Organisme à but non lucratif ouvert à toutes les causes d’intérêt général, le Don en Confiance a été créé en 1989 par de grandes associations et fondations sociales et humanitaires avec la volonté de préserver une relation de confiance entre les organisations et leurs donateurs. Rencontre avec Nathalie Blum, directrice générale.

Nous souhaitons que le grand public fasse confiance aux associations et aux fondations qui soutiennent les grandes causes d’intérêt général. Cet engagement citoyen nous semble indispensable au bon fonctionnement de la société avec en point d’orgue : le bien vivre ensemble.

Vous êtes Directrice générale du Don en Confiance, que signifie votre label et quel est son intérêt pour les donateurs ?

Pour le donateur, le label signifie que l’argent va bien à la cause. Qu’il peut donner en confiance, son argent sera bien utilisé. Mais notre label va plus loin. Il repose sur quatre principes que sont le respect du donateur, la transparence, la probité et désintéressement, la recherche d’efficacité. Nous faisons donc des contrôles sur les associations et fondations qui sont labellisées pour s’assurer que le donateur puisse donner en confiance. C’est vraiment toute la motivation de ce label : assurer une relation de confiance avec les donateurs.

Plus globalement quelles sont les missions du Don en Confiance ?

Sa première mission est d’élaborer une déontologie pour les associations et les fondations qui font un appel public à la générosité. Le Don en Confiance élabore des règles communes qui ensuite seront appliquées par les organisations inscrites dans la démarche de labellisation. L’élaboration de ces règles s’appuie sur ce qui, pour nous, fonde la confiance du donateur, à savoir les quatre principes cités ci-dessus. Nous enrichissons ensuite ces principes en fonction d’autres éléments fournis par des études conduites de manière récurrente sur le sujet mais aussi par ce que nous appréhendons des risques. Nous avons des règles pour informer le donateur sur la transparence de l’association, sa gouvernance, d’autres qui rendent compte au donateur de l’utilisation de ses fonds et puis une nouvelle règle qui porte sur l’évaluation de l’action. Ces règles viennent de notre connaissance du terrain, de là où des risques nous sont remontés ou encore des attentes du donateur.

La deuxième mission du Don en Confiance est celle de la labellisation proprement dite. Nous instruisons les dossiers pour les associations et les fondations qui sont volontaires dans la démarche.  Si l’on considère que les éléments de la confiance sont réunis, le label leur est délivré.

Enfin, notre troisième mission consiste à contrôler de manière continue le respect de ces exigences. Le label est délivré pour trois ans renouvelables.

Comment élaborez-vous vos règles déontologiques ?

Les règles sont co-construites avec l’ensemble des organisations labellisées. On considère que ce sont elles qui connaissent le mieux à la fois les risques et les enjeux. Les règles s’appliquent à toutes nos organisations or ces dernières couvrent un champ d’action important. Elles sont toutes complexes, elles sont toutes uniques. Les règles doivent donc pouvoir s’appliquer à toutes les situations et prendre en compte la diversité des associations. La validation des règles en revanche s’effectue au niveau du conseil d’administration. Il faut qu’à la fois elles collent à la réalité, qu’elles permettent de prémunir des risques et des dangers et aussi qu’elles soient un aiguillon permanent pour un progrès collectif.

Les associations autorisées à recevoir des dons de la part du public font déjà l’objet d’un contrôle de la part de la Cour des comptes, quel est votre apport au regard de cette instance ? Peut-on parler de complémentarité dans les démarches ?

La Cour des comptes est là pour s’assurer que l’argent issu de la générosité du public est utilisé conformément à la volonté du donateur. C’est le seul cas où la Cour des comptes contrôle de l’argent privé d’ailleurs. L’objectif in fine rejoint celui du Don en Confiance, à savoir rassurer le public, mais les modalités de contrôle sont totalement différentes. Là où le Don en Confiance exerce un contrôle continu, dans le cadre d’un dialogue constructif inscrit dans une démarche volontaire de la part des associations et fondations, la Cour des comptes choisit telle ou telle organisation en fonction de son propre programme de travail et exerce un contrôle qui porte sur les années précédentes. Quand les magistrats de la Cour des comptes arrivent dans une organisation, le contrôle est obligatoire, alors qu’adhérer aux valeurs du Don en Confiance doit être une démarche volontaire où s’instaure confiance, contrôle continu et volonté de progrès permanent.

Pourquoi la création du Don en Confiance ? Est-ce à dire qu’aujourd’hui la confiance ne se fait plus entre donateurs et associations sollicitant la générosité du public ?

Le Don en Confiance a vu le jour il y a 30 ans maintenant quelques années avant que n’éclate l’affaire Crozemarie. C’est un scandale qui a durablement affecté la confiance des Français et qui reste ancré dans l’inconscient collectif. Encore beaucoup de personnes s’y réfèrent malheureusement. La jeune génération, en revanche, n’y fait plus allusion, ce qui est plutôt une bonne chose. Si aujourd’hui 55 % de l’ensemble des Français accordent leur confiance aux associations et aux fondations qui font appel aux dons, ce pourcentage monte à 60 % pour les jeunes.

Les années qui ont suivi le scandale ont été marquées par le sentiment que l’associatif humanitaire et social était fragile et que si une association dérapait c’est tout le secteur qui en pâtirait. En parallèle, les techniques de mailing de masse sont apparues et avec elles, certaines pratiques discutables. Les grandes associations et fondations ont alors senti l’urgence de la régulation des modalités de collecte de dons pour ne pas tuer la confiance du public. Le Don en Confiance s’est inscrit dans cette logique. Aujourd’hui, l’association a des règles qui portent sur les prestataires de collecte de don pour s’assurer que cette dernière se fasse déontologiquement.

La mission du Don en Confiance est d’assurer finalement la confiance du donateur. Nous ne sommes pas au service des organisations labellisées. Nous ne sommes pas là non plus pour juger celles qui adhèrent à nos principes et celles qui n’y adhèrent pas. Nous sommes juste là pour dire que celles qui s’inscrivent dans notre déontologie mettent tous leurs efforts pour faire progresser l’ensemble du secteur sous l’aiguillon des règles que nous établissons en concertation avec de grandes organisations qui par effet boule de neige entraînent l’ensemble du secteur vers de meilleures pratiques.

Peut-on parler aujourd’hui d’un déficit de générosité et si oui à quoi est-il dû ?

On ne peut pas parler de déficit de générosité. Plus d’un français sur deux est donateur. Ce n’est pas si mal. Le fait de faire confiance aux fondations et aux associations est aussi lié à sa propre vision du monde, à la personne que l’on est. Plus on est confiant en l’avenir, positif dans la vie, plus on fait confiance.

Enfin il existe deux types de donateurs qui ne répondent pas à la même logique. Le donateur régulier et le donateur occasionnel. L’occasionnel donne plus sur un coup de cœur émotionnel ou en fonction de l’exposition médiatique alors que le régulier s’inscrit dans un engagement, une cause souvent liée à sa propre histoire de vie. La confiance est bien évidemment la première raison pour laquelle on pourrait ne pas donner même si l’on sait que sur de petites sommes bien sûr l’enjeu est moindre. La défiance reste malgré tout le premier critère pour les gens qui ne donnent pas. Les gens qui ne donnent pas n’ont pas confiance. Faire confiance est le premier pilier du don.

Et le fait qu’une association soit labellisée « Don en Confiance » restaure-t-il la confiance ? Motive-t-il à plus de générosité ?

La première raison pour laquelle un individu fait un don est d’abord la cause. On donne parce que la cause nous tient à cœur ou parce que l’on a été ému par la situation. Le label va rassurer dans la démarche de don. Il est une garantie supplémentaire pour les donateurs, y compris les entreprises et les mécènes. Chacun peut le repérer sur les courriers d’appel au don, les sites internet, les affichages, etc. Il est la preuve que l’association ou la fondation respecte une déontologie et mène un travail en interne qui lui permet d’être efficace dans ses missions sociales et de progresser. Le label est donc utile pour le donateur mais également pour l’organisation dans la mise en œuvre de ses missions.

Existe-t-il d’autres labels que celui du Don en Confiance ou plutôt existe-t-il des structures équivalentes à Don en Confiance ?

Il n’existe pas de structure équivalente à la nôtre, dédiée à la confiance du donateur et la régulation de l’appel public à la générosité, avec une démarche valable pour l’ensemble du secteur. Il existe en revanche d’autres formes de démarches comme celles des organismes certificateurs ou encore des associations orientées vers l’accompagnement et qui produisent des labels. Par ce contrôle continu qu’elle exerce, notre association est spécifique. Nous contrôlons aujourd’hui 1/3 de la générosité en France.

Parlez-nous des organisations que le Don en Confiance a labellisées à ce jour, combien et selon quels critères?

Aujourd’hui, 91 organisations sont dépositaires du label et une dizaine dans une démarche d’instruction. Chaque fois qu’une organisation vient nous voir pour nous dire qu’elle souhaite s’engager dans la démarche de labellisation, nous vérifions trois choses.

  • D’abord, qu’elle est d’intérêt général, nous sommes ouverts à toutes les causes d’intérêt général mais excluons toutes les organisations à prépondérance religieuses, syndicales ou politiques.
  • Le deuxième critère est que l’association fasse appel public à la générosité, que cela soit du don, des legs ou du mécénat d’entreprise. Nous ne sommes pas là pour être un intermédiaire entre un mécène unique et l’association ou la fondation à laquelle il donne.
  • Le troisième critère enfin est la motivation. Le président de l’organisation doit nous fournir une lettre de motivation en quelque sorte prouvant l’engagement de l’ensemble de la gouvernance.

La labellisation est un chemin assez long et il a pu arriver que certaines organisations renoncent en cours de route. Nous avons un seuil de 500 000 euros de fonds privés collectés pour être labellisé même si, nous ne nous privons pas de regarder celles qui sont entre 150 000 et 500 000 euros.

Être labellisé par Le Don en Confiance garantit-il une pérennité du label pour l’association labellisée ou reconsidérez-vous la chose ?

Il n’y a pas de pérennité du label bien sûr. Nous le réévaluons tous les trois ans et pouvons aussi le remettre en cause à tout moment. Nous l’avons ainsi retiré à une organisation en 2018. Toutefois cela n’arrive pas souvent. Quand les associations ou les fondations s’engagent dans cette démarche cela signifie en général qu’elles fonctionnent bien ou qu’elles émettent le souhait de bien fonctionner, qu’elles sont désireuses de bien faire et surtout de progresser. Avoir le label est déjà le gage d’un certain niveau. Nous poussons toujours vers la progression même si nous avons à faire à des structures d’excellent niveau. C’est donc assez rare que nous retirions le label.

Les cas de retrait ont, par exemple, été motivés par une demande de notre part de progrès qui nous semblaient fondamentaux pour ne pas altérer la confiance du donateur sans qu’au final il n’y ait eu de réelles améliorations.

Parlez-nous des contrôleurs, est-ce toujours les mêmes qui suivent la même organisation ou existe-t-il un turn over dans le contrôle ?

Chaque organisation bénéficie d’un ou deux contrôleurs qui la suivent dans un contrôle continu. Ce pour un mandat de trois ans, renouvelable une fois pour trois ans. Un maximum de six ans donc, pour éviter que les contrôleurs ne développent trop d’empathie avec l’organisation.

Ce ne sont pas les contrôleurs qui décident du label mais une commission d’agrément constituée de bénévoles expérimentés qui vont en collégialité décider de son attribution. Le Don en Confiance, c’est une centaine de bénévoles, contrôleurs, responsables de cercle de contrôleurs et membres de la commission d’agrément confondus. Les responsables de cercle de contrôleurs animent les groupes de contrôleurs qui leur incombent et relisent leurs rapports triennaux réalisés en toute transparence avec l’organisation avant qu’ils ne soient soumis aux experts de la commission d’agrément.

La décision remonte ensuite au conseil d’administration qui prend acte de cette dernière.

Quant aux profils de nos bénévoles, ce sont principalement d’anciens cadres dirigeants ou hauts fonctionnaires à la retraite qui peuvent exercer le rôle de contrôleurs, responsables de contrôleurs ou membres de la commission d’agrément.

Vous fêtez les 30 ans du label, quelles ont été les étapes incontournables depuis sa création ?

Le Don en Confiance a été créé en 1989. À l’origine, il y avait 18 associations et fondations. Lorsque le scandale Crozemarie a éclaté beaucoup d’organisations ont voulu rejoindre Don en Confiance sentant à quel point cette démarche était importante.

En 2008, Le Don en Confiance a fait l’objet d’un tournant important dans la professionnalisation de l’association. Nous avons structuré toute l’organisation pour nous assurer de l’indépendance du contrôle en intégrant une majorité de personnalités qualifiées au conseil d’administration (auparavant c’était une majorité de représentants des organisations labellisées). Par ailleurs, c’est la commission d’agrément constituée d’experts bénévoles qui, par délégation permanente du conseil d’administration, délivre le label en toute indépendance. Ces démarches ont garanti la prise de décision indépendante, équitable et objective du Don en Confiance et ont contribué à faire de nous un organisme de contrôle reconnu.

L’étape suivante étant que cette notoriété se développe auprès du grand public au-delà de ceux qui sont particulièrement avertis. Nous avons encore besoin que le public sache que ces organisations sont contrôlées et que de fait, il peut leur faire confiance.

Que peut-on vous souhaiter pour 2020 ou pour l’avenir plus globalement ?

Nous souhaitons que le grand public fasse confiance aux associations et aux fondations qui soutiennent les grandes causes d’intérêt général. Cet engagement citoyen nous semble indispensable au bon fonctionnement de la société avec en point d’orgue : le bien vivre ensemble. Nous savons qu’en la matière la mission que nous menons est utile et indispensable. Nous souhaitons également que le grand public ait conscience de tout le travail que font les fondations et les associations labellisées en se soumettant au contrôle du Don en Confiance, qu’il ait conscience de cette grande exigence qui est attachée à cette valeur du label.

Une dernière question Nathalie, si vous donnez, vous donnez pour quelle cause ?

(Sourire). Cela reste personnel, je ne peux répondre à cette question. Vous comprendrez bien que de par mon rôle, je ne peux et ne veux prendre parti pour telles ou telles causes.