proie à des doutes sur un avenir incertain.

D’où proviennent vos financements et quelle en est la part de financement public ?

Nos financements ont trois sources principales :

> Départementales : pour chaque enfant que nous accueillons, le département nous verse le « prix de journée ».

> Privées : entreprises ou particuliers, nous avons la chance d’être soutenus par de généreux et fidèles donateurs sans lesquels nos actions dans le monde seraient impossibles et significativement réduites en France.

> Institutionnelles : certaines institutions internationales comme le Ministère des Affaires Etrangères, l’AFD, la principauté de Monaco soutiennent nos programmes dans des pays du monde.

En 2020, sur 100€ reçus, 55% viennent des conseils départementaux et 42% de la générosité privée. Toujours en 2020, sur 100€ perçus des conseils départementaux et de la générosité privée, 89.64€ vont au profit des enfants.

Pourquoi avoir fait le choix d’une labellisation par le Don en Confiance ?

SOS Villages d’Enfants est membre du Don en Confiance depuis sa création. Nous sommes très attachés à notre appartenance à la structure. La transparence, la rigueur, le fait de s’assurer que chaque euro dépensé le sera au profit des enfants est dans l’ADN de notre association.  L’adhésion était logique pour nous. Elle nous a conduit à nous soumettre au contrôle du Don en confiance et ainsi à assurer nos donateurs de la bonne utilisation de leur générosité.

Quelles sont vos relations avec la structure et quel chemin parcouru depuis votre labellisation ?

Un long chemin. Cela fait 22 ans que je suis dans la structure. Je l’ai été d’abord en tant que Directrice financière et aujourd’hui en qualité de Directrice Générale. En 22 ans j’ai rencontré beaucoup de contrôleurs-bénévoles. Chacun d’entre eux avec sa singularité nous a permis de grandir, de réfléchir à des sujets essentiels. Le dernier en date concerne la gestion des conflits d’intérêt. Ce chemin nous permet de progresser, d’améliorer nos procédures en interne ainsi que la qualité de la communication auprès des donateurs dans l’emploi de nos ressources.

Quelques mots sur vos projets à venir…

Les villages d’enfants sont à un moment charnière de leur développement. Nous en avons ouvert 4 au cours des trois dernières années et prévoyons d’en ouvrir au minimum 5 au cours des 3 prochaines années.

D’autres appels à projets verront bientôt le jour puisque, comme évoqué plus haut, l’accueil conjoint des fratries est un sujet porté par Adrien Taquet, Secrétaire d’Etat en charge de l’enfance et des familles auprès du ministre des Solidarités et de la Santé. Son objectif : la mise à disposition à court terme de 600 places dans des structures adaptées pour accueillir les fratries. Les Départements sont donc incités à inclure à leurs schémas départementaux la question de l’accueil des fratries. Nous avons donc des défis importants à relever pour les prochaines années.

A l’international maintenant, nous comptons poursuivre notre collaboration avec les associations partenaires, notamment au sein de projets financés par l’Agence Française de Développement afin d’améliorer la qualité de prise en charge des enfants et leurs familles dans les pays partenaires.

Le Don en confiance préconise spécifiquement aux associations et fondations à but non lucratif faisant appel public à la générosité de réaliser chaque année un Essentiel. C’est un document d’information clair, synthétique et pédagogique destiné au grand public. Il décrit en quelques pages ce qu’est l’organisation, ses principales réalisations de l’année, l’ensemble des fonds reçus, leur origine et leur utilisation, en particulier ceux provenant de la générosité du public, et le cas échéant les principaux écarts par rapport aux années précédentes, ainsi que les événements significatifs intervenus dans l’année. 

En savoir plus : Télécharger le guide

Jean-François Lemoux

Diplômé d’HEC et ancien haut dirigeant d’une grande compagnie d’assurance, Jean-François Lemoux a effectué toute sa carrière professionnelle dans l’Assurance. Pour nous, il revient sur les raisons de son engagement associatif et évoque sa jeune expérience en pleine pandémie au sein du Don en Confiance dont il a rejoint les équipes de bénévoles-contrôleurs en 2020.

Diplômé d’HEC, j’ai effectué toute ma carrière professionnelle dans l’Assurance, et l’ai achevée en 2011 comme Directeur International d’une grande société d’assurance mutuelle. Après mon départ en retraite, j’ai maintenu un contact étroit avec ce secteur, d’abord en pilotant un Executive-Mba pour l’Université Paris-Dauphine, puis en siégeant pendant 5 ans au Collège de l’Autorité de Supervision de la Banque et l’Assurance (ACPR).

Au terme de ce mandat, j’ai souhaité prendre du champ par rapport à ces activités, et me suis tourné vers l’univers du bénévolat. C’est HEC Bénévolat qui a été à l’origine du contact avec le Don en Confiance. Nous étions à quelques jours du premier confinement, si bien que mon recrutement, ma formation, et toutes les étapes ultérieures, se sont faites à distance. Ayant rejoint le Don en mars 2020, je n’ai assisté à ma première réunion physique qu’en septembre 2021… !

Une telle situation, inimaginable il y a encore 2 ans, ne m’a pourtant pas empêché de conduire ma première mission de Contrôle et de rédiger le rapport d’Agrément triennal d’une fondation qui se concentre sur la recherche pour le cancer puis de prendre la responsabilité d’un Cercle de contrôleurs. Ceci a été rendu possible par la qualité des process du Don en Confiance, et la disponibilité de la petite équipe des permanents.

J’ai eu aussi la chance d’intervenir auprès d’une organisation structurée, rigoureuse, bien rodée aux exigences du Don en Confiance.
Après cette première période, passionnante mais un peu bizarre, en « distanciel », j’ai pu enfin tisser des liens aussi riches que diversifiés avec les Contrôleurs du Cercle, les Permanents, les Commissaires et tant d’autres bénévoles. Ai-je besoin de dire que le moment le plus gratifiant de ce bref parcours fut certainement ma première réunion de Cercle au siège du Don en Confiance en septembre dernier, et le déjeuner qui suivit avec mes collègues…

Mais il faut aussi parler des organisations que nous contrôlons, et qui sont pour beaucoup dans l’intérêt de nos missions. D’abord, il faut comprendre que l’on s’inscrit dans un processus de contrôle permanent qui nécessite d’établir une relation approfondie, qui se doit d’être rigoureuse, tout en restant bienveillante, avec l’équipe dirigeante de l’Association ou de la Fondation. Je découvre toute la diversité de cet univers, de la recherche médicale au plaidoyer, en passant par la protection de l’enfance, des animaux, le soutien aux défavorisés … certaines des organisations sont nationales, d’autres internationales, centralisées ou fédératives, totalement financées par la générosité publique ou largement dépendantes de subventions ou d’activités commerciales…

Tout cela constitue une formidable ouverture sur un monde très différent de celui que j’ai pu connaître dans mon parcours professionnel.
J’ai le sentiment à la fois de capitaliser sur tout ce que j’ai appris dans le monde de l’entreprise, en termes de gouvernance, de process, de communication, de relations humaines… et, en même temps, de découvrir un monde, des enjeux, des ambitions, des parcours, fort différents. Qu’aurais-je pu rêver de mieux pour une retraite active ?