La pandémie mondiale de coronavirus a mis en évidence l’importance vitale de l’accès à l’eau et à l’hygiène. Dix ans après la reconnaissance du droit humain à l’eau potable et à l’assainissement par les Nations Unies, la situation est critique: 2,2 milliards de personnes sont encore sans accès à des services d’alimentation domestique en eau potable rendant nécessaire la mobilisation des ONG dédiées au secteur.

A cet égard, la Coalition Eau vient de publier la synthèse de son étude intitulée « La contribution des ONG françaises à la coopération internationale pour l’eau et l’assainissement » menée en 2019. Soucieux de promouvoir un accès universel et durable à l’eau potable et à l’assainissement tout en préservant les ressources en eau dans les pays les plus vulnérables, le collectif a vu le jour en 2007. Composé à l’origine de 17 ONG, il en regroupe aujourd’hui 30 dont l’objectif consiste à faire entendre la voix de la société civile là où naissent les décisions politiques et financières ; là où se négocient aussi les stratégies de développement tant au niveau national qu’international.

L’enquête s’est adressée à l’ensemble des ONG de coopération internationale ayant des actions dans le domaine de l’eau, l’assainissement et l’hygiène. 44 ONG (dont Électriciens sans frontières, Action contre la Faim, Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières, Care France, la Croix-Rouge française, le Secours Catholique Caritas France, le Secours Islamique France ou encore Solidarités International, labellisées le Don en Confiance ) ont répondu aux questionnaires. Des entretiens individuels ont également été menés avec 17 de ces ONG. Les réponses ont permis de dresser un état des lieux des actions et contributions des acteurs associatifs du secteur de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène (EAH).

Les ONG, une plus-value importante pour la coopération internationale EAH

  • Une diversité de structures aux approches, expertises diverses (entrepreneuriat social, soutien aux acteurs publics, mobilisation de la société civile…) et tailles diverses, permettant une forte adaptation aux contextes spécifiques et une certaine complémentarité.
  • Une réponse d’urgence aux crises humanitaires.
  • Un ciblage des pays et zones les plus vulnérables, complémentaire à l’action de la coopération bilatérale française, avec une connaissance de terrain précise et des données indispensables dans des zones souvent délaissées par les services publics et les acteurs privés en recherche d’une certaine rentabilité.
  • Une préoccupation de résultats basés sur la réponse aux besoins des populations.
  • Une capacité d’innovation et d’expérimentation de solutions adaptées aux différents contextes sociaux, économiques, géographiques, anthropologiques…
  • Le sentiment de faire preuve de réactivité et d’efficience dans la réalisation des projets et des pratiques d’évaluation et de contrôle internes et externes souvent très poussées.
  • Des équipes locales et internationales expérimentées présentes depuis de nombreuses années dans un grand nombre de zones.
  • Une approche partenariale souvent mobilisée pour la réussite des projets avec des acteurs privés (bailleurs et opérateurs), publics (collectivités, partenaires locaux…) et d’autres ONG.
  • Une source d’emploi non négligeable en France et à l’international.
  • Un acteur essentiel de la mobilisation politique, du renforcement des sociétés civiles, et de la mobilisation associative bénévole dans des initiatives solidaires.

Cela fait plus de sept décennies maintenant que les « Petits Frères des Pauvres » ont fait de l’isolement des personnes âgées un cheval de bataille. Face à la crise sanitaire et sociale sans précédent, l’association vient de publier un rapport consacré aux effets du confinement sur la solitude des personnes âgées. Comment nos aînés ont-ils vécu ce confinement ? Quels sont leurs espoirs pour le « monde d’après » ?

Car si d’un côté la situation inédite provoquée par la pandémie a intensifié les relations familiales, si des mouvements de solidarité collective ont heureusement vu le jour, près de 720.000 personnes âgées n’ont eu aucun contact avec leur famille durant le confinement. 720.000. La taille d’une ville située entre celle de Lyon et Marseille. Un monde en fait !

Question de vie ou de mort ? Sans doute, mais pas seulement à cause de la Covid-19 dont le décompte macabre dans les EHPAD tombe jour après jour. Au-delà de la maladie, la perte de liens sociaux et d’utilité auxquels viennent s’ajouter l’ennui et le découragement tuent presque aussi sûrement que le virus !

Cette situation creuse l’isolement. J’ai peur qu’il y ait beaucoup de dégâts chez les personnes âgées. Une des dames qu’on accompagne m’a dit qu’elle passe parfois des journées entières à pleurer.

Joëlle, bénévole pour les Petits Frères des Pauvres à Avignon

Alors quels enseignements tirer de cette étude? Quelles préconisations pour qu’après la crise « personnes âgées » rime toujours avec « solidarité », pour que nos aînés ne restent #PlusJamaisInvisible?

Voici les pistes à emprunter proposées par les Petits Frères des Pauvres pour que citoyens et pouvoirs publics se mobilisent et contribuent à lutter contre l’isolement des seniors.

Les enseignements


Numéro 1 : une profonde modification des relations sociales avec une intensification des relations familiales et une baisse d’intensité des relations amicales et de voisinage. 720.000 personnes âgées n’ont eu aucun contact avec leur famille durant le confinement.

Numéro 2 : 87% des personnes âgées ont eu quelqu’un à qui se confier mais 650.000 personnes âgées n’ont eu aucun confident.

Numéro 3 : 32% des Français de 60 ans et plus ont ressenti de la solitude, soit 5,7 millions de personnes. 13% ont ressenti cette solitude de façon régulière. Ce qui manque le plus c’est de voir ses proches.

Numéro 4 : pour 94% des Français de 60 ans et plus, la lutte contre l’isolement des personnes âgées est un sujet important.

Numéro 5 : des aînés responsables qui ont limité leurs sorties pendant leur confinement. 15% des 60 ans et plus, soit 2,5 millions de personnes ne sont jamais sortis. Les aînés comptent continuer à limiter leurs sorties et leurs contacts pendant le déconfinement. Plus de 830.000 personnes âgées ne souhaitent pas sortir.

Numéro 6 : le confinement a généré un impact négatif sur la santé morale pour 41% des personnes âgées et 31% sur la santé physique.

Numéro 7 : la solidarité s’est organisée autour des personnes du Grand Âge, mais 500.000 personnes de 60 ans et plus n’ont pas reçu l’aide dont elles avaient besoin.

Numéro 8 : 69% des personnes âgées ont constaté l’élan de solidarité envers eux pendant la crise mais seulement 31% pensent que les Français seront plus solidaires après la crise.

Numéro 9 : des aînés internautes qui ont découvert les appels visio pendant le confinement. Mais il existe toujours une forte exclusion numérique des personnes âgées. 4,1 millions de Français de 60 ans et plus n’utilisent jamais internet, surtout les plus âgés et les plus modestes.

Numéro 10 : pour les aînés internautes, le numérique est utile mais n’a pas été jugé indispensable pour supporter le confinement. Pour 87% des non-internautes, le numérique n’a pas été un manque.

Les préconisations des Petits Frères des Pauvres


Préconisation n°1 : 
Changer de regard sur la vieillesse. Une société qui ne respecte pas ses aînés est une société qui perd son humanité.

  • Lutter contre l’ « âgisme » et l’invisibilité des personnes âgées dans la société.
  • Ne pas considérer les aînés comme des personnes en incapacité décisionnelle.
  • Permettre à tous les aînés de pouvoir exercer leur citoyenneté.

Préconisation n°2 :
Promouvoir et mettre en œuvre une politique nationale ambitieuse de compensation de la perte d’autonomie et de lutte contre l’isolement des aînés.

  • Loi Grand Âge et Autonomie : pour un 5ème risque qui permette aux personnes âgées d’avoir des conditions de vie dignes.
  • Soutenir les personnes âgées les plus modestes.
  • Prévenir l’isolement des personnes âgées à domicile.
  • Prévenir l’isolement dans les établissements pour personnes âgées.

Préconisation n°3
Prévenir l’isolement des aînés dans les territoires

  • Construire de vraies politiques territoriales de proximité pour mieux repérer et soutenir les personnes âgées isolées.
  • Faciliter le quotidien des personnes âgées.

Préconisation n°4
Soutenir le bénévolat d’accompagnement et l’engagement citoyen

  • Pérenniser le site de Réserve civique.
  • Mieux valoriser le bénévolat et l’engagement citoyen.
  • Investir dans la formation des bénévoles d’accompagnement et des citoyens qui souhaitent s’engager auprès des personnes âgées.
  • Développer l’accompagnement téléphonique social.

Préconisation n°5
Prioriser dans la stratégie pour un numérique inclusif, les personnes âgées exclues du numérique sans oublier celles du grand âge et celles aux revenus modestes

  • Équiper toutes les structures d’hébergement en connexion et matériel.
  • Proposer des ateliers gratuits de découverte numérique.
  • Proposer des outils simples et adaptés pour accéder au numérique.
  • Mettre en place un tarif social pour les aînés aux revenus modestes.
  • Toujours proposer des solutions alternatives au numérique pour l’accès aux droits.
  • Faciliter l’accès à la télémédecine comme un moyen complémentaire de consultation.

Préconisation n°6
Concilier l’éthique et la lutte contre l’isolement des aînés

  • Refuser la marchandisation du lien social.
  • Poursuivre les réflexions sur l’éthique et la liberté des personnes âgées.
  • Favoriser l’engagement des entreprises.

Préconisation n°7
Lancer des études sur les impacts de l’isolement des personnes âgées.

Les Petits Frères des Pauvres est une association labellisée le Don en Confiance

Association loi 1901 créée par Caroline Simonds, le Rire Médecin forme et emploie des clowns hospitaliers dans des services pédiatriques. Convaincue que l’intervention de clowns professionnels peut permettre aux enfants hospitalisés et à leur famille de mieux vivre ces moments difficiles, le Rire Médecin intervient dans plusieurs hôpitaux en France depuis près d’une trentaine d’années. Rencontre avec Clotilde Mallard, directrice générale.

Le Rire Médecin, c’est 83.000 enfants et 100.000 aidants soutenus à l’année par plus d’une centaine de comédiens-clowns. Quand on a connu un service avec des clowns hospitaliers et un service sans, on comprend la différence.


Le rire pour guérir, « Le Rire Médecin », un bien joli nom pour une association mais quelle en est l’origine ?

Le Rire Médecin a été créé par Caroline Simonds, une américaine artiste de rue, comédienne et clown qui continue d’ailleurs à jouer dans les hôpitaux aujourd’hui alors que nous fêterons les 30 ans de l’association l’année prochaine.

Caroline a alterné des présences en France et aux Etats-Unis. Après de très brèves études de médecine, elle est devenue artiste de rue aux USA, notamment à NYC où elle a eu l’occasion d’expérimenter le métier de clown hospitalier. Ayant eu l’opportunité (grâce à un financeur intéressé par sa démarche) de revenir en France il y a un peu plus de trente ans, elle a pris son bâton de pèlerin et est allée convaincre des chefs de service d’accepter la présence de duo de clowns dans les services pédiatriques. C’est comme cela que Le Rire Médecin est né, d’un premier duo de comédiennes à l’époque nous sommes passés aujourd’hui à plus d’une centaine de comédiens-clowns qui interviennent dans 47 services pédiatriques de 16 hôpitaux. Leur action tourne principalement autour de l’enfant en situation de vulnérabilité et ce dès les premiers jours de sa vie.

En quoi pensez-vous que le rire puisse avoir des vertus sur la santé ?

Le rire apporte le plus souvent un soulagement à la fois de l’anxiété et du niveau de douleur. C’est prouvé scientifiquement. Plusieurs études ont été menées sur le sujet au niveau international.

Caroline Simonds a elle-même d’ailleurs participé à une publication dans le Lancet , il y a déjà quelques années.

Au-delà du bénéfice à l’enfant, le rire a un autre mérite, celui d’aider aussi les aidants familiaux à porter un autre regard sur leur enfant qui n’est plus perçu comme « l’enfant-malade ».

Enfin, les derniers bénéficiaires, et non des moindres notamment dans une période comme celle que nous vivons, ce sont les soignants. Ils sont à la fois nos alliés, nos collègues et aussi les bénéficiaires de la présence de nos comédiens-clowns. Pour ma part je garde en mémoire une réflexion d’un soignant qui explique très bien cela et qui dit  « Quand on a connu un service avec des clowns et un service sans, on comprend la différence ».

Quelles sont les grandes missions de l’association et où intervenez-vous ?

Nous avons réaffirmé dans notre projet associatif « Etoile 2025 » (feuille de route jusqu’à 2025) les missions suivantes :

  • Intervenir auprès des enfants en situation de vulnérabilité par le biais d’artistes professionnels toujours en duo qui réalisent des spectacles improvisés et sur mesure pour les enfants hospitalisés. Dans un cas particulier nous intervenons aussi dans une maternité pour les bébés et leurs mamans qui peuvent avoir des difficultés à établir le lien et qui ont été repérés comme tels par l’équipe soignante. L’idée est donc d’apporter de la vie, de la joie, de la poésie, du rire, de l’humour pour aider les enfants à traverser cette période difficile qu’est la maladie à l’hôpital.
  • Aider les parents à mieux vivre cette expérience de l’hospitalisation.
  • Collaborer étroitement avec l’équipe soignante en étant très intégrés dans l’univers hospitalier. Certes les clowns hospitaliers ne sont pas des salariés de l’hôpital mais pour quelqu’un qui les regarde, ils font vraiment partie intégrante de l’équipe.
  • Contribuer à la reconnaissance officielle et au rayonnement du métier de clowns hospitaliers, jeune métier qui n’existe en France que depuis 30 ans. C’est réellement Caroline Simonds et le Rire Médecin qui ont contribué à poser les standards du métier. Nous menons ce travail auprès des pouvoirs publics, des institutions mais aussi de nos mécènes et de l’ensemble de nos interlocuteurs y compris les directions hospitalières. Notre mission sur le sujet revient à promouvoir les bonnes pratiques professionnelles en participant à différents collectifs. En matière de clown hospitaliers nous sommes membres à la fois de la Fédération Française des Clowns Hospitaliers que l’on a contribué à créer et de son équivalent au niveau européen puisque à peu près à la même période que la création du Rire Médecin, des associations sœurs se sont créées dans d’autres pays d’Europe.

Nous sommes présents dans 16 établissements et notre projet associatif est un projet qui nous amène à imaginer de nouvelles perspectives et nous fixer des objectifs de développement. Pourquoi le Rire Médecin n’est pas présent partout en France ? Parce que mettre en place un programme avec des professionnels a un coût. Nous développons donc les programmes au fil de nos ressources. Idéalement notre objectif (avant Covid-19) était de pouvoir être présents dans 60 services au lieu de 47 aujourd’hui d’ici 2025.

Quels types de spectacles proposez-vous et à la demande de qui s’organisent-il ?

Ce sont des interventions toujours en duo, jamais en solo. Elles sont personnalisées et improvisées pour chaque enfant. Il s’agit d’une journée à l’hôpital qui démarre le matin, le duo de clown se retrouve et rend visite en civil à l’équipe soignante avec laquelle il a tissé une relation très professionnelle. Sous le sceau du secret médical, l’équipe lui fait une transmission pour chaque enfant du service. C’est avec cette connaissance très précise et fine de la situation de l’enfant, de sa pathologie, de son état, de ses désirs et de ses goûts, que l’intervention démarre. Le duo s’échauffe, joue avec l’équipe soignante, va de chambre en chambre en connaissant qui est dans chaque chambre et interagit en fonction de l’enfant. Ce n’est donc jamais le même spectacle qui se répète d’une chambre à l’autre. Les comédiens-clowns prennent la chambre comme une scène et déclinent un numéro différent selon qu’il y a un papa, une fratrie, des grands-parents ou à l’inverse que l’enfant est seul. Leur jeu fait parfois écho au jeu des fois précédentes, parfois il est totalement nouveau.

Si l’enfant ne veut pas voir les clowns, rien ne l’y oblige bien sûr. De la même manière si un enfant dort, les clowns ne vont pas le réveiller. En revanche c’est très rare qu’un enfant réticent aux clowns le demeure dans la durée parce qu’il entend tellement rire ses voisins qu’à un moment donné il a la curiosité et l’envie de participer. La réticence et la phobie définitives sont rarissimes.

Les clowns sont-ils amenés à revoir les enfants ou menez-vous des actions ponctuelles ?

Chaque programme repose sur une intervention 2 fois par semaine en continue toute l’année. Nos clowns hospitaliers sont donc amenés à les revoir. Pour les enfants hospitalisés longtemps qui connaissent très bien les clowns, il y a même des transmissions de duo de clowns à duo de clowns. Ils indiquent ainsi que tel enfant a été sensible à telle chose ou n’a pas aimé telle autre chose, ce qui va aider le duo suivant. Le duo suivant peut-être composé d’ailleurs du comédien qui était là la dernière fois accompagné d’un autre comédien, comme cela peut être 2 nouveaux comédiens. Il existe quand même un fil rouge. Les comédiens initiaux reviennent toujours à moment donné. Donc il y a réellement pour les enfants gravement malades un lien qui se tisse. Jamais de lien à l’extérieur en revanche – cela fait partie de notre code de déontologie – mais un lien en interne, une empathie distanciée. 10 ou 15 ans plus tard certains enfants hospitalisés cherchent à recontacter un des clowns. Caroline a pour sa part déjà croisé dans la rue quelqu’un lui disant « toi, je te connais, tu es le docteur girafe ».

Quelle qualification faut-il avoir pour devenir clown hospitalier ? Doit-on avoir une formation de comédien pour intervenir ? Une formation en psychologie ?

Ce sont des comédiens professionnels, intermittents du spectacle. Ils sont recrutés après des auditions au Rire médecin en tant que comédien-clown sur des critères à la fois artistiques et humains. La philosophie de la fondatrice (qui a recruté l’ensemble des comédiens clowns) a été de prendre des professionnels de très haut niveaux. Des comédiens qui jouent par ailleurs dans des pièces de théâtre, sont metteurs en scène, formateurs ou bien coaches, qui ont beaucoup d’autres activités artistiques. Qui peuvent être aussi des musiciens. Le chant ou savoir jouer d’un petit instrument de musique (flûte, ukulélé, voix à capella…) est un complément très apprécié des enfants.

Ils sont ensuite formés par le Rire Médecin spécifiquement au jeu à l’hôpital.

Pour résumer, ils ont donc une formation initiale à laquelle vient s’ajouter une formation continue proposée par l’association à raison d’un jour par mois toute l’année. Les comédiens qui nous ont rejoints, certains depuis 28 ans, continuent à suivre ces formations qui – un mois sur deux – proposent alternativement une thématique artistique et une médico-sociale dispensée pour cette dernière par les équipes soignantes avec lesquelles nous travaillons. Nos comédiens clowns ont donc un niveau de compétences médicales assez élevé (connaissance des pathologies, des traitements, des gestes médicaux…).

Psychologiquement ça ne doit pas toujours être évident. Les clowns doivent faire face à des situations sûrement douloureuses d’enfants souffrant de lourdes pathologies avec peut-être mort à la clé, existe-t-il des cellules de soutien pour les accompagner quand le besoin se fait ressentir ? Comment gère-t-on cet aspect des choses ?

Nous avons beaucoup de garde-fous pour soutenir et protéger nos équipes de comédiens. Le premier étant qu’ils jouent en duo. Ça n’a l’air de rien comme ça, mais c’est très important. Le débrief du midi et celui du soir permettent ainsi de s’appuyer sur l’autre, précisément quand on est dans une situation difficile ou particulièrement touché par le cas d’un enfant malade.

Le deuxième soutien consiste à proposer des réunions d’équipe qui offrent la possibilité d’échanger, notamment sur le vécu en hôpital.

Nous sollicitons aussi des psychologues qui peuvent être contactés en cas de besoin. Nous avons rendu obligatoires des séances collectives d’analyse de pratique animées par des psychologues qui permettent justement de partager les ressentis et vécu à partir de cas concrets.

Enfin, le dernier garde-fou pour l’équilibre psychologique des comédiens est qu’ils ne jouent jamais à temps plein au Rire Médecin. D’abord parce qu’ils sont intermittents du spectacle (ils ont donc plusieurs employeurs) mais aussi parce que nous avons pour principe de limiter le nombre de spectacles à l’hôpital à 3 par semaine grand maximum.


Le Rire Médecin possède-t-il un centre de formation en propre ?

Oui tout à fait. Parce que cela fait partie des valeurs de notre organisation, nous avons créé l’Institut de Formation du Rire Médecin il y a une dizaine d’années.

L’institut propose une formation certifiante inscrite au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP) de comédiens-clows en établissement de soin. Chaque année nous formons une petite promotion d’une dizaine de comédiens-clowns qui seront en capacité d’intervenir en hôpital pédiatrique, en EHPAD ou autre établissement de soins et pas nécessairement chez nous.

Et vous, de votre côté, comment recrutez-vous vos comédiens ?

Lorsqu’on a besoin d’en recruter davantage parce que des programmes s’ouvrent, on publie simplement une annonce et on fait passer des auditions et des entretiens. C’est notre directrice artistique qui a pour mission de recruter les comédiens-clowns du Rire Médecin.

Mais il faut bien garder à l’esprit que le clown-hospitalier n’est pas un comédien comme les autres, c’est un métier à part entière, qui nécessite une formation spécifique. C’est pourquoi Caroline a mis en place l’Institut de Formation du Rire Médecin.


L’association a-t-elle des bénévoles et quelle est leur mission ?

Nous avons des bénévoles en effet. Quelques bénévoles nous aident au siège de l’association et d’autres, réunis au sein de comités, nous aident dans chaque région d’implantation des hôpitaux où nous sommes présents. Ces bénévoles ont deux principales missions : développer la notoriété du Rire médecin dans leur zone d’activité et contribuer à la mission de collectes de fonds en particulier autour d’événements en région.

Nous avons beaucoup de bénévoles qui viennent à nous en pensant qu’ils vont agir à l’hôpital auprès des enfants et ce n’est pas le cas.

Avez-vous des retours émouvants d’enfants sur vos actions, des anecdotes à raconter ? Se sentent-ils rassurés par la présence d’un clown à leur côté ?

Je pense à certains mots oui. Un enfant a dit un jour à une infirmière « Non, tu ne peux pas me faire ma piqûre, les clowns ne sont pas là ». C’était vraiment émouvant, inattendu.

Nous avons aussi une activité d’accompagnement des soins douloureux. Les comédiens ont été formés à cet accompagnement atypique qui consiste, à la demande des soignants, à concentrer l’attention de l’enfant sur les clowns au lieu de la douleur du soin. Ça ne marche pas à 100% bien sûr, mais dans plus de 50% des cas là où l’enfant pleurait (parfois hurlait) au point que les parents ne pouvaient pas ou plus rester dans la chambre, la présence des clowns et le jeu des clowns pendant les soins douloureux détournent complètement l’attention de l’enfant qui ne sent plus la douleur. Le soignant peut alors faire son travail dans de bien meilleures conditions. C’est ce qui explique cette très bonne collaboration entre clowns et personnel hospitalier. Les soignants savent que les clowns les aident.

Autre histoire, autre observation cette fois dans un service de réanimation où j’ai vu deux choses qui m’ont vraiment bouleversée.

Une enfant de 9 ans avec une maladie chronique très lourde et d’énormes difficultés respiratoires et une maman au bout du rouleau à qui les comédiens ont demandé « De quoi avez-vous envie aujourd’hui ? ». La maman a répondu, « De la musique, de la musique ! N’importe quoi pourvu que cela soit joyeux ». Ils ont donc proposé une musique entraînante et la maman s’est lancé dans une danse endiablée avec un des comédiens puis le deuxième. Sa petite fille réussissait à sourire. Nous l’avons ensuite croisée à nouveau dans les couloirs, elle était beaucoup plus apaisée.

Le même jour, nous sommes allés voir un adolescent intubé. Il était très immobilisé dans son lit de réanimation. Les clowns ont commencé à jouer, à faire des tours de magie. Et je me disais, ils n’ont aucun retour, cela doit être dur. Ils ont persisté pendant une bonne dizaine de minutes dans la chambre. Au bout d’un certain temps, l’ado leur a fait un geste que je n’ai jamais oublié : il a levé son pouce.

La dernière anecdote que je peux vous raconter (mais nous en avons tellement) fait l’objet de notre dernier spot de campagne de communication où une petite fille qui s’appelle Betty-Lou fait du stand-up. Betty-Lou a été soignée plusieurs années d’une leucémie à l’hôpital de la Timone à Marseille. Elle a tellement adoré les clowns qu’elle veut être clown elle-même désormais. Dans le spot Betty-Lou raconte que depuis qu’elle est toute petite elle veut faire rire, que son métier d’avant c’était malade et que maintenant c’est la comédie ! Ce spot se termine par un message de Gérard Jugnot, qui est un de nos parrains, faisant un appel à don. Voilà une anecdote d’une petite fille qui a connu la maladie, qui est jeune adolescente aujourd’hui, adore le Rire Médecin et a eu envie d’aider en acceptant d’être ambassadrice de l’association. Tout cela est extrêmement touchant.

J’ai vu que vous mettiez également en place des ateliers destinés aux parents des enfants hospitalisés nommés « La Récré des parents », en quoi consistent-ils ?

Ils ont été mis en place dans 2 services d’oncologie. L’idée est de libérer les parents en permanence dans la chambre de l’enfant gravement atteint et de donner le droit à l’enfant de dire à ses parents « C’est la récré, tu peux y aller, tu peux sortir ! ».

Ces ateliers consistent également à rassembler, autour de comédiens et d’un soignant « en civil », plusieurs parents pour leur faire prendre conscience de leur compétence de parents vis-à-vis de l’enfant malade. Pour les aider aussi en leur donnant différentes pistes afin d’améliorer le dialogue avec l’enfant lors des moments difficiles. Cela permet aux parents de trouver des appuis, de se sentir moins seuls, de savoir qu’ils ne sont pas uniques dans leur cas.

Et les soignants, menez-vous des actions en leur faveur ?

Le fait d’être là est déjà pour eux un énorme soutien. Il n’est pas rare que des jeunes soignants, des internes puissent souffler auprès des comédiens qui les font rire et écoutent leurs difficultés tout simplement.

Nous proposons aussi des formations « ludo-soignant » dans lesquelles des comédiens formateurs vont travailler avec les soignants autour de thèmes tels que la bienveillance au sein de l’équipe, l’introduction de l’humour dans la relation de travail, la distanciation pour se préserver. Ce partage est très apprécié.

Comment vous financez-vous et quelle est la part de la générosité du public dans votre financement ?

Notre financement est principalement privé. 68% de nos ressources est issu des dons des particuliers et 20% du mécénat. Nous recevons également des subventions à hauteur de 7% et 5% enfin est issu des produits des activités de formation.

Pourquoi le choix du Don en Confiance ?

Le choix résulte d’une volonté de la gouvernance de professionnaliser la manière de travailler et de sécuriser le donateur en lui garantissant à la fois la transparence et la bonne utilisation des dons.  La notion d’outils de progrès en interne pour ce qui touche à la mise en place des procédures de travail a également son importance.

S’inscrire dans les règles du Don en Confiance apporte un regard extérieur qui permet la remise en questions et la réflexion. Nous sommes dans une démarche de progrès motivante.

Don en Confiance est aussi un espace de partage avec nos collègues, nos pairs. C’est toujours enrichissant d’être dans un collectif qui a pour volonté de protéger le secteur et d’avoir un code de bonne conduite.

Quels efforts de transparence faites-vous vis-à-vis du donateur pour vous conformer aux exigences du Don en Confiance ?

Le Rire Médecin suit l’ensemble des recommandations du Don en Confiance. Nous publions chaque année nos rapports d’activité, nos comptes, l’essentiel de nos informations financières en essayant d’être le plus pédagogues possible sur l’origine et l’utilisation des fonds. Tout est accessible au grand public.

Nous sommes également précautionneux en ce qui concerne le choix de nos prestataires et toutes les règles du secteur.

Avez-vous l’impression que le label vous a apporté quelque chose dans votre relation aux donateurs ?

Adhérer au Don en Confiance peut être un élément rassurant pour le donateur lorsqu’il connaît la structure. Le Don en confiance, à échéances régulières, met d’ailleurs en garde contre des collectes qui ne sont pas traçables, pas transparentes. Beaucoup d’associations aujourd’hui ne font pas encore l’effort sur leur site internet de publier leurs rapports d’activité et les comptes afférents. On ne sait pas qui est derrière, on a pas une bonne visibilité de l’équipe, de la gouvernance. Ce sont pourtant des éléments essentiels.

Vous conseilleriez donc le Don en Confiance à une autre association, avec quels arguments ?

Je conseillerais la labélisation principalement pour 2 raisons.

La première est celle de l’axe de progrès en interne. Se plier à la présence d’un contrôleur qui peut poser des questions à l’équipe, demander à voir un certain nombre de documents, suggérer des améliorations est un axe de progrès. Le projet collectif d’une équipe salariée.  

La deuxième raison est que la labélisation permet d’afficher clairement qu’on se soumet à ces contrôles et valide un effort de transparence réel vis-à-vis du grand public.

La crise sanitaire a-t-elle mis à mal vos actions, où en êtes-vous aujourd’hui ?

Le confinement a sonné la suspension des programmes à l’hôpital. Nos comédiens-clowns ont dû se confiner comme tout le monde. Ça a été un choc. Toutefois, on ne pouvait pas imaginer rester les bras croisés en attendant la fin de la crise sans avoir l’impression d’abandonner à la fois les enfants et les équipes soignantes.

Nous avons donc très vite essayé de rebondir pour maintenir le lien en proposant une production généreuse de petites vidéos assez rigolotes des comédiens pendant leur confinement. Plus de 300 vidéos ont été produites depuis mars.

Nous avons ainsi ouvert 2 chaînes Youtube, l’une dédiée aux enfants et à leur famille, l’autre aux soignants.

Celle pour les enfants a été structurée par régions et par tranches d’âge sur les recommandations de Serge Tisseron. Des vidéos y sont publiées 2 fois par semaine (le mardi et le jeudi) au même rythme que lorsque nous menions nos actions.

Voir les chaînes Youtube :

Pour les soignants : https://bit.ly/2zDnpDi

Pour les enfants : https://bit.ly/2TPoWNv

Une deuxième action dont nous sommes très fiers, beaucoup plus complexe à mettre en œuvre, est l’organisation de rendez-vous en visio entre 1 duo de clowns chacun chez soi et un enfant hospitalisé. Il s’agit de reproduire le spectacle improvisé et sur mesure avec transmission préalable de l’équipe soignante pour les enfants qui en ce moment manquent cruellement de visites. C’est complètement nouveau pour nous. On a formé et coaché nos comédiens aux outils techniques et à de nouvelles pratiques artistiques. Il a fallu trouver les bons outils et surtout sécuriser les plateformes.

Cette opportunité a permis la reprise des activités de nos comédiens. Pas partout bien sûr parce que la crise sanitaire a vidé les services pédiatriques qui ont dû se réorganiser en fonction. Nous sommes toutefois présents dans plusieurs hôpitaux (CHU de Nancy en oncologie, Gustave Roussy, Necker, Trousseau, Debré, Kremlin-Bicêtre, CHR d’Orléans, Timone à Marseille) et espérons pouvoir reprendre bien vite nos activités.